Chapitre XXV1L
Le 29 Juin (viens style), je partis de Moscou pour Toula dans le tarantes du pasteur S., connu en Allemagne comme écrivain et qui m'accompagna dans mon voyage.
Nous arrivâmes le lendemain a Toula. M. S., demeurant à Moscou, est pasteur d'un certain nombre de communes allemandes luthériennes, lesquelles sont dispersées dans plusieurs gouvernements du centre de la Russie européenne et qu'il visite & des époques déterminées , la plupart du temps denx fois l'année. Cest un de ces voyages qu'il fit alors à Toula, Orel) et quelques autres endroits. Une chaussée conduit de Moscou à Toula. Au Midi do Moscou, la culture du sol est plus avancée qu'au Nord de cette ville. On traverse deux villes, Podolsk et Surpaehow. Surpuchow est une ville de fabriques connue. Ici encore, l'on trouve les rues larges et les grandes places qui distinguent les villes russes, parceque l'on n'est pas obligé d'y ménager l'espace. Toula aux maisons ponr la plupart neuves et blanches*], s'étendant au loin dans la plaine, avec an kreml**) et 30 couvents et églises, offre, à une
') La ville ■ ■omeaL toaffert par des incendiei. "j Dans les grands* Bt ancieane* Tille» de la Runio est une place
certaine distance déjà, un aspect imposant D'après le dernier recensement officiel qui comprenait sans doale les faubourgs, la population de la ville était de 51,000 habitants. La ville est située sur la rive de la petite rivière d'Upa dont les eaux sont arrêtées ici pour la fabrique d'armes de la couronne.
Nous vîmes surtout des personnes de la commune luthérienne. Le pasteur S. employa son séjour, aux actes sollicités par le culte, tels que les sermons, le baptême, l'extrême onction etc. Les funérailles seules ne peuvent naturellement être ajournées jusqu'à son arrivée, et Ton s'adresse à cet effet aux prêtres de l'église grecque lesquels, d'après ce que Ton assure, font preuve de beaucoup de tolérance.
Toute la ville de Toula peut être considérée comme une fabrique et ressemble assez, sous ce rapport, à Liège, en Belgique.
L'occupation principale des habitants c'est la fabrication de divers objets en métal en ce sens que plusieurs personnes travaillent à un seul objet, par exemple à un fusil, mais chacune a une partie chez soi et pour son propre compte. Qui y met la dernière main, imprime un signe à l'objet terminé. Quelques articles cependant se confectionnent dans un seul et même établissement. Il en est de même des joujoux de musique appelés harmonica. On me dit qu'il s'en fabriquait à Toula 50,000 à 60,000 par an, que Ton paie 1 à 15 roubles la pièce. On les envoie surtout à la foire d'Irbit en Sibérie d'où ils vont en Chine. Cent petits garçons y sont occupés dans un local. Chacun d'eux s'occupe d'un ton à part.
La fabrique de fusils impériale se trouve dans un faubourg, sur la rive droite de l'Dpa, vis-à-vis de la ville. Les ouvriers qui en font partie, demeurent aux environs
particulière, entourée d'un mur et renfermant presque toujours la cathédrale et d'autres édifices publics. Ce mot signifie fort on citadôUe. Voy. Schnitiler, At Russie etc. p. 51.
de la fabrique, pour la plupart dans le faubourg de buù dit Schulkowa; ils exécutent les différent* travaux dans leurs demeures. 11 y en a 6000. La fabrique fut établie par oukase de Pierre I eu l'année 1712*).
Les bâtiments de la fabrique sont presque tous nouveaux. Dn vieux bâtiment avec une machine à vapeur est destiné à servir de réserve, l'emploi de la vapeur n'étant pas avantageux a cause de la cherté du bois. Les nouveaux établissements sont organisés de manière à ne mettre en oeuvre que l'eau comme force motrice. L'eau est conduite à travers une voûte solide, maçonnée et garnie de fer, au-dessous d'un chemin , dans le bâtiment qui y est affectée. Elle met en mouvement de grandes roues de fer à vanne. Un mécanicien particulier sert à déterminer la mesure de l'ean qu'il s'agit d'introduire. Afin de prévenir les incendies, dont Toula a eu beaucoup à souffrir, tout est en pierre et en fer aux nouveaux bâtiments. On oe voit presque nulle part de bois, à l'exception des planches de quelques salles. Ce qui m'a frappé, c'étaient les pots de terre d'nne forme convenable dont se composent les voûtes et qui leur donnent de la solidité en évitant tout à la fois de les rendre trop lourdes. Chaque bâtiment à sa destination particulière : l'un est assigné nux machines, l'autre aux ouvrages pins fins etc. On m'a fait remarquer que dans l'atelier où se polissent les baïonnettes, un courant d'air enlève la poussière de métal, si nuisible à la santé des ouvriers que ceux-ci meurent presque tous dans leur quarantième année. Lo soufflet est remplacé par un ventilateur qui exige moins de réparations. Les ouvriers délivrent les objets fabriqués dans des locaux spéciaux où les plus anciens et les plus expérimentés les reçoivent et les examinent pour en indiquer an besoin les défauts aux ouvriers. Chaque objet est marqué du nom de l'ouvrier qui Va confectionné. On a formé une collection do chiens de fusil, tels que, depuis l'origine de l'établissement, on les a fabriqués avec une perfection progressive. On n'en
*) Voy. PosMrt, rJuspâ-S nue, SuUgwt, 1844, ton». IL, pig. 526.
certaine distance déjà, un aspect imposant D'après le dernier recensement officiel qui comprenait sans doute lai faubourgs, la population de la ville était de 51,000 habitants. La ville est située sur la rive de la petite rivière d'IIpa dont les eaux sont arrêtées ici pour la fabrïqte d'armes de la couronne.
Nous vîmes surtout des personnes de la communs luthérienne. Le pasteur S. employa son séjour ans actes sollicités par le culte, tels que les sermons, le baptême, l'extrême onction etc. Les funérailles seules ne peuvent naturellement être ajournées jusqu'à son arrivée, et l'on s'adresse à cet effet aux prêtres de l'église grecque lesquels, d'après ce que l'on assure, font preuve de beaucoup de tolérance.
Toute la ville de Toula peut être considérée comme une fabrique et ressemble assez, sous ce rapport, à Liège, en Belgique.
L'occupation principale des habitants c'est la fabrication de divers objets en métal en ce sens que pluiews personnes travaillent à un seul objet, par exemple à n fusil, mais chacune a nue partie chez soi et pour son propre compte. Qui y met la dernière main , imprime *> signe à l'objet terminé. Quelques articles cependant M confectionnent dans un seul et même établissement. H eat est de même des joujoux de musique appelés harmonica. On me dit qu'il s'en fabriquait à Toula 50,000 à 60,000 par an, que l'on paie 1 à 15 roubles la pièce. On les envoie surtout à la foire dirbit eu Sibérie d'où ils vont en Chine. Cent petits garçons y sont occupés dans un local. Chacun d'eux s'occupe d'un ton à part.
La fabrique de fusils impériale se trouve dans un faubourg, sur la rive droite de l'Upa, vis-à-vis de la ville. Les ouvriers qui eu font partie, demeurent aux en virons
particulière, entourée d'un !
!■ cathédrale et d'autres édifices public*. Co i Vey.T
faisait pas encore à percussion. Un fusil terminé et ayant tout son calibre pèse 18 livres. On fabrique aussi des pistolets etc.
Un beau pont suspendu, en fer, construit par le colonel Sch.» joint les deux rives de l'Upa. C'est au-dessous de ce pont que se trouve la digue destinée à arrêter le cours de l'eau. Cette digue est établie de manière à pouvoir être baissée lorsque la rivière charrie des glaçons. Les glaçons alors passent par-dessus la digue.
Suivant le colonel Sch., la fabrique fournit 100,000 fusils par an en supposant» ce qui est la règle, que l'on ne travaille que le jour. Un fusil ordinaire, destiné à Tin-» fanterie de la ligne, en ne comptant que le métal et la main-d'oeuvre, coûte 18 roubles, y compris tous les autres frais, 28. Le fer vient du voisinage. Les ouvriers sont des paysans de la couronne commis à cet effet, et qui ne peuvent se racheter. Ils sont payés par pièce et peuvent travailler pour leur propre compte de sorte qu'il y a parmi eux des riches et d'autres qui font travailler des ouvriers qu'ils louent, tandis qu'eux-mêmes s'adonnent à une autre occupation, par exemple au commerce.
On me fit remarquer les belles figures de quelques ouvriers. En général, la forme des visages des Grands- Russien8 m'a souvent rappelé ceux des anciens Grecs*).
*) Kohi, A propos des bandes de métal par lesquelles les ouvriers russes serrent leurs cheYeui, et qui se retrouvent dans les statues grecques, fait remarquer à son tour que Ton prendrait souTent les ouvriers russes pour des descendants de Socrate et d'Àrislote. Ceux qui rattachent la race des Slaves et surtout des Slaves russes à celle des anciens Grecs, sont probablement dans le vrai. L'architecture russe aux colonnades bien développées, l'attelage (troika) si gracieux, l'esprit et la ruse, se manifestant surtout dans le petit négoce et ressemblant A s'y méprendre à la graeca fides, enfin le goût du luxe et de l'élégance, tout cela prouve en faveur de ce système. L'organisation communale de la Russie n*a-t-ello pas ensuite beaucoup d'analogie avec le principe de l'état grec d'après lequel l'individu disparaissait et était absorbé par la société?
De Toula, nom nons dirigeâmes vers Michailowsk, la lerre du comte Alexei Bobrinskij, située à 12 ou 15 milles de distance de Toula an Sud-Est, non loin de la Tille de Bogorodsk et la limite du gouvernement de Itjaesan. Une végétation luxuriante, de beaux champs de blé et le sol devenu presque impraticable par la pluie dénotèrent la zone de la terre noire (tschernosem). La terre se tronve dans une situation pittoresque, au milieu d'un grand bassin ondulé. Près de la maison seigneuriale, on voit les bâtiments d'une fabrique de betteraves laquelle est peutêtre la plus grande de la Russie. Un parc considérable, ainsi que les maisons habitées par les personnes qui font partie de l'établissement etc., donnent a la ville un aspect assez varié. Un médecin allemand demeure également aux environs de la fabrique*). Le raffi»eur de la fabrique, kl. H., Ha m bourgeois de naissance et que j'avais connu dans le temps, me reçut parfaitement. H me dit beaucoup de bien du principal, du comte dont je viens de parler et qui l'accablait de bienfaits mérités d'ailleurs par le zèle et la bonne tenue de H. M.
Les Allemands de cette campagne et des environs forment une petite commune luthérienne pour laquelle le pasteur S. dut célébrer le service dans une salle de la maison, sans orgue ni chantre. 11 consacra un mariage, et pendant la cérémonie, les jeunes époux étaient placés sur on beau tapis, de laine.
H. H. nie montra la fabrique, dans laquelle on a utilisé les nouvelles inventions. Ce que j'en vis, me donna la conviction que le sucre de betteraves que l'on gagne en ces lieux, équivaut pour la qualité au sucre de canne.
*) Un voyageur ■ dit que lei malades en Rusait meurent faute de médecins. Le» médecin» ne donneraient leurs aoina qu'aux prince». Je ne puis confirmer ce récit. J'ai Irouré beaucoup de médecin» allemand* dans les Tilles el même i la campagne. lia aent a la disposition do tout le monde. Comme en Allemagne, c'eal l'état qui place de» médecin» qui ont nulii l'eia-
L'eau est fournie par des sources situées plus haut que la fabrique. Le bois (de chêne) est transporté de 30 ventes de distance et coûte 26 roubles la toise plus 10 roubles de frais de transport II y a aussi de la tourbe qui, plus tard y remplacera le bois. Les betteraves sont cultivées, dans des jardins, par les femmes des paysans; le comte les paie 1{ roubles assign. le tschetwert. Le tschetwert fournit 17 à 18 livres de sucre. Le poud se- vend 30 à 35 roubles et donne 50 % de bénéfice net. Tout cela suppose naturellement une bonne année. La fabrique consomme 42,000 à 45,000 tschetwerts par an. La fabrique n'occupe que des ouvriers libres. Le comte ne demande pas de corvées mais un obrok modique à ses paysans. Aussi y a-t-il parmi eux des riches. Un jour, les paysans croyaient le comte gêné, par suite d'un incendie qui avait éclaté à Kiew et où il a également des fabriques. Us se cotisèrent pour lui offrir 80,000 roubles qu'il n'accepta pas.
A mon retour, je dus prendre une simple voiture de paysan (telege ou kibitke, lorsqu'elle est surmontée d'une toile; kibitke signifie aussi tente de nomade). J'en fus littéralement moulu. De Toula à Moscou, je m'associai à un tschinofnik (employé) qui se servait du même véhicule, mais, suivant la coutume russe, il amortisa les cabots du telege par des coussins qu'il avait soin d'y mettre. Les postes de paysans russes donnent une idée de l'esprit d'association qui règne dans le pays. La route de Toula à Moscou, dans une étendue de 75 verstes, est divisée en relais un peu plus longs que les relais de poste du gouvernement Les relais se trouvent dans les villages. Un certain nombre de paysans forment une société (Artcl) qui fournit aux voyageurs les chevaux de relais, et, au besoin, les voitures, moyennant conditions fixées au début du voyage. Voulant me rendre de Moscou à Jaroslaw, les paysans de l'artel me délivrèrent un reçu contenant tous les relais avec la distance et le prix de chacun d'eux. 11 n'est pas rare que le transport est abandonné au moins offrant des sociétaires, de sorte que l'excédant de la somme
payée par le voyageur, constitue an bénéfice pour le société, qui le boit probablement.
En revenant de Toula à Moscou, je vis dans les villages les jeunes garçons et les jeunes filles s'amnser à des jeux divers vers le coucher du soleil. Dana un des villages, j'eus occasion d'observer une danse que deux enfants exécutaient, non sansgra.ee et talent, au milieu d'un cercle de spectateurs. Tout cela ne me semblait pas justifier la relation d'un voyageur d'après laquelle le silence préside à toutes les fêtes des villageois russes.