GORGO
Par Proserpine ! l'enfant comprend. Il est beau, ton papa!
Théocrite, on le voit, avait peint les enfants terribles avant Gavarni. Mademoiselle Bader me parait s'exagérer l'influence de la race, lorsqu'elle note comme un signe du caractère dorien la vive
façon dont les Syracusaines accommodent le maître du logis. On trouverait peut-être plus d'une Parisienne qui serait Dorienne en ce point, et j'accuserais moins ici la fatalité delà race que les préjugés et les entraînements de l'esprit de corps.
« Pure folie que les verrous et les serrures ! dit une héroïne du théâtre grec, une Attique celle-là! Si l'une de nous a le cœur dehors, elle y vole plus prompte que la flèche et l'aile de l'oiseau, en se jouant des cent yeux d'Argus. » Le désir d'Isabelle et de Rosine a-t-U moins de flamme et de vitesse ot se rit-il avec moins de succès de la triste vigilance d'Arnolphe et de Bartholo? La passion moderne est, je le reconnais, plus nuancée et surtout plus compliquée que l'antique (j'excepte, on le voit, la passion naturaliste qui ne fait qu'un saut vers le but). Le cœur féminin, héritier de l'expérience des siècles, cultivé et affiné par les joutes légères des salons et par les inventions exquises de cent poètes uu romanciers, a acquis quelques sinuosités de plus, mais de celles où no s'embarrasseraient pas longtemps Euri[»ide ou Ménandre, et je doute que l'un ou l'autre mis en face de la blonde tragique, récemment dècouveite par M. Octave Feuillet, s'attirât l'épithète d'imbécile que la dame jette de son balcon à ringènuité d'un soupirant tiop [U'ompt h la retraite.
Un généreux amour de son sujet, une sincérité courageuse, une constante élévation morale, voilà les traits qui me frappent dans l'œuvre de mademoiselle Bader. Les difficultés de l'entreprise excitent Tauteur plutôt qu'ils ne le rebutent, et la dernière pensée qui lui vienne est de songer à les esquiver. Mademoiselle Bader ignore le sanscrit, et les traductions françaises lui font souvent défaut ^ ; elle s'ouvre laborieusement d'autres voies pour arriver jusqu'à ses sœurs d'Orient, jusqu'aux héroïnes du Mahâbhârata et du Ràmâyana; elle s'adresse aux orientalistes anglais, allemands, italiens, traduit leur traduction, et regrette, non pas sa peine, mais ce qui lui échappe, à travers ces reflets successifs, de la couleur et de la vie de l'original. Les lettres pythagoriciennes, bien qu'apocryphes, lui semblent se rattacher à son sujet par