‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 61 sur 198 · PREFACE DU 10 AOUT · texte numérisé non relu

PREFACE DU 10 AOUT

années étrangères que l'ancien régime avait pour seule ressource d'introduire en France.

Pourtant, les Girondins eux-mêmes, qui se vanteront plus tard d'être les seuls auteurs du 10 août, paraissent n'avoir redouté alors que les Feuillants, leurs concurrents aux ministères, et n'avoir eu pour but que de leur barrer le passage et de prendre de vive force la position convoitée.

Les malheurs du début de la guerre ne furent pour eux que l'occasion de semer les soupçons et d'attaquer Lafayette lui-même, qui y avait été tout-à-fait étranger.

U campagne avait débuté par un plan fort simple, qui promettait des succès faciles, quoique n'ayant rien de décisif pour la France. H s'agissait d'attaquer l'Autriche dans ses provinces des Pays-Bas, et l'invasion, au nom de la liberté, dans ces provinces toujours frémissantes des luttes terribles qu'elles avaient soutenues contre une tyrannie si souvent féroce, devait leur paraître un signe d'émancipation et de délivrance.

Pour exécuter ce plan, Lafayette dirigeait son armée de Givet (France) sur Namur (Belgique), et en même temps Biron se dirigeait sur Valenciennes et sur Mons, avec 10.000 hommes, dont faisaient partie deux régiments de dragons ; en même temps aussi Dillon (Théobald) sortit de Lille avec 3.000 hommes, dont 1.000 de cavalerie.

is, comme une même scène représentée en des lieux

ërents, par des acteurs divers, à la même heure, dans

le même rôle et dans les mêmes termes, il arriva qu'au

moment même où, sans raison apparente, la cavalerie de

Biron s'écrierait tout-à-coup : a Nous sommes trahis ! i>

Ja cavalerie de Dillon ferait aussi entendre les mêmes cris;

que, quand la cavalerie de Biron tout aussitôt prenait la

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fiotte^ jetait la panique et 6nt]*aînait riiï&iiterie, la cavalerie de Dillon faisait de même et eûtîatnait également Vinfitnteriei que, pendant que le eorpe d'armée de Biron abandannait êe& bagages, il en étast de même du côté de Dillon^ où ieë Autrichiens n'avaient aussi qu'à venir ramasser des dépomlles qu'ils n'avaient pas eu besoin de conquérir^

Le0 nations guerrières ont un peu l'habitude de se dire toujours invincibles et de reporter leiirs défaites sur la tfiahison, mais, quand un concours de circonstances inexpliquées et sans cause â^j^rente produit une déroute aussi étrange que celle que la France avait sous les yeux, au début d'une guerre où elle savait son gouvernement avoir des intérêts contraires à ceux de la nation, on devrait s'étonner qu'une telle déroute ne parut pas à l'opinion publique le premier résultat des trahisons attendues.

Un pareil début n'était pas précisément de nature à rendre plus conciliable, dans le moment, l'idée de la conservation de la monarchie avec le besoin de suivre la guerre. Ce qui se comprend mieux, c'est que, malgré Feuillants, Girondins et Jacobins, les républicains d'opinion ou de circonstance fussent convaincus qu'il était temps de donner à la France un gouvernement qui ne pût avoir d'autre intérêt que l'intérêt national, et qui pût la défendre contre l'émigration et l'étranger.

n fallut pourtant se traîner encore misérablement et dangereusement dans la même situation. Les Girondins sonnaient le tocsin, il est vrai; ils se rattachaient aux Jacobins, et même, malgré les clameurs, ils ne dissimulaient pas que le 20 juin était une raison pour eux di croire que Louis xvi, effrayé, allait enfin revenir à eux.

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