Chapitre XIX
Départ do Jekalerïnosïaw. — Les Ménnonite* de Chorlitz. — Jean Kornies. — Colonies allemandes sur la Malotschnaja. — Frères de Huiler. — Tombeau d'un Saiul tarlare.
Le 2*), nous atteignîmes do grand matin le Dnieper et notre voilure fut transportée sur l'autre rive au mo\en d'un bac ressemblant à ceux d'Allemagne, dans lesquels le véhicule entre de plein pied. Les Musses, si habiles d'ordinaire, n'ont pas su se défaire jusqu'ici de celte coutume absurde qui consiste à mettre la voiture de travers dans le bac. Ici, c'étaient des colons allemands qui se chargèrent de nous faire passer le fleuve. Bientôt, en arrivant à Rosenthal, colonie allemande et faisant partie du grand établissement ménnonite du cercle de Chorlitz, nous pûmes nous croire sur les bords de la Vistule dans la Prusse occidentale. Depuis les habitants jusqu'aux animaux et jusqu'aux ustensiles aratoires cl de ménage, toul nous rappela l'Allemagne. Il en était de même pour la division des champs, la situation et la distribution des villages, le jardinage, la culture des légumes, des pommes de terre etc. etc. Chez les colons du Wolga au contraire, le langage, le costume et les moeurs seuls étaient demeurés allemands: le reste avait pris le caractère russe.
Cette colonie allemande, comprenant dix-sept villages, a été fondée par les Ménnonitcs, ces successeurs des Anabaptistes. Ceux-ci avant été poursuivis cl en partie cx-
ir
terminés, Simon Ménno, ecclésiastique frison, raviva leur doctrine en la rapprochant du véritable esprit chrétien qui est la tolérance et l'amour. A travers des obstacles et des misères de toute nature, la secte de Simon Ménno fit des progrès, surtout chez les Frisons cl les Hollandais. Entre 1540 et 1550, les persécutions de l'église orthodoxe les firent émigrer et s'établir dans la Prusse occidentale. Les rois de Pologne les harcelèrent; puis, ils leur accordèrent des privilèges Ile dernier que Ton ail conservé est de 1042). Les rois guerriers de la Prusse prenaient surtout ombrage de ce que les Ménnonites, pour des motifs religieux, refusèrent de se faire soldats. Aussi devaient-ils paver un impôt aux écoles militaires (maisons de cadets) en échange de leur affranchissement du service militaire. Il leur était défendu en outre d'acquérir plus de terres qu'ils ne possédaient au moment où l'ordonnance qui les concernait, fut rendue.
Or, l'agriculture étant pour les Ménnonites un devoir religieux d'après les mots de la Bible : lu mangeras ton pain à la sueur de ton front; la division des fermes étant rendue difficile par leur dispersion naturelle et par les moeurs des fermiers qui s'opposaient à cette division: un grand nombre de Ménnonites résolurent d'émigrer en Russie* lis se rachetèrent, moyennant certaines conventions, de la Prusse et obtinrent du gouvernement russe la permission de se fixer dans le pays que l'on voulait bien leur assigner.
La première émigration date de 17b3. On ignore l'endroit précis où ils s'établirent en premier lieu. C'était probablement dans les environs d'Ostrog, dans la Pologne russe, où il s'en trouve aujourd'hui encore une colonie de deux villages. D'autres Ménnonites élanl venus les rejoindre, ils allèrent, à ce qu'il parait, transporter leurs pénales sur le Dnieper, à 00 vers tes au midi de Jekaterinoslaw. Là, le gouvernement accorda 32,084 dessat. à 330 familles (d'à peu près 1050 membres). Chaque famille devait recevoir 65 dessat. et le reste être réservé aux familles qui pourraient survenir plus tard. Les nouveaux colons, loin d'être pauvres, se firent néanmoins accorder par le gou-
vcrnemcnt un prêt de 341,800 roubles argent (1,196,300 roubles assign.) qui, à 30,000 roubles argent près, étaient remboursés eu 1842.
Voici maintenant le tableau de l'accroissement de la population de ces 17 villages, accroissement qui, en 30 ans, a été de 160 p&., ce qui s'explique par l'arrivée incessante de nouveaux colons de la Prusse occidentale. Cette même augmentation venue du debors, est le motif de l'excès des hommes sur les femmes. Aussi, dans ces dernières années, les hommes ne l'imporlent-ils plus autant en nombre.
Nombre
Nombre des âmes.
Année.
des
familles.
Masculines.
Féminines.
Total.
17HÏ)
Cette population se divise par métiers de la manière suivante :
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Le décroissemenl de plusieurs de ces métiers a sa source dans la concurrence introduite pendant ces demie-
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res aimées, tandis qu'autrefois beaucoup de produits étaient
venJus aux Russes du voisinage*..
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Un peu plus de la moitié des établissements sont les fermes proprement dites; le reste est habité par des artisans, des petits marchands, des manocuwcs etc.
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ImHi-s à corne ! brebis
des porcs
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La prospérité croissante de la colonie s'apprécie le mieux d'après l'augmentation de riuveutaire que nous venons de dresser. I\n 24 ans, les ustensiles aratoires se sont accrus du double, les che\aux de la moitié; si les bétes à corne et les pores ont diminué , en compensation les brebis, ce qui est énorme, se sont augmentées du quadruple. En comptant 8 porcs ou brebis sur une béte à corne, on voit que, par l'excès de l'ovicullure, l'inventaire total du bétail a gagné 50 pCt.
') Yoyci le livre sur les Ménnoiiilc.* des MM. IlciwiU et Wadzeek (Berlin, 1621, en allemand].
dcssat.
Les colonies ont reçu en toul un territoire do 32,003 lui 1843, elles formaient champs de labour 7,120
„ ,, „ jardins fermés et plan-
tations de mûriers . . 156
, ,, champs de légumes
dans les jardins . . 55 £
foins ou prés . . . 6,321
pâturages 8,100
,, ,, pâturages pour les
brebis 10,077
Emplacement des villages, voies de communication, lacs etc 254 .
On \ oit d'après cela que l'élève du bétail remporte de beaucoup sur l'agriculture. C'est pourquoi la vente du bétail et des produits qu'il donne, présentait en 1843 les résultats suivants:
Roubles Conrgent. peks.
On avait vendu 187 chevaux
„ „ „ bêles à corne . . .
„ ,, „ 132S brebis, moulons
etc. appartenants à la commune
„ .. ., 17,n'l7 brebis, appartenantes à des particuliers ,, 2*1) pou ils et 2!) livres de laine pour la commune
„ ., ., 277.") id. pour des particuliers !
„ .. „ 1434 pouds de beurre
20 ponds de fromage 20 pouds de viande
fumée '
2 pouds 2 li\res de soie
Ml
/.)./ lu . —