LES GIRONDINS A LA LÉGISLATIVE
Portrait général des Girondins. — Les cheyeux à la Titus. ^ Le bonnet rouge. — Le qualificatif citoyen. — Le pantalon et la culotte. — Vigueur révolutionnaire des Girondins. — Les prêtres, les ministres, les émigrés, les traîtres, le roi.
— Origine de la Terreur. — Les piques révolutionnaires.
— Les pétitionnemcnts armés. — Les juridictions d'exception. — Les accusations par décret. — Déclaration de guerre au modérantisme. — Les ijirondins Vergniaud, Brissot, Isnard, Goadet. — Rivalité de pouvoir. — Les ministres et les ministères sous la Législative.
Le côté gauche recelait la brillante dépntation de la Gironde, destinée à une si grande célébrité. Cette députation ralliait à elle dès alors des esprits distingués dont le groupe empruntait son propre nom du nom même de la députation qui en avait formé le premier noyau.
Républicains d'imagination ou de circonstance, les Girondins de la Législative ne tenaient néanmoins pas tant à la forme, qu'on ne les ait vus parfois se rapprocher du roi quand le roi en appelait d'entre eux aux a£BBÛres, et s'éloigner de lui quand il ne s'adressait plus à eux. Aussi l'accusation de vanité et d'ambition a-t-elle pesé sur eux, et l'on verra que cette accusation n'a pas toujours été dépourvue d'à-propos et de justice.
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Méridionaux, hommes d'apparat jusque dans les couleurs, ils n'ont pas dédaigné dès les premiers mois de la Législative ces choses extérieures, ces innovations dans le costume même, qui frappent toujours les yeux de la foule, et sont quelquefois un symbole par elles-mêmes. Ce n'est pas précisément par une telle raison qu'ils ont introduit l'usage des cheveux à la Titus, habitude si commode qu'il nous serait impossible de la perdre aujourd'hui, mais c'est évidemment à titre de symbole qu'ils ont produit le bonnet rouge, non pas le bonnet ayant la coupe et la forme d'une cloche, mais le bonnet phrygien avec une coupe et une forme que les Girondins trouvaient encore préférables aux chapeaux que nous portons aujourd'hui, car il est vrai que nous n'aurons bien le droit de rire du bonnet phrygien que lorsque nous aurons remplacé notre chapeau, qui est plus laid, plus ridicule, plus incommode et moins utile qu'un bonnet quelconque. Hommes d'imagination, ayant l'illusion peut-être plus encore que l'amour vrai des choses antiques, les Girondins voyaient dans le bonnet un signe de liberté nationale, ce qui n'était pas tout-à-fait exact, le bonnet ayant été seulement un signe d'affranchissement individuel de l'esclave gratifié de sa liberté : wcare servos adpileum.
Mais les Girondins ne se trompaient pas certainement comme quelques-uns de leurs prédécesseurs sur la signification du qualificatif citoyen^ qu'ils se sont efforcés de remettre en honneur, et qui est resté une expression légale dans notre législation politique.
Dans les rapports individuels, on fait certainement très-bien de ne pas tenir à l'emploi de ce mot, qu'on ne peut pas plus imposer que d'autres expressions aux
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hommes, qui sont parfaitement libres au contraire de se monseigneuriser même les uns les autres, si cela leur plaît, et ne constitue pas un privilège social ; il est vrai néanmoins qu'on ne peut sérieusement refuser au mot citoyen plus de grandeur et de dignité que toutes les qualifications ridicules qui circulent en Europe pour Bervir d'étiquette à des prétentions surannées, ou de déco^ ratUm aux aots^ selon l'expression de Frédéric de Prusse, qui n*en a pas moins continué à se faire appeler Sire et
De ces innovations girondines auxquelles des hommes d'mie grande sincérité et d'une opinion républicaine, comme Boyer-Fonfedre, attachaient une signification de liberté et d'égalité, il ne faudrait pas tirer la conséquence qu'elles eussent pour tous les autres Girondins aussi une signification purement républicaine. Elles n'avaient rien d'incompatible avec une royauté de gouvernement parlementaire, et notre génération l'a bien vu, quand un de ses hommes les plus respectés et les plus cminents aussi par hi valeur personnelle, ne croyait pas être inconséquent avec ses opinions nettement monarchistes et orléanistes, en constatant, sous la Restauration, l'origine et la portée d'un mot que l'ancien régime repoussait parce qu'il en sentait la valeur, et que tant de plébéiens ont condamné parce qu'ils n'en possédaient pas le sens, ou qu'ils manquaient de prudence. Il faut dans un état politique être citoyen, c'est-à-dire homme libre, ou sujet, c'est-à-dire homme subjugué ^ *
(1) Qoand les légions de César passèrent le Rubicon , elles venaient c<mqaérir pour César toutes les magistratures romaines ; cette cou- Tome 1. — «1
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Contrairement aussi à l'erreur historique qui circule en France, et qui attribue les choses symboliques de la Révolution ou au jacobinisme, ou à la démagogie, c*eet
(piéte, dont le premier favori des soldats devenus traîtres ne jouit pas loogtempâ grâce à Drutus, fut par de nouveaux actes de trahison assurée dans la suite à ceux qui héritôrcnt après lui de la faveur militaire. C*est ainsi que le simple titre de général aimé des troupes, imperatorj renferme en lui seul tous les pouvoirs et tous les droits
Cependant, après cette révolution, le citoyen romain, privé
de la part qu'il avait eue au pouvoir de Uome ou à Tempire romaio, n*en conserva pas moins le privilège passif de la condition romaiiie, la francliise de sa personne et de ses biens, l'exemption de tout tribut arbitraire; l'homme des provinces se distinguait encore de l'homme
de la cité, mais cette distinction ne dura guôre, ainsi fut
démentie la puissance de ce titre autrefois inviolable, et devant lequel s'arrêtait la tyrannie la plus éhontée; ainsi périt ce vieux cri de sauvegarde qui faisait reculer les bourrcoux : t Je suis citoyen romain! • —Depuis ce temps, il n'y eut plus de Rome, il y eut une cour et des provinces Nous voulons dire que la distinction primitive entre Rome conquérante et ceux qu'elle avait soumis s*étabKt alors entre les hommes du palais et les hommes qui étaient hors du palais; que Rome elle-même ne vécut plus que pour une famille, pour une poignée de courtisans, comme autrefois les nations asservies par elle n'avaient vécu que pour clic; c'est alors que le nom de sub«> jugués, subjectif que notre langue a corrompu dans celui de sujets^ fut transporté des habitants vaincus de rOrient ou des Gaules aux habitants victorieux de l'Italie, attachés désormais au joug d'un petit nombre d'hommes, comme les autres l'avaient été à leur joug, propriété de ces hommes aussi bien que les autres avaient été leur propriété, dignes en un mot de ce titre dégradant de sujets, subjecti, qu'il faut prendre à la lettre. Voilà l'ordre de choses qui depuis Auguste s'accomplissait graduellement; chaque empereur se faisait gloire de hâter le moment de sa perfection, Constantin y donna le coup de maître. . . . — Si Rome avait été la patrie de l'indépendance, Constantinople fut la patrie de la servituxle. C'est là que naquirent Kes dogmes de lobcissance passive à l'église et au trône; il n'y eut qu'un droit, celui de l'empire; il n'y eut qu'un devoir, celui de la soumission. Le nom commun de citoyen, qui égalait dans le langage les hommes vivant sous la môme loi, fut remplacé par des épithètea
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encore aux Girondins que se rattache sinon l'origine profurei an moins la notoriété acquise an sans-culottiamej cttr on paraît avoir fait en France à cet égard un pea de oe que Gkiillamne-le-Tacitume et ses compagnons avaient &ît en acceptant et en gardant le qualificatif dont leurs odieoz ennemis avaient voulu les frapper. Mais les Oumix ne prêtaient pas au jeu de mots que les sans-culotte réalisaient si bien dans l'adoption du pantalon qui a fini eqpendant par prévaloir sur la culotte. Il avait son succès aisuré par son usage plus aisé ou plus commode ; par ces Taisons dont Tune a fait obtenir au pantalon les préfé* r^ces exclusives de lord Bjron, et par beaucoup d'autres misons qui ont fait de la France en dernier résultat une imtion de sans-culotte, la culotte à son tour n'est plus qu'an objet ridicule, et ceux qui la portent sont considérél oomme les derniers maniaques de l'ancien régime.
La première fois que la qualification de san^-^ulotté a été appliquée à un groupe d'hommes ofiSciels, elle a été employée dans un sens iujurieux par ces constituants qui sont les mêmes à toutes les époques et qui croient si souvent faire de l'esprit quand ils sont impertinents vis-à-vis de ce qui déplaît à leur maître. C'était au moment où Louis XVI acceptait ou subissait le ministère girondin
graduées selon le crédit des puist^ants ou la lâcheté des faibles. Le» qualiOcations d'Emioencc^ d'Altesse, de Révérence se prodiguèrent k ce qa*ll y arait de plus bas et de plus méprisable au monde ; l'empire, à la manière d'un domaine privé, fut transmis aux enfants, aux femmes, aux gendres; il fut donné, légué, substitué : l'univer» s'épuisait pour l'établissement d'une famille, les impôts croissaient sans mesure; Constantinople seule en était exempte : ce privilège de te liberté romaine était pour elle le prix de l'infamie.
(Âog. Thierry, JHw ans d'études^ 3* éd., pages 240 et i>uiv.)