‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 67 sur 198 · ET SES CONSÉQUENCES · texte numérisé non relu

ET SES CONSÉQUENCES

Mais, dès le lendemain, l'acôentiiation du langage desôine mieux la situation. Des pétitionnaires admis à la barfe demandent que, <r ptnsque le roi est en ôtage^ t> on lui donne une garde non pas d'honneur, mais de sûreté, ot .qu'il n'ait de communication avec personne. L'Assemblée ne se sent pas la force de protester contre un langage aussi significatif, et elle se réfugie encore dans TJLn expédient qui écarte la question pour quelques moments. EîUe renvoie la demande au comité militaire.

Pourtant, il faut bien que la commission extraordinaire fSetase son rapport. Il y a d'ailleurs urgence, car il est supposable que l'Assemblée connaît déjà, avant toute communication officielle, les dispositions prises par la Commune. La commission soumet enfin son projet. Elle abandonne celui relatif au Luxembourg, mais elle en profite pour écarter le projet relatif au Temple ; les reproches faits à l'un s'appliquent à l'autre, dit-elle. Elle propose et fait décréter immédiatement que le ministère de la justice est Tnis à l'usage d'habitation pour le roi et sa famille ; qtie tes meubles et eiFets nécessaires y seront transportés le jour même ; que le roi, en attendant la réunion de la nouvelle Assemblée, recevra un demi-million pour sa dépense; qu'il sera donné une garde au roi, sous les ordres et la surveillance du maire et du commandant de la garde nationale.

Mais la Commune, la Commune révolutionnaire du 10 août, qui sent sa puissance et la faiblesse de l'Assemblée nationale, s'était peu préoccupée des décrets ; elle ne voulait pas laisser le roi à la disposition de l'Assemblée ou plutôt des Girondins qui en dirigeaient les résolutions ; elle voulait au contraire s'assurer de la per-

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sonne de Lonis xvi, qui lui paraissait ne plus pouvoir n'être qu'un otage, le mot avait été déjà prononcé ; elle avait arrêté que le Temple serait la résidence de l'ex-roi et elle avait déjà pris ses dispositions à cet effet ; elle n'y renonçait pas malgré les dispositions contraires de l'Assemblée.

Le procureur -syndic, accompagné d'officiers municipaux, est envoyé à l'Assemblée, et, quand il est à la barre, il ne semble pas se préoccuper des desseins cachés des Girondins^ ou des assertions de la commission extraordinaire. Pour lui, le roi est enfin soumis à la loi, et il ne lui reste plus que le droit de se justifier deoant lesau/oerain. Le Temple jp^îrf servir de demeure au roi et à sa famille, n y sera gardé par vingt hommes, que fournira chacune des quarante-huit sections. Le roi, sa femme et leur sœur y seront conduits dès demain. On leur interceptera toute correspondance, car ils n'ont que des traîtres pour amis.

Le président répond que l'Assemblée a décrété que le ministère de la justice était fixé pour la demeure du roi, mais le procureur-syndic réplique que, d'après ce décret, la municipalité ne peut répondre de la personne du roi.

Tout semble dit pour rAssemblée. Son procès-verbal lui-même semble tout honteux ; il se borne à cette note si succincte, et qui contient pourtant une abdication : « L'Assemblée laisse à la Commune de Paris le soin de « fixer la demeure du roi, et lui en confie la garde, d

L'Assemblée ne se donne donc plus que la satisfaction vaine de régulariser par un nouveau décret ce que veut la Commune, et le Temple devient l'habitation, sans aucun doute, mais aussi la prison de l'infortuné roi et de sa famille

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La Commune prit da reste la direction de toutes cdioses avec une résolution et une activité dont l'imagina- "tion est étonnée. On peut chercher non ce que la Comxuune a fait^ mais ce qu'elle n'a pas fait du 10 au 15 août. X^Assemblée nationale, après avoir gaspillé le reste de sou influence dans des tentatives tortueuses que le simple \)on sens dévoilait aussitôt, ne fut pas plus d'un jour à accepter la tutelle de la Commune et à s'habituer à sanctionner tout ce que celle-ci lui demandait. Elle essaya bien une fois de ressaisir son autorité sur la Commune, mais la Commune était la Commune du \0 aaûty et, après sa tentative avortée, l'Assemblée législative se trouva peut-être heureuse encore, qu'on voulût bien lui

demander une sanction

Mais Brunswick et ses soldats, l'Autriche et la Prusse,

ne pouvaient plus arriver en temps opportun, et la France

^lait avoir au moins un gouvernement quelconque pour

^résister à la coalition étrangère, qui comptait déjà ses

«tapes jusqu'à Paris.

Aussi Robert Lindet, qui avait affirmé le 14 juillet 1789,

^ffinnait-il également le 10 août 1792, dates inséparables

l>our un homme qui réunissait au cœur d'un patriote

Sincère l'esprit d'un bon appréciateur des évétiements

^t des hommes.

La faiblesse de sa voix l'avait empêché de porter ses convictions à la tribune, et il n'avait pu appuyer que de son vote les propositions des patriotes; mais, homme d'affaires, et à l'abri par son caractère de toutes les influences pernicieuses, il avait, comme membre du comité des finances et de liquidation, veillé avec attention à la fortune nationale et déjoué toutes les combinaisons qui

auwçnt pu y porter atteinte au profit de la cour, des courtisans, ou des corrompus qui vendaient leur vote. Renonçant à hausser sa voix aux dispositions d'une salle et à rétendue d'un vaisseau qui rempechaient de s'y faire entendre, il confiait ses notes et ses renseignements à son ami CamboQ, cet intrépide défenseur du trésor public, tout aussi ardent contre ses amis que contre ses adversaires, quand il s'agissait de garantir les caisses de TÉtat. Oqjnbon portait à la tribune non-seulement ses propres opinions, mais aussi les opinions financières de lindet C'est ainsi que Cambon a lui-même expliqué plus tard la fréquence de sou intervention dans les questions financières agitée à la tribune de l'Assemblée législative.

Au nombre des patriotes qui voyaient l'impuissance de la Législative à sauver la France de l'invasion et de la complicité du roi, il est probable au moins que Robert Lindet n'éprouva pas trop de regrets à assister à la triste agonie de FAssçmblée dont il faisait partie. U fallait bien qu'elle se suicidât dans sou impuissance, parce que, soumise aux combinaisons intéressées de petites églises, elle n'avait pas compris les grands intérêts dont elle était chargée et qu'elle s'était laissé devancer et dépasser par le 10 août.

Amoindrie tout naturellement par cette Révolution, annihilée même, elle n'a obtenu la permission d'un dernier souffle qu'à la condition de tout approuver, tout sanctionner, à la demande quelquefois trop impérative de la Commune. Mais ne comprenant pas tout encore devant l'enseignement du 10 août, mue peut-être par un sentiment personnel à la plupart de ses membres, c'est sur le rétablissement des conditions de rélection, dans tous les

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éléments de siocéritéy qu'elle a réussi à &ire porter M irésiBtanoe.

Saoa doute TAssemblée n'a pas essayé de se maiuteni? &11X affaires : elle eût été jetée au vent de la Eévolution; mais elle a déclaré immédiatemeut convoquer une Con* vention nationale, comme Paris le demandait depuis si longtemps déjà, et elle en a fixé la réunion au 20 âep<tembre.

La question du cens électoral n'avait jamais cessé d'être agitée; il semble même que les CordeUers l'eussent fait entrer dans leurs moyens de provoquer l'insurrection, puisqu'il n'y avait que huit ou dix jours que, sous la pré^ BÎdence de Danton, ils avaient arrêté un manifeste relu* . sant obéissance à la loi qui avait créé des électeurs privilégiés, sous le nom de citoyens actifs, et contenant appel aux citoyens passifs, c'est-à-dire dépouillés de tout droit d'action. S'exécutant de mauvaise grâce, mais enfin s'exécutant, l'Assemblée décréta que, les conditions de cens. û'étant pas applicables à une Cou vention nationale, elles û'y seront pas appliquées. Pourtant, et on ne paraît guère s'en douter en France, l'élection à deux degrés, si favorable à une composition aristocratique, fut maintenue, et la Convention a été le produit d'une telle élection.

Là s'est bornée l'influence de l'Assemblée législative sur les conséquences du grand événement qui venait de s'accomplir sous ses yeux.

Assurément, quand les députés d'une nation sont trop en avant des idées générales de leur pays, et qu'ils ne savent pas tenir compte de la distance qui les en sépare, ils le précipitent inévitablement dans les soubresauts d'une marche incomprise et semée de résistances. Quand^

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au contraire, ils sont en arrière du sentiment général de la nation, ils peuvent bien réussir à imposer pendant un temps plus ou moins long Teffet de leur aveuglement, mais il faut qu'il arrive un moment où, dépouillés de toute autorité morale, attaqués, injuriés, conspués, ils tombent sous la réprobation, et où la nation se précipite d'autant plus en avant, que plus d'efforts ont été faits pour la retenir en arrière. La véritable et heureuse condition d'existence d'une grande Assemblée délibérante, c'est d'être en bon accord avec les aspirations générales de son pays, et de les devancer quelque peu, pour servir de phare conducteur au pays lui-même, dans la marche de ses destinées.

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