LES MASSACRES DE SEPTEMBRE
Comparaison entre les massacres de la Saint-Barthélemy et ceux de Septembre. — Exagération du chiffre des TÎctimes de Septembre. — Le yerre de sang de M'i* de Sombrenil. — Mauvaise foi des partis. — Toutes sortes d'assertions contraires se produisent. — Marat et Danton accusés de complicité dans les massacres. — M^e Roland ne ménage pas Danton. — 11 a blessé sa vanité. — Elle lui devait le silence. — Elle forge des preuves de sa culpabilité. — Contre-seing ou griffe du ministère de la justice. — Assertion erronée reproduite par le trop peu scrupuleux Bertrand de Molleville. — Le (Conseil général accusé de préméditation des massacres. — Réfutation. — Billaud-Varennes et son habit noisette. — Les accusations sur les hommes de la Montagne servent la politique des Girondins.
L'esprit se trouble et la main tremble quand, en suivant Tordre des grands événements, et obligé de s'arrêter sur la cause, l'occasion ou le prétexte d'une lutte mémorable entre deux partis différents, on vient à toucher au tableau des épouvantables massacres de Septembre.
Quel malheur dans notre histoire ! C'était assez vraiment que l'histoire de France sous la monarchie ait été si souvent rouge du sang humain répandu, et qu'elle ait enregistré la Saint-Barthélemy de Charles ix, une sorte de prologue aux exterminations systématiques de Louis xiv !
406 LES MASSACBES
Le berœau de la liberté devait bien être le contrepied du règne des rois et des aristocraties I Et il est arrivé pourtant que l'on a eu le droit de considérer comme se prêtant à une comparaison septembre 1792 et août 1572.
La comparaison, sans que son côté moral en soit atteint, manque néanmoins d'exactitude rigoureuse dans les faits.
Les égorgeurs de la Saint-Barthélémy, en pénétrant dans les maisons, pouvaient y rencontrer une défense quelconque et s'exposer par ci par là à quelque danger personnel; les égorgeurs de Septembre, en pénétrant dans les prisons, savaient qu'ils n'y trouveraient que des détenus sans défense, et, sous ce rapport, ils n'ont d'égaux que les égorgeurs royalistes qui ont profité de la réaction thermidorienne.
Mais, d'un autre côté, comme il y a des degrés dans le crime, les mobiles peuvent être considérés, et regorgement prémédité, calculé, systématique de 1572, l'emporte sur l'explosion et regorgement de 1792.
Les massacres de Septembre ne sont pas le produit de combinaisons méditées, délibérées et arrêtées en conseil d'un gouvernement détenteur de la puissance publique et la faisant servir à la perpétration de ses crimes. La Saint-Barthélémy a été l'exécution de délibérations prises par la reine mère Catherine de Médicis et le roi Charles ix, auxquelles assistaient les Tavannes, les Betz, les Villeroy, les Gondi, gouvernement d'hommes aflFreux décidant l'assassinat de ses sujets.
H ne s'est pas trouvé un homme de notoriété français assez audacieux pour se faire l'apologiste public de Septembre, car Marat, dont le vrai nom ne comportait pas un t final, n'était pas français, il était suisse ; mais
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il s^est tronvé on pape assez abominable, Grégoire xin,
pour célébrer par des réjonissanoes publiqnes les égorge*
ments fiiits A Paris, et assez sacrilège pour en instituer
im jubilé; il s*est trouvé aussi un Parlement assez dépravé
pour adresser à Catherine de Médicis et à Oharles ne des
félicitations sur les crimes qu'ils venaient de commettre.
Les différences, quoique certaines, ne sont donc pas
assez sensibles, entre les massacres de 1572 et ceux de
1792, pour que Ton ait un grand progrès à constater en
deux siècles dans la moralité des actes.
Et d'ailleurs, pour sortir de ces petits côtés de l'histoire qui ne manquent pourtant pas d'intérêt, rattachons-nous exclusivement au triste et grand fait historique qui s'est inscrit d'une manière si lamentable dans l'histoire de la Révolution.
n serait assurément aussi indécent d'atténuer la vérité sur les tueries de Septembre, qu'il a été indécent d'en exagérer le sombre drame.
On s'est occupé pourtant non à indiquer, mais à débattre des chiffres, et à porter le nombre des victimes à 8, 10 et même 12,000, parfois assez légèrement et sans avoir eu la simple précaution de rechercher si l'on ne dépassait pas, dans l'indication du nombre des victimes, le nombre des prisonniers que, par leur contenance ellemême, les prisons avaient pu recevoir.
Mais, aux yeux des hommes sensés, y a-t-il bien là une question de chiffres ? Qu'il se soit agi de 500 ou de 5.000 victimes, le fait et sa gravité restent évidemment les mêmes ; la question de chiffre n'a d'autre importance que l'exactitude historique, et c'est sous ce rapport seulement qu'on doit s'en occuper.