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I. Colonisation des Cosaques

Les Cosaques représentent, pour ainsi dire, une chevalerie moderne du peuple slave. J'aurai lieu de revenir sur ce phénomène plein d'intérêt, et ne m'en occuperai pour le moment que pour autant que cela se rapporte à f leurs colonies. f

L'origine du nom et de la constitution des Cosaques est obscure. Leur berceau se trouvait probablement chez les Pctits-Russiens. Entre la Russie et la Pologne il y avait nn vaste espace de terres désertes que traversait le Dnieper. Là se formaient des hordes de brigands assaillant et pillant tour à tour les Moscovites, les Polonais et les Ta r tares de la Crimée. Des Petits-Russiens et des femmes russes, pour se soustraire aux impôts, aux cor- j vécs et à l'église de la Pologne, vinrent les rejoindre. ' Accrus en nombre, ils formèrent un peuple et nommèrent leur pays la terre de la frontière (Ukraine). Reconnaissant le Roi de Pologne comme leur protecteur, ils se donnèrent une constitution libre, et grâce à leur courage, ils apparurent a la chrétienté entière comme une précieuse avant-garde contre les Tartares et les Turcs. Leurs sentiments religieux les éloignèrent peu à peu de la Pologne, et Pierre I les accueillit comme Russes. Puis, cette jonction mTTfin^nîJeTorsquirCâTEcnn^ îï soumit à son sceptre la Petite-Russie tout entière.

Cette colonisation des Cosaques dans l'Ukraine, qui

avait lieu sans le secours du gouvernement russe ni de

celui de la Pologne, prenait pied le long des rivières et

des fleuves, surtout sur les rives du Dnieper. C'est dans

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les Iles du Dnieper que se trouvait la célèbre république cosaque des Zaporau'ens.

Les Turcs a^anl été refoulés dans leur territoire et les Tarlares étant devenus sujets russes , l'organisation militaire des Cosaques de l'Ukraine devint superflue. Leur pays ne tonnait (dus la frontière. Un corps aussi fortement constitué devait d'autre part inspirer des inquiétudes au gouvernement russe. Que Ton se représente en effet un peuple animé d*uu esprit d'indépendance indomptable, pouvant mettre à chaque moment sur pied 100,000 bornâmes sous la conduite de leur ataman, un peuple enfin qui se trouvait dans une position géographique très dangereuse et à égale distance de la Pologne , de l'Autriche et de la Turquie ; que Ton se représente ces circonstances exceptionnelles et l'on comprendra la susceptibilité de la couronne. Catherine 11 se hala de faire cesser cet état de choses. Profitant, en 1775, de quelques dissentiments qui avaient éclaté parmi les Cosaques, elle abolit leur constitution politique et militaire et les assimila au reste de l'Empire, leur laissant leurs propriétés et leur organisation communale. Là-dessus, le dernier ataman. K\rill Hasumowskv, déposa le commandement. En 1702, la célèbre Sctsrlia des Zapora\icns, fut transportée, en partie sous la direction de Potcmkiu, vers la frontière du Caucase et sur le Kuhan. In certain nombre de ces Cosaques, irrités de la dissolution de la Sctscha, passèrent aux Turcs et, de l'autorisation du Sultan, s'établirent sur le Danube, et en 1SK1, sur le rivage de la mer Noire. Mais en 1*2$, refusant de marcher contre leurs compatriotes, les Russes, ils .se soumirent de nouveau à l'empereur, qui leur assigna iUjs (erres sur la mer d'Asow. On prétend que tous ces Cosaques ci-de\ant Zapora\iens comptent maintenant à peu près 170,000 hommes et en fournissent 30,000 au service militaire. Ces 30,000 hommes forment douze régiments de cavalerie, neuf d'infanterie, trois batteries d'artillerie à cheval. Le tiers de ces troupes est toujours sur pied et forme le cordon militaire dirigé contre les montagnards de l'Ouest du Caucase. Par un oukase de 1$42, tous les

Cosaques petit-russiens du Kuban et de la mer Noire reçurent l'organisation des Cosaques du Don.

Presqu'en même temps que les Cosaques dont je viens de parler, parurent sur la scène les Cosaques du Don qui faisaient partie de la race grand-russienne. On dit que des émigrés de Novgorod se sont établis en premier lieu en ces lieux4'). Des prisonniers de guerre et des déserteurs tartares se sont mêlés à ces premiers. Plus tard, des Petits-Russions et un grand nombre de serfs qui avaient quitté leurs maîtres , vinrent se joindre à eux. Du reste, môme organisation que chez les Cosaques petit-russiens. On ne sait d'ailleurs pas si ces derniers leur ont communiqué leur constitution, ou s'ils l'ont reçue des Cosaques tartares établis dans ce pays. Ce qui est certain, c'est qu'ils n'ont reçu cette constitution ni d'un maître quelconque, ni surtout d'un prince russe; car ils pillaient au commencement les pays russes aussi bien que ceux des Tarlares et des Perses. Ils exerçaient surtout leurs brigandages sur le Wolga, le Don, la mer d'Asow, et la mer Caspienne. En 154!), le czar répondit aux Perses et aux Tarlares qui se plaignaient de ces ravages, que ces brigands n'étaient nullement ses sujets et qu'ils n'avaient qu' à se défendre euxmêmes. Enfin, le czar Ivan Wasiljewitscb les combattit dans une guerre longue et sanglante.

Dès les temps les plus reculés, les Cosaques du Wolga se séparèrent de ceux du Don. En 1577, sous le même czar Ivan Wasiljewitscb, bon nombre de Cosaques du Wolga et du Don prirent la fuite et s'établirent sur les bords du fleuve Ural ou Jaik. D'autres, sous la conduite de Jermak, allèrent conquérir la Sibérie. C'était en 1581. Ces derniers, du reste, se réconcilièrent plus tard avec le czar et lui cédèrent leur conquête. Leurs descendants forment précisément le noyau des Cosaques de la Sibérie, établis entre les Kirguis, les Kalmouks, les Samjors etc. sur une étendue de 2379 verstes, et distribués en trois divisions

•) Voyez IIupcl, Hfiscellanrcs du A'onl, p. 49—50.

militaires : Uschinsk , Irtasch et Koliwan. Leur quartier général se trouve à Tomsk. C'est d'un mélange de Baschkirs, de prisonniers (le guerre Kirguis et Kalmouks et des anciens Cosaques de Jcrmak, que se sont formés ceux dont je parle. En 1707, on établit parmi eux 1000 enfants de soldats russes. En lhl2, on leur envoya beaucoup de Polonais, faits prisonniers. Ceux-ci se trouvèrent si bien de ce nouvel établissement que, lorsqu'on leur permit plus tard de retourner chez eux, ils préférèrent demeurer où ils étaient. En tout, ils peuvent compter 50,000 hommes, dont 8700, divisés en dix régiments, sont en service actif. Parfaitement à leur aise, ils s'adonnent à l'a grî eu 11 lire, à l'élève du bétail, à la chasse, à la culture des abeilles, enfin à la pèche. Le lac de Nor-sai-san, que leur ont cédé les Chinois, leur rapporte, à lui seul, 30,000 roubles. Du reste, 2000 hommes étant toujours nécessaires pour occuper les postes des frontières, le service militaire auquel ils sont assujettis, parait être assez lourd. Grâce à cette organisation, dans laquelle le gouvernement d'autre part fait entrer un certain nombre de llaschkirs , un régiment de Duraels et des Tunguses, les frontières sont parfaitement gardées.

Ainsi, tandis que les Cosaques de l'Ukraine, du Don et de lirai se sont établis spontanément et sans l'appui de la couronne, celle-ci a organisé en partie les établissements des Cosaques de la Sibérie et lout-à-fait ceux qui se trouvent sur la ligne du Caucase entre la mer Noire et la nier Caspienne. A l'Ouest du Kuban et de la mer Noire, on a fixé les Cosaques petit -russiens, et les Cosaques urand-russiens. \cnant des Cosaques du Don et dits Cosaques de (îrebensk ou Mosdosk, ont été établis à l'Est, vers la mer Caspienne et sur le Terek*1. En tout, ils peuvent compter 120,000 aines qui fournissent, pour le service actif, 17 régiments de cavalerie avec une brigade de trois batteries, en tout 10,000 hommes.

*) Pierre 1, drjà on 1711, commença à organiser de» lignes de C.osaipie» le long du Kuban et du Tcrjuk.

Cependant le gouvernement a adopté pour ces nouvelles colonies la constitution particulière à ce peuple, constitution éprouvée par la suite du temps et dont le modèle se trouvait chez les Cosaques de l'Ukraine et du Don.

La constitution civile de tous les Cosaques repose sur l'organisation communale russe que le gouvernement a laissée intacte. Aucun noble ne peut acquérir des terres parmi eux. La couronne même ne le peut et doit se contenter d'établir des routes, des canaux et des forteresses: tels sont leurs privilèges. On a aboli l'autorité de l'Alaman et l'assemblée supérieure des Cosaques comme incompatibles avec un gouvernement monarchique. Reste à savoir, si la discipline militaire moderne, récemment introduite, ne finira pas par modifier le caractère de tout le peuple. Il faut rappeler encore que la constitution donnée aux Cosaques du Don en 1775, forme la base de toutes les autres.

Le pays des Cosaques du Don comprend à peu près 6 à 700,000 habitante. Tiln cas de nécessité extrême, chaque Cosaque , depuis la quinzième jusqu'à la soixantième année, est obligé au service militaire. Mais le corps d'armée habituel se compose de 54 régiments de cavalerie, de 1044 hommes chacun, en tout de 56,376 hommes.

En adoptant des chiffres ronds, on trouve pour les Cosaques pelit-russiens

sur les bords de la mer Noire . .

Cosaques grand - russiens sur la

ligne du Caucase

Cosaques du Don

de ITral

» orenbourgeois . . . . » de la Sibérie*) . . . .

') Sur ces doux dernières lignes, il v a encore les Cosaques basch- Lirs et meschtscherskais, comptant '212,300 âmes en 1833 d'après Kôppen.

Ames

Soldats

iëjôoo

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