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Chapitre XXIV

Départ de Baktschiserai. — Sérastopol. — La flotte. — La côte mûridiomle de la Crimée. — Nikolajew. — Le port. — Odessa. — Le gouveraeinent de Cheraon. — La Bessarabie.

Le 26 Septembre, nous quittâmes Baktschiserai et atteignîmes Sévastopol à deux heures de relevée. La route traverse des vallées fertiles que forment les promontoires des montagnes de la Crimée. L'aspect de Sévastopol est magnifique. Située, en amphithéâtre, sur le versant d'une colline, la ville a à sa droite les baies resserrées delà mer entrant dans les terres à travers une porte de rochers, et dans l'étendue d'une lieue; à sa gauche, la mer dans son immensité. Nous venions de quitter une ville toute orientale, remplie de souvenirs historiques et habitée par un peuple fidèle à la doctrine de Mahomet. Maintenant au contraire, nous nous trouvâmes au milieu d'une ville européenne moderne et dont l'origine ne remontait pas audelà de 50 ou de 60 ans. Au lieu de figures orientales, de costumes nationaux et de minarets, nous vîmes des uniformes, des habits à la française, des maisons et des palais avec des balcons, enfin des églises russes. A midi, un coup de canon tiré à l'amirauté, annonça l'heure aux habitants, les tours des églises russes n'ayant pas d'horloges sonnantes.

Le port de Sévastopol est un des plus beaux et des plus sûrs que l'on puisse voir. Du cité du Sud-Ouest, il

entre jusqu'à un mille de profondeur dans la terre férue. A plusieurs endroits, il est large d'un quart de mille. Sa profondeur est de 60 à 70 pieds. Il a cinq baies commodes. En le construisant, on a utilisé avec beaucoup d'intelligence et d'habileté les bases fournies par la nature. Les constructions de ce port sont, en effet, ce que j'ai vu sous ce rapport de plus grandiose. Les quais sont magnifiques. Les fondements dans l'eau consistent en de grandes dalles de pierre calcaire, la partie supérieure présente du porphyre, les balustrades sont de granit Ce granit est transporté du Bug, le porphyre de la côte sud de la Grimée. Dans les docks, on peut construire à la fois trois Taisseaux de ligne et deux frégates. En avant des docks, on voit un bassin de trente pieds de profondeur. Les chantiers des deux frégates sont situés le plus pris de la terre; ceux des trois vaisseaux de ligne viennent après. Dès que les bâtiments sont achevés, trois écluses dont le niveau est plus élevé de quarante pieds, font entrer l'eau dans les docks et les bâtiments descendent dans le bassin. Les écluses se trouvent nourries par un canal d'eau douce, apportant l'eau de quatre milles et demi de distance d'Inkerman. A un endroit déterminé, le canal traverse une montagne par un tunnel long de 230 pieds. La flotte prend l'eau potable dans le canal. A cet effet, on a construit un réservoir ou l'eau est clarifiée avec des charbons et du sable.

Une jolie machine soulève avec facilité les mâts pour les planter dans les bâtiments. Le long des quais, il y a quatre immenses magasins de blé. Deux baies forment une langue de terre en saillie. C'est ainsi que l'empereur a ordonné de bâtir l'amirauté sur une grande échelle. Le terrain est élevé de 60 à 100 pieds. On était occnpé à déblayer toute cette montagne. Un marchand d'Odessa, ancien officier, avait entrepris ces travaux pour 3,500,000 roubles assign.

Les nouvelles constructions sont toutes dirigées par un

Anglais, le colonel Upton*). Elles se distinguent des an* cienncs par une plus grande solidité.

Trois paissantes batteries, de 120 canons chacune, défendent le port.

Des carcasses d'anciens vaisseaux de ligne se trouvent dans une baie. Elles servent de demeures aux ouvriers du port.

Nous fûmes invités à venir visiter, à l'entrée du port, un beau vaisseau de ligne. C'étaient les douze apôtres avec 120 canons.

Le capitaine nous reçut avec une politesse et une franchise de marin. Le bâtiment qu'il commande, est un excellent navire dont la batterie supérieure présente des canons de 24; l'autre de 36. II y a aussi une batterie de bombes de 68. L'équipage se compose de 800 hommes, en temps de guerre de 1000. Ce bâtiment peut recevoir alors le même nombre de soldats.

Le bois pour la construction des navires russes est la plupart du temps descendu par les rivières. Dans les forêts de la Crimée, le bois est trop court. On trouve un bois excellent sur les versants sud du Caucase, mais les moyens propres à le couper et à le transporter ont fait défaut jusqu'ici.

La difficulté pour la Russie d'avoir une flotte toujours prête, résulte ni de l'absence des matériaux de construction ni du manque de bons officiers de marine , mais uniquement de la pénurie des marins aptes à leur métier et surtout des matelots. La marine marchande ne les a pas dans un nombre suffisant. La flotte dans la mer Noire emploie beaucoup de grecs lesquels, on le sait, sont des

*) M. Uplon a fait an contrat pour plusieurs années avec le gourernemeot russe. N'ayant voulu ni derenir sujet russe ni prendre service dans ce pays» il n'a pas su se faire obéir des ouvriers. Pour lui donner de l'autorité, on a dû lui accorder le titre de colonel.

marins nés. Mois elle n'a pas non plus an nombre ai grand de ces matelots que réclame le service de la flotte. Depuis que le royaume de Grèce existe, les Grecs n'entrent plus volontiers au service de la Russie. On mo dit qae le comte Woronzow avait déclaré exempts d'impôts les habitants do tous les villages de la côte. En compensation, tous les jeunes gens nés dans cette contrée, doivent servir pendant cinq ans dans la marine. On espère aossl leur donner le goût du service maritime. On compte que celui qui a servi cinq ans, servira plus long-temps encore ou du moins passera à la marine marchande. On aurait alors dans tons les cas une réserve de marins exercés.

On a érigé un monument au capitaine Kasarski qui, avec un petit brick, s'est vaillamment battu contre trois grands vaisseaux turcs. Ce monument porte la simple inscription que voici: Kasarski, un modèle à suivre pour la postérité.

Nous arrivâmes ensuite à la colonie grecque de Balaklava. Dans l'antiquité, les habitants de Milet avaient fondé ici la colonie de Symbolon. Au moyen-Age c'était, sous le nom de Cembalo, une ville de commerce florissante, soumise à la domination génoise. Conquise par les Turcs, puis par les Russes, elle est redevenne colonie grecque. Catherine II, après la première guerre contre les Turcs, fit venir ici 2000 Grecs ou plutôt des Ameutes qoi s'étaient compromis dans l'insurrection contre le gouvernement turc. D'abord misérable et réduite à 500 têtes, la colonie se releva dans la suite; elle jouit maintenant d'une belle prospérité. Elle comprend deux localités: la petite ville de Balaklava, si resserrée entre des montagnes escarpées et le port que c'est à peine si un petit jardin se trouve autour de la maison; ensuite le village bâti, en avant de la ville, dans la vallée de Kadikoi dont les habitants s'adonnent au jardinage et à l'agriculture. Ses colons forment un bataillon de 500 hommes, auxquels on a confié la surveillance de la côte du Midi.

Le port est excellent mais petit. 11 tourne autour d'un promontoire de sorte qu'à Balaklava, on ne voit pas la

mer et que l'on prend volontiers le port pour un lac. La montagne, ornée d'une ruine des temps des Génois, offre une vue magnifique sur la côte de la mer*

Le lendemain malin, nous traversâmes la vallée de Baidar, où je revis mes chères forêts de hêtres que je n'avais rencontrées nulle part en Russie.

La vallée de Baidar est un large et beau bassin, eitrémement fertile et bien cultivé» Les maisons tartares, dont Tintérienr nous fut montré par les habitants, sont pareilles à celles que j'ai décrites plus haut Un Tartare m'offrit à manger et à boire. Sur mon refus, il cueillit une rose dans le jardin et me la fit accepter.

Par une chaussée bien construite, nous atteignîmes, après quelques heures, la crête de la montagne. Bientôt la mer s'étendit devant nous. Un chemin sinoeux nous conduisit vers la côte sud de la Crimée que tant de voyageurs ont décrite avant moi. Cette côte est un espace de terres long de trente milles, rarement plus large d'un mille, compris entre la montagne formée de rochers hauts de 4000 pieds et la mer. Elle présente un sol excellent, une riche culture, surtout 'pour lies jardins et les vignes. On y voit une foule de petits villages tartares et d'innombrables villas et maisons de campagne.

Nous allâmes visiter Alupka, la magnifique propriété du prince actuel de Woronzow. Elle surpasse, pour la i situation et la beauté, tout ce que j'ai vu sous ce rapport. Le château, d'une dimension colossale, est bâti dans un goût golh-mauresque. On dit qu'il a coûté 7 millions roubles, et il n'est pas achevé à l'intérieur. On a employé, dans la construction du château, une pierre ver- [ dâtrc que l'on trouve dans les environs et qui, vers le coucher du soleil et sous le jour douteux du crépuscule, produit un magique effet. Au clair de lune, l'aspect du château apparaît comme plus merveilleux encore, rehaussé qu'il est par la végétation si riche du Midi, par les rochers du fond et par le sombre miroir de la mer.

Le prince Woromow a fait bâtir une église russe et une mosquée avec un fort joli minaret

Le lendemain, nous nous rendîmes aux campagnes 4e la grande-duchesse Hélène et de l'impératrice, appelées tons les deux Oreanda. Partout on nous reçut fort bien et nons offrit tout ce que nous pouvions désirer, surtout du vin. Nous dûmes dégnster chaque espèce de vin et en dire notre avis. De tout temps, les vins de la côte da Midi ont été bons, et dans ces derniers temps, le comte Woronzow a beaucoup fait pour en améliorer encore la culture. On a transplanté des vignes de tons les pays du monde en faisant venir en même temps les vignerons. Grâce à ce procédé, on a obtenu des vins qui ne laissent rien à désirer. Les vignes des bords du Rhin notamment avaient donné un vin qui avait la force du vin da Rhin, plus de feu et moins d'âcreté. De même un vin de muscat avait toutes les qualités et non l'excès de douceur de cette espèce. Malheureusement, ces vins excellents, dès qu'on les transporte, surtout par voie de terre, se gâtent quelquefois.

A Jalta, nous trouvâmes un hôtelier allemand, un Hambourgeois qui nous servit les plats de son pays. Telle est la vicissitude des choses humaines. Aux Gimmériens avaient succédé, en ces lieux, les Goths, pnis les Tartares. Aujourd'hui, on y parle de nouveau l'allemand.

Près d'Aluschta, nous côtoyâmes, en rentrant, sur notre gauche, dans la montagne, le pied du Dschatertag, le sommet le plus élevé des monts de la Grimée. Dans l'après-midi du 20 Septembre, j'atteignis de nouveau Simpheropol.

C'est alors que je ressentis pour la première fois les atteintes de la fièvre de la Crimée. Elle se déclara ensuite, avec plus d'intensité, à Odessa ou l'on m'en guérit au moyen d'nn vomitif. Après six semaines, à Moscou, j'eus une rechute qui se renouvela, huit mois plus tard, à Berlin. Ces fièvres de la Crimée sont singulièrement opiniâtres. Il est des personnes qui en souffrent des années entières, d'antres n'en guérissent jamais.

Le deux Octobre au matin, nous arrivâmes à Nikolajew. Un aubergiste allemand me communiqua quelques

notices assex curieuses sur la ville et les environs. Les garçons de l'hôtel, outre la nourriture et la pension, reçoivent 240 roubles assign. par an, les garçons de ferme 180, et les filles 120.

Non loin de Nikolajew, plusieurs grandes propriétés sont cultivées par des serfs. Ceux des propriétaires qui n'ont pas de serfs, entre autres quelques propriétaires allemands, louent à des Seigneurs russes de l'autre côté do la steppe plusieurs centaines de serfs pour les travaux de la saison. Cela se fait au printemps. Ils les renvoient chez eux avec l'hiver. Il est arrivé aussi qu'à l'insu de l'empereur, on a loué à cet effet les soldats d'un régiment entier.

Nous passâmes la 'nuit dans la terre Warworowka, appartenante au comte Lambert Le comte nous recueillit parfaitement La propriété comprend 11,000 dessat C'est un excellent terrain pris sur la steppe. Les serfs fournissent des corvées pendant trois jours de la semaine. En compensation, ils peuvent aller cultiver autant de terres qu'ils veulent, le quart dn terrain se trouvant à peine défriché. L'économie adoptée par le propriétaire, est extrêmement simple. Il fait cultiver de la terre ce que peut fournir la main-d'oeuvre dont il dispose. Au printemps, on défriche une nouvelle partie de la steppe pour y semer du mil, puis, au second printemps, du froment d'été, au troisième, du froment d'été, ensuite, immédiatement après la moisson et après avoir labonré une seule fois la terre, du froment d'hiver, enfin, pendant l'automne suivante, du seigle ou de l'orge, le tout sans engrais. Pendant une série d'années, le pays reste en friche, et l'on passe aune autre partie de la steppe. Voilà, certes, un genre d'agriculture qui n'a guère profité du progrès de l'agronomie moderne.

Un lieutenant-capitaine de la flotte, M. d'Istomar, Esthonien de naissance et lequel allait entreprendre, au printemps suivant, un voyage autour du monde, nous

montra le port et les arsenaux. Noos visitâmes nn vais-» seau de ligne récemment et complètement équipé. D'i»menses provisions de voiles, de verrerie, de fer etc. s'y trouvaient entassées d'après des formes et des modèles déterminés et que l'on avait exactement suivis jusque dans les moindres détails. De tout bâtiment qu'il s'agit de construire, on fait d'avance nn modèle complet, réduit à ^ de la mesure réelle et dont toutes les parties, sans en excepter la plus petite vis, sont numérotées. Le bâtiment reçoit les dessins des modèles avec les numéros correspondants. Le commandant tient note des défauts qui! constate dans la construction. C'est ainsi que l'on parvient à contrôler la partie la plus petite du navire et à éviter les défectuosités dans la suite.

Ici comme à Sévastopol, les bâtiments de 80 à 84 canons ont la même largeur que ceux de 120, ce qui les rend lourds et difficiles au manoeuvre. On me dit que depuis l'invention des bateaux à vapeur, tout bâtiment à voiles était forcé d'avoir des canons d'un très-gros calibre, afin de pouvoir se défendre contre les bateaux à vapeur. Ces derniers, armés de deux ou de trois de ces canons, peuvent harceler le bâtiment de tous les côtés parce qu'ils disposent de leurs mouvements.

Notre cicérone venait de faire un voyage en France et en Angleterre. Il nous dit que la marine française avait fait de grands progrès et qu'à la première collision avec celle d'Angleterre, on ne manquerait pas de s'en convaincre. Quant à la supériorité des Américains sur les Anglais, qu'en présence de bâtiments de même grandeur et d'un genre de construution identique on avait signalée à la dernière guerre, il faudrait l'attribuer à ce que les Américains emploient plus de soldats. La même frégate contient 500 hommes chez les Anglais et 800 chez les Américains.

Nous atteignîmes Odessa le 3 Octobre. L'absence du gouverneur général, le comte Woronzow, à qui j'étais particulièrement recommandé, ainsi qu'une atteinte de

fièvre ne me permirent pas de bien examiner cette ville intéressante*).

Odessa fat fondée en 1792, sar remplacement du village tartare dUadschi-Bé, par Don Joseph de Ribas y Bajons, aide-de-camp de Potemkin, puis amiral. En 1793, l'impératrice Catherine assigna deqx millions roubles pour des édifices publics et donna à la Tille un territoire de 30,000 dessat. auxquelles 12,000 dessat., achetées par la ville, furent ajoutées en 1803. La ville atteignit bientôt un grand degré de prospérité. En 1803, elle avait 8000 habitants. Alors elle passa sous l'administration du duc de Richelieu, son second fondateur, à qui Ton a érigé une statue commémorative sur les boulevards au-dessus du port. Après les onze années de son administration, le nombre des maisons avait augmenté de 800 à 2000. Ces maisons, d'abord petites et misérables, avaient fini par être pour la plupart de magnifiques demeures. La population, de son côté, avait monté de 8000 à 25,000 habitants. Les exportations qui, en 1795, présentaient une valeur de 68,000 roubles assign., en offre maintenant 80,000,000. J'ai déjà fait remarquer que tout le blé de la Podolie , de la Volhynie et de la Gallicie ne va pas, comme autrefois, à Dantzick, mais à Odessa. Les revenus du comte Potozki en ont augmenté de 300,000 roubles à 2,000,000. C'est ce qu'il ne faut pas perdre de vue, quand il est question des sympathies russes que s'attribuent les nobles de la Gallicie.

M. de Solotareff, jeune homme fort instruit, se fit mon cicérone. Il me montra le port, les grands établissements de quarantaine, le musée etc. Au vieux bazar, j'admirai les gargotes et les boutiques de pain. D'innombrables mendiants, vagabonds, manoeuvres et porte-faix prennent leurs repas en plein air sur le marché où l'on dresse

*) Il Tant lire I'eicelleote description que Kohi, dans son Voyage au Midi de la Russie (roi. I, p. 46), a donnée de la Tille d Odessa.

pour eux de longues tables et des bancs. Sans ménage propre, ils mangent tons dans ces gargotes. Tontes les nations se trouvant confondues en ce lieu, on a occasion d'observer les moeurs différentes des différents paya. C'est ainsi que le Russe, cérémonieux de sa nature, ayant de s'asseoir, Ate sa casquette, se tourne vers l'église prochaine, fait le signe de la croix etc. 11 se fait apporter le dtner par le garçon, ne mange jamais rien sur le pouce, tout, en un mot, fait voir qu'il a de l'éducation. Le Grec et l'habitant de la Valachie au contraire y vont plus rondement Le Bohémien cherche son manger et le dévore comme un chien partout où il le trouve. Au premier abord, ce genre de vie paraît être au-dessus des moyens du peuple, vu la nourriture abondante et saine dont se composent les repas. Hais à y regarder de plus près, on s'aperçoit que l'économie y trouve son compte. La femme de l'ouvrier, délivrée des soins du ménage, peut chercher du travail à son tour. Les gargotiers d'autre part, achetant les vivres en grandes provisions, peuvent donner les portions à bon marché. Il faut ajouter à tout cela la rareté et la cherté des matériaux de chauffage qui diminuent également par le système des repas en commun. Le salaire des hommes de peine et des ouvriers est trèsélevé. Ils gagnent avec facilité 1 rouble 20 copeks à 1 rouble 50 copeks assign. ou 11 à 14 silbergr. 11 n'y a pas jusqu'aux femmes, quelque débiles qu'elles puissent être , et jusqu'aux enfants qui ne trouvent facilement dn travail et un salaire de 60 copeks assign. par jour. La nourriture au contraire, comprenant les trois repas de la jonrnée, ne coûte que 10 à 20 copeks. Le salaire élevé fait naître l'amour du travail. L'homme du peuple, à Odessa, est généralement laborieux et rangé. Aussi jouit-il presque toujours d'une certaine aisance. Il n'y a de réellement pauvres que les précepteurs ou les marchands tombés dans la misère, ou parmi les Tschinofniks inférieurs très-mal payés et que le comte Woronzow tient sous un contrôle excessivement sévère. Bon nombre de gens du peuple acquièrent un capital de 1000 roubles, achètent

deux chevaux et gagnent alors 5 roubles assign. par jour. Ce qui peut donner nne idée de la vie régulière des habitants d'Odessa, c'est qu'aux dernières Pâques, où la fin du carême précipite dans l'ivresse la moitié de la population russe, on n'a trouvé dans les rues d'Odessa que 40 ivrognes. Les crimes graves sont rares. Dans le cours de cinq ans on n'a constaté que trois assassinats. La police n'a nulle part moins de peine à maintenir l'ordre. Aussi ne se trouve-t-il à Odessa que 150 à 180 sergeants de police. Les boutiques des Butaschniks ne manquent pas plus à Odessa que dans d'autres grandes villes de la Russie. Elles y sont même solidement construites, et en pierre. Mais on ne voit dans ces boutiques que des femmes et des enfants. Le Batoschnik, au lieu de faire la police, cherche du travail. En revanche, il dort tranquille pendant la nuit. Le bas peuple à Odessa, il faut le reconnaître, est passablement peureux, pour ne pas dire lâche. Lors du choiera, la populace poursuivait un médecin dans la rue. Survint le comte Woronzow qui menaça les turbulents de son bâton. Aussitôt il les vit tomber à genoux et implorer son pardon.

Les ouvriers faisant défaut dans la Russie du Midi, on assure que l'empereur aurait permis de louer des soldats, pour faire exécuter par eux les travaux des champs et autres. Mais cela ne peut se faire que moyennant un contract formel avec toute une compagnie sous la direction du capitaine. L'argent est compté à la caisse de la compagnie qu'administrent un sergeant et deux sous-officiers. Le soldat lorsqu'il quitte le service, reçoit quelquefois un pécule de 300 à 700 roubles assign.

11 y a à Odessa une maison de correction, seul établissement de ce genre que j'ai vu dans toute la Russie. On me conduisit dans la prison, organisée d'une manière différente que celles du reste de l'empire. Tous les prisonniers , assis dans des chambres spacieuses, travaillent avec beaucoup de zèle, l'un comme horloger, l'autre comme tailleur etc. De 700 prisonniers, il ne se trouvait à la maison que 40, les autres étaut occupés au dehors. J'en

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rencontrai plusieurs dans la rue; ils marchaient librement et sans chaînes. A leur arrivée, on leur applique une chaîne ans pieds, mais une bonne conduite les en délivre bientôt On les fait travailler alors sous la surveillance d'anciens forçats. Au commencement, il était difficile de les rendre obéissants. Mais aujourd'hui, l'exemple, l'esprit d'imitation, la persuasion, un meilleur traitement, enfin l'espoir de la délivrance les ont améliorés au point que la plupart d'entre eux se soient affranchis de la chaîne après l'espace de trois mois. Ils travaillent pour leur propre compte et gagnent beaucoup d'argent Cet argent est versé dans la caisse d'une sorte d'association qu'ils forment entre eux, pour être employé à procurer aux associés une meilleure nourriture , des vêtements plus chauds etc. Il est réservé en partie pour la future sortie de prison. A Odessa et à plusieurs lieues à Tentonr de cette ville, ceux qui ont besoin d'ouvriers en font demander à la maison de force. On envoie des volontaires sous la surveillance d'un des prisonniers sur lequel on croit pouvoir compter. Chaque métier du reste est représenté à la maison de correction. En cas d'incendie, on emploie les prisonniers pour éteindre le feu, et jamais ils n'en ont profité pour dérober quoi que ce soit.

Après dix années de conduite irréprochable, le criminel est gracié et sort de prison. On m'a assuré qu'il n'y en avait pas pour 10% qui restassent plus de dix ans k la maison de force. Le prisonnier a alors amassé un pécule de quelques centaines de roubles. Ils sont la plupart du temps diligents, laborieux et aux meilleurs d'entre eux on donne un petit emploi public.

Un ancien lieutenant-général est placé à la tête de l'établissement C'est à lui que je dois les indications qui précèdent.

Odessa est la véritable capitale du Midi de la Russie. C'est ce qui m'engage, avant d'aborder la Russie occidentale, de donner quelques notices sur des contrées du Midi, notamment sur le gouvernement de Cherson et la province de Bessarabie, notices que j'ai empruntées en grande partie à des sources russes peu connues dans le reste de l'Europe1*1). Elles pourront servir à confirmer ça et là ce que j'ai dit, touchant la Russie du Midi, dans le cbap. XXI du présent volume.

Au dix-septième siècle, des PetiU-Russiens, venus du Nord-Ouest, s'établirent dans le gouvernement de Cherson, entre le Bug et le Dnieper. Le Khan de la Crimée était le véritable suzerain du pays; mais la puissance des Tartares commençait à baisser et les Cosaques dç l'Ouest, surtout les Zaporaviens, s'étendaient de plus en plus. Les colons étaient pour la plupart des serfs, des déserteurs ou des vagabonds qui voulaient se soustraire aux corvées et au palment des impôts. Us bâtirent des villages et tout à côté de petits forts aux milieu desquels se trouvaient les églises. Les Tartares venaient-ils à se montrer, les colons se réfugièrent dans les forts. En face des demandes de la Pologne et de la Russie, ils se déclarèrent sujets du Khan. Au Khan qui voulait les frapper d'impôts, ils répondirent qu'ils appartenaient à l'Hétaman des Cosaques Zoporaviens. Peu à peu, la domination de ce pays passa à la Russie. Par la paix de 1705, avec les Turcs, la Russie acquit la plus grande partie du gouvernement actuel de Cherson mais la perdit de nouveau de 1712 à 1720. Les campagnes de Munich et la paix de 1739 fixèrent d'une manière durable, dans une partie du pays, la domination de la Russie, dont les frontières se sont depuis constant-

*) \oy. Le Précis dkistoke et de statistique du gouvernement de Cherson par M. de Kurjakoff. Ce précis se trouve dans les Matériaux de statistique du ministère (roi. II, pag. 169) que j'ai eu lieu de citer. Voy. encore les Droits des tribus de la Bessarabie f dans le Journal du ministère de l'Intérieur 1843, vol. VII. p. 48.

ment étendues de ce côté-là. En 175% le gouvernement permit la colonisation, dans ces contrées, d'un grand nom* bre de Serviens qui avaient émigré de l'Autriche sou la colonel Chorwat, parcequ'on avait fait violence à leurs convictions religieuses. Les Serviens établis, beaucoup de Bulgares, de Moldaviens et d'habitants de la Valacbie vinrent les rejoindre. Ces colonies, dans la partie la plots fertile du gouvernement actuel de Cherson, reçurent le nom de Nouvelle Servie.

Les villages serviens portaient généralement le nom de ceux de la Hongrie méridionale d'où les colons avaient émigré. Tous les villages étaient fortifiés par des retranchements carrés*). Le but du gouvernement, à cette époque, o'était d'avoir ici des agriculteurs-soldats à l'aide desquels il pût repousser les attaques des Tartares et des Turcs et qui fussent en même temps plus sûrs que les Zaporaviens. Le colonel Chorwat forma de ceux qu'il avait amenés, les premiers régiments de hussards et de Pandours russes. Le pays prospère. Le gouvernement donna beaucoup de terres non défrichées à des particuliers, à condition d'y établir un certain nombre de fermes. Les nouveaux propriétaires engagèrent beaucoup de Polonais à venir se fixer en ces lieux. Aujourdh'ui encore, une grande partie de la population est polonaise. Les colons, pendant de longues années, avaient à lutter contre les Zaporaviens qu'il fallait contenir par une ligne de postes d'observation sur la frontière. A partir de cette ligne, on planta snr toutes les collines des perches enveloppées d'un monceau de paille qu'au moindre danger les gardes avaient ordre de mettre en feu. A ce signal, toute la population accourut en armes couvrir la frontière. Les Zaporaviens, de leur coté, ne voulant absolument pas se soumettre à la Russie, attirèrent les colons et firent bâtir par eux des villages cosa-

*) M. de Kurjakoff signale la grandeur démesurée des villages avec 4000 ou 5000 habitants, ce qui serait nuisible à l'agriculture.

qoes en-deça des limites de leur pays. Dans la guerre entre les Russes et les Turcs , de 1768 à 1774, les Zaporaviens avaient une ligne de conduit équivoque. C'est pourquoi, la paix étant survenue, Catherine II désarma les Zaporavicns, fit disparaître la célèbre Sctschna et transporter une grande partie de ces Cosaques sur le Kuban. Les villages des Zaporaviens furent occupés par des colons bulgares, moldaviens etc. qui formèrent plus tard le corps des Cosaques du Bug. La Population augmenta rapidement. En 1787, elle comprenait 161,319 âmes. La paix de Jassy, en 1791, donna toute la province actuelle de Cherson à la Russie. Le gouvernement fit bientôt coloniser les espaces déserts jusqu'au Dniester. En 1796, Cherson comptait 230,000 hahitants. Depuis, la population n'a pas augmenté dans la même proportion. Aujourd'hui, elle n'augmente plus que dans les villes maritimes. J'en ai dit les motifs dans le chap. XXI. Toutefois, d'après Koeppen, elle était en 1*38 de 696,800 Ames.

La province se divise en deux parties, du Nord et du Midi. La première, riche en ruisseaux et rivières, présente une base de granit s'étcndanl à partir des Karpathes, pour la plupart recouverte d'une couche d'argile, puis d'une autre d'excellent humus. Le Midi , dont la terre de calcaire conchylien ajoutée par alluvion au granit, manque d'eau, est moins propre à la culture et à la colonisation. On n'est pas parvenu jusqu'ici à réunir les grandes rivières du Nord par des canaux, les petites rivières et les misseaux ne donnant pas assez d'eau. A mon avis, au lieu de songer à la navigation, il faudrait construire des canaux ayant pour but d'arriver à un vaste système d'irrigation. L'application de ce système, jointe au reboisement d'une partie du pays, ne pourrait que favoriser la culture de la steppe.

11 n'y a pas plus d'un siècle, la province de Cherson comptait une foule d'animaux sauvages. On y voyait errer de grands troupeaux de brebis, dont les cornes furent portées, à la fin du dernier siècle, aux marchés d'Oschakoff

et de Perecop *). Elles sont entièrement détruites. De même il n'y a plus que fort peu de chevaux sauvages près d'Ingulez. Quelques chèvres errent dans la forêt noire, cercle d'Alexandria. Les roseaux des bords des fleuves sont habités par des sangliers. Il n'y a pins de trace des cerfs. Les habitants du pays ne chassent plus que le loup, le renard, le lièvre, la fouine et l'écureuil, puis, en fait d'oiseaux, l'aigle, la grue, la perdrix, la cigogne etc. Les insectes ravagent le pays. La grande plaie ce sont les sauterelles.

On cultive surtout le blé et de préférence le froment albanais ou arnaute, le dernier supportant le mieux la chaleur et la sécheresse et contenant le plus de farine. Dans une étendue de 200 verstes autour d'Odessa, on ne sème que ce froment. Dans le Nord, on cultive du froment d'hiver et du seigle. Les habitants vivent de seigle qu'ils achètent même dans les provinces voisines; ils vendent tout le froment qui est trois fois plus cher que le seigle. Ceci s'applique surtout au fromeitf arnaute. On cultive peu d'orge, d'avoine et de blé sarrazin qui ne sont pas des articles de commerce. On cultive du mil autant qu'il en faut, le mil étant la nourriture favorite des paysans.

Ainsi que je l'ai fait remarquer, il n'y a de forêts que le long des rivières. Toutefois, la forêt noire, consistant en de magnifiques chênes, est longue do 4000 dessat. A mesure que la population augmente, ce peu de bois disparaît, car rien lie le protège. Le chêne domine sur 1* couche de granit et cesse avec le calcaire conchylien. Ça et là et surtout dans les colonies allemandes, des particuliers ont essayé avec succès de former des pépinières. L'ancien gouverneur d'Odessa, M. de Lowschin, le long de la route qui conduit de l'intérieur à Odessa, a établi une plantation considérable sur un sol stérile et sablonneux. Elle a réussi à merveille. C'est ce qui prouve que

*) Sur le commerce de la mer noire et des pays qui la bordent, par Peyssoncl. Amsterdam, 1787.

le sol le plus mauvais, ne se refuse, pas au reboisement Le jardinage ainsi que h culture des arbres fruitiers tf des mûriers prospèrent tsseï». mai*<q*jty. appliqué *vcc peu d'énergie. Le* fraises et les framboises ne viennent pas près d'Odessa , mais dans le Nord. Le yin est bon» sans être excellent. L'élève dn bétail, autrefois considérable , a singulièrement baissé. Les bètes à corne sont recherchées et on ne les néglige pas. C'est une race grande, forte, souvent mêlée a celle de la Hongrie. Elle donne beaucoup de graisse et de viande, mais peu de lait. Depuis quelques années, on* a introduit beaucoup de mérinos qui se font mieux à ce climat qu'à celui d'autres pays où Ils succombent à toutes sortes de maladies. J'ai parlé ailleurs de la laine de ces brebis. Les troupeaux du comte Nesselrode et de H* Piolet passent pour être les meilleurs.

Pas de fabriques ni de manufactures. Des distilleries se trouvent au Nord, et dans tout le pays des fabriques de suif, des tuileries et des cordenes. Dans les maisons des paysans, on confectionne de la toile, du drap et des tapis.

Les impôts sont les mêmes dans tous les villages de la couronne. Ils diffèrent quelque peu de ceux des autres provinces. Lej communes du pqys sont généralement riches. Le long du Dniester, la pêche est une grande ressource. Plusieurs villages cultivent du tabac qu'ils vendent à Odessa.

La province actuelle de Bessarabie, cédée à la Russie, lors de la paix de 18i2, par la Porte ottomane, est située entre le Danube, le Pruth et le Dniester. Elle se compose du pays de Bodsiak, habité par la horde des Nogaï, et de la Moldavie orientale sur la rive gabche du Pruth.

D'après Koeppen, la population , en 1838, était de

720,000 Ames. Quant à l'étendue du pays, les indications des géographes russes varient de 433 à 891 milles carrés.

Les monts Carpalhes entrent par saillies dans le Nord, qui présente en général beaucoup de collines. Le Midi forme une plaine, traversée par les débris d'un rompait formidable, flanqué d'un fossé.

Suivant une légende, l'Empereur Trajan fit élever ce rempart sur la limite extrême de l'empire romain, afin de contenir les Barbares41).

Le Sud-Est, le pays de Budziak, appartenait originairement au Khan de la Crimée: Les Turcs toutefois y possédaient des villes fortifiées, comme Akerman, Kabul etc. Ce pays est une steppe. Les Nogaï qui la traversaient en nomades, étaient d'abord les sujets du Khan de la Crimée. Plus tard, leKhanat ayant été dissous, ils reconnurent comme chef le Padischah, dans une certaine mesure, bien entendu, en tant qu'ils le voulaient bien.

La pointe Sud-Ouest du gouvernement, laquelle, entre la Podolie et la Moldavie, s'étend jusque dans la Gallicie, a toujours fait partie de la Turquie. Les soldats en garnison, les bourgeois des villes et les propriétaires du plat pays étaient Turcs.

La partie du milieu appartenait à la Moldavie. Les classes supérieures parmi les habitants étaient de la tribu valaquienne ou rumiunaise laquelle se composait d'agri-

*) Ce rempart est indubitablement romain. Le peuple l'attribue à Trajan et il raconte beaucoup de légendes de cet empereur. En voici une qui m'a paru caractéristique. De l'autre côté du Danube demeurait un roi nommé Trajan qui aimait, sur la rire opposée, une reine nommée Bielajakejina (la blanche princesse). Tous les soirs il monta A cheval, fut la voir et la quitta avant le lever du soleil. Son cheval l'avertissait par un hennissement joyeux, que le jour allait sa lever. Mais la princesso désirait voir son amant A la lumière du soleil. Elle fit donner de l'avoine au cheval qui oublia de hennir. Au lever du jour, le cheval et le cavalier disparurent. On ne les a jamais revus.

cnlteurs et occupait presque seule les parties cultivées du pays.

Lorsque la paix de Bucharest t avait cédé tout le pays à la Russie, les Turcs émigrèrent presque tous. Les Nogaï de leur cAté quittèrent en grande partie la contrée pour se rendre soit sur l'autre rive du Danube soit au Kuhan. Le gouvernement remplit la lacune que devaient produire ces émigrations par des colonies d'Allemands, de Bulgares, de Holdaviens, de Pelits-Russiens etc. Dans les villes, on accueillit tout le monde, sans demander le passeport du nouveau venu, sans mémo s'enquérir de son origine.

Le gouvernement russe maintint toute la constitution intérieure du pays qui remontait jusqu'à l'ancien empire des Valaques et s'était développé peu à peu. En 1827, on ordonna de réunir et de publier toutes les lois et coutumes en vigueur. La publication eut lieu en 1836.

Ce qui peut étonner, c'est que le peuple valaque, en présence de la courte indépendance dont il jouit et du peu de progrès qu'il a fait jusqu'ici, ait pourtant donné le spectacle d'une grande diversité d'éléments politiques ou, pour mieux dire, une distinction de classes fortement caractérisée. Il est à croire, que cette constitution n'a pas sa racine dans la vie propre de la nation, mais qu'elle est due à une imitation de l'étranger. On remarque surtout une analogie frappante avec les moeurs byzantines. Des recherches attentives pourraient sans doute démontrer, à moins que toute trace n'en soit perdue ou obscurcie, quand et comment l'influence byzantine s'est exercée dans tel ou tel cas particulier.

Les pays habités par la race valaque, à savoir la Bessarabie, la Bnchovine, une partie de la Transylvanie, de la Moldavie, la Valachie et des portions de territoire dans le pays des Bulgares et dans la Servie, jusque vers la Macédoine, appartenaient au grand empire bulgare, politiquement opposé k l'empire byzantin, mais qui ne pouvait toutefois se soustraire à l'influence de la civilisation religieuse et sociale de ce dernier. Lors de la chute de

l'empire bulgare, les principautés de Moldavie el de Valachie acquirent une sorte d'indépendance et l'influence byzantin* augmenta en proportion. Le grand sultan nomma les hospodars pour sept ans. C'étaient généralement de riches Grecs qui, à force de cadeaux et de moyens de corruption de toute nature, savaient obtenir ces positions priacières. Les hospodars mettaient à profit le temps de leur règne pour ramasser des trésors et acheter des terres dans lesquelles ils allaient se retirer en sortant de fonctions. Le plus grand nombre- de familles nobles de la Moldavie et de la Valachie est d'origine grecque. On comprend quel intérêt avaient les hospodars à étendre les droits des propriétaires des terres et à quel point ils devaient contribuer à répandre parmi les Valaques le goàt des cérémonies et les moeurs de la cour deByzance.

Les anciens almanachs de cour et d'adresse de Byzance avec leurs degrés de hiérarchie bizarres et quelque peu burlesques avaient passé à la cour de ces prétendus princes, misérablement soumis au padischah et même à sou vassal, le Khan de la Crimée. Aujourd'hui encore, en dépit d'une indépendance plus grande, ces almanachs, pour une bonne partie du contenu, sont restés en rigueur aux cours de Jassy et de Bucharest

La distinction des classes chez les Byzantins se 'distinguait de celle que l'on trouve chez les peuples de race germano-romane, en ce que les premiers n'admettaient pas le principe d'hérédité. Les princes de la Moldavie et de la Valachie, au contraire, tout en copiant la hiérarchie sur les Byzantins, ne se faisaient pas -faute d'imiter les privilèges héréditaires de leurs voisins, des Polonais, des Hongrois et des Allemands. Ils prenaient à chacun ce qui leur convenait. Grâce à ce procédé, il s'est formé dans ce pays une diversité de rangs et de classes que Ton ne retrouve pas ailleurs41).

*) Celle diversité est inconnue aux Bulgares véritables aussi bien qu'aux Valaques de la Transylvanie et de la Hongrie.

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4tl

Quelques moto seulement sur ces différentes classas M castes. »

Le premier nig cet occupé pur lus Bojars, nul évidemment slave et qui te retrouve dans la langue sacrée des Esclavons. L'étjmologie de ce mot n'est pas fixée*}. Dans les principautés, on appelle Bojars les employés qui remplissent les plus hautes fonctions. Ces fondions n'étaient pas héréditaires dans le seris propre du mot, mais parmi les candidats» les enfants des Bojars étaient placés eu première ligne; c'est ainsi que le titre de Bojar est devenu un privilège héréditaire des familles les plus riches et les plus nobles. Dans la Bessarabie, en présence de la signification que les Russes attachent au titre de Bojar, il ne pouvait être reconnu par le gouvernement. Mais on a accordé à ces familles les privilèges < de la noblesse héréditaire russe.

Viennent ensuite les Bojariooschi , employés inférieurs dans les principautés. Le gouvernement de St Pétersbourg reconnut ceux qui existaient au moment où le pays devint russe, et qui étaient en position da justifier leur titre. II leur accorda les droits de la noblesse personnelle russe, exemption de peines corporelles, d'impôts de la couronne» de l'état et de la commune. Leurs enfants pouvaient .entrer dans la noblesse de service. .

En troisième ligne se trouvent les- Hasils. Ils prétendaient descendre de fonctiodnaires, et avaient des privilèges de toute nature. Us n'étaient toutefois pas entièrement exempts d'impôts. Le gouvernement russe les a

En faut-il davantage pour prouver que les Hospodsrs seuls l'onjt introduite dans la Moldavie et 1s Valacnie?

') Les Byzantins nous ont conservé cette notice qu'à la cour des Bulgares les Welmaches ou officiers de la cour furent aussi appelés Woilads et Bofladsj terme- qu'il faut peut-être considérer comme une modification grecque de celui de Boljar. Dans ce cas, le met dériverait du nom même du peuple. Doli et BoUeki siguffé grand. On contiendra sans peine que le nom de Bûfm russe est analogue S celui dent je parie.

pour ainsi dire traités h l'égal des Odnowona oa des Cosaques. Une antique coutume les oblige h servir de fourriers à l'armée, h conduire des transports et à se charger de plusieurs commissions. Us paient on impôt par famille. Pour l'administration de leurs affaires, fls choisissent leurs Anciens que Ton appelle capitaines des Masils. Ils ne peuvent subir des peines corporelles que d'après le jugement des tribunaux.

Les Ruptasches sont égaux en rang aux Masils. Ce sont les enfants et descendants des prêtres qui ne sont pas devenus prêtres eux-mêmes. Le gouvernement, sous le rapport de la position politique, les a assimilés aux Masils.

Outre les Ruptasches, il y a encore les Rupta-de- Wislerija et les Rupta-de-Kamera , deux catégories de paysans des hospodars descendants en partie de colons étrangers établis sur les terres des hospodars. Ils payaient immédiatement leurs impôts soit aux caisses de l'état (Wisteria) soit à la caisse (Ramera) du hospodar.

Tous les habitants des campagnes s'appellent Zarani (du mot valaque tara, pays). Les Zarani sont ou des paysans, des bergers, des garçons de ferme, des gardeschampêtres etc. (nommés encore Breslasches) , ou des artisans et des journaliers, sans détermination précise.

Les paysans habitent soit leurs propres terres soit celles de la couronne, des couvents ou des nobles. Les impôts des paysans de la couronne et des nobles sont dès long-temps assez bien réglés. Tous les jours, ils doivent fournir des corvées depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, en tout douze heures , sauf deux heures réservées au dîner et au repos. Us donnent en outre au seigneur la dixième partie de tous les produits des champs et du bétail. Ils doivent garder les bois ou les défricher, construire et tenir en bon état les routes , ponts etc. Ce ne sont toutefois point des serfs. Ils peuvent renoncer à la culture de la terre seigneuriale, dès qu'ils ont acquis une propriété euxmêmes. Us peuvent aussi abandonner le seigneur, s'il ne peut leur donner assex de terre, et s'adresser à on autre

propriétaire foncier avec le consentement du premier. Lorsque la Russie avait acquis la domination de cette contrée, les rapports du seigneur an paysan n'étant pas fixés par contract écrit, donnèrent lieu à beaucoup de plaintes» de contestations/ même à des troubles. Un oukase du 24 Janvier 1834 ordonna qu'à partir du 23 Avril 1836, seigneurs et paysans auraient à régler leur position respective par des contracta bilatéraux, rédigés avec précision. Les Zarani goûtèrent peu cette proposition, faite en leur faveur. Bon nombre d'entre eux préférèrent d'entrer dans la classe bourgeoise laquelle, en Bessarabie comme dans toute la Russie, est parfaitement constituée. Il en résulta ce grave danger de voir retirer beaucoup de forces à l'agriculture et de laisser inonder les villes par des gens qui ne pouvaient, vu leur inexpérience et le peu de moyens qu'ils avaient à leur disposition, profiter à l'industrie. Le gouvernement se vit forcé d'adopter un contract normal ayant force de loi toutes les fois qu'un contract spontané ne serait intervenu entre les parties. Dans ces contracts normaux, on a soigneusement et impartialement distingué les droits des seigneurs d'un côté et ceux des paysans de l'autre.

Ceux des Zarani qui possèdent en propre des terres, les Mas ils et les Ruptasches propriétaires , enfin les Bojarinasches eux-mêmes lesquels n'ont que de petites propriétés, s'appellent aussi d'un nom commun Resesches, ce qui signifie petits propriétaires et ne constitue pas une classe à part. Les Resesches habitent des fermes isolées ou des villages entiers.

Les Bohémiens seuls sont, dans la Bessarabie, des serfs proprement dits. Depuis un temps immémorial, les Bohémiens étaient les serfs des classes privilégiées, des Bojars, des Masils, des Bojarinasches et des Ruptasches. C'est ainsi que cette race vagabonde et qui, ailleurs, aime passionnément la liberté, a consenti à se laisser assujettir dans ce pays. Le gouvernement russe n'affranchit pas les Bohémiens, mais il força les seigneurs à prouver le droit de propriété sur les Bohémiens qu'ils revendiquaient comme

serfs. On a forcé les Bohémiens, autrefois nomades, de la couronne, à s'établir et à embrasser une occupation fixe* En 1838, des 9496 Bohémiens mâles de la contrée, 1587 appartenaient à la couronne, 6900 étaient serfs de particuliers, neuf étaient libres.

En 1837, d'après Koeppen, toutes les classes réunies, sans compter toutefois les Bohémiens non établis et les Arméniens, présentaient une population de 714,710 Ames.

Les impôts russes ne sont pas encore introduits en Bessarabie. Hais les anciens impôts sont dès à présent modifiés dans le sens du système russe.

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