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Chapitre XXV

Départ d'Odessa. — La Podolîe. — KijcffT. — Catacombes. — La noblesse polonaise en Russie. — La Schljacbla.

Le 9 Octobre, nous partîmes d'Odessa pour nous rendre à Kijcff. Dès que l'on passe la frontière de la Podolie, c'est un aspect tout nouveau. Le pays offre des collines, de helles forêts et des paysages charmants. La population de la Podolie comprend dix peuples: Les Grands- Russiens, les Petits-Russiens , les Russniaks, les Polonais, les Moldaviens, les Grecs, les colons allemands, les Juifs, les Arméniens et les Bohémiens. Chacun de ces peuples a sa vie nationale à part; il ne se mêle pas aux autres. Il a une langue, un costume, des moeurs et une religion qui lui sont propres. Bien plus, chaque nationalité forme pour ainsi dire une classe différente de la société. Les Grands-Rnssiens fournissent les employés et les militaires. L'uniforme du soldat, voilà leur costume. Ils parlent le dialecte grand-russien et appartiennent à l'église russe. Les Pelits-Russicns sont Cosaques, parlent le dialecte petit— russien et appartiennent également à l'église russe. Les Russniaks forment la classe des serfs. Le dialecte qu'il parlent, tient le milieu entre celui de la Pologne et le russe. Autrefois ils faisaient partie de l'église grecque mionite (unie à Rome). L'union se trouvant rompne aujourd'hui, on signale toutefois, dans leur culte, de légères

modifications qui les distinguent de l'église grecque» Les Polonais représentent la noblesse, tant la grande des propriétaires fonciers que la noblesse inférieure de la Schijachla. Ils parlent polonais et sont catholiques romains. Les Moldaviens sont colons, parlent valaque et appartiennent à l'église grecque. Les Grecs sont ou colons ou négociants* Ils parlent le grec moderne et confessent la religion grecque, se distinguant de l'église russe en ce que la liturgie a adopté la langue grecque. Pour les colons allemands» il n'est besoin d'insister sur ce qui les caractérise. Les Juifs constituent, pour ainsi dire, la classe bourgeoise. Il n'y a presque que des Juifs dans les petites villes. Ils parlent un mauvais allemand. Les Arméniens sont négociants, ayant un costume, une langue et une religion à eux. Les Bohémiens enfin ne forment pas de classe. Ils n'ont pas de costume propre ni de religion distincte. Ils écorchent toutes les langues.

Tous ces peuples forment, sur un territoire de 730 milles carrés, une population d'à peu près 1,545,540 âmes.

Les villages du cercle d'Olgapol appartiennent à la couronne ou bien à des particuliers. Ils sont généralement do grandeur moyenne avec 500 à 800 habitants. La culture du sol est partout celle des trois champs. La couronne possède des domaines où les paysans travaillent à corvées. Toutefois un grand nombre d'entre eux sont mis àl'obrok. En quelques endroits, on a commencé à abandonner les domaines aux paysans pour le produit précédemment constaté. Mais cet abandon n'a lieu que pour un temps déterminé, de trois à six ans. Il en est dressé con tract à la cour des domaines.

Les paysans, d'après l'étendue de leurs propriétés, se divisent en cinq classes:

1) Plugowschiki, possédant 18 morgi à 1300 toiset carrées de champs de labour et 6 morgi de foins, en tout 48 à 50 morgens de Berlin. Us fournissent 158 corvées par an, fixées en journées de travail. Ces prestations ont été établies par le gouvernement russe dans ces dernières années. La. division des communes russes n'existe pas en

ces lie». La terre assignée h une ferme de paysan n'en pent être séparée ni par la vente ni par l'échange. Elle n'est point partagée en cas de succession.

2) Pogedinki, ayant 16 morg. de champs on de foins, fournissant 128 corvées.

3) Les Pesché. Morgi: 12. Corvées: 106.

4) Agarodniki, possédant maisons et jardins. Corvées: 24.

5) Robotniki (ailleurs Kutniki et Bobuili) demeurant chez des propriétaires de maisons et se trouvant comptés parmi les familles de ces dernières. Ils ne possèdent rien en propre, ne fournissent pas de corvées spéciales, mais remplacent les propriétaires de maisons en cas d'empêchement de ces derniers.

Les mobiliers, les ustensiles etc. sont la propriété du paysan. Il se les procure, les améliore et les augmente. C'est cet inventaire qui constitue son aisance. Si l'inventaire se détériore, le maître fait descendre le paysan dans une classe inférieure, jusqu'à ce qu'il ait réparé ses perles.

Le servage des paysans de la couronne est aboli dans I cette contrée comme dans le reste de la Russie.' La cour des domaines permet, moyennant certaines conditions, d'échanger la corvée contre l'ohrok. La main-d'oeuvre a plus de valeur que le travail de la charrue. Au reste, il en est de même dans toute la Russie.

Si des membres de la famille du paysan veulent exercer une industrie quelconque, ils doivent demander le consentement de la cotir des domaines laquelle, du reste, ne le refuse jamais. La cour délivre aussi des passeports à ceux qui vont chercher de l'ouvrage ailleurs. II n'y a pas d'impôts de servage. Le paysan ne fournit rien en nature.

A la mort du paysan, la terre n'est pas divisée. Elle L passe à toute la famille dont le fils aine est considéré j comme le chef.

Celle organisation de l'économie rurale est la même chez les paysans des. terres seigneuriales. Seulement elle y est consacrée par la coutume an lieu de l'être par une

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loi. On admet toutefois que le mobilier du paysan lui appartient en propre. Ce rachat de la servitude est asseï fréquent.

D'après tout ce qui précède, on reconnaît sans peine qnc la constitution de la classe des paysans ne diffère pas, quant aux éléments essentiels , de l'Allemagne orientale. C'est celle des Slaves de l'Ouest*), se distinguant d'un côté de la constitution des paysans slaves de l'Est et grand-russiens, de l'autre, de ce qui régit la situation des paysans germains qui fournissent des prestations en naturp sans être assujettis à des servitudes personnelles considérables. A ce dernier mode se rattachent enCn les fermages à temps avec une entière indépendance personnelle» dans les contrées du Sud-Ouest.

Les paysans des domaines paient les impôts des autres paysans. Toutes les classes frappées d'impôts, fournissent une taille personnelle de 95 copeks argent par tète. Il y a en outre quelques redevances provinciales et communales.

A la tète de chaque village se trouve un Wibernie, élu par les paysans et qui administre la commune. Le Sotzki également élu par eux, exerce la police. Dans des villages plus grands, le Sotzki est assisté d'un Disotzki (sotzki-homme sur cent, disotzki-homme sur dix). Les fonctions du Wibernie sont honoraires; le Sotzki reçoit 25 roubles arg. de salaire.

La roule, à partir d'Olgapol, conduit à travers un joli paysage, que des collines viennent intercepter de distance à distance. Les villages sont grands, mais les maisons ne

*) Le droit des nobles cl des paysans xecchs on bohèmes a exerce une influence prépondérante sur la constitution rurale de la Pologne et de la Lithuanîe. De la il avait passé dans l'ancien droit russe d'où il a disparu de nouveau dans la suite. Le droit des Tilles au contraire était emprunté «tians toute la Pologne aux pays allemands. A Kijeff, le droit de la ville de Magdebourg a régné jusque sous l'empereur Alexandre.

Tonnent point des rues alignée*. Chaque ferme est isolée. Les maisons et cours sont entourées de jardins charmants et de beaux arbres fruitiers. Les maisons d'habitation n*ont qu'an seul étage, mais elles sont surmontées de chaumes soigneusement recouverts et de cheminées. Au milieu do la façade large se trouve la porte d'entrée.

Nous atteignîmes Lipowilsch appartenant au comte Stradinskî. Elle renferme 300 maisons, habitées pour la plupart par des' Juifs et quelques marchands et artisans chrétiens. Chaque maison paie un impôt d'après sa grandeur. La seigneurie prélève en outre sur les industries une sorte de droit de patente. En. tout, chaque bourgeois paie 4 à 0 roubles arg. par an. La ville est précédée d'un village où les paysans sont a corvée pendant trois jours de la semaine. Ils transportent le blé à Odessa, ce qui leur est compté à l'égal d'un certain nombre de corvées. Le seigneur n'exerce pas la justice dans la ville, ni pour les bourgeois ni pour les paysans. Il a In police. Toutefois il ne peut condamner qu'à cinq coups de fouet.

Nous traversâmes ensuite le district de Skir. Tous les villages qui se trouvaient sur notre roule, étaient grands et pouvaient contenir mille habitants. Un de ces villages était habîlé en partie par des Schljachlitsches (Polonais de basse noblesse), en partie par des serfs. Les maisons des uns i't des autres étaient situées péle-méle, et ne se distinguaient ni par la grandeur ni par la propreté. Toutefois les nobles polonais formaient une commune indépendante avec un Ancien librement élu, lequel recueillait les impôts pour les transmettre à qui de droit. Ils étaient tous catholiques et parlaient polonais. Ils avaient une église romaine avec un prêtre polonais non marié. Je fus le voir. Malheureusement, il avait oublié presque tout son latin. Les Schljachlitsches de ce village et des environs n'avaient pas de propriétés à eux; ils demeuraient sur des terres de la couronne et en payaient un impôt. Les pjusans étaient des ltussniaki, parlaient leur langue et 27*

l'empire bulgare, les principautés de Moldavie el de ValacUe acquirent une sorte d'indépendance et l'influence byzantine augmenta en proportion» Le grand sultan nomma les hospodars pour sept ans. C'étaient généralement de riches Grecs qui, à force de cadeaux et de moyens de corruption de toute nature, savaient obtenir ces positions princières. Les hospodars mettaient à profit le temps de leur règne pour ramasser des trésors et acheter des terres dans lesquelles ils allaient se retirer en sortant de fonctions. Le plus grand nombre- de familles nobles de la Moldavie et de la Valachie est d'origine grecque. On comprend quel intérêt avaient les hospodars à étendre les droits des propriétaires des terres et à quel point ils devaient contribuer à répandre parmi les Vainques le goût des cérémonies et les moeurs de la cour deByzance.

Les anciens almanachs de cour et d'adresse de Byzance avec leurs degrés de hiérarchie bizarres et quelque peu burlesques avaient passé à la cour de ces prétendus princes, misérablement soumis au padischah et même à son vassal, le Khan de la Crimée. Aujourd'hui encore, en dépit d'une indépendance plus grande, ces almanachs, pour une bonne partie du contenu, sont restés en vigueur aux cours de Jassy et de Bucharest

La distinction des classes chez les Byzantins se "distinguait de celle que l'on trouve chez les peuples de race germano-romane, en ce que les premiers n'admettaient pas le principe d'hérédité. Les princes de la Moldavie et de la Valachie, au contraire, tout en copiant la hiérarchie sur les Byzantins, ne se faisaient pas -faute d'imiter les privilèges héréditaires de leurs voisins, des Polonais, des Hongrois el des Allemands. Ils prenaient à chacun ce qui leur convenait. Grâce à ce procédé, il s'est formé dans ce pays une diversité de rangs et de classes que l'on ne retrouve pas ailleurs41).

9) Cette diversité est inconnue aux Bulgares véritable» ainsi bien qu'aux Yalaqués de la Transylvanie et de la

Quelques mots seulement sur ces différantes classes ou castes.

Le premier rang est occupé par les Bojars, mot évidemment slave et qui se retrouve daos la langue sacrée des Esclavons. L'élymologie de ce mot n'est pas filée*). Dans les principautés, on appelle Boja» les employés qui remplissent les plus hautes fonctions. Ces fonctions n'étaient pas héréditaires dans le sens propre du mot, mats parmi les candidats, les enfants des Bojars étaient placés en première ligne; c'est ainsi que le litre de Bojar est devenu un privilège héréditaire des familles les plus riches et les plus nobles. Dans la Bessarabie, en présence de la signification que les Russes attachent au titre de Bojar, il ne pouvait être reconnu par le gouvernement. Hais on a accordé à ces familles les privilèges de la noblesse héréditaire russe.

Viennent ensuite les Bojarinoschi , employés inférieurs dans les principautés. Le gouvernement de St. Pétersbourg reconnut ceux qui existaient au moment où le pays devint rosse, et qui étaient en position de justifier leur titre. Il leur accorda les droits de la noblesse personnelle russe, exemption de peines corporelles, d'impôts de la couronne, de l'état et de la commune. Leurs enfants pouvaient entrer dans la noblesse de service.

En troisième ligne se trouvent les Masils. Ils prétendaient descendre de fonctionnaires, et avaient des privilèges de toute nature. Ils n'étaient toutefois pas entièrement exempts d'impôts. Le gouvernement russe les a

En faul-il davantage pour prouver que les Hospodara seuls l'oul introduite dans I» Moldavie et la Validité?

"j I,ea Byzantins nous ont cotuerTé celle notice qu'à ta cour des Ltulgarea les Wclmachea ou officiera de la cour furent aussi appelés Woila Jg et Boilada , terme qu'il faut peut-être considérer comme une modification grecque de celui de Boljsr. Dans ce eau, le mot dériverait du nom même du peuple. Biili et Bnlsclii sîgniBe grand. On conviendra «ans peine que le nom de Bojar ruaw est analogue » celui dont je parie.

l'empire bulgare, les principauté* de Moldavie et de Valachic acquirent une sorte d'indépendance et l'influence byzantine augmenta en proportion* Le grand sultan nomma les hospodars pour sept ans. C'étaient généralement de riches Grecs qui, à force de cadeaux et de moyens de corruption de toute nature, savaient obtenir ces positions princières. Les hospodars mettaient à profit le temps de leur règne pour ramasser des trésors et acheter des terres dans lesquelles ils allaient se retirer en sortant de fonctions. Le plus grand nombre- de familles nobles de la Moldavie et de la Valachie est d'origine grecque. On comprend quel intérêt avaient les hospodars à étendre les droits des propriétaires des terres et à quel point ils devaient contribuer à répandre parmi les Valaques le goût des cérémonies et les moeurs de la cour deByiance.

Les anciens almanachs de cour et d'adresse de Byzance avec leurs degrés de hiérarchie bizarres et quelque peu burlesques avaient passé à la cour de ces prétendus princes, misérablement soumis au padischah et même à sou vassal, le Khan de la Crimée. Aujourd'hui encore, en dépit d'une indépendance plus grande, ces almanachs, pour une bonne partie du contenu, sont restés en vigueur aux cours de Jassy et de Bucharest

La distinction des classes chez les Byzantins se 'distinguait de celle que l'on trouve chez les peuples de race germano-romane, en ce que les premiers n'admettaient pas le principe d'hérédité. Les princes de la Moldavie et de la Valachie, au contraire, tout en copiant la hiérarchie sur les Byzantins, ne se faisaient pas faute d'imiter les privilèges héréditaires de leurs voisins, des Polonais; des Hongrois et des Allemands. Ils prenaient à chacun ce qui leur convenait. Grâce à ce procédé, il s'est formé dans ce pays une diversité de rangs et de classes que Ton ne retrouve pas ailleurs41).

*) Cette diversité est inconnue aux Bulgares véritables aussi bien qu'aux Valaques de la Transylvanie et de la Hongrie.

Quelques mots seulement sur ces différentes classes ou castes.

Le premier rang est occupé par les Bojars, mot évidemment slave et qui se retrouve dans la langue sacrée des Esclave ri s. L'élymologie de ce mot n'est pas fixée *). Dans les principautés, on appelle Bojars les employés qui remplissent les plus hautes fonctions. Ces fonctions n'étaient pas héréditaires dans le sens propre du mot, mais parmi les candidats, les enfants des Bojars étaient placés en première ligne; c'est ainsi que le titre de Bojar est devenu un privilège héréditaire des familles les plus riches et les pins nobles. Dans la Bessarabie, en présence de la signification que les Russes attachent au titre de Bojar, il ne pouvait être reconnu par le gouvernement. Mais on a accordé à ces familles les privilèges de la noblesse héréditaire rnsse.

Viennent ensuite les Bojarinoschi , employés inférieurs dans les principautés. Le gouvernement de St. Pétersbonrg reconnut ceux qui existaient au moment on le pays devint russe, et qui étaient en position de justifier leur titre. Il lènr accorda les droits de la noblesse personnelle russe, exemption de peines corporelles, d'impôts de la conronne, de l'état et de la commune. Leurs enfants pouvaient entrer dans la noblesse de service.

En troisième ligne se trouvent les Hasils. Ils prétendaient descendre de fonctionnaires, et avaient des privilèges de toute nature. Us n'étaient toutefois pas entièrement exempts d'impôts. Le gouvernement rnsse les a

En faut-il davantage pour prouver que Ici Hospoders seuls l'ont Introduite dans la Moldavie et la Valachie? ' ) Les Bjiantios nom ont conservé cette notice qu'à la cour des Bulgare* les Wulmarhcs ou officiers de la cour furent aussi appuies Woilads et Boilads , terme qu'il faut peut-être considérer comme une modification grcc<iue de celui do Boljir. Dans ce ras, le mol dériverait du nom même du peuple. Cuti et BoticM signiDe grand. On conviendra sans peine que le nom de Bafar russe est analogue à relui dont je parie.

grégalion comprit bieolùt 12 moines. C'est avec leur assistance qu'Antoine aurait taillé la pierre et creusé le couvent. Cette donnée, je l'avoue, me paraît invraisemblable. Ces souterrains longs de mille pieds demanderaient aujourd'hui, où la poudre et la mécanique y seraient employées, un travail colossal d'un grand nombre d'années, et douze moines auraient exécuté à eux seuls cette oeuvre gigantesque! D'ailleurs, pour quel motif Antoine aurait-il pratiqué dans la terre, avec d'immenses efforts, ces grottes et ces couloirs, lui qui pouvait bâtir et qui a réellement bâti des églises et des couvents en plein air et au soleil? Une seule grotte jointe à quelques petites cellules aurait suffi au désir do retraite de l'ermite chrétien. Aussi suis-je convaincu que les souterrains sont dus à un peuple ancien. La légende qui les attribue aux Warèges, confirme cette opinion. Peut-être faut-il les compter parmi les cavernes de Troglodytes dont j'ai parlé à propos de celles de Tschufutkalé. Enfin, ces souterrains, comme tant d'autres, comme ceux de la caverne de Baumann dans le Harz, par exemple, peuvent être l'oeuvre de la nature. Les moines alors n'auraient fait que creuser des niches, tailler des tombeaux, pratiquer des cellules etc.

Il y a en Russie , à Pskoff, nn couvent souterrain, semblable de tout point à celui de Kijeff, mais qu'il ne m'a pas été donné de visiter41).

L'église de St. Sophie, une des plus anciennes et des plus belles de la Russie, fut fondée, en 1036, d'après le modèle de l'église du même nom qui se trouve à Conslanlinople. Un jeune peintre, envoyé de St. Pélersbourg pour prendre quelques dessins de celte église, découvrit,

*) Sur le couvent de Pskoff, voyei l'ouvrage de Schloctzcr, (Lubeck, 1832). Sur celui de Kijeff, t. Religiosa KijoriensU cripta etc. par Ilerbcnius (Jéna, 1675). Ce livre renferme aus»i plusieurs légendes ayant trait au couvent de Kijeff. Il y est dît, qu'un souterrain doublé de métal fondu, conduirait du couvent jusqu'à Smolcnsk, éloigné de 80 millet.

sous la couche do chaux qui s 'étendait sur les parois de l'édifice, des fresques très-ancien nos et qui remontent probablement à l'époquo où l'église Tut construite, dans lo onzième siècle. On no conçoit absolument pas, comment, en présence de la vénération que le peuple russe a toujours voué à tout ce qui louche l'église, ces fresques ont pu être recouvertes de chaux. Ce que j'en ai vu, portait le caractère du siècle que je viens d'indiquer. Des couleurs effacées, des peintures planes, des contours précis, un dessin raide. Les ligures déjà nettoyées représentaient des saints de grandeur plus qu'humaine, placés, l'un à coté de l'autre, saas la moindre intention de groupes artistiques. L'église renferme le tombeau de St. Wladimir.

L'église de St. André, dans le style rococo, fut bâtie, en 1744, par Rostrelli, m je ne me trompe. De l'escalier de cette église, on jouit d'une vue magnifique sur toute la ville de KijefT et sur le Dnieper.

Un beau jardin, aligné par Potemkin pour l'impératrice Catherine, renferme un établissement d'eaux minérales d'après le système de Struve. Un pensionnat très-élégant de jeunes filles nobles a été fondé par la noblesse de la province. Ici, comme dans toutes les maisons d'éducation russes, on élève des dames de salon et non des ménagères. L'Université occupe , sur une colline , un palais magnifique. Elle possède une bibliothèque très-riche. L'Université de Vilna a beaucoup fourni à celle-ci, entre antres une faculté entière. Dans le cabinet d'histoire naturelle, je > is une collection de pliques polonaises qui font horreur. Un professeur très-aimable, M. Ivanoschow, me montra tout ce qu'il y avait de remarquable. Il me communiqua quelques notices précieuses sur ta situation agronomique du pays.

La noblesse des gouvernements environnants est d'origine polonaise. Il n'y a que peu de familles grandrussicunes, établies en ces lieux. Suivant Procopc, les peuples slaves n'auraient pas eu de noblesse indigène. Les Petits- Itussiens et les Kussins n'en ont pas à l'heure qu'il est C'est lors de la conquête de cette contrée par

les grands- ducs de la Lithuanie et de l'annexion de la Lithuanie à la Pologne que la noblesse polonaise et lithuanienne a pénétré dans le pays. On ne sait an juste quand et comment cette immigration a eu lien. Hais le fait de sa prise de possession d'une partie du territoire trouve son explication dans les ravages des Mongols et des Tartares, par suite desquels bon nombre de terres étaient restées incultes. C'est ce qui fit probablement arriver d'autre part la Schljachta (noblesse inférieure) qui cultivait ellemême et s'établissait par communes. Mais ce qui s'explique moins, c'est le servage des Russins jadis libres , c'est la situation des villages russins que la haute noblesse a rendus tributaires. Ni l'histoire ni la législation de la Pologne n'éclaircissent cette circonstance.

Dans la Petite-Russie, sur la rive gauche du Dnieper, il n'y avait que peu de nobles polonais; il n'y en avait pas dans les pays cosaques. Mais dans ces derniers, l'impératrice Catherine avait donné beaucoup de paysans, autrefois libres, à des personnes de sa cour. La noblesse polonaise et russe, dans cette contrée, demeure l'une à côté de l'autre et souvent est confondue. Plusieurs anciens officiers cosaques ont acquis la noblesse russe héréditaire.

Dans la Podolie et la Volhynie, la noblesse polonaise se trouvait dans la même situation que celle de laGallicie orientale, ou la population, dans l'origine, se composait également de Russins. Toutefois les deux pays ont été différemment traités par la Russie et l'Autriche. I^Autriche : n'a pas favorisé la noblesse polonaise ayant des propriétés foncières , notamment en ce qui concerne ses paysans. Elle n'a pas considéré les paysans comme serfs, mais seulement comme devant des impôts et des prestations à la propriété. Ces prestations sont réglées par une loi, laquelle, en partie du moins, n'a pas été exécutée. On ajoute que la noblesse elle-même paie des impôts trèsolevés*).

*} Je n'ai jamais été en Gallicic. Mais des nobles polonais qui

Dans les parties de l'ancienne Pologne russe an contraire qui sont habitées par des Bassins, le gouvernement a traité et traite avec beaucoup de clémence la noblesse polonaise qui a des propriétés foncières. La législation russe étant introduite dans le pays, les nobles polonais sont égaux aux nobles de la Russie. Le servage de leurs paysans est reconnu. Le nombre des corvées, il est vrai, est limité à trois jours par semaine, mais il serait presque impossible au paysan d'en fournir davantage, à moins de laisser sans culture son propre champ et de mourir de faim, par suite de cet abandon. Il n'y a pas, comme en Gallicie, de justice patrimoniale, mais la noblesse exerce la police. Elle ne paie pas d'impôts.

La noblesse du pays a peu donné dans la révolution de 1831. Aussi le gouvernement n'a-Ml confisqué qae 27,000 a 30,000 paysans. Ceux des nobles qui ont à la fois des biens en Gallicie et dans la contrée dont je parle, préfèrent habiter cette dernière. La prospérité d'Odessa et le commerce des grains florissant, qui en a été la suite, n'ont pas peu contribué à relever les finances de la noblesse laquelle, en général, aime mieux le gouvernement russe que celui de l'Autriche. C'est la une observation que j'ai faite en 1843 et qui s'est vérifiée en 1846.

La Scbljacbta au contraire, peu civilisée, mais fière et courageuse, a conservé des sentiments de regret pour l'ancienne Pologne. En 1831 , dans les provinces essentiellement polonaises , elle a trempé bien avant dans la révolution. On a forcé ensuite les nobles a produire leurs titres de noblesse. Comme ils ne le pouvaient naturelle-

ont de» bieo* en Fodolie et d*ni la Gallicie, «eurent, que les impoli sont tellement élevée en Gallicie qu'en présence du bu prix de tout les produit! , ils abaorbenl presque loulo la rente territoriale. Il y a quelque* années, le prix des grains ayant considérablement baissé, l'archiduc Charles a offert au gouvernement de lui céder les biens qu'il possédait en Gallicie, pareeque, disait -il, il y avait perdu, et même mis du

ment pas, on les a dégradés. Us étaient désormais placés dans la classe des Odnoworzu. Ceux qui avaient eu des propriétés à eux, devinrent des Wolneludi (libres), ne payaient d'obrok mais une taille personnelle ; ils étaient assujettis au service militaire. Ceux des terres de la couronne furent traités à l'égal des paysans de la couronne, personnellement libres mais devant faire le service militaire, payer une taille et de l'obrok. Ceux enfin des terres seigneuriales payaient une taille et le tschinz ; ils étaient par conséquent des . paysans libres mais pour ainsi dire tributaires.

Les habitants primitifs, tels que les Malorussians (Petits-Russicns) et lesRussins avaient peu de sympathie pour la Pologne. Ils étaient remplis de haine pour leurs seigneurs, les nobles polonais. Les Malorussians, aimant médiocrement les Grands-Russicns , étaient mieux disposés en faveur du gouvernement russe , pour des motifs religieux surtout, pareeque de tout temps ils ont fait partie de l'église russe. Les Russins au contraire qui reconnaissent l'autorité du pape, n'éprouvent pas précisément un sentiment d'amitié ardente pour les Polonais, mais, se trouvant avec eux dans la môme communauté religieuse, ils les préfèrent dans tous les cas aux Grands-Russiens.

C'est ce qui explique les efforts constants de la Russie à détacher de Rome les Russins.

La propriété foncière des nobles dans cette contrée se trouve soumise à d'autres conditions que dans la Grande- Russie. Au lieu de posséder, comme dans celte dernière, un territoire et des paysans qui le cultivent et, en échange, lui paient de l'argent, il possède ici de grandes campagnes, avec des champs, prairies et pâturages séparés les uns des autres. Ces derniers sont divisés en de petites fermes dont les possesseurs fournissent des corvées. En un mot, Jéconpmiê rurale adoptée pour ces terrains, ressemble à celle qui est en usage dans une grande partie de l'Europe.

Presque tout le pays est divisé en petits territoires nommés klutschi (châteaux ou seigneuries). Le klutsch comprend, outre la demeure seigneuriale avec le parc, un

certain nombre do tollwarki, c'est-à-dire terrât y comprit* le village, les champs, prairies etc., avec les paysans soumis aux corvées. Dans un sens plus étroit, il signifie la demeure de l'économe avec les établcs, granges, magasins etc. J'ai parlé plus haut des corvées que les paysans doivent fournir. Aux deux classes des Ijagli et des piesché se trouvent joints en ces lieux les Galupnilci qui n'ont qu'une maison, sans jardin.

Chaque propriétaire a un inventaire on tableau détaillé de tout ce que renferme le Uutscb on le vollwark, le nombre des terres, leur étendue, l'indication des corvées à fournir par les paysans etc.

La coutume de ces inventaires est très-ancienne en Pologne, bien que probablement elle ait une origine allemande. Des constitutions de diètes en font mention dès le seizième siècle. Cette coutume toutefois ne dépasse pas les limites de l'ancienne Pologne. Elle est inconnue en Russie.

Dès les temps les plus anciens, des colons allemands se trouvaient dispersés dans toute la Pologne*). Lors de leur arrivée, il leur était permis de vivre d'après leurs propres lois dites Jntteulonicum dans les constitutions polonaises. C'est d'eux que les Polonais ont probablement adopté l'économie rurale, les corvées, l'inventaire ele. La i noblesse polonaise ne voulant absolument pas s'occuper! de l'agriculture, on en vint bientôt au système de fermage. I Les terres 'ftlfcirf"priscs à ferme par la noblesse pauvre, puis et surtout" par les Juifs.

') Dans les villes de ce» provinces occidentale* et ancien Dcmcnt polonaises, on trouve, dus le moyen --âge, dea habitants allemand» qui onl conservé leur idiome, leurs moeurs et jusqu'à de» coutumes sociale», telles que les métiers cl guildes. Dans les compagne», il y a beaucoup d'anciens colon» allemands qui paient un impôt a la couronne mai», pour le reste, administrent ponr ainai dire e ui-mêmca. Comme en Allemagne, le fil* le plu» jeune hérite de la ferme, si le père n'en dispose autrement etc. Cea ancienne» colonisa onl pré» de 17,700 lia-

Les fermages, adoptés d'abord dans les biens de la couronne et de l'église, s'étendaient peu à peu snr tout

le pays*).

Dans les baux à ferme, on prit naturellement pour base les inventaires lesquels en acquirent l'autorité de documents officiels.

Ces inventaires étant de leur nature sujets à révision, on donna à ces révisions le nom do lustrations.

C'est dans ces inventaires que j'ai puisé les notices sur l'économie rurale des pays qui vont suivre.

Dans les provinces de l'ancienne Pologne, il existe une sorte de mesure normale pour l'étendue d'une ferme. Elle porte le nom d'Cwolka et comprend 78 morgens de Prusse. On a probablement admis que c'est là ce qu'un paysan, à côté de la corvée, peut cultiver avec sa famille. Généralement, le paysan n'a que les trois quarts ou la moitié de l'Uwolka , ce qui constitue alors le tïaglo. Les tïaglos sont presque toujours également dolés; ça et là il y a des degrés différents que j'ai indiqués plus bauL Mais dans tout village, il y a à côté des paysans les jardiniers (Agorodniki) qui n'ont que des maisons et des jardins. Les premiers fournissent des corvées à charrue, les autres la main-d'oeuvre.

Il règne une grande variété quant aux corvées et impôts. Il ja d'abord les corvées d'agriculture (pantscbina). Elles sont prigoni, aux jours ouvrables ordinaires, ou sgomij en temps ordinaire, comme pour les foins qui réclament tous les ouvriers à la fois. Viennent ensuite les corvées de construction ou de réparation aux maisons seigneuriales, ponts, chemins, canaux etc. Puis, les services domestiques,

*) Eo Lithuanie, le système des fermages fut introduit immédiatement après l'annexion do pays A la Pologne. Le gouvernement russe maintînt ce système provisoirement et le régla par une législation spéciale. Aujourd'hui, on parait vouloir te défaire des biens des domaines et ea former des terres de paysans a?ec patment des impôts.

coiisislaut à abattre des arbre* , à scier le bois, à porter de l'eau etc. Il faut ajouter enfin lea corvées de roitnre obligeant les paysan* à conduire le blé au marché etc. Telles sont les corvées des homme*. Quant aux femme*, elles tissent le drap, filent la toile , arrachent l'ivraie, arrosent etc.

Eu outre des corvées, il y a de* prestations en nature, en blé, poules, oeufs, canards etc. Ces prestation* varient d'après les localités.

Tout ceci prouve que le paysan , dan* cette contrée, est rudement frappé par l'impôt. En fait , la situation où il se trouve, est inférieure à celle du paysan russe soumis a l'obrok. Les paysans des domaines peuvent fournir leurs prestations en Argent Ce mode de palment, il fant le dire, a pour le paysan quelque chose de pins dur encore et de plus difficile à supporter.

Ainsi que je l'ai dit plus haut, le gouvernement a l'intention de diviser les biens domaniaux et d'y établir des paysans qui paieraient un impôt fixe en argent. A cet effet, tous les inventaires seraient révisés et complété*. Ensuite tout le pays serait soumis au cadastre. On examinerait l'origine et la durée des prestations fournies par les paysans, abolirait les corvées, et en place des corvées, frapperait d'un impôt la propriété foncière. Un certain nombre de fermes ayant ainsi été composées au moyen des ancien* toUwark*, on entrerait en négociation avec le* paysans pour le fermage. Il s'ensuit que dans chaque village ou dans chaque vollwark, les biens des paysans diffèrent d'étendue, laquelle se détermine d'après les besoins du paysan indiqués par lui et adoptés par le gouvernement comme base du contract. On prend naturellement aussi en considération la qualité du sol, les forces physiques et morales ainsi que la richesse en bétail du

paysan. On lai donne d'an demi-tïaglo jusqu'à deux fîaglos. D'antres mesures sont adoptées pour des paysans plus pauvres. A mon arrivée, cinquante arpenteurs étaient occupés à ces sortes de lustratwns. Dans onze villages, le nouvel ordre de choses était complètement introduit. La différence fondamentale qui distingue notre cadastre moderne de cette lustration russe-polonaise , c'est que le cadastre est basé sur la valeur intrinsèque des terres et procède d'après des principes rationnels admis pour ainsi dire a priori, tandis que la lustration, en procédant à l'arpentage des terres et à leur estimation, tient compte des forces que la main-d'oeuvre peut fournir. Ce mode est donc parfaitement approprié aux contrées ou règne le servage.

Il n'est pas suffisamment démontré en histoire à quelle époque remonte, dans ce pays, l'origine du servage. Il est à croire qu'il n'a pas existé avant la conquête de la contrée par le prince de la Lithuanie. Peut-être le servage ne s'y est-il développé qu'après l'annexion de la Lithuanie à la Pologne, puisque toute la noblesse est polonaise. Au reste, on prétend qu'en Pologne le servage 1 proprement dit ne date que de la période historique. Dans [ les temps héroïques au contraire, le paysan s'appelait kmet 1 ou homme; ce n'était pas alors une chose dénuée de 'droits civils et politiques.

Ici encore le gouvernement russe a fait quelque chose, pour restreindre l'arbitraire des seigneurs qui , dans les derniers temps de la Pologne, avait été h peu près illimité. Il a réduit les corvées à trois jours par semaine, défendu les mauvais traitements exercés sur les personnes, et fixé à cinq coups de fouet le maximum des peines corporelles pour délits de police. Il est vrai de dire que le serf né peut porter plainte contre le seigneur. Les seigneurs sont surveillés par l'ispravnik nommé pour ce pays non par la noblesse, mais par le gouvernement. Le cas échéant, le gouverneur appelle le collège de Mette de la noblesse (Adelsvormundschaft) , le vice-gouverneur, le maréchal de la noblesse et quelques propriétaires fonciers.

Le coupable est place soi» curatelle et l'on administre sa fortune. On devine que celte garantie donnée contre l'arbitraire, ne laisse pas d'être assez faible.

Naturellement il y a des nobles bien intentionnés qui s'efforcent de relever les conditions de leurs serfs. C'est ' ainsi qne M. de Ponintowski et quelques autres agronome! intelligents ont si bien améliore les moeurs des serfs, qu'ils ont pu diminuer d'un tiers les corvées à fournir, sans qu'ils aient eu à souffrir personnellement de cette diminution.

Quelques seigneurs ont introduit chez leurs paysan» une juridiction d'arbitre» destinée a vider les différents que les paysans peuvent avoir entre eux, et de panir en même temps les délits et contraventions commises envers la commune. On a remarqué qne les paysans rendent des jugements sévères mais justes. Les autorités supérieures ont l'air d'ignorer cette institution dont elles apprécient l'utilité. On dit que l'on trouve aussi ra et là des traces de tribunaux du peuple, si je pais m'exprimer ainsi, dont l'origine remonterait à un âge reculé.

La plus grande partie de la noblesse polonaise du pays est mal heure usera ont peu on mal civilisée. Autrefois, les nobles passaient l'hiver à Kijeff où ils perdaient beaucoup d'argent aux jeux de hasard. C'est ce qui a lieu maintenant a Odessa. Il en est de même des contracte, ayant pour objet la vente des grains, les emprunts etc. C'est à Odessa et à Kijeff qu'ils se concluent. On entend souvent les contractants se plaindre qne les anciens contracls basés sur les coutumes reçues et la bonne fui, étaient plus religieusement remplis que ceux d'à-présent auxquels préside la loi écrite de l'empire. C'est pourquoi bon nombre de nobles préfèrent conclure les contracts dans leurs terres, en se conformant aux us et coutumes d'autrefois.

Le plus grand obstacle contre lequel les propriétaires aient a lutter, c'est le défaut absolu de crédit Ici comme en Rouie et à Odessa, le taux de l'argent ordinaire est do H % » 2 % P*r mai*.

Toutefois la noblesse dans ce pays jouit de pins d'aisance qu'elle ne le faisait jadis. L'occasion lui fait défaut de prodiguer de l'argent à l'étranger; elle est forcée de vivre dans ses terres. L'exportation des grains que la prospérité d'Odessa est venue singulièrement favoriser, a dû augmenter de beaucoup les revenus des nobles.

On a fait la remarque que si, près de Kijeff, 500 paysans constituent un revenu de 20,000 roubles assign., le même nombre en représente 80,000 aux environs d'Odessa. Le prix des terres se règle en conséquence. Tant il est vrai que la distance plus grande de la mer ainsi que de mauvaises voies de communication exercent une influence décisive sur la valeur des produits agricoles et, par suite, à celle des terres.

Quant à l'ancienne division en Klutscki, elle est tellement enracinée dans les souvenirs du peuple, qu'aujourd'hui encore on entend désigner presque chaque village comme appartenant à tel Klutsch.

Les Juifs sont extrêmement nombreux; ils occupent deux positions sociales différentes. Dans les villes, notamment dans les petites villes, ils forment la population principale. Toute l'industrie se trouve entre leurs mains. A la campagne au contraire, le Juif est le factotum, du noble. Il Tétait bien plus encore il y a quelques années. Il Test aujourd'hui de manière à en faire l'instrument passif de la volonté des nobles. Ce qui rend surtout nuisible l'activité des Juifs, c'est la distillation de l'eau dévie qui se fait surtout par leur intermédiaire.

La distillation de l'eau de vie est réservée en monopole aux propriétaires fonciers de la couronne dans les villages et aux habitants des villes. Les seigneurs entretiennent eux-mêmes des distilleries ou les afferment à des Juifs. Dans le premier cas, ils ont des propmatia, c'est-àdire des cabarets qu'ils font administrer par des employés jurés qui vendent l'eau de vie en détail, ou des arrende* c'est-à-dire des établissements dans lesquels l'eau de vie < se vend en gros. Alors les ouvriers reçoivent bien de 1 l'eau de vie sur le compte de ce qui leur est dû en argent,

mais il ne l'en vend du reste rien en détail. Le seigneur donne les cabarets en ferme à son facteur qui les donne en arriù ré-ferme à des Juifs moins riches. Si le seigneur afferme la distillerie elle-même au Juif, il lui abandonne naturellement aussi les cabarets. Le seigneur relient sou blé pour les années de disette. Tout cela a pour suite de j faire commettre aus Juifs des actes de lâcheté et d'igno- '. minie afin 'd'entraîner le peuple à une ivresse honteuse. J C'est ce qui arrive surtout lorsque la distillerie en même 1 temps que les cabarets se trouvent entre les mains du Juif. Le gouvernement a défendu d'affermer les distilleries aux Juifs, mais on élude la loi, le Juif se disant administrateur etc. Le gouvernement a défendu ensuite de faire crédit au paysan de l'eau de vie vendne. Le paysan dans ce cas n'est pas obligé de paver cl ne peut être cité en ! justice pour celle dette. Mais, chose singulière, le paysan ■ la considère comme une dette d'honneur et la paie exactement.

On trouve dans ce pays des distillations de pommes de terre, qui n'existent pas dans le reste de l'empire.

Il y a à peu près douze ans, les Juifs ont été exilés de la ville de Kijeff à cause du leur mauvaise conduite. Il leur est défendu d'avoir des maisons, de tenir magasin ou de passer une nuil dans la ville. Depuis, les habitants se pleignent sans cesse en disant que tout est cher, que les artisans, les marchands trompent et surfont les acheteurs, etc.

Dans le gouvernement de Kijeff se trouve la ligne de démarcation entre les Russins et les Malorussians, de même qu'entre la noblesse polonaise et celle de la Russie. Celte séparation se reconnaît, dans le peuple, aux costumes différents. Le Dnieper forme la limite entre le quas russe et la bière que probablement les Allemands ont introduite en Pologne*). Dans le même gouvernement de Kijeff, nne

*) A Kijeff et dan» quelques autres villes , où il y » beaucoup de tirand«-Ru*iiMB , ceni-ti, depuia l'ananion du paji à li RuHie. ont introduit le quai a cote de la bière. Volume II. 28

ligne de démarcation s'est récemment formée pour la vente du blé. Le Nord de Kijcff cl de la Volhynie conduit son blé vers la Baltique, à Danzick etc., le Midi vers la mer Noire, à Odessa. Quelque chose de semblable a lien pour la laine; celle du Nord-Ouest va aux marchés de Silésie, le reste à Odessa.

Même différence fondamentale quant à l'organisation communale des villes. On sait qu'en Russie la couronne et la noblesse peuvent seules posséder des paysans*). Les villes russes au contraire ne possèdent nulle part soit des paysans soit des villages. Si, outre des pâturages et des forêts, elles ont des terres propres à l'agriculture, ils les abandonnent à des bourgeois ou à des voisins moyennant un impôt foncier, ou bien les afferment, ainsi qu'on l'a vu pour Ssaratow. Il n'en est pas ainsi sur la rive droite du Dnieper dans les pays de l'ancienne Pologne. Là, non seulement l'ancien droit urbain allemand (de Magdebourg) se trouvait en vigueur, mais toutes les coutumes étaient allemandes. Depuis les temps les plus reculés, il y existait des guildes et des corporations de métiers. Les villes possèdent des territoires où, comme en Allemagne, elles exerçaient une seigneurie patrimoniale. Quelques-unes même, comme Thorn et Danzick, étaient indépendantes et ressemblaient aux anciennes villes libres de l'empire germanique. Dans leurs territoires, ces villes avaient établi des villages et des voUwarks (terres d'économie rurale); les paysans devaient fournir des corvées à ces vollwarks, comme aux seigneuries nobles.

En Russie, la noblesse n'a pas de villes. Elle n'en a point établi dans ses terres et ne pouvait leur octroyer des droits. Elle ne peut non plus exercer sur elles de domination seigneuriale. Les villages d'iwanowa et de

*) Quelques Odnoworzu qui possèdent des paysans, descendent évidemment d'anciennes familles nobles qui ont perdu, parl'nn ou l'autre érénement, soit la noblesse soit les titres qui servent A la prouTer.

Pawlowa du comte de Schermetew ressemblent à des villes pour l'apparence, la population et la richesse. Us surpassent, sous ce rapport, les quatre-cinquièmes de toutes les villes russes. Mais an fond, ce sont des villages et ils n'ont pas les droits que possèdent ailleurs les villes. Si ces villages devenaient des villes, Schermetew y perdrait tous ses "droits. Sur la rivé droite du Dnieper au contraire, la noblesse polonaise, a l'imitation de celle des pays allemands, a établi des villes sur ses terres. Elle leur a donné des droits et des privilèges , en se réservant les droits de seigneur, la justice patrimoniale et la plupart do temps, un impôt foncier sur les maisons. Ces villes se trouvent dans la situation des villes allemandes dites médiatisée». Ce sont presque toujours des espèces de trous habités par des Juifs, dans le genre de ceux que j'ai décrite plus haut.

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