ESQUISSE SUR BU20T
par sa bordare qu'on appelait le rideau. Un homme comme Buzot n'y trouvait pas l'occasion de développer l'aménité dans le caractère, mais de fortifier encore ses pensées, et de rehausser sa propre austérité. Cependant^ dominateur et soupçonneux, Buzot contractait trop facilement des haines ardentes, vivaces, implacables. Au reste, il s'est peint lui-même, et, d'après lui, on peut expliquer déjà son rôle dans la Révolution, son austéritây^ son désintéressement, ses vertus, tout aussi bien que son courage, ses ardeurs, ses luttes, ses injustices, toatijusqu'à son adhésion à une insurrection provinciale, qui pouvait mener directement à la perte d'une patrie qa'U: aimait, et à la restauration d'une cour qu'il méprisait.
Il dit en parlant de lui-même : € Né avec un caractàre^ € d'indépendance et de fierté qui ne plia jamais soob le
< commandement de personne, ma jeunesse fiit
c presque sauvage ; mes passions, concentrées dauB un*
< cœur ardent et sensible, furent violentes, extrêmes^' € mais bornées à un seul objet. Jamais le libertinage ne c flétrit mon âme de son souffle impur ; la débauche me* € fit toujours horreur, et, jusqu'à un âge même avancé^' c jamais un propos licencieux n'avait souillé mes lèvres. »
€ Toujours semblable à moi«-
€ même, je n'ai jamais démenti mes principes et mon' € caractère. Si je me suis trompé, la faute en est au ciel, c qui me fit vrai, bon, honnête, mais implacable ennemi* € de l'injustice et de la tyrannie ^ »
(1) Mémoires sur la Révolution française par Èuzot (Paris, Pichoil et Didier, 1828), publiés et malheureusement mis eu ordre pif Ouadet neyeUi pages 23 et suiT.
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Il achève de se peindre, mais s'il a raison de parler de ion courage, il a tort de parler aussi de sa résignation, quand il dit : c Je supporte tout ayec résignation, avec oomage, jusqu'au moment où je pourrai me vengera »
Certes, on ne peut dire que Buzot fut un homme médiocre. Comme beaucoup de ses contemporains, développés peut-être par la grandeur des événements, le itadieux Buzot, accoutumé par les seules occupations de la vie aux silencieuses spéculations de l'intelligence, jeté à lingt-neuf ans hors de sa sphère habituelle par xme révolution considérable, j joue un grand rôle, sans y perdre son austérité propre, sans 7 marquer une ambitioD personnelle, dont tous ses amis ne se sont pas assez dépouillés, mais en développant constamment sinon le génie qui sait s'emparer des événements, du moins les pré* râîons de Thonmie d'Etat dont l'œil pénètre les profondeuxs de l'avenir, la résolution d'un grand courage que rien ae peut abattre, et les aptitudes d'un chef de parti, êachant conduire les siens dans la mêlée, sans jamais se déconcerter.
Jeune avocat d'une petite ville de province, il se trouve pourtant à la hauteur de toutes les circonstances, et orateur; d'une taille élevée, bien proportionnée, il est Trai, mais aux yeux un peu injectés et au teint bilieux, au visage trop eflfacé par le développement d'un nez que M=* Roland, seule, pouvait appeler aquilin, ayant aussi le désavantage d'une voix sourde, il occupe néanmoins une grande place, parce qu'il est tout aussi net, tout anssi vigoureux quand il se sent écrasé par le nombre,
(l; Mémoires sur la Révolution française par Buzot, Ibid. p. 128.