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scnipales. Or, on peut très-bien, on doit même, sans faire
acception de parti, reconnaître que, plus on s'identifie
avec les honmies de cette époque et leurs procédés, plus
on arrive à cette conviction que c'est un des côtés tristes
de ces années, qui ont offert tant de grandiose sous
d'autres rapports, que le mensonge et la calomnie étaient
«dors des armes de combat que l'on maniait dans tous les
partis avec trop peu de scrupule. Le mensonge même
devenait acte de dévouement de l'auteur à son parti I
Il faut donc se garder avec attention des assertions
contraires d'hommes dont la conscience était trop faussée
pour qu'elle ne doive pas exciter la défiance de la nôtre
aujourd'hui, et, quelle que soit notre opinion personnelle
on notre parti politique, dominant de haut ces gens sans
vergogne qui ont paru dans la mêlée le mensonge à la
bouche, nous ne devons pas nous laisser entraîner à cette
légèreté trop française qui a fait pardonner à quelques-uns
d'entre eux leurs turpitudes, en considération des saillies,
des habiletés ou de la vigueur de leur esprit. La Révolution
ne doit plus être jugée d'après Rivarol, Hébert, Joumiac
de Saint-Méard, Marat, l'abbé Royou, Guffroy, Peltier,
Préron, ou autres gens de même valeur morale. On a
^ison d'être plus exigeant maintenant, de rechercher la
«ource des assertions et d'en faire une critique attentive.
On n'est vraiment que juste quand on remarque que les
premières histoires de la Révolution, qui, si elles étaient
rentes aujourd'hui, seraient indubitablement faites ou
avec plus de réserve et de soin, ou avec un esprit plus
critique et moins crédule, ont ramassé sans contrôle des
romans et des calomnies qui ont défiguré la vérité et
attribué à des personnages de la Révolution un rôle
différent) parfois contraire, tout autre souvent que leur rôle véritable.
Aussi les recherches faites depuis ont-elles bouleversé les notions acquises, quand, par exemple, on avait lu qu'à tel moment tel personnage était aux prisons, ou en compagnie compromettante, ou prononçait telles paroles significatives, et que l'on découvrait, même par des procèsverbaux de séance, qu'au marne moment le même personnage était au contraire à l'Assemblée nationale, au pouvoir exécutif ou au Conseil général, et qu'il y participait à une délibération, qu'il y parlait et faisait ou combattait des propositions sur des objets déterminés.
H en a été ainsi pour Danton particulièrement, auquel un historien, qui n'a pas indiqué, il est vrai, la source où il a puisé, qui paraît avoir été trop avare de vérifications, mais qu'on ne peut accuser de malveillance envers le grand révolutionnaire, a pourtant attribué la préméditation même du massacre dans les prisons avec Marat, alors président, ou tout au moins membre trop influent du Comité de surveillance institué à la Commune.
Cet historien rapporte en effet en quelques mots que c'est le 30 août, au Comité de surveillance j que Danton a prêté son audace aux horribles rêveries de Marat, et que, le 2 Septembre, après avoir parlé à l'Assemblée législative et obtenu un décret pour l'armement, au lieu d'aller au ministère de la marine où il était attendu, il s'était rendu à la Commune au Comité de 8urveillan/:e ^
Mais rien, absolument rien ne démontre que ces égorgements aient été délibérés, prémédités même, par Marat et
(1) Thiers, Résolution, m, 65.
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ee comité qui, réminisoence de Charles ix et de la Saint*
Barthélémy, a en l'inooncevable témérité, non pas senle-'
ment d'nsnrper le nom de la Commune ponr l'associer à
une démarche criminelle, mais de rédiger l'abominable
circulaire du 3 septembre, conseillant aux provinces de
recourir aux mêmes procédés : les hommes capables d'ime
telle audace auraient tout aussi bien revendiqué l'invention
du orime qu'ils conseillaient. Cela même pouvait bien
fournir l'idée d'élargir l'accusation comme on l'a fSadt ;
cependant on peut croire Marat, et c'est malheureux pour
lui, quand il se défend d'avoir fait plus, car il n'était
certainement pas homme à reculer devant l'aveu d'une
extermination qui était si bien dans son esprit et dans sa
manière d'agir.
Nous verrons que, pour ce qui concerne plus spécialement Danton, sans lequel, on l'a bien senti, tout lien manquerait à la préméditation supposée, les dates indiquées (30 août et 2 septembre) prouveront elles-mêmes que, quand on a dirigé contre lui l'inculpation, on s'est trop borné à une assertion et on n'a pas assez recherché la valeur de cette circonstance relevée contre lui que, le 2 septembre, sortant de l'Assemblée, il n'était pas allé au niinistère de la marine où il était attendu, mais au Comité de surveillance de la Commune.
Or, cette partie de l'assertion et ses conséquences se trouvent détruites par une révélation résultant de l'ouvrage même d'un royaliste ardent, malveillant écrivain que l'on a appelé un pamphlétaire, qui a inventé un autre moyen, trop tardif au moins, de rendre Danton responsable du crime.
D a raconté que celui-ci, en quittant l'Assemblée vers
une heure diaprés-midi, était allé au ministère de la justice, dont on sait qu'il était le titulaire, et où le conseil exécutif tout entier a tenu ime séance ayant pour objet, assez urgent sans aucun doute, de faire et d'arrêter les listes des commissaires à envoyer aux armées et dans les départements ^ Et le conseil n'a terminé sa séance
qu'après onze heures ; M"*® Roland nous l'apprend ^.
C'est d'après M"® Roland elle-même que l'on a cru établir que Danton s'était effectivement rendu à la Commune, au Comité de surveillance.
Il ne faut pas s'étonner de trouver chez M™ Roland, Egérie probablement funeste aux Giroiylins, les travers mêmes des chefs de la Gironde, petite église intolérante et exclusive comme une secte, qui ne se contentait pas de relever avec soin les talents et les vertus parfois si heureusement réunis des hommes qui la composaient, mais qui n'en reconnaissait pas à tout ce qui n'était pas ellemême.
H est vraiment remarquable, à la lecture des écrits des Girondins, quand il s'agit de quelque personnage avec lequel ils ont eu des rapports et qui n'a pas voulu s'asservir à leur direction, et plus encore quand il s'agit d'un adversaire, de constater combien ils sont disposés à nier ses mérites, quelquefois avec une assurance peu habile, souvent en songe-creux, présentant comme réalité des complots dont l'absurdité démontre immédiatement l'invraisemblance, ou bien ramassant les choses les plus insignifiantes, ces pauvretés qui ne prouvent jamais que le denûment de ceux qui en font usage.
(1) Peltier, ii, 239.
(2) M»« Roland, Mémoires (Notices historiques.)
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M^ Boland n'y a certamement pas manqué, qnoiqné Danton, malgré son habitude de peindre gens et choses en termes très-expressifs, ait été loin d'oser de la loi du talion envers le ménage Boland. Un jour, il est vrai, quand Boland était ministre, il l'a appelé un vieillard cauteleux ; mais, .en dehors de cette boutade, Danton n'a jamais répondu qu'avec ménagement à la personne même du ministre. Aussi Danton était-il en droit de dire, dans an discours à la Convention : a N'ai-je pas montré ime c extrême déférence pour un vieillard dont le caractère € est opiniâtre, et qui aurait dû au contraire épuiser tous € les moyens de douceur pour rétablir le calme ? Boland, < dont je n'accuse pas les intentions, répute scélérats tous t ceux qui ne partagent pas ses opinions. »
Ce n'est pas Danton, ce n'est pas même un Montagnard qui a commencé à jeter le ridicule sur les chefs de la Gironde allant chercher des inspirations politiques sous le toit du ministre de l'intérieur ; Dumouriez (qui aurait été un grand homme, s'il avait été un honnête homme) a, le premier, étant ministre avec lui, refusé de continuer à délibérer les matières du gouvernement auprès du pot-au-feu de Boland.
Ce n'est que plus tard que Danton à son tour, poussé à bout, a laissé tomber du haut de la tribune ce conseil : « Personne ne rend plus justice que moi à Boland ; mais « je vous dirai, si vous lui faites une invitation, faites-la € donc aussi à Madame, car tout le monde sait que « Roland n'était pas seul dans son département. Moi,
€ j'étais seul dans le mien d
On a dit, mais peut-être plus par sentiment que par la raison d'un fait constaté, que c'est ce trait qui a animé
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davantage la tête de la Gironde contre Danton, et lui en a fait nn ennemi irréconciliable. L'affection des uns^ l'orgueil on la vanité des autres, la morgue et même la véritable dignité personnelle, booscolés par le ridicule, pouvaient, moins encore chez les Girondins que cbea d'autres, pardonner un trait qui les atteignait et faisait blessure.
Aux yeux de M°^ Roland, si Danton a une figure c repoussante et atroce, j> s'il a une voix de a taureau, » elle ne s'en est aperçue vraisemblablement que depuis qu'il a refusé d'écouter les suggestions de Roland et les siennes, qu'il a abandonné Roland à ses voies et qu'il a suivi les siennes propres.
Aussi l'imagination de M°^ Roland s'est-elle abandonnée aux assertions les plus faciles à faire. Par exemple, elle ne s'inquiète pas si on ne lui demandera point l'indication de son auteur ; et, sans embarras, sans hésitation, elle raoonte, comme fait certain, qu'alors que < les ennemis s'avançaient sur notre territoire, et que leurs progrès devenaient alarmants, d les instigateurs des journées de Septembre avaient fait cette combinaison que la terreur est un moyen (Tinjliœnce ; elle ne recule pas à donner pour une des causes du massacre, un pillage domt le produit JUUtait la cupidité des instigateurs ; elle ajoute que rien ne fut négligé de tout ce qui était propre à enflammer Vimaginationj grossir les olyetSj accroître les dangers^ et, dans ce besoin de ramasser laborieusement des incriminations, elle oublie qu'en définitive c'est le ministre de l'intérieur, son mari, et ses amis qu'elle atteint, dont les proclamations et les publications avaient aussi enflammé les imaginations^ pour des objets qui n'avaient certes pas
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besoin d'être çrosM^ et an milieu de dangers qui ne poo* yaient être accrus que par une catastrophe immense, irre* médiabloi la perte de la France, de sa nationalité et de sa liberté.
Si Marat) qui ne reculait devant rien, et son Comité de surreillanoe se donnent le droit de lancer un mandat d'arrêt contre le minisiare de rintérienr, contre Boland^ et si Danton s'élève contre ce mandat et en empêche l'effet \ au lieu de voir dans cette manière d'agir sinon une manifestation convenable vis-ànvis de Roland, au moins la conduite si simple, si naturelle d'un ministre de la justice brisant un acte d'usurpation de pouvoirs qu'il est intéressé lui-même à ne pas tolérer, l'imagination de 11°^ Boland ne manque pas de chercher et de trouve? d'autres motifs. Ëlle-mâme arrive à demander qui est-^ qui ne voit pas, dans la démarche de Danton, celle d'un (xmjuré qui veut pressentir l'effet du ooup et se faire honneur de l'avoir paré, lorsqu'il se trouve manqué d'ailleurs, ou paré par d'involontaires délais !
D 7 a là tout au moins un exemple entre mille de l'esprit malade et soupçonneux de quelques Girondins, qui s'est communiqué aux Montagnards, et Ton peut croire
(1) Il monte chez Pétion, le prend en particulier^ lui dit dans son langage toujours relevé d'expressions énergiques : « Savez-vous de '• quoi il se sont avisés? Est-ce qu'ils n'ont pas lancé un mandat
• contre Roland ? — Qui, ceux-là ? demande Pétion. — Ëh ! cet enragé « de Comité ! J'ai pris le mandat; tenez, le voilà; nous ne pouvons
• laisser agir ainsi, diable, contre un membre du Conseil I » — Pétion prend le mandat, le lit, le lui rend en souriant et dit : -^ « Laissez faire, ce sera d'un bon eiïct. — D'un bon effet! répliqua
• Danton, qui examinait curieusement le maire; oh! je ne souffrirai pas cela; je vais les mettre à la raison! • Et le mandat ne fut pas mis à exécution. (M»* Roland, Méinoires.)
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que c'est peut-être avec la bonne foi de Terreur que beaucoup se sont lancé réciproquement des accusations dont les documents historiques nous démontrent quelquefois la fausseté.
MaiSy et c'est triste à dire à propos de M™* Boland, dont l'immolation reste^ même à la distance où nous sommes, un des faits les plus déplorables de la Révolution, il n'a pas suffi que la démarche de Danton tfit l'objet d'une interprétation aussi déraisonnable, que M^ Roland devait être la dernière à faire, il a fallu que cette démarche servit à établir que, le 2 septembre, en sortant de l'Assemblée, au lieu de se rendre au ministère de la marine, Danton est allé à la Commune et au Comité de surveillance^ car c'est ce jour-là précisément qu'il est monté chez Pétion, le maire, pour se plaindre du mandat contre Roland; et au moment où M°^ Roland se rendait à la Marine, croyant y trouver son mari, < que faisait alors Danton? » se demande-t-elle. Et elle se répond tout aussitôt : € Je ne « l'ai su que plusieurs jours après ; mais c'est bon à dire « ici, pour rapprocher les faits : il était à la mairie, dans
< le Comité de surveillance, d'où sortait l'ordre des
< arrestations si multipliées depuis quelques jours : il d venait d'y embrasser Marat, après la parade d'une feinte
< brouillerie de vingt-quatre heures, d Plus venimeux que probant, un tel passage n'a cependant pas été sans portée. Dans la combinaison girondine, teudant à se créer une arme d'attaque, il faut que les égorgements de Septembre aient été prémédités ; c'est Marat et son Comité de surveillance qui se prêtent le mieux à une telle conjuration; il faut y associer la Montagne^ et le grand révolutionnaire Danton sera le lien entre les conjurés ; il faut donc que
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Danton soit allé au Comité de so^veillance. Eh bien I il
j est allé le 2 septembre précisément ; M°^ Roland le
dit à propos du mandat contre son mari ; ce qui se passait
le même jour fixe le moment sans aucun doute possible ;
elle annonce, il est vrai, ne l'avoir su que quelques jours
après, sans révéler par qui ni comment, mais c'est bon à dire^
et elle le dit, et d'autres ne rechercheront pas si Danton,
le 2 septembre, en sortant de l'Assemblée, est allé à son
ministère, s'il a travaillé avecles ministres; ils se bornent
à répéter, d'après M°^ Roland, que c'est à la Commune,
au Comité de surveillance qu'il s'est rendu, ainsi qu'elle a
pu le préciser par le mandat décerné contre Roland.
Fait certain, fait acquis, on en tirera des conséquences
faciles oonmie le fait lui-même Et pourtant ceux
qui voudront chercher trouveront que cet échafaudage sans valeur repose d'ailleurs sur une fiiusse date, car il résulte d'un discours préparé que Pétion se proposait de lire dans la séance de la Convention du 5 novembre 1792, qu'il a fait insérer au Moniteur du 10, nécessairement counu de M"^® Roland, et facile à connaître pour les écrivains qui l'ont copiée, que ce n'est pas le 2 septembre, mais bien le 4, que Danton est allé au Comité de surveillance, y a trouvé et pris le mandat que Marat avait fait préparer contre Roland et est monté au cabinet du maire Pétion : € Le Comité de surveillance lança en effet un t mandat d'arrêt contre le ministre Roland, c'était le 4, ^ et les massacres duraient encore, Danton en fut instruit, € il vint à la mairie. Il était avec Robespierre. Il s'em- € porta avec chaleur contre cet acte arbitraire et de € démence ; il aurait perdu non pas Roland, mais ceux a qui l'avaient décerné. Danton en provoqua la révocation,