‹ Études sur la société françaiseChapitre 20 sur 31 · CLARISSE BADER · texte numérisé non relu

CLARISSE BADER

La Femme dans l'Inde antique, dans la Bible, dans le monde grec et romain, et enfin dans la société française S tel est le sujet de l'étude entreprise et achevée par mademoiselle Clarisse Bader avec une ardeur et une persévérance que n'a pu lasser une aussi vaste et aussi lourde tâche. A vingtdeux ans, attirée par les grâces éclatantes de la poésie indienne, elle décrivait, d'un style ému,

1. Tous ouvrages publiés chez Didier et dont plusieurs ont été couronnés par l'Académie française.

les vierges chantées par les muses du Gange : c'était le brillant début de l'œuvre qu'elle ^ient de couronner par son livre sur la femme française dans les temps modernes. De Sacountalâ à madame Roland, en passant par Rebecca, Pénélope et Lucrèce, quel chemin parcouru! et sous l'apparente unité du sujet, quelle variété de lectures, d'études, de réflexions! Souvent femme varie, surtout en quelques milliers d'années, et il ne faut pas peu de souplesse et de ténacité pour la suivre et l'atteindre dans la multiplicité de ses métamorphoses. Ce n'est pas qu'il n'y ait plus d'un trait de nature qui subsiste à travers les âges, et la ressemblance, dans ce cas, n'est pas moins piquante que la diversité. Lisez, sans vous effrayer de ses sept actes, le drame de CàUdâsa, dans la très récente et très heureuse traduction de MM. Bergaigne et Paul Lehugeur* : certaines pages, certains accents vous remettront en mémoire les scènes ravissantes qu'Alfred de Musset a intitulées : A quoi rêvent les jeunes filles. Assurément Sacountalâ, qui s'habille à très peu de frais, d'un simple fourreau d'écorce que fait craquer sa florissante beauté, n'a pas, comme Ninon, l'embarras du choix entre les toilettes qui plairont le mieux au bien-aimé :

Quelle robe mcttrai-je? Une robe d'été?

Non, d'hiver : cela donne nn air plus convenable, r Non, d'été : c'est plus jeune et c'est moins apprêté.

\. Sacountalâ. Paris, Jouaust, 1884.

Mais toutes les deux sont sœurs par l'éveil et le frémissement délicieux de leurs sens et de leur âme sous le premier souffle de l'amour, et aussi par leur curiosité téméraire, leurs ruses ingénues, enfin par ce genre d'esprit qui vient alors aux filles, même aux filles nées très loin des bords de la Seine.

Vous semble-t-il que la conversation des Syracusaines de Théocrite soit si archaïque de tour, et n'entendiez-vous pas hier, dans quelque intérieur de petite bourgeoisie, ce léger caque tage qui mêle dans son caprice moqueur la fête du jour, la robe nouvelle, les travers du mari et les maladresses de la femme de chambre ? 11 s'y rencontre même un petit personnage muet, qui est pour nous une figure de connaissance.

Page 1