‹ Études sur la révolution françaiseChapitre 77 sur 198 · DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

DE SEPTEMBRE

a. étaient renfe^nés^ j> D'où le mot si tristement exact prononcé dès alors : Les prisons ne sont pas sûres! Presque aussitôt elle voit ses rues se remplir d'émeutes à la suite d'un autre verdict d'acquittement dont aujourd'hui encore, loin des colères et des passions du moment, les termes extraordinaires, au moins imprudents, semblent une dérision provocatrice jetée à la face d'une nation vivant dans une atmosphère de complots ^.

Elle entend un misérable condamne à dix ans de galères, attaché au carcan, crier : <i: Vivent les Autrichiens! Vivent nos libérateurs I »

Il ajoute même, en subissant la mort, qu'il va être vengé, et que, dès la nuit prochaine, les prisonniers vont égorger les sentinelles, sortir armés et incendier Paris.

Elle apprend que, dans la nuit du 31 août au V septembre, les prisonniers du Châtelet, sans s'effrayer de rémeute si symptomatique qu'un verdict inexplicable vient de provoquer, imprudents si l'on veut, ou devenus, ' si l'on veut aussi, fanfarons à l'approche des armées étrangères, avaient crié : Vivent les Autrichiens! A bas la fuUion!

Elle sait tout ce que la situation a de désespérant, alors

(1) Pétion, Discours du 29 octobre.

(2) « Le jury a déclaré... qu'il a existé une conspiration, des complots, dos machinations tendant à allumer la guerre civile, en préparant la désorganisation du Corps législatif. . . qu'il est également constant que Louis- Victor-Luce Montmorin est convaincu d'y avoir coopéré, d'avoir écrit do sa main un plan de conspiration, dont l'effet a éclaté le 10 août dernier, lequel a été trouvé parmi ses papiers; qu'il est convaincu d'en être l'auteur, mais qu'il n'est pas convaincu de l'avoir fait méchamment et à dessein de nuire. • ( Verdict d'acquittement du marquis de Montmorin.)

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que les grands pouvoirs de PÉtat ne dissimulent plus leniv inxiétésy nlon qae les ministres Girondins ont d^i soumis à la délibération leur plan d'abandonner Paris et de se retirer à Tours ou à Blois, et que c'est i l'énergie de Danton seul que Paris a dû la conservation du gouvernement dans la capitale, et par suite l'espoir d'être défendu.

Elle sent que la fièvre des résolutions extrêmes est tout aussi bien dans l'Assemblée que dans les rues et les places publiques, puisque l'Assemblée a chaleureusement approuvé le corps municipal annonçant que le tocsin et le canon d'alarme allaient appeler les citoyens de Paris et des départemente .oisins à mLher contxe 1 Wmi; alo» aussi que, sur la proposition d'un Girondin, appuyée de la voix de Danton, qui a fait entendre ce jour-li les paroles tant reproduites : <i Le tocsin qu'on va sonner < n'est point nn signe d'alarme ; c'est la charge sur les A ennemis de la patrie; pour les vaincre. Messieurs, il € nous &ut de l'audace, encore de l'audace, toujours de « l'audace, et la France est sauvée I s> l'Assemblée a prescrit les visites domiciliaires, ordonné la capture des armes et prononcé la peine de mort contre les hommes valides qui refuseraient de servir personnellement, ou de livrer leurs armes, ou qui entraveraient les mesures de salut public.

Elle voit, cette population, exécuter immédiatement sous ses yeux l'arrêté pris après coup par le Conseil général ordonnant la fermeture des barrières, la mainmise au milieu des rues sur les chevaux propres au service d'une armée, l'ordre à tous les citoyens de se tenir prêts à marcher au premier signal, la réquisition des

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armes des vieillards et des infirmes, le désarmement des réoaidtrants et des suspects, et Tenvoi dans les sections de commissalreB, qui < j peindront avec énergie i leurs < concitoyens les dangers imminente de la patrie, les c trahisons dont nous sommes environnés ou menacés ; c ils leur représenteront avec force la liberté menacée, c le territoire français envahi ; ils leur feront sentir que € le retour i l'esclavage le plus ignominieux est le c but de toutes les démarches de nos ennemis, et que c nous devons, plutôt que de le soufifrir, nous ensevelir c soos les ruines de notre patrie et ne livrer nos villes c que lorsqu'elles ne seront plus qu'un monceau de € cendres, n

Sous l'influence de toutes ces excitations, elle devient naturellement de plus en plus farouche, à mesure que les dangers semblent se présenter à l'esprit et plus sombres et plus formidables, au bruit du tambour qui bat la générale dans les sections, mais aussi au bruit du canon et du tocsin, appelant de leur grande voix chaque

habitant à défendre ses foyers et sa vie

Pour avoir le tableau toujours incomplet d'animation et de couleur, mais à peu près exact et vrai d'un tel moment, il ne faut s'en rapporter absolument ni aux récits des Montagnards, ni à ceux des Girondins, ni à ceux des royalistes; il faut contrôler et critiquer avec soin les uns et les autres.

Quand on voit les Girondins se faire une arme de ces massacres et leur assigner pour cause un complot combiné, concerté et exécuté parleurs adversaires, il est curieux de constater ce que le girondin Pétion, maire de Paris, a pensé, loi aussi, de ce grand malheur et de ses véritables

causes : o: La justice était lente, dit-il, à prononcer sur le € sort des détenus, et ils s'entassaient de plus en plus € dans les prisons. Une section vint en députation au

< Conseil de la Commune, le 23 août, et déclara formelle- € ment que les citoyens, fatigués, indignés des retards

< que Ton apportait dans les jugements, forceraient les € portes de ces asiles, et immoleraient à leur vengeance € les coupables qui y étaient renfermés. Cette pétition € conçue dans les termes les plus délirants n'éprouva « aucune censure; elle reçut même des applaudissements. « — Le 25, mille à douze cents citoyens armés sortirent « de Paris, pour enlever les prisonniers d'État détenus à « Orléans, et les transférer ailleurs. Des nouvelles € fieU^heuses vinrent encore augmenter l'agitation des € esprits. On annonça la trahison de Longwy et, quelques « jours après, le siège de Verdun. — Le 27, l'Assemblée « nationale invita le département de Paris, et ceux envi- € ronnants à fournir 30.000 hommes pour voler aux « frontières. Ce décret imprima un nouveau mouvement, a qui se combina avec ceux qui existaient dey à. Le 31, « l'absolution de Montmorin souleva le peuple. . . Dans a le même moment on publia la révélation d'un complot, « faite par un condamné, complot tendant à faire évader a tous les prisonniers, qui devaient ensuite se répandre € dans la ville, s'y livrer à tous les excès et enlever le « roi. — L'effervescence était à son comble. — La Com- <L mune pour exciter l'enthousiasme des citoyens, pour les <L porter en foule aux enrôlements civiques, avait arrêté de <r les réunir avec apparat au Champ-de-Mars, au bruit <L du canon. — Le 2 septembre arrive, le amon d'alarme a tonne ; ô jour de deuil ! à ce son lugubre et alarmant,

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c on se rassemble, on se précipite dans les prisons; on € égorge, on assassine ^ i>

En négligeant même de tels aveux, ou de tels récits

d'origine girondine, on peut recourir préférablement aux

récits des contemporains qui se sont élevés contre les

massacres de Septembre, mais avec désintéressement, et

par cela même avec plus d'impartialité. Par une telle

méthode, on arrive inévitablement à cette conclusion de

Tnn des derniers récits qui paraissent les plus impartiaux

et qui a été rédigé par un témoin en situation de bien

voir et de savoir : <t La terreur s'empare de tous les esprits ;

€ on court aux armes ; un cri général se fait entendre :

€ Volons à Fennemi/. . . . fnais. . . . nos ennemis les plus

€ cruels ne sont pas à Verdun^ ils sont à Paris dans les

€ prisons. Nos femmes^ nos enfants^ laissés à la merci de

€ ces scélératSy vont donc être immolés/ disent quelques

€ hommes. Eh bien! ajoutent d'autres, frappons avant

€ de partir courons aux prisons ! Ce cri

< terrible, j'en atteste tous les hommes impartiaux, « retentit à l'instant d'une manière spontanée, unanime, c universelle, dans les rues, dans les places publiques, « dans tous les rassemblements .... ^ »

Et les sections se réunissant, agitées, convulsives, se sont embrasées et des mêmes terreurs, et des mêmes fureurs que les rassemblements des rues et des places publiques. On y tient identiquement le même langage, puisque c'est de là que sortent ces mots sinistres de ceux qui vont aller s'opposer à la marche des armées étrangères :

(1) Pétion, Uoniimr^M 10 novembre 1792, V. Mélanges.

(2) Méhée, La VériU tout entière.

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c Qu'il ne reste pas derrière nous an genl de nos ennemis € vivant, pour se réjouir de nos revers et tr^yper en c notre mbsence nos femmes et nos enfants ! i>

Dans presque toutes les sections, où Ton croit d'ailleors i la conspiration des prisons et à l'influence des piétnes dans les malheurs de la Révolution, se reproduisent les mêmes oolèret, toujours atssi violentes et aussi terribles. Elles vont parfois jusqu'à se formuler en délibérations régulières, oomme dans la section du Faubourg-Poisson* nière, où l'on arrête avec une épouvantable netteté que tous les prêtres et les suspects enfermés dans les prisons seront mis à mort ; comme dans la section du Luxembourg ellemâme, où l'on délibère aussi que tout homme en état d'ar* restation est coupable, et qu'il est temps que la justice du peuple s'exerce sur ces coupables

Le même sentiment aveugle et furieux est partout. Bien ne sauvera les prisonniers, rien, car la gaxde natio« nale, qui ne peut être bien différente des sections, qui se compose de 96.000 hommes, mais qui oppose déjà le mauvais vouloir aux réquisitions supérieures, n'ira pas se placer à la porte des prisons pour en défendre l'entrée* Quel dérivatif puissant, inconnu, providentiel interviendra pour changer brusquement, sur l'heure même, un funeste courant d'idées et de colères ?

Loin de là I

Depuis le 19 août^ on arrêtait tous les jours des prêtres soumis à la déportation. Trois cents ont été arrêtés ainsi. Ils étaient d'abord conduits à la Commune ; ils y subissaient leur premier interrogatoire, et y restaient momentanément emprisonnés dans ce que Ton appelait la salle du (ùpôt ; ils étaient ensuite transférés dans diverses

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prisons, aax Carmes, à Saint-Firmin, i T Abbaye ; c'est sur cette prison que les derniers, ceux du 1^ septembre, avaient été dirigés au nombre d'une vingtaine. Le 2 septembre, vingt-quatre prêtres sont encore transférés à l'Âbbaye, dans six voitures, dit Tal^ Sicard, qui était dans la première, mais dont l'esprit n'a pas conservé en ces terribles accidents assez de lucidité pour qu'on s'en rapporte à ses souvenirs ; dans trois voitures, dit Peltier, qui était cadié, mais qui a pris dans ses récits fiibriqués l'assuraoee d'un h<»nme qui aurait tout vu par lui-même; dans quatre voitures, dit Méhée, qui suivait les voitures. Qu'im* porterait leur nombre, si ce nombre différent n'était paiement affirmé avec tant de précision et d'apparenoe de certitude, qu'il est un nouvel enseignement pour démontra une fois de plus avec quelle réserve il faut accueillir les récits de cette époque.

Les trois, quatre ou six voitures, avaient pour esoorte des fédérés avignonnais, et ces fédérés marseillais si chers aa cœur de Barbaroux, mais dont il ne parlera pas à propos du 2 septembre, quand il voudra suivre le mot d'ordre de ses amis. Mais il est certain aussi qu'une foule considérable, grossissant sans cesse, accompagnait les voitures et l'escorte, qui s'est montrée trop peu discrète, et a révélé trop volontiers à cette foule que les hommes que recelaient les voitures étaient des prêtres en arrestation.

Les voitures avaient déjà franchi la Seine, étaient engagées dans le faubourg Saint-Germain, avaient parcouru la rue Dauphine et s'approchaient de l'Abbaye, lentement, au pas, au milieu de la foule et au bruit du canon qui parlait à la grande ville, mais aussi au bruit

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des imprécations et des menaces dont les prisonniers étaient Tobjet. Ceux-ci voulurent assez naturellement, pour se soustraire sans doute aux injures, fermer les portières de leurs voitures, mais on s^ opposa. Par quelle idée funeste, Tun des quatre prêtres qui étaient dans la dernière voiture se laissa-t-il entraîner à passer son bras par la portière, et à frapper d'un coup de canne à la tête l'un des fédérés de l'escorte? Celui-ci, déjà imprégné sans aucun doute de cette atmosphère dans laquelle vivait Paris, et n'écoutant plus qu'une colère sauvage, prend son sabre, monte sur le marchepied de la voiture, et tue sans hésitation son agresseur.... Les autres fédérés, tout cela en deux minutes, a dit un témoin, saisissent aussi leurs sabres; la foule crie, hurle, veut tuer tous les prêtres, et les fédérés immolent dans cette dernière voiture les trois compagnons du premier tué.

Néanmoins, la marche continue pendant quelques instants encore pour toutes les voitures, même pour celle qui ne porte plus que des cadavres ; elles entrent dans la cour de l'Abbaye et s'y engloutissent dans une tempête de colères et de soubresauts de rage. Effrayes, fous de terreur, les prêtres qui descendent des voitures veulent s'enfuir, mais comment se sauver dans cet océan de fureurs sauvages ? Us y périssent tous ou presque tous ....

La première saignée est faite ! . . . . et là, à cette prison de l'Abbaye, une multitude enivrée du premier sang répandu n'aura plus de frein, frappera, tuera avec férocité, avec la lâcheté aussi des scélérats, assassinant sans

danger pour eux-mêmes des victimes sans défense

Et cela va continuer ici, ailleurs, ce jour-là, la nuit suivante, le lendemain, une autre nuit, encore un autre

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