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aspect satisfaisant. On observe la culture régulière des trois champs, sans toutefois recourir à l'engrais. Les prés sont couverts d'une herbe invariablement haute et touffue, et libres d'ivraie et de racines. En plusieurs endroits, le gazon se déroule, comme un tapis, beau et velouté au point qu'il ne déparerait pas tel parc anglais.
La route est assez fréquentée. Nous rencontrâmes de grands convois de sel, appelés Tschumaki, et des troupeaux conduits par des bergers à cheval. Bon nombre de brebis kirguiscs, aux queues de graisse, broutaient l'herbe le long de la route.
Près de Pctrowsk, nous passâmes la Medwedixa, la première rivière dans le bassin du Don qui se trouvât dans notre chemin. Les pluies des derniers jours avaient rendu les voies impraticables. Aussi notre voiture plougca-t-clle souvent dans la boue jusqu'au-dessus des essieux.
Le village de Tschinaki, qui se trouve dans le voisinage, appartient à la couronne. Il renferme 180 maisons et 061 habitants, qui possèdent 4528 dessat. de terres. A chacun des habitants on a assigné 8 dessat., d'où il résullc que 95 d'entre eux n'ont pas reçu la mesure légale. Le bois et les pâturages sont exploités en commun par tout le village. On repartage tous les ans les prairies. La culture est celle des trois champs. Le sol, à ce qu'on dit, ne supporte pas l'engrais. On ne cultive que le seigle. On laboure le champ d'hiver deux fois pour le seigle; le champ d'été une fois pour l'avoine, le blé sarrasin et le millet. Le partage des champs est exact au point que dans chaque terre sept portions, diversement situées, reviennent à chaque habitant. Au reste, ce village s'adonne exclusivement à l'agriculture; c'est tout au plus si, pendant l'été, douze a quinze paysans choisissent, comme Burlaki, une autre industrie. L'agriculture dans ce pays ne demande pas de grands efforts. Aussi tout le village n'a-t-il que 400 chevaux, autant de bètes à corne et à peu près 3000 brebis, de sorte que le travail nécessaire pour 11 dessat. se fait par un cheval. Dans le pays de Magdebourg, pour comparer en passant l'agriculture russe à celle de
l'Allemagne, 70 à 90 arpents, réclament quatre chevaai, tandis que dans notre village, on emploie le même ne»» bit* de ehe\au\ pour 1?<> arpents. Ajoutez que les chenal allemands sont trois fois plus forts et mieux bâtis pour lt travail que ceux dos Russes. Enfin, les paysans de Tscfci» naki , au lieu de transporter eux-mêmes les produits il leurs terres au marché, attendent que les acheteurs ricanent les chercher et leur apportent en échange du fer et du sel, le premier à 7 roubles assignats le poud, le dernier à 1}.
Pendant la moisson, le salaire dune journée, outre lt nourriture, est de 70 à 100 copeks; on paie 40 à 50 roubles avec les \ éléments et la nourriture, à un valet de charme que l'on loue pour toute la saison.
Nous atteignîmes Pensa dans la matinée du 4 Juillet La ville est située sur une colline, d'où Ton jouit d'une fort belle \ue sur une plaine fertile, bordée de forets, et qui serait charmante, si elle était arrosée par une rivière ou un ruisseau quelconque.
L'intérieur (h1 la ville, comme celui de presque toutes les localités russes, présente d'un coté une partie moderne avec de belles églises, de grandes places, avec des palais et de magnifiques maisons, et d'autre part, une ville ancienne aux maisons à poutres superposées et aux rues larges et bien alignées.
Je fus voir d'abord le gomeriicur, M. Panlsehalizow. Avant fait les campagnes de IM.'i et de 1*15, il a vécu depuis eu grand seigneur. II possède même dans ce moment une chapelle (pie dirige un bon musicien allemand. f/est en général un homme parfaitement instruit. II a auprès de lui une fort aimable personne, sa soeur, qui parle l'allemand avec la même pureté que le russe, sa langue maternelle.
Quant au président des domaines , il n'était que depuis peu dans le pa\s et ne pouvait, par conséquent, nous communiquer que des notices incomplètes sur la nature du sol et la situation des habitants. 11 nous conduisit dans le jardin botanique, placé sous son administration. Le
jardin, fort bien tenu, s'étend vers le midi le long du versant d'une petite montagne, dont il couvre le sommet. Il nous fit remarquer une culture considérable d'ananas, mais dont les fruits, faute d'acbcleurs, ne se vendent que trois roubles assignats et demi la pièce. Nulle part je n'ai trouvé des cerisiers nains aussi beaux que ceux du jardin botanique de Pensa. Couches sur des espaliers, à la hauteur d'une aune de la terre , ils donnent des fruits remarquablement beaux et grands en même temps.
Je fis une visite au pasteur protestant, M. Haken, qui semblait avoir pris à coeur les progrès intellectuels de ses ouailles. Voilà du moins ce que me fit supposer la bibliothèque d'ouvrages pieux et son abonnement à la Gazette évangclique, dont je le vis, non sans une certaine surprise, occupé à lire le dernier numéro. C'est là sans contredit un triomphe de propagande extrêmement flatteur pour M. Hengstenberg.
Etant retourné à l'hotcl où j'étais descendu, je dis au maître de la maison, un Allemand, de m'envoyer un barbier. Quelques minutes après, je vois entrer un jeune homme bien mis , d'une tournure convenable cl qui me rase avec une aisance toute française. C'était toutefois un paysan russe à qui le seigneur de son village avait fait apprendre le métier de Figaro, en payant, outre la nourriture, 350 roubles pour trois années d'apprentissage. Après ce temps, il l'avait mis à l'obrok. Le jeune homme s'en trouve bien. Il gagne aisément, et au-delà, les 175 roubles qu'il doit payer en obrok, puis il s'amuse, va au théâtre et joue au dandy ni mieux ni plus mal qu'un de ses confrères du boulevard des Italiens.
Quant aux villages des environs, on y trouve, comme dans toute la Russie, plus de femmes que d'hommes. Ce ' sont probablement les recrutements qui amènent cette dis- \ proportion; car dans les colonies allemandes exemples, comme on sait, du service militaire, le nombre des hommes excède celui des femmes de 2%.
Presque tous ces villages s'adonnent do préférence à l'agriculture. Pas de fabriques ni de commerce, si ce n'est Volume II. 5
• iliii ili-s lirai ns. Le prix du ces derniers varie d'année ■ année. Cl'bI ainsi, pour citer quelques exemples, que k Ixhi'hwrt de seigle, qui roulait 14 roubles assignai* 9ti eupo1.!. ni l»3M. ne su vendait, en I S»43. que 4 roubla ~,l\ cDjit'ks, que le prix rlu IschcLwcrl étant, en 1842, et ii roubles '■'■'< cupuks pour l'avoine, du troubles 75 copeki pour li- blr snrra»iu, cl du 12 rouilles ÏIj eopeks poar In puis, les prix SU iiHiililiai.nl an poiul d'être, en 1843, it 2 roubles 'J*! copeks, de 3 roubles àO copeks et it T, roubles "T> éopeks.
Le 7 Juillet, je quittai Pensa pour me diriger, ara mes compagnons de voyage, du côle de Tambuw. Ven le» lin»! heures, nous arrivons it la terre dcSolewka, appartenante à la fiiuiillc tl'Honriu. liracc à quelques lignes il uilrudiirLidii pour l;i mallres.se de la maison, non* j litiiiMiiis un aeeueil des plus aimables, el nous ucceplou iiii'i: empressement l'ullie qui nous est l'aile, du nous repu.-er pendant quelques heure*.
l"e»l un intérieur ehanuant. M. d Howrin, grand lima leur de la peinture, dessine lui— munie avec goût. 11 a rapporté de l'Italie île jolis souvenirs de pavsage. Sa Ji'imuu el sa fille, belles comme des anges, unissent la grâce pari.-ie.nne à rjnslriielioii des femmes allemande*. Sa famille a long-temps vécu à l'étranger. Aussi la terre puralt-ulle avoir été assez négligée. La maison, qui M compose d'un bâtiment ancien que l'un a utilisé et, pour ainsi dire, l'ail outrer dans une construction plus moderne, a par cela même un aspect moins monotone que la plupart des habitations russes. (Juelipies appartements en sont Tort jolis. Itien de coquet cl d'élégant, surtout comme eeu\ qu'occupe Mademoiselle d'Howrin. Dans ces derniers, les murs qui présentent, dans le reste de l'habitation, des poutres superposées, sont rabotés, polis el ont l'npparenca de lambris parquetés. L'oeil est en outre réjoui par une l'unie d'ornements délicats. Ce sont des meubles pleins d'élégance, des guéridons, des tapis moelleux, dus vases en porcelaine remplis des Heurs les plus rares, enfin nue petite bibliothèque charmante, el composée d'auteurs choisis.
Le parc s'étend sur le bord élevé d'une petite rivière. Ici comme sur toute la route jusqu'à Woronescb, l'hiver des dernières années avait fait geler et par suite dessécher les chênes dans le parc dont je parle. Plus de la moitié de ces derniers en avaient souffert à la cime ou du moins quaut à une partie de leurs branches. x
Notre troisième relais c'était le village de Sinzoka appartenant à un M. de Wsewolodsky. Ce village entière- 1 ment neuf, présente des rues bien alignées, des maisons construites d'après un plan uniforme, placées à égale distance Tune de l'autre et, ce qui est rare en Russie, bâties en briques et couvertes de tuiles. Ce n'est pas, comme on pourrait le croire , un incendie , mais le caprice du , seigneur qui a fait adopter ce système. C'est lui qui a \ ordonné aux paysans de suivre un plan invariable dans les constructions. Il leur a avancé, en vue de cette disposition, 300 roubles dont ils doivent lui payer 21 roubles d'intérêt par an. À défaut de cette somme , le débiteur, outre la corvée de trois journées légalement établie, en fournit d'autres, au printemps et en automne, avant et après l'époque où a lien le travail dans les champs. Alors, pendant deux jours de la semaine, il coupe du bois et le conduit à une distillerie éloignée de trois verstes. Ceci toutefois no constitue pas un de ces contrats que l'oukase du 2 Avril 1842 a voulu provoquer; les paysans au con- . traire appartiennent, comme par le passé, au seigneur qui, ; sans doute, aurait pu faire bâtir le village comme bon lui • semblait, et frapper les paysans d'une redevance quelconque: s'il ne l'a pas fait, s'il a pris une voie détournée pour arriver à ses fins, c'est que la coutume du pays, plus forte que la loi, se serait opposée à ces procédés arbitraires. Puisse l'autorité supérieure être bientôt en position d'ériger en règle fixe et législativemcnt invariable, ce qui est maintenant abandonné à l'empire inconstant des faits.
Au reste, les habitants de ce village jouissent d'une certaine aisance. Les excellentes terres qu'ils possèdent en quantité suffisante, n'ont pas besoin d'engrais. Bien plus, le bois ne faisant pas défaut, le fumier les embarrasse.
On cultive seulement le seigle, que Ton sème serré au point de compter deux tschetwerts par dessat. On obtient le dixième grain. Le propriétaire s'est réservé un tiers de la terre dont prennent soin les paysans en travaillant à corvées. A chaque tiaglo reviennent, pour ce travail, nne dessat. et demie du champ seigneurial.
Le S Juillet au matin, nous atteignîmes le grand village de Mussalin, qui renferme 728 habitants, pour la plupart Tartares. Les paysans nous firent bon accueil. Le bourgmestre, s'il est permis d'appeler ainsi celui qui est placé à leur tète, et un Mollah parlaient le russe, et c'est deux que je tiens les notices qui vont suivre. Il faut donc se garder d'y ajouter une foi absolue , le peu de sympathie qui règne entre les Russes et les Tartares, donnant toujours un caractère partial à tout ce que les deux peuples racontent l'un de l'autre.
Les habitants de ce village, comme ceux de presque tout le pays environnant, sont Jessaschnie-Tartarîy c'est-àdire, soumis au service militaire. C'est Pierre I qui, par un document qui existe encore, permit à un Mursa tartare, du nom de Jaruslan, de s'établir en ces lieux et d'y prendre des terres à son gré. Jaruslan arrive avec cinquantequatre guerriers, occupe cinquante dessat. pour son propre usage, trente-deux de ses compagnons en obtiennent chacun autant, et aux vingt-deux qui restent, il en donne trente par personne. Cette différence semble avoir eu pour cause non la distinction du rang, mais la diversité des services militaires plus ou moins étendus pour chacun des guerriers-colons. Les terres furent accordées comme héritage immuable, par dérogation au principe russe, d'après lequel on distribue de nouveau les champs à des époques déterminées. Ici, la propriété du sol est si bien acquise aux colons qu'elle se transmet par succession. A la mort du propriétaire, ses héritiers tirent au sort pour la possession de la maison paternelle. Ceux qui perdent, construisent des maisons pour eux et partagent ensuite la terre in «att/ra. On conçoit qu'il doit en résulter, dans ces villages, une grande disproportion dans les propriétés territoriales.
Outre cette sorte de fidéicommis des anciens guerrierscolons, la commune possède près de 1500 dessat. de terres, partagées d'après le principe russe, suivant le nombre des habitants, de sorte que chacun d'eux a doux dessat. Voici comment le village a obtenu ce surcroit de propriété foncière. Anciennement, les terres de quelques Mursas lartares ayant des serfs russes, confinaient à celles de la commune. Dans la suite, un oukase défendit aux sujets russes non-chrétiens d'avoir des serfs chrétiens. Les Mursas, à qui leur croyance est plus chère que leur bien, sacrifient les paysans. Ceux-ci alors déclarent, comme c'est l'usage en Russie, „que la terre leur est quasi inféodée, qu'elle fait partie d'eux-mêmes et qu'on ne peut les en détacher." C'est là-dessus qu'ils se fondent pour rester, et les Mursas, en fin de compte, doivent abandonner les terres avec les personnes qui les cultivaient. Quant aux paysans, devenus libres grâce à la résistance inerte et forte en raison même de cette inertie qui leur est naturelle, ils ont conservé leur liberté pendant sept ans ; puis, sous Catherine 11, ils se sont donnés au général Schepclow, dont le régiment avait su leur persuader qu'ils seraient heureux sous la domination d'un nouveau maître. Toutefois il y eut des récalcitrants. Le général en envoya la plus grande partie dans d'autres terres qu'il possédait, et fit venir do ces dernières, et en plus grand nombre, des cultivateurs qu'il établit aux endroits que les mutins avaient dû abandonner. Aux nouveaux venus il assigna une étendue considérable de terres, en ne se faisant nullement faute d'en prendre à ses voisins, les Tartarcs, qui, outre le terrain cultivé que possédait chaque famille, avaient de vastes forêts. C'est précisément d'une bonne partie de ces forêts que notre seigneur vint s'emparer. Plus tard, le général étant mort, les Tartarcs ont intenté un procès à ses héritiers qui ont du leur rendro 11000 dessat. Le reste est en litige et la cause se poursuit à Tschembar, chef-lieu de cercle. Ceux des Mursas qui demeurent dans le village oii ils ne se distinguent en rien, en apparence du moins, des Tartarcs, ont également, avec plus ou moins de bonheur, intenté des
procès dans l'espoir de récupérer les terres qu'on leur ■ injustement enlevées. Quant aux Tar lares, ils ont constîtoé en propriété commun air. les terres que le procès, dont je viens de parler, leur a fuit obtenir, et fidèles à lacouune russe, ils les oui ensuite partagées suivant le nombre do habitants.
Le village a trois mosquées ressemblantes, à l' extérieur, à des églises de village allemandes. En voici le modèle, que mon compagnon de voyage, lo prince L., a dessiné dans le village de Kutefka, qui se trouve non loin de Mitssalin.
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Autrefois les Tarîmes, au lieu de porter leurs différends devant les tribunaux russes, suspects de partialité et, s'il faut, en croire la rumeur publique, accessibles h la corruption, préféraient les faire vider par leurs Mollahs pris comme arbitres. D'après cela, il est à croire que le tribunal du cercle de Tscbembar, auquel ils s'adressent assez souvent, fait exception à la règle. Toujours est-il que les Mollabs ne décident plus guère que des a flaires de divorce ou de succession, et pour les dernières même, lorsqu'elles sont compliquées, les parties vont devant le
juge ordinaire. C'est ainsi qu'on nous parla d'un procè> de succession assez curieux qui était alors pendant au tribunal de Tschembar. En voici le résumé.
Un Tartar meurt, laissant une femme et une fille adoptive. Celte dernière est instituée légataire universelle par sou testament. Du vivant do la veuve, tout va bien, car elle aime tendrement l'enfant adoplif. Mais à sa mort, ses héritiers et ceux du mari attaquent le testament en nullité. Maintenant, les premiers voulaient porter l'affaire devant les Mollahs, mais les deux autres parties optant pour le tribunal de Tschembar, il a fallu les écouter.
Les Mollahs, dans ces villages, sont dotés, en fait de terres, comme les paysans qui leur paient en outre quelques petites redevances in nalura.
Ayant quitté, après quelques heures de repos, les hospitaliers Tartares, nous arrivâmes bientôt à Tschembar. Je vis aux environs de la ville des champs immenses de blé de sarrasin, qui vient ici sur un sol gras, tandis que chez nous, on ne parvient à le cultiver que dans les terrains tle sable. Partout le pays offre en ces lieux un aspect ih%s plus agréables, dû surtout aux broussailles et aux petites forêts qui coupent les terres en tout sens.
Ces villages se distinguent de ceux des Russes moins par la construction différente des maisons, que par la disposition des rues, bien alignées dans les localités russes, et n'offrant que des espèces de monceaux de maisons chez les Tartares.
Les maisons elles-mêmes, faute de matériaux, sont petites, misérablement bâties. Quel contraste avec les vastes habitations du gouvernement de Wologda! Ajoutez qu'en général le paysan de la Russie méridionale, bien que, surtout dans la contrée dont je parle, il soit loin d'être pauvre, n'apprécie guères les avantages du comfort rustique.
Le costume des femmes se dislingue par un mouchoir rouge noué autour de la tète, et par la manière d attacher les robes qui se nouent au-dessous de la taille et la dessinent. Nous rencontrâmes des femmes remarquablement belles. Quant aux hommes, ils portent une chemise «prune
ceinture fixe au-dessus de la hanche, mais au Heu 4b coton ra\é de rouge, adopté dans les villages que non* venions de traverser, cette chemise est de toile blanche, ornée d'une sorte de bordure de couleurs diverses au ma n ch es et aux extrémités.
Des deux tilles de cercle ïschembar et Kirsanow, Tune et l'autre d'assez triste apparence, la dernière est pourtant la moins laide. Mais je préfère à toutes les deux Païn, grand village du comte de Scheremetjew, contenant 2300 habitants mules et auquel les rues larges ainsi que de fort belles maisons donnent un caractère presque imposant. Ou y trouve même des palais ornés de colonnes, de balcons et de toitures en fer. Les habitants font un grand commerce de bétail et de suif. M. de Scheremetjew, le plus riche p/opriélairc de la Itussie, met sa gloire à posséder des serfs riches. Effectif émeut, il en a dont la fortune, s!é)ève à plusieurs millions. Dans le cercle de liirutschin, le village d'Alcxcjcwsk, qui renferme, à ce qu'on dit, 3200 âmes, lui appartient également. Dans celle dernière localité^ quelques paysans ne pouvant, selon les lois russes, acquérir euxmêmes des serfs, ont acheté sous son nom six à sept cents paysans. Il les a laissés faire bien plus , ils ne les a pas frappés d'impôts plus forts que ceux payés par les paysans plus pauvres. Rarement il leur accorde la liberté, qu'euxmêmes ne désirent guères, pareeque le servage leiïr Tait obtenir plus de protection et les garantit mieux contré des injustices tle toute nature que ne le feraient, du moins sous le régime des lois qui étaient récemment encore en vigueur, les autorités constituées. Toutefois, quelques paysans ont racheté leur liberté pour H),()00 et même 100,000 roubles. Scheremetjew possède aussi le village d'Iwanowo, le Manchester de la Hussie, qui occupe 42,000 ouvriers, en partie, par les fabriques de coton, et qui fournit par an 1)00,000 pièces tle coton représentant la valeur de 23,400,000 roubles assignats *). M. Scheremetjew traite ses serfs avec
*, Voyez l'ouvrage île .M. de Koeppen sur les ailles de la Russie surtout en ce qui concerne leur population p. 4. (en allemand).
douceur. Us paient moins d'impôts que les paysans de la couronne. Reste à savoir si ses employés ne pressurent pas quelquefois les paysans. On m'a d'autre part assuré que les habitants riches de ses villages en oppriment les pauvres.
Nous traversâmes ensuite un village du comte Uwarow. Ici, pas de maisons grandioses , mais toutes elles portent l'empreinte d'une certaine aisance.
On dit que le comte Uwarow possède dans ce pays douze villages avec 5000 habitants et 38,000 dessat. de terres, que les revenus d'un tiaglo sont de 200 roublesj assignats, enfin que sur celle des rives du Wolga où se' trouvent les prés, un propriétaire foncier tire 80,000 à 100,000 roubles de revenus de 300 paysans.
Le 9 Juillet, à sept heures du matin, nous arrivâmes à Tambow, ou je ne restai que la matinée et, le gouverneur étant parti, ne pus voir que le vice-gouverneur, M. de Samaitin et quelques négociants.
11 y a à Tambow des commerçants, qui, à trente ou quarante verstes de distance de la ville, afferment des terres en grande quantité, les font cultiver à leurs frais, y font semer du millet et qui, souvent, en obtiennent le quarantième grain. Le millet se paie 10 à 20 roubles le tschetwert. D après le même procédé, on cultive le lin et le chanvre et plus souvent encore les pavots qui, toutefois, demandent de l'engrais. On m'a nommé des négociants qui, dans ces dernières années, ont récolté 40,000 tschetwerts de pavots et les ont vendus au prix de 25 à 40 roubles. Dans de bonnes années, le tschelwert de seigle est de 2 et à 3 roubles assignats (ce qui équivaut à 4} et 7 sgr. pour le boisseau de Berlin}; lors des mauvaises récoltes, par exemple en 1838, il monte à 28 roubles assign. (ou 2 thalers 4 sgr. le boisseau de Berlin).
A trois heures, je partis de Tambow pour Lipezk et m'arrêtai ensuite pendant quelques heures au village de Wisgcgarah, situé sur la limite qui séparait autrefois des Tarlares l'ancien grand-duché moscovite. On voit encore un rempart haut de dix pieds, et uu fossé profond d'autant.
I mis lus 400 à 500 jiiis se trouve un espace de terre road, sans aucune trace de bilisse ni de (lierres, qui porte k nom de tour. Qnnnl nu rempart qui continue, à ce qu'es dit, le long du Wolga, de Zarizyn jusqu'il Ussman, dans une étendue de 500 a 000 vente* et peut-être plu» kit encore, il aurait servi de ligne de défense contre la Tfirlni'es. Notre Jaemlscliik sut nous dire qu'à dix ventes du village on voyait, devant le rempart, une grande place circulaire, l'emplacement de la forteresse de quelque car des Ages reculés. Suivant le même cicérone, le rempart aurait été élevé contre les Tscberkcsscs, dont le nom a de remplacer, dans l'imagination du peuple, celui des Tartans, qui n'inspirent plus aujourd'hui de rruiule et dont le souvenir, jadis formidable, n nécessairement pâli.
C'est sur celte limite cl afin de faire défendre pir eux le rempart, que les anciens grands-ducs avaient établi des colons militaires. Parmi eux, il faut chercher les ancêtres des habitants du village de Wisgcgarafa. Ces derniers racontent, non sans fierté, qu'il y a dans la Wolost Sagorst douze villages avec 7O00 habitants mules, tous de trais tMaotcorso, du plus noble tang cosaque, qu'autrefois ils n'avaient jamais donné leurs filles en mariage a aa des habitants des villages environnants, ni épousé une des leurs et qu'aujourd'hui encore cela avait rarement lies. Tant il est vrai que tous les peuples ont des instincts aristocratiques. A la cour des domaines de Tumbow, on conserve les doruments faisant foi de leurs privilèges et des conditions de leur établissement. C'est ainsi que, le sol leur appartenant eu propre, ils ne liaient qu'une taille personnelle el pas d'obmk. C'est, du reste, tout "ce qui les distingue des autres paysans russes ; car eux aussi partagent aujourd'hui les terres suivant le nombre des habitants, tandis qu'anciennement, s'il faut en croire uae tradition, e'esl d'après le mérite el la considération des personnes que plus ou moins de terres leur étaient accordées par la commune.
Cependant, eu dépit du nom d'Odnowurzu 'paysans à une seule habitation} qu'ils se donnent, ils se distinguent
essentiellement de ceux qui, au nord de la Russie, sont désignés par la mémo dénomination et qui, demeuraut dans des maisons et sur des terres à eux, ne se trouvent pas compris dans le système communal do la Russie, et ne connaissent pas le partage des terres suivant le nombre des habitante.
Ajoutons pour plus de clarté , que les paysans du village de Wisgegarah sont doublement libres: de leurs personnes d'abord, comme les paysans de la couronne, puis, de redevances et d'impôts seigneuriaux. Cette dernière situation se retrouve en Russie chez un nombre assez considérable de paysans et entre autres chez tous les Cosaques.
Le village de Wisgegarah contient 647 habitants avec 7 dessat. pour chacun d'eux. La terre est tellement bonne que l'engrais n'est nécessaire que dans les jardins et pour le chanvre. On suit la culture des trois champs, en cultivant le seigle dans le champ d'hiver, le blé sarrasin, l'avoine, le millet et le lin dans le champ d'été. La paille, et non le fumier durci, sert de chauffage. Le bois manque et on est forcé de le chercher à 80 verstes de dislance. Aussi la construction d'une maison revient-elle à 1500 roubles assignats.
Dans ce village sont venus s'établir des bourgeois de Tambow, qui ont loué des maisons au prix de 150 roubles assignats, pour y établir des auberges pour les voiluriers et à qui, en outre, les paysans pauvres ont donné à ferme leurs portions des champs communaux.
Tout ce pays a un caractère particulier. Devant les maisons des villages sont plantés des arbres, pour la plupart des saules, que Ton voit aussi le long des routes. Tous les jardins renferment des plantations de saules. Les haies des jardins et les murs des maisons, moins ceux de la chambre principale, consistent en branches de saules entrelacées. Les étables, rappelant les Ausliks tartares, consistent, pour la plupart, en hangars ouverls aux parois construits d'après le même procédé que les murs de la maison. Je ne vis nulle part de haies vives ; à défaut de
celles dont je viens de parler, les clôtures sont de fa» et de terre, ce qui produit un détestable effet. La façade (lus maisons se trouve presque toujours du coté de la roe, l'entrée en est nu milieu. Comme dans la Russie du Non!, les ('-lubies sont au rez-de-chaussée et les paysans occupent les éludes supérieurs. Un escalier conduit a li porte de la maison précédée d'une sorte de perron (Kniba) couvert ou non, el plumé do quelques arbres; c'est là oae la famille demeure pendant presque tout l'été. Sur celle sorte de balcon, où l'on a soin do placer des tables et des bancs, se réunissent les voisins. Ou cause, on rît, on fait chanter les jeunes gens. C'est un ensemble des plus pittoresques et qui ne se retrouve guère, il faut le dire, qae dans les pavs fortunés du Midi.
Nous lia versâmes Kaselow, ville de cercle, aisée, riche même, grâce à un commerce considérable de grains. Elle est bien bâtie et présente quelques ronst rue lions élégantes dans les rues. Il y a un faible commencement île. pavage, La ville, bien située sur une hauteur, domine une plaine fertile mais dénuée de bois.
Le dernier relais avant d'arriver ùLipczk, se trouve à Siminowkn, joli village, aux rues alignées et qui appartient au vice-gouverneur de Tumbow, M. de Samaitin. Voici la tvpe d'une rangée de maisons, particulier n tout le pays et que le r-ntinn infatigable de mon compagnon de voyage, le prince I... n'a pu manquer de reproduire.
Le village détruit par un incendie, il y a quelques années, a été rebâti, sur les ordres du propriétaire, d'après un plan régulier. Les maisons blanches à la chaux et couvertes de tuiles, sont agréablement situées au milieu de jardins et d'arbres, que les paysans cultivent avec soin. Les matériaux de construction pour ces bâtiments ont été fournis par le seigneur. Chaque maison a coûté ensuite 150 roubles assignats payés comptant. Le village ne contient que 24 tiaglos. On a assigné aux paysans la moitié des terres; la famille seigneuriale s'en est réservé l'autre moitié. Dans chacun des trois champs, tout tiaglo a trois dessat Le champ d'hiver donne du seigle, le champ d'été du blé sarrasin, de Forge et de l'avoine. C'est un intendant de la maison du seigneur qui a bien voulu nous communiquer ces notices.
Les terres seigneuriales sont divisées d'après l'assolement de dix champs. Les paysans travaillent à corvées trois jours par semaine et fournissent en outre, in natura, quelques poules, des oeufs et un peu de toile. Les tiaglos, comprenant pour la plupart des familles nombreuses, ne manquent pas de bras pour le travail. C'est pourquoi pendant l'hiver le propriétaire, n'ayant pas besoin de tant de corvées, loue un certain nombre de paysans aux négociants de Lipezk, qui les emploient pour battre les grains, en payant la nourriture et 38 roubles assignats par homme, en total, 800 roubles à peu près. Le seigneur a généreusement abandonné cette somme à la caisse communale, pour être mise à profit en cas de mauvaise récolte, de grêle, d'incendie etc. M. de Samaitin possède dans ce pays trois villages avec 500 habitants, et qui, on le prétend du moins, lui constituent un revenu net de 28,000 roubles assignats.
Les villages situés aux environs de Lipezk, sont pour la plupart habités d'Odnodworzi, appartenants à la catégorie dont j'ai parlé plus haut, et qui disposent bien plus librement de leurs biens que les autres paysans du pays. Les négociants des villes du voisinage exploitent cette circonstance, en louant à ces paysans ainsi qu'aux proprié-
taircs fonciers qui ont plus de terres que de serfs capahhi de travailler, une partie de leurs champs, en fixantes préférence le terme de location pour plusieurs années. Il paient pour la grande dessat. du pays (de 3200 toit» carrées, tandis que la dessat. de la couronne n'est que i» 2400 toises carrées ou de quatre arpents prussiens) 10 à 12 roubles assign.; ils établissent dans les champs de tites maisons pour les surveillants; puis, ils font semer, sonner, récolter et battre les grains. Voici comment ss paient ces différents travaux:
par dessat Charrue et herse pour la première fois, . 5 roubles assiga.
seconde „ . 3 „ „
Ensemencement 3 „ „
Moissonner le seigle 15àl8 ,, „
„ l'avoine
Battre une kopine*, 1 m »
Le tout, outre la nourriture que les ouvriers reçoivent également de celui qui les loue.
On coupe le seigle au moyen de la faucille, et après l'avoir battu, on le sèche au four. Le blé qui ne se Tend pas à Morseham, Kaselow ou à Tambow, est conduit par la route de terre à Moscou, éloigné de 460 verstes. Pendant la dernière année qui avait été mauvaise, nn pareil transport avait coulé 1 rouble 70 copeks par poud. Un cheval tire à peu près 20 poutls **). Le trajet est ordinairement de quinze jours. Comme charge de retour, les négociants font venir des marchandises do Moscou. Si le voiturier a nn peu d'argent, il dépense, pendant le voyage, pour sa nourriture, 50 à 60 copeks par jour, et 10 copeks s'il est pauvre. Dans les auberges où ils ne prennent rien, on leur fait quelquefois payer 1 Viable, ce qui n'est pas l'usage dans le reste du pays. Ils achètent sur la route l'avoine et le foin, gé-
IVlîle charge clnniiniil a peu près un Ist hehurl île crains. ") Le prii moyen tl'uii cheval ordinaire est de 50 roubles, d'uno vache 35 roubles.
néralemcnt fort chers dans les auberges. Pendant l'élit les voituiicrs passent ta plupart du temps la nuit à la belle étoile. Nous rencontrâmes beaucoup de voitures petitsrussiennes attelées de boeufs; elles étaient souvent campées en grand nombre le long de la rouie.
Le 10 Juillet vers les onze heures, nous arrivAmes à la ville de Lipezk, où nous fûmes logés chez un négociant. Rien de frappant comme l'aspect de cet endroit. A une grande distance, nous avions remarqué une colline couronnée d'églises aux tours nombreuses, de maisons aux toitures de tuiles qui brillaient au soleil, et de groupes d'arbres. Arrivés au haut de cette colline, nous entrons dans une grande rue, bien alignée, pavée avec soin cl que bordent des maisons bAtics dans un slile élégant, pour la plupart à un seul étage et presque toutes ornées d'une sorte de péristyle reposant sur des colonnes, et d'où un escalier conduit dans un petit jardin fleuri, situé de plein pied avec la rue, et entouré d'une grille. Près de la porte de la ville par laquelle nous fîmes notre entrée, une grille de fer s'étend à une certaine distance et sépare la rue d'un magnifique parc, offrant les arbres les plus beaux que Ton puisse voir *). En arrière des maisons , un parc descend dans une jolie vallée, qui renferme une source d'eau minérale, des maisons de bains, des restaurants et des magasins. Toute cette partie de la ville est belle et élégante au point de vous faire oublier que vous êtes en Russie, à peu de distance du Don. On se croirait à Blankencsc près de Hambourg, ou dans tel autre endroit plein d'agréments. Mais au sortir de cette longue rue dont je parle, tout change. Ce sont des maisons a poutres superposées, des rues sans pavé et couvertes de boue, un bazar d'assez pauvre apparence, et au bout, pour achever
") Ici, comme près de Pensa , un grand nombre do chênes, et surtout ceux qui se trouvaient places sur le versant méridional du la colline, avaient été détruits par les gelées du dernier hiver.
le contraste avec la partie intérieure do la ville, le village russe dans toute sa simplicité.
On prétend que c'est Pierre I qui, en visitant les forges de la ville, aurait découvert la source d'eau minérale qui se trouve dans la vallée. Un obélisque comrnémorttit érigé en son honneur par un riche négociant, sert à perpétuer le souvenir de ce fait. Quant à la nature de h source, on dit qu'elle ressemble à celle de Pyrmont. Hb jouit d'une certaine réputation depuis trente ou quarante ans.
Très-recherchée il y a quelques années, la source n'eit plus dans ce moment qu'un prétexte do réunion pour kl employés et la noblesse des environs. Cependant la vie des eaux se retrouve encore dans les promenades du soir, dans une salle de société et dans la musique médiocre qui assourdit vos oreilles. Le restaurant est détestable: heureusement les nobles amènent leurs cuisiniers et aiment à inviter les étrangers qu'ils comblent de prévenances. Le premier jour, nous payâmes toutefois notre tribut de nouveaux venus, eu dinant extrêmement mal et fort cher cher le restaurant; puis, un vieux garçon, sorte de cicérone obligé que Ton trouve dans toutes les localités d'eaux, finit par mettre la main sur nous ; car selon toute apparence, 3 nous avait guettés depuis quelque temps. Curieux, importun, mais officieux et poli, il nous fait tout voir, tout connaître, (iiace à lui. le directeur des eaux donne un dîner en notre honneur et organise un bal pour le soir. Noos ne demandons pas mieux que de nous reposer des fatigues de notre voyage et de nous divertir quelque peu: aussi nous laissons-nous faire.
Etant en route depuis plusieurs mois et ayant besoin, si je voulais paraître convenablement au bal, de faire couper mes cheveux, je Gs venir à cet effet le coiffeur à la mode. C'était un vieux Français qui, depuis 30 ans, avait parcouru la Russie en tout sens. Il me communiqua quelques faits ayant rapport à son art et qui n'étaient pas sans intérêt. A l'en croire, les femmes de la Russie du Nord, par l'usage trop fréquent qu'elles font de bains
chauds, auraient les cheveux rares et peu élastiques. Les perruquiers, par conséquent, ne sauraient les utiliser. C'est pourquoi ceux de Moscou et de St. Pétcrsbourg feraient venir des cheveux de la Russie méridionale. Aux environs d'Aslracan, il y aurait un village particulièrement célèbre pour la beauté sans pareille que présentent les cheveux des femmes. Se gardant bien de les mouiller d'eau chaude, celles-ci feraient usage de certaines huiles propres à donner aux cheveux l'élasticité et l'éclat désirables. Les cheveux de ces femmes seraient riches au point de les couvrir entièrement, et elles ne risqueraient rien en les faisant couper; car après quelques années, ils repousseraient riches et royaux.
Un fonctionnaire des domaines de l'endroit, M. de Pawlow, à qui nous étions recommandés, nous acceuillit parfaitement. C'est à lui que je dois les données qui vont suivre.
A quelques lieues de la ville, le ministère a établi une ferme-modèle centrale. La situation, à ce qu'on dit, eu est excellente. La terre, dont l'étendue est de 1200 dessat. à peu près, présente trois natures de sol différentes: un terrain de sable maigre, un autre de sable mêlé avec de la terre grasse, et un troisième de terre noire de deux arschins d'épaisseur. Des bois et de belles prairies ne font pas défaut. Les plans que Ton nous montra, prouvent une intelligence suffisante de l'a (Ta ire chez ceux qui l'entreprennent. Toutefois , comme cinquante dessat. au plus étaient alors cultivées du terrain destiné à la ferme et que les bâtiments n'existaient que sur le papier, je renonçai à me rendre sur les lieux pour visiter l'établissement naissant.
Pour en revenir à Lipezk, il faut compléter ce que j'ai dit du caractère de ce pays, en ajoutant que le sol contient de la mine de fer. L'industrie cependant n'a pu la mettre à profit, faute de bois. J'ai vu des traces de houille, et peut-être suffirait- il de fouiller le sol pour en trouver en quantité suffisante.
Volume 11. 6
Dans les environ*, il y a on très-grand 001 nnworzu. La plupart d'outre eu\ descendent de colons que l'un avait établis en ces lieux pour protégera frontière. Le lecteur se rappelle que nous en avons aacontré précédemment déjà. Quant à ceux do pars II l.ipc/k. on dit que les documents qui les concernent, MM déposé* ii la cour des domaines de Tambow. ToateJM
un nnmlir nsidérnblc de ces colons paraissent atw
perdu, par des partages et des ventes, toutes leur* propriétés l'on ci ères. Ils sont allés ensuite se Gxer dans an communes de la ronronne, où ils participent au parlât* des terres, paient l'obrok ordinaire cl ne se distiaracat, par conséquent, en rien des autres paysans de la courons La tradition seule de leur origine s'est conservée et Ai .l'appellent Dascfietrije (hhiodiconu. A coté d'eux, itexûfe on certain nombre d'Odnoworzu, sortis de ramilles noUo que Pierre I, pour les punir il 11 refus qu'elles avaient fait de se soumettre au service militaire, avait dégradées. II t m a nui appartenaient à la liante aristocratie , comme, poar citer un exemple, les membres de la famille Galizin. fil
sont dev s de vrais paysans. Cependant quelque*- aat
■l'entre cm ont des serfs. Il n'existe d'ailleurs pas aa distinction rie rang entre les Odnovorzu cl les paysans du!» couronne. Tout paysan de la couronne et tout pays» serf qui est devenu libre, peut, s'il acquiert une propriété1 territoriale, se faire inscrire parmi les Orfiioirorzu.
Des Odnoironu aux petit x-iwhlctt, la transition est atturelle. Il y a de ces derniers un grand nombre dans le pays. Quelques villages sont partagés entre dix à qui» de ces nobles, dont plusieurs n'ont que 2 tiaglos. Presque tous sont extrêmement endettés. Autrefois, la banque leur faisait des prêts de 2.">0 roubles par habitant; mais depan le mariage du grnnd-duc héritier, il est permis à la banque du leur prêter jusqu'à ,'JOO roubles. Les affaires de ces petits propriétaires en sont devenues plus mauvaises et lenr» délies plus considérables. Si la couronne pouvait arriver à acquérir peu à peu ces petites propriétés avec les serfs qui y sont attachés, son intervention serait m
véritable bienfait pour le pays, que les nobles pressurent à l'excès*).
Le 12 Juillet an matin, je quittai Lipesk. Ayant exprimé le désir de visiter l'établissement agricole de M. de Bunin , oncle de M. de Pawlow, et les haras célèbres de .'■ Bitjuk, M. de Pawlow s'offrit à m'y conduire, et étant partis ensemble, nous quittâmes bientôt à cet effet le chemin qui conduit directement à Woronescb.
La route qui coupe ici de magnifiques champs, est bordée souvent de touffes de garance qui vient presque partout sans culture. Tandis que près de Pensa, on obtient difficilement le froment d'hiver mais tout au plus le froment d'été (qui domine du côté des prairies) et le blé sarrasin ; tandis que le seigle se voit surtout près Tambow : ici c'est au contraire le froment qui acquiert une belle croissance sur les champs d'hiver, et qui, dans le Midi, l'emporte sur tous les autres grains. Le grand trèfle rouge est partout sauvage, et dans les prairies il remplace, pour ainsi dire, l'herbe. On me dit que si l'on se met à le cultiver, il dépérit après l'espace d'un an. Le colza d'été est excellent ; l'huile qu'on en tire, est peu recherchée; en carême, le paysan fait usage d'une huile qu'il prépare avec du chanvre cultivé dans son champ, et pour l'éclairage, il se sert du suif, qui est à meilleur marché encore que l'huile.
M. de Pawlow me dit que le long du Bitjuk se trouvent les meilleurs haras de la Russie. On y voit en effet ceux de la comtesse Orlow, qui sont immenses, et ceux, non moins beaux, des comtes de Rostopschin, Orlow etc.
"j On a remarqué que si, autrefois, on ne tenait complc dans les transactions que du nombre des paysans, on achète et Ton vend maintenant tant de dessat, arec les paysans nécessaires pour la culture. Cette circonstance prouve que la terre a dû acquérir une valeur déterminée. Au reste, le paysan s'achète 400 ou 500 roubles, et à chaque paysan reviennent cinq à six dessat.
Presque Ion» les propriétaires fonciers ont des haras eue un moins considérables, cl les patsans eux-mêmes élèvent beaucoup d<: chevaux. IiVH paysans vendent souvent en chevaux pour l'.OO cl 700 rouble* assignats. Le prix errfinujrc 'l'un cheval <|iii se vend sur les lieux, est de 301 roubles. Les chevaux de rit pais se distinguent de un de Ul llussie du Nord pac leur force et leur ardeur. Tandis que, pour citer un exemple, un petit elievnl de la Une de M. Snmaîlin. à quelques lieues de. Lipezk, supportes peu près une charge de '21) ponds, les chevaux de cette contrée tirent jusqu'à des chariots du 171) pouds, lorsque, bien entendu, les chemins ne sont pas trop mauvais.
Lu plupart des paysans des environs de Lipezk travaillent à corvées. Cependant il y en a, surtout paras cun\ appartenants aux grands propriétaires fonciers, codum au prince (îali/in, qui paient un obrok de 50 roubles. Ces derniers sont ordinairement riches.
Le 13 Juillet Vieux stile qui répond au 25 Juillet *a noim-uui, je vis moissonner le premier seigle de l'année.
O j -là la récolte commence aussi au rentre et au Nord
de l'Allemagne. Les foins étaient entièrement coupés. Je vis beaucoup de chanvre, mais peu de lin.
Les briques se préparent ici dans des fours placés H milieu des champs et chauffés, du paille. Il est probable que le peu de chaleur fournie par la paille, est augmentée au moyen d'une manipulation particulière.
Nous traversâmes quelques villages irrégulièrement bâtis et d'assez triste apparence, appartenants à des 06noduor/u qui. dans ce pays, passent pour être fort paresseux. Libres du leurs personnes ul nu payant flocon impôt, ils deviennent des fainéants. Depuis qu'il leur est défendu de louer dus terres à dus négociants, qui, nom l'avons vu, un prenaient autrefois à ferme en vue d'une culture irréguliére, les Odnodwnrzu laissent dans un abandon sauvage tout lu pays dont ils n'ont pas immédiatement besoin pour leur entretien. Il un est résulté un relard de plusieurs années pour le palment même de la taille personnelle , te seul impôt qui les frappe et qni
n'est pas considérable. Cette paresse des paysans a engagé les fonctionnaires publics à donner à ferme les terres laissées sans culture par les propriétaires, lis les louent pour plusieurs années, ordinairement pour dix ans, en les mettant aux enchères, et ils obtiennent, comme prix moyen pour la dessat., 7 roubles G kopeks assignats. Le gouvernement toutefois, à ce qu'on dit, désapprouve ce procédé, qui donne lieu à des fraudes de toute nature.
Dans les villages que nous traversâmes, les perrons ouverts (Krylza-, dont j'ai parlé plus haut, étaient partout recouverts d'un toit protecteur. J'ai dit que les paysans passent presque tout Tété dans ces sortes de berceaux. Aussi voit-on infailliblement dans un angle l'image du saint particulière aux chambres des paysans russes.
Dans la matinée du même jour, nous atteignîmes Sselo- Marûno, la terre commune des familles de Bunin et de Pawlow. Quelque chose de patriarchal distingue l'intérieur de cette maison. Jamais un commandement impérieux; tous obéissent avec amour au chef de la famille, au vieux M. de Bunin. Marié mais n'ayant point d'enfants, il a reporté toute sa tendresse sur les enfants de sa soeur, Mad. de Pawlow. Elle en a cinq ou six. M. de Bunin et M. de Pawlow me paraissaient, l'un et l'autre, fort instruits. Un goût délicat a présidé à l'arrangement de la maison où règne le comfort qui vaut mieux qu'un luxe plein d'ostentation. C'est un vrai château russe, batî dans le stile connu, à poutres superposées, mais dont les appartements sont spacieux et commodes. Ce principe d'architecture, d'après lequel, dans des maisons allemandes, toutes les chambres principales doivent avoir une issue sur un corridor, à l'exception tout au plus des cabinets placés aux angles des maisons et des grands salons qui sont souvent précédés d'antichambres, ce principe est inconnu aux nobles russes. La porte de la maison, pour la plupart double, s'ouvre aussitôt sur un appartement spacieux ou sur un petit corridor. Les autres chambres sont situées pour ainsi dire péle-mèle, Tune derrière l'autre, de sorte qu'il faut en traverser souvent cinq a six, avant d'arriver à la
septième. C'est la nature particulière de la vie de clirz les Husses qui a donné lieu à celle distribution. Lai domestiques se tiennent dans le corridor ou dans l'anli- <'h:imhre qui le remplace dans plusieurs maisons. Cad, bien entendu, ne s'entend que des domestiques mâles: as ne voit guère de servantes, et l'étranger notamment ne la aperçoit jamais, l'as de chaises dans ce corridor, raremi'Mt une table, mais des bancs ou, pour mieux dire, des sortes de divans le long dos murs. Un appartement recul j est occupé par le. maître de la maison. La feman s'en réserve naturellement un autre. Il v a ensuite def chambres à coucher, mais toutes les autres chambres, dont les portes sont toujours ouvertes, reçoivent indistinctement tous les habitants de la maison qui s'y tiennent tantôt réunis , tantôt séparés. Dans la Russie du Nord, on chauffe non seulement une ou deux chambres principales, mais toute la maison et jusqu'aux corridors et escaliers. C'est que les Musses savent faire face à l'hiver, et il n'y a pas, pendant la mauvaise saison, de demeures plus commodes et plus agréables à habiter que les maisons de Moscou et de St. IVlersbourg.
Cette vie en commun dans toutes les chambres de la maison, à coté d'un seul appartement réservé au père de famille, symbolise de nouveau le principe de la communs et de la famille russes, c'est-à-dire, l'égalité de tous sons un seul chef, dont l'autorité repose sur la vénération qu'inspire son Age, et sur la coutume reçue.
M. de Bunin avait trouvé convenable d'appliquer à l'économie rurale le système d'enclos de Holsteîn. Cest ainsi que nous trouvâmes un certain nombre de prés et même de champs entourés de haies vives plantées sur des talus, comme je n'en ai vu nulle part dans d'autres parties de la Russie; d'autres en étaient protégés par des haies plus basses contre les bestiaux. Le principe fondamental. suivi pour l'agriculture, c'était de changer, aussi souvent que faire se pouvait, de grains et de faire alterner de temps à autre (et non tous les trois ans) la jachère pure avec le labour double. Chaque dessal. demande de 2000 à 3000
pouds d'engrais. Voici comment on faisait alterner les grains. La jachère fortement fumée, on sème, pendant la première année, du froment; pendant la seconde, du millet et de l'orge; la jachère pure revient dans la troisième et est suivie d'une semence de seigle dans la quatrième, de blé sarrasin dans la cinquième et dans la sixième d'une nouvelle jachère, que Ton fume le printemps suivant pour semer ensuite des pommes de terre dans la mémo année, du froment d'été dans la septième, de l'avoine dans la huitième pour laisser dans la neuvième une nouvelle jachère fortement fumée: après quoi le cycle recommence.
Un pareil assolement donne, à ce qu'on dit, deux fois plus de paille que celui observé par les paysans du pays. Reste à savoir si en général M. de Bunin en retire de grands avantages. J'en douterais presque et je serais disposé à considérer M. de Bunin comme un martyr des progrès scientifiques faits par l'économie rurale, si d'autres ressources, comme par exemple un excellent petit haras, ne venaient compenser pour lui les pertes que peuvent lui avoir fait éprouver les modiGcations qu'il a introduites dans l'agriculture.
M. de Bunin a engagé ses paysans, surtout en leur donnant l'exemple, à suivre son système. Ils fument effectivement leurs champs pour le froment d'hiver. Mais quant aux paysans et aux propriétaires des environs, ils paraissent n'avoir nullement pris goùl à ce nouveau mode de culture. C'est là peut-être la preuve la plus irrécusable du peu de bénéfices que promet la manière de M. de Bunin à ceux qui voudraient l'adopter.
On voit dans ce pays du froment d'été excellent. M. de Bunin comptait alors , Tannée étant bonne, sur le vingt-cinquième grain. 11 avait sur pied du froment d'hiver dans des champs de 75 à 78 dessat. d'étendue et il comptait sur une récolte de 25,000 roubles assignats, en mettant le tschetwert à 15 roubles. On remarque dans les champs de M. de Bunin l'emploi de toutes sortes d'instruments aratoires inusités, de nouvelles machines pour battre les grains, des socs d'Altcnbourg etc. Cultivé, le trèfle rouge
vient mal, comme je l'ai dit plus haut, Tiinolbéc offre un aspect satisfaisant.
Les paysans de M. de Bunin jouissent d'une certaine aisance. Ils travaillent à corvées, que M. de Bunin a organisées d'après une rè«»le fixe. La corvée est de trois jours, mais le travail de chaque (iaglo est déterminé de manière qu'une journée de corvée peut se remplacer es labourant à la charrue une demi-dessat., en moissonnait la moitié d'une grande dessat. de seigle ou d'une petite dessat. d'avoine, enfin en coupant du foin. Pour les fan mes, une journée équivaut également à un travail qui consiste à faucher et à engerber deux rangées de blé, de quatre monceaux chacune, en comptant treize gerbes poar chaque monceau. Tel est le système introduit par M. de Bunin. Or, le travail est facile et les travailleurs s'y mettent avec ardeur, de sorte que vers midi ils ont presque toujours terminé leur corvée journalière. Aussi gagnentils presque toujours une journée sur trois. Seigneur et paysans s'en trouvent parfaitement et Ton ne peut réprimer le désir de voir bientôt adopter par le gouvernement un procédé semblable et qui aurait pour conséquence immédiate de substituer à l'arbitraire du moment une loi bienfaisante et de nature à satisfaire tout le monde.
Dans l'après-dlnée, nous visitâmes le haras de M. de Munin comprenant 100 juments poulinières. On élève ici, avec la race pure des trotteurs d'Orlow, d'autres chevaine de race ennoblie.
Les chevaux que Ton trouve dans les haras établis le long de la rivière du liitjuk, sont connus en Russie sous le nom de Ritjuki. Le nombre en est considérable. Sans être grands , car rarement ils dépassent 2 arschins 3 werschoks (pas tout-à-fait 3 pieds de Prusse) , ils ont le poitrail extrêmement large et le dos assez long. La tète rappelle celle d'un bélier, la croupe est assez raide. Les pieds du devant, forts et écartés, ont une position particulière, due sans doute à la largeur du poitrail. La cou* leur en est ordinairement brun-jaune ou rouan. On se fera difficilement une idée de leur force , ainsi que de la
rapidité cl de la longueur de la course qu'ils fournissent. Un bon bitjuk tire 140 ponds si le sol est assez escarpé, et 180 pouds dans la plaine. Un de ces chevaux parcourt sans peine 60, 70 et môme 80 verstes sans avoir mangé plus d'une fois. Bien plus, on nous a raconté qu'un joli cheval auquel on n'a rien donné pendant le trajet, a mis 15 heures à fournir 120 verstes (17 meil). Un cheval acheté sur les lieux, coûte 300 à 500 roubles. Si on ne les emploie pas trop tôt, c'est-à-dire avant la quatrième année achevée, ils atteignent facilement vingt-cinq à vingt-six ans.
Nous primes le thé dans le jardin de M. de Bunin. Ce jardin, orné de jolis parterres de fleurs et de broussailles, est mieux tenu que tous ceux que j'ai vus sur les terres des nobles Russes. De chez M. de Bunin nous partîmes le même jour pour la terre de M. Pliilippow, gendre de M. de Pawlow, et qui nous fît un accueil non moins hospitalier.
Toute l'habitation de M. de Pliilippow était ornée de tapis que tissent, sous la direction de la maîtresse de la maison, les femmes de service. De semblables fabriques, pour ainsi dire domestiques, se retrouvent souvent dans la province de Tambow. En général, les femmes russes n'aiment pas la musique à l'égal de nos Allemandes, mais elles ont un goût bien vif pour le dessin et la peinture.
Le lendemain au grand matin, je me remis en route. C'est ici que je vis pour la première fois de grandes volées d'outardes dont la chasse, à ce qu'on dit, offre beaucoup d'agrément. C'était une belle matinée. Le Bitjuk, dont nous passâmes plusieurs fois les ponts nombreux, offre de fort jolies vues. Le paysage est légèrement accidenté, couvert de broussailles et de bois.
Nous arrivâmes à Paddi où le comte Alexis Orloff est occupé à établir un nouveau haras devant contenir 500 juments, et qui paraissait presque achevé. La façade du bâtiment principal est longue de 300 toises. Les constructions se font en briques, dont 100 pièces se paient sur place 12 roubles assignats.
Nous nous arrêtâmes au village de Barschowa. Par-
loul dans celte contrée, les maisons des villages péle-mèle, ce qui indique la transition au slile de la Bi du midi. Les rues bien alignées deviennent plus rares et l'habitation principale a seule des poutres superposées, tandis que les autres bâtiments présentent des parois è broussailles entrelacées. La maison destinée au logemesi de la famille, se compose d'une antichambre, d'un appartement d'été fSsem) aux murs percés à jour, enfin de f /«le muni des compartiments ordinaires qui servent de lits, La cour est la plupart du temps fermée par des bangan ouverts dont les parois consistent également en broussailles entrelacées. Les paysans riches ont plusieurs cours fermées, l'une derrière l'autre ou rangées de front, et desti** nées chacune à un genre d'animaux différent, celle-ci aei chevaux, telle autre aux bêles à corne etc. J'ai va cinq cours dans une seule habitation. La façade de la maison, précédée du balcon et de l'escalier que j'ai décrits pies liant, se trouve presque toujours du coté de la rue». On n'y voit guère qu'une petite fenêtre et tout à côté une vitre sans châssis, placées dans le mur.
Chez presque tous les paysans dans ce pays, on voit dans les cours de la maison la récolte d'une année entière, rangée en tas, afin de pouvoir faire face aux années de disette, tsrhornij dvn (à la journée noire} comme ils disent Les jardins nous paraissaient bien cultivés; ils contiennent d'excellents arbres fruitiers et mêmes des parterres de fleuri fort bien tenus.
Le costume des hommes, en été, consiste en un pantalon blanc, fort large, recouvert d'une chemise en toile blanche serrée au milieu du corps par une ceinture. Les femmes portent une chemise blanche et un jupon rave de noir.
Vers les dix heures, nous arrivâmes au haras du comte Rostopschin. Le directeur, un Anglais, était absent; nous étions par conséquent, quant à l'examen du haras, réduits à nous-mêmes. L'extérieur, par son luxe et sa propriété, en a quelque chose d'imposant. Le château entouré d'nn parc, les bâtiments nécessaires à l'économie rurale à côté, enfin les étahles avec leurs toitures couleur vert-clair , tout
cela fait lo meilleur effet el produit l'impression d'une opulence pleine de goût. Le village qui fait partie de la propriété, contient 3000 habitants, cultivant 35,000 dessaL de terres, dont le 'comte Rostopschin fait labourer 5000 pour son compte. L'ensemencement de cette année avait été de près de 1500 tschetwerts de froment et de 750 tschetwerts de seigle. L'exploitation de la terre est du reste indépendante du haras el se fait à part. '
Le haras contient pour le moment 320 tètes de chevaux, parmi lesquels se trouvent à peu près 100 juments poulinières; autrefois ce nombre était presque du double plus fort41). On vend ordinairement dans chaque année 40 chevaux de quatre ans, étalons et juments, les uns et les autres à moitié dressés. Les chevaux bien portants reçoivent 2 garnez (la huitième d'un boisseau) par jour, ce qui nous paraissait beaucoup. Aussi sont-ils un peu plus gros que les éleveurs ne laissent ordinairement devenir les chevaux de si noble race. Les juments pleines elles-mêmes reçoivent de l'avoine, et au printemps on en donne un garnez de plus aux étalons. Ceux-ci sont complètement dressés. Les chevaux consomment en tout 3000 tschetwerts d'avoine et à peu près 100,000 pouds de foin.
Au haras d'Orlow , situé dans lo voisinage , on nous assura que celui de M. de Rostopschin ne donnait pas de bénéfices réels, mais que, bien au contraire, il absorbait de nombreuses dépenses. La vente annuelle de 40 chevaux, mal payés du reste dans ce pays éloigné, ne saurait couvrir les frais d'entretien, les appointements élevés etc. Aussi cet établissement, qui n'aurait dû sa naissance qu'à un caprice patriotique de feu le comte Rostopschin ayant voulu montrer ce que l'on pourrait obtenir à cet égard en Russie, serait-il menacé d'une ruine prochaine, ce qui sans doute, vu la race constante que l'on aurait réussi à y former, devrait être considéré comme une perte irréparable pour le pays.
*) Jo dois presque toutes ces notices sur les haras à mon compagnon do voyage, M. de S. de Riga, grand amateur de chevaux.
Après une heure d'attente parut enfin le haras. Figurez- vous un petit Anglais, maigre, rabougri, cheveux chAtain foncé, habit français gris à cheval, gnétrti en cuir jaune, sentant, en un mot, d'une lieue le fnrimy Ukr mais eonnaissant, comme tous ses compatriotes, son métier à fond et ne perdant pas une occasion de faire ressortir les beautés des nobles animaux <|iii lui sont confiés. Cert ainsi qu'il a soin de s'excuser de ce que les chevanx, nous admirons les poils soveux et luisants, ne soient encore nettoyés; qu'il fait placer les jeunes juments de quatre ans, qui seront vendues en automne, contre le arar blanchi à ia chaux du haras, afin de faire mieux voir lew belle encolure. Au reste, les chevaux avant été montéi le matin, nous dûmes nous contenter de leur exhibition.
D'après ce que nous dit notre Anglais, les prix de ces chevaux varient de 700 à 1500 roubles assignats, prix dérisoire pour des chevaux pareils. Ailleurs, ils coûteraient le quadruple! Parmi les juments que l'on nous montra, je distinguai particulièrement un magnifique cheval rouan, fille du célèbre Jladi. Nous avions admiré déjà le portrait du père parmi ceux des étalons qui ornent la salle d'auberge. Après les juments, ce fut le tour des étalons de trois et de quatre ans. On les produisit dans le manège, car au plein air, les mouches auraient pu les tourmenter et les irriter. Je vis la perle du haras, Leocadi, bai-clair, haut de deux archincs, trois werschoks et un quart, d'un reflet d'or extrêmement beau, (''est le fils du fameux Anabîs, qai a gagné 11 prix, ne court plus dans ce moment, car il a 34 ans, mais, au printemps, donne encore des preuves de sa force. Son fils plein de vigueur et de feu, en est une. Le prix de ces étalons est de 2500 à 5000 roubles. Ce dernier prix n'a été du reste exigé que pour nn cheral gigantesque de près de 7 werschoks de hauteur. A nabis, le vétéran, a conservé toute sa beauté vigoureuse; Radi n'existe plus, et le célèbre Mahomet a été échangé contre un étalon anglais pur sang du haras Orlow, haras dont il est maintenant un des principaux ornements.
Au dire du directeur, ces chevaux sont du sang arabe
le plus pur. Depuis long- temps ils ont crû et multiplié entre eux, sans que Ton ait eu besoin de les rafratcher par des étalons de la race-mère. Bien au contraire, des essais tentes dans ce dernier sens, n'ont pas donné un bon résultat, à ce qu'il paraît. Rien d'ailleurs n'égale la beauté et la force de cette race. Notre Anglais nous raconta que dans une course un étalon du haras de Rostopschin avait fourni six fois une carrière de six verstes, et qu'on l'avait vu alors mouillé d'une sueur légère, tandis que tous les antres chevaux auraient été hors d'haleine et couverts d'écume. Au reste, malgré leur structure légère et élancée, la force et la noble origine de ces chevaux se trahissent dans la finesse et l'élasticité des muscles, que l'on dirait tournés d'ivoire dans l'immense croupe, dans la queue qui à chaque mouvement se dresse comme un drapeau, dans la petite tète maigre, les belles et molles oreilles, les jambes droites et pures, enfin dans la raideur des jarrets et la délicatesse des sabots.
A en juger d'après quelques juments que l'on fit passer devant nos jeux, les chevaux doivent avoir une excellente allure. Deux de ces juments nous semblaient un peu courtes sous la selle ; aussi le prix en était-il le moins élevé.
Nous dînâmes ensuite avec l'Anglais, que mes compagnons de voyage s'amusaient à tourmenter en lui posant celte question: lesquels chevaux étaient à ses yeux les meilleurs, de ceux de son pays ou de la race arabe du haras placé sous sa direction?
Nous partîmes ensuite pour Grenowna, grande terre avec un haras excellent de la comtesse Orlow.
Celle-ci possède en ces lieux 200,000 dessat. (plus de 36 meil carrés) de terres, dont, il est vrai, elle a cédé récemment 40,000 dessat., comme donation, au comte Alexis Orlow de St. Pétersbourg, lequel y a établi le haras que j'ai décrit plus haut Ce terrain est occupé par 6000 paysans. Quarante tiaglos d'entre eux sont mis à un obrok de 100 roubles pour chacun, les autres travaillent à corvées. Chaque tiaglo a pour son propre usage 18 dessat., en échange desquels il doit fournir tout le travail des
terres seigneuriales qui comprennent 5000 dessat; ÎIUM
dessat. sont couvertes do bois, le reste est la plupart du temps donné à ferme à des négociants. Les pâturages se louent 2 roubles et demi à quatre roubles la dessaL, la terre labourable 7 roubles. Les négociants fermiers font cultiver la terre par des paysans qu'ils louent d'autres contrées du pays; ils paient le travail qui siste à labourer deux fois, par dessal. 20 roubles assignais, à passer la herse, 7 roubles, à moissonner un kopînair (i>4 gerbes), 30 copeks, à battre autant, 30 copeks; pour tout ce travail, en somme, par dessat. ù peu près 45 roubles assignats.
Malheureusement, l'administrateur de la terre ainsi que le directeur du haras, un colonel eu congé, étaient absenta; aussi mes notices louchant la terre et le baras, ne peuventelles être qu'incomplètes.
Le haras a été établi, vers Tannée 17b0, par le père de la comtesse.
Feu le comte Orlow avait commencé par des juments danoises et frisonnes qu'il faisait couvrir d'étalons anglais pur sang. Plus tard, il employait aussi à cet effet des chevaux persans et arabes. 11 avait obtenu ainsi une race déterminée de trotteurs, qu'il conservait pure de tout sang étranger, qu'aujourd'hui encore on ne mêle jamais et qui égale les meilleurs trotteurs hollandais, si elle ne les surpasse pas.
De ces trotteurs il existe maintenant 300 juments et 14 étalons comme partie permanente du haras et que l'on semble conserver avec une sorte de jalousie ; car on no vend que les chevaux hongres, jamais les étalons, et les juments seulement lorsqu'elles ont des défauts ou qu'elles commencent à dépérir. Les chevaux dont le haras veut bien se défaire, ordinairement cent à peu près par an, se vendent sur les lieux à des prix très-élevés. Un cheval se paie 3000 et même 5000 roubles assignats. On a été jusqu'à donner 24,000 roubles assignats (près de 7000 thaï ers) un attelage de 4 chevaux. La couleur principale c'est le bai-foncé, mais on trouve aussi beaucoup de che-
vaux gris et de toutes les nuances. La hauteur de ces chevaux est de 2 archines et quatre à cinq wcrschoks et demi.
Us portent l'empreinte de leur origine tant paternelle que maternelle; cette dernière toutefois domine et il n'y a que la petite et belle tête, le feu des narines et la rapidité de la course qui rappellent les nobles pères. Leur structure ne fait nullement deviner cette agilité ; ils sont au contraire d'une apparence assez lourde, mais quand ils courent ou tirent un équipage, ils gagnent singulièrement en beauté. Ces chevaux, chose étrange, n'atteignent toute leur croissance qu'à l'âge de huit ans. En compensation, ils durent fort long-temps et ne sont pas encore vieux lorsqu'ils ont vingt-quatre ans.
Leur trot, ainsi que le nom l'indique, voilà ce qui distingue surtout ces chevaux. Terme moyen, un pareil cheval fournit une verste en une minute et demie, le mcil par conséquent en 11 minutes; mais il y en a eu qui n'ont mis qu'une minute à la première de ces distances, et huit à la seconde. H faut naturellement beaucoup de soins et d'attention, ainsi que des exercices journaliers, pour les dresser à tirer une voiture. En marchant, ils n'ont pas l'é- * paule libre comme les chevaux anglais, mais leur action est haute, et c'est là, au dire des connaisseurs, leur principale beauté. Les genoux de derrière forment alors un angle aigu tout particulier, le cou n'est pas beaucoup tendu et le corps, surtout dans la région abdominale, reste tranquille.
Le lendemain matin, on nous montra, un à un, dix de ces trotteurs attelés à des petits droschki et introduits ainsi dans le manège.
Outre ces trotteurs, on élève dans ce haras, comme dans celui du comte Kostopschin, des chevaux arabes et anglais purs, sans faire croiser ces deux races. Les chevaux arabes de la comtesse Orlow paraissent un peu plus agiles, mais aussi un peu plus faibles que ceux du haras de Kostopschin. La croupe notamment est quelque peu plus inclinée chez les premiers, surtout en ce qui concerne
les juments. Moins bien nourris d'aulre part, ce qui plique eu partie leur agilité, et moins proprement tenu^ ils n'ont pas l'avantage d'être élevés par un Anglais! — ■ Ils coulent pourtant plus cher, et le baras qui les renferme, jouit d'une célébrité qui aurait partout son importance, mais qui en a en Russie bien plus encore qu'ailleurs.
Après avoir vu courir les trollcurs, nous examinâmes deux fois les chevaux arabes, dans la même soirée d'abord, puis le lendemain matin. Parmi les étalons de trois à quatre ans, il y a de fort beaux chevaux, moins parmi les juments. C'est ici que nous vîmes le noble Mahomet que possédait autrefois le baras de Hostopscbin. C'est un étalon blanc d'une structure magnifique, mais haut seulement de deux archincs, deux werschoks et un quart. Le lendemain malin apparut doanl nous la fleur du haras, le plus beau cheval peut-être que Ton trouve en Russie, je veux parler de Jascbma, étalon alezan doré de 9 ans.
Ce baras est toujours administré avec une certaine opulence. Mais il l'a élé bien autrement encore sous le comte Orlow, qui mettait sa gloire a posséder les meilleurs chevaux de la Russie, ainsi que le haras peut-être le plus grand du monde civilisé, et qui ne reculait devant rien pour arriver à ce but. De son temps, il y avait ici * 2'500 chevaux dont prenaient soin 000 garçons d'écurie, chiffre réduit maintenant à 000 pour les premiers, et à 250 pour les seconds. Le haras consomme toujours 10,000 Ischelwerls d'avoine.
Ce haras, du reste, fait de bonnes affaires. Les trotteurs sont bien payés et les autres chevaux sont également recherchés. On nous dit que, dans certaines années, le haras a vendu pour 000,000 à 700,000 roubles assignats.
11 règne dans les deux haras que nous venons de décrire, une hospitalité inouïe et presque incroyable. L'étranger, quand même il n'aurait aucune introduction et que l'on ignorât complètement son nom, est logé, lui ses gens et ses chevaux, dans une maison élégante et spécialement destinée à cet effet. Un des employés le reçoit et le conduit parloul. La table est excellente, le logement
comforlablc et pour lout cela, on n'accepte pas le moindre patment. Ajoutez que l'étranger si bien traité peut rester aussi long-temps qu'il en a envie. On nous raconta que plusieurs officiers autrichiens entre antres, ayant Tait des achats de chevaux dans l'Ukraine, étaient venus visiter le haras. Ils sont restés nn mois entier et, tout en s'amusa nt parfaitement, ils ont eu le temps d'examiner le haras à fond. On peut se faire idée des procédés larges qui président à l'accueil fait aux étrangers, en songeant que pour leurs chevaux seulement, le haras de la comtesse Orlow emploie 4000 tschetwerts d'avoine par an. Et moi aussi, je m'empresse de le dire, j'appris à connaître cette rare hospitalité. J'ai souvenir d'un excellent déjeûner et d'un dtner splendide que l'on nous servit au haras Roslopschin. A Grenowna, un cuisinier français prit nos ordres pour le souper et ne manqua pas de nous soumettre la carte des vins sur laquelle le Champagne, que l'on retrouve partout en Russie, ne faisait naturellement pas défaut.
Dans la même matinée, c'était le 14 Juillet, nous par- Urnes pour Bobrow, ville de cercle, ou l'inspecteur de police, M. MeUgcr, de In Courlande, nous fit bon accueil.
Bobrow est situé sur la lisière d'une grande steppe où toutefois la culture pénètre de plus en plus. Le sol est généralement travaillé d'après le système irrégulier que j'ai eu plusieurs fois occasion de décrire. La plupart du temps, un marchand de grains d'une des villes environnantes loue une certaine étendue de terrain dans la steppe, soit à un propriétaire foncier à qui la couronne l'a donné ou qui s'en est emparé sans aucun titre, soit à une commune, soit à des Odnoworzu; puis, les négociants font cultiver ces terres pendant quelques années pour les abandonner ensuite et en louer d'autres. Les propriétaires fonciers du pays, de leur côté, fondent dans la steppe de nouveaux villages où ils établissent les serfs qu'ils ont de trop dans les provinces du Nord. Tout cela explique les progrès de la culture et l'accroissement rapide de la po- Volume II. 7
pulation, que l'arrivée incessante de nouveaux colons (ribue surtout à augmenter de jour en jour.
M. Metzger lit venir dos paysans du village de Sselo Bobrowskaje, qui me donnèrent les renseignements que je désirais recueillir sur le caractère du pays. Ce village contient 3200 habitants, en partie Odnoworzn, en partie paysans des domaines; ces derniers étaient paysans dei apanages jusqu'en t$40. A cette époque, ils ont passé au domaines par suite d'échanges intervenus à cet égard. Les Odnoworzu ont M)0 dessat. de terres à eux, qu'ils partageât suivant le principe des communes russes. Le village renferme par conséquent deux communes, pour ainsi dire, distinctes et fraternellement confondues en même temps. Au début de rétablissement il y a cent ans, il n'y avait ici que huit familles d'Odnowor/u , augmentées maintenant de manière à donner le nombre de 320 âmes. Les paysans des apanages sont venus plus tard. Kn proportion de la population actuelle, tous ces paysans ont beaucoup trop peu de terres, ce qui les force de louer aux propriétaires fonciers des terres dans la steppe qu'ils paient énormément cher. Le prix d'une dessat. est de 25 roubles assign, dans un terrain vierge, 8 à 9 roubles dans celui qui est déjà cultivé, G à 7 roubles dans de bons prés qui donnent ici H) ponds de foin par dessat., enfin 2 à 4 et demie dans des prairies qui ne donnent que 30 pouds de foin, et dans les pâturages de la steppe. Dans cette partie du pays, les paysans de la couronne achètent quelquefois des terres, ce qui n'arrive guère ailleurs, ("'est ainsi qu'en 1813 \ingt cultivateurs ont acheté 400 dessat. de terrain dans la steppe. Ils payaient alors 30 roubles assignats la dessat qui aujourd'hui coûterait au moins 70 roubles. Le village contient quatre habitations et autant de familles dont chacune comprend 10 personnes et possède 20 chevaux, 20 vaches, 100 à 200 brebis et 15 à 20 porcs. On observe l'assolement de trois champs. On laboure deux fois le champ d'hiver pour le seigle, nue fois pour les mars, l'avoine, le millet et le blé sarrasin. On ne fume que pour le chanvre. Le lin n'est pas cultivé, les melons d'eau
au contraire le sont beaucoup. On vend les grains à 200 vcrsles de dislance, à Kosselow.
Un cheval ordinaire se paie 60 à 100 roubles, un bon cheval 200 à 300. Le prix d'une vache est de 25 à 40 roubles assignats, celui d'une brebis 5.
Les travaux des champs présentent le tarif que voici:
roubles assign.
Labourer une dessat. de terre 0
„ „ „ „ „ vierge dans la steppe 13
Herse pour une dessat G
Moissonner une dessat 13
Battre une kopinc *) — 80 cop.
Je vis dans les environs de grands tas de blé en gerbes, appelés Skirdy, et auxquels les cultivateurs ne touchent pas pendant des années entières.
M. Metzger nous raconta qu'il y a huit ans, il avait acheté 700 dessat. de terres dans la steppe pour y établir 16 paysans qui en auraient reçu 300 dessat. soumises par eux à une culture successive. Il fait travailler le reste par des ouvriers qu'il loue à cet effet. Chacun de ces ouvriers qui, il y a huit ans, a gagné 20 copeks assign. de salaire journalier, en reçoit maintenant 120. La nourriture, maintenant comme alors, se paie à part.
D'ici je partis directement pour Woronesch. Au dernier relais avant d'arriver à cette ville, nous nous arrêtâmes pendant quelques instants; j'en profitai pour crayonner la maison de paysan que voici:
') Une kopine qui , du reste , coulait autrefois ici 40 kop., comprend quatre monceaux, Krostze. Le monceau se compose de 13 gerbes (snop') dans la Grande-Russie, de 15 chez les Pulits-Russieus.
llaisi.n île [■nj-aii ni.jr jii.'i Wnronctcli.
Dans la nuit du 15 Juillet, nous atteignîmes l'antique ville Je Woronr-scb, bâtie au quinzième siècle, on le prétend du moins, par les Chasnrs. De grandes places, des maisons cou si miles avec élégance et eu pierres pour la plupart, enfin des rues larges et, ee qui plus est, pavées ou font une des plus jolies villes de province de la Russie. Tout porte l'empreinte du bien-être et de l'aisance. Un commerce considérable de blé et de suif et la présence des nobles de la province, riches en partie, donnent beaucoup de mouvement à la ville dont les revenus s'en augmentent d'année en année.
Je visitai d'abord la cathédrale et le couvent de SL Metrophan, évoque du dernier siècle et qui avait été parmi les intimes de Pierre I. De son vivant déjà, il était vénéré comme un saint homme. Eu 1832, son tombeau avant élé ouvert, on découvrit que la décomposition n'avait pas atteint son corps, signe infaillible de sainteté suivant une croyance Iraditjonellc du peuple russe. La foula se pressait maintenant autour du cercueil, il y cul des miracles soudains et le synode se vit enfin dans la nécessité de confirmer la canonisation anticipée des fidèles. Depuis, lt* tombeau de St. Metrophan est devenu un lien de re-
cueillemeut et de prière, où de nombreux pèlerins viennent chercher la paix et la consolation4').
Donc nous allâmes visiter le couvent qui, je le dirai en passant, renferme 80 moines. L'archirei nous reçut bien et nous invita à dîner. Une longue table, la nappe et la serviette peu fines mais propres, les assiettes comme le reste du service également brillantes de propreté, enfin des bancs de bois: voilà ce dont se contentent les moines. Le dîner se composait de la Botwinja, une soupe au sterlet, une pâte au millet. Les plats étaient bien préparés, le pain me paraissait excellent et il y avait du bon quass pour boire. Pas de luxe, on le voit, bien que le couvent soit riche, mais des mets substantiels et de l'abon-
*) On nous raconta que, les pèlerinages vers St. Melrophan ayant eu lieu depuis quelque temps au point de faire monter le nombre des pèlerins à 80 et même A 100 par jour, on fit tout-à-coup des scènes que l'on eut dit renouvelées du cimetière de St. Médard A Paris. Des femmes entrent dans l'église, s'approchent du cercueil, puis on les voit perdre connaissance, se tordre dans des convulsions, hurler, siffler, crier, comme un chien ou un chat etc. Voyei, dit le peuple, c'est le démon qui la tient et que le Saint veut chasser. Et chacun de faire le signe de la croix devant sa bouche, afin que le diable n'y pût pénétrer. Le scandale gagnant de proche en proche , l'évêque dut défendre ces sortes de démonstrations et, finalement, requérir la force publique. Il fut donc interdit, au nom de la police, d'être saisi du saint délire et on frappa de verges les conmbiomaires récalcitrantes. La fraude d'une de ces extases fut réellement démasquée au moyen de celle énergique mesure, mais il y eut cependant des femmes dont la faculté constata la maladie réelle. Celles-là, on s'empressa de les transporter A l'hôpital. Depuis, le scandale a cessé quelque peu. Ce qui subsiste malheureusement dans beaucoup de villages russes, ce sont les convulsions elles-mêmes. Ajoutez qu'elles sont contagieuses. Il arrive souvent qu'une paysanne, frappée de celte espèce de haut mal , le communique A loulcs les femmes du village. On appelle les malades Ktikuschi, les crieuses.