LES FAUX DAUPHINS
L'enfant, gardé par Gomin et Lasne, soigné par Desault et ses confrères, enterré au cimetière Sainte-Marguerite, était-il vraiment le fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette? Celui-ci ne s'estil pas évadé du Temple? N'est-il pas l'un de ces personnages, qui, dans la première moitié de ce siècle, ont obstinément et vainement affirmé leurs droits à la couronne? Toutes ces questions semblent depuis longtemps résolues, et elles le sont, en effet, pour les esprits qui se sont donné la peine de les étudier sans prévention ni légèreté; mais l'imagination des hommes est tellement travaillée par la passion de l'extraordinaire qu'il importe de ne pas lui laisser un seul point où se prendre, où recommencer son œuvre et refaire la légende, et que la vérité ne saurait jamais être trop ressassée et rebattue. Les simples abondent,
même dans les plus hautes classes de la société, comme nous Talions voir tout à l'heure; les hommes d'esprit ne sont pas insensihles au goût du paradoxe et prennent plaisir à harceler de leurs doutes la sécurité dogmatique de l'historien; enfin tels sentiments se mettent de la partie qui n'ont rien de commua avec les jeux de l'esprit et de rimagination ; les héros mêmes de la légende ont volontiers recours au ministère des huissiers et des avocats pour donner un corps à leurs cliimères et leur faire produire des conséquences utiles; on rcAcndiquo ce qu'on peut de l'héritage de la maison de France, les hiens d'ahord, en attendant le reste qui n'est pas immédiatement disponible. L'historien ne saurait donc mettre trop de soin et d'insistance à bien asseoir des faits perpétuellement battus en brèche par de si vives et si diverses attaques.
La duchesse dWngoulôme déclarait avoir reçu les lettres de vingt-huit personnes différentes dont chacune se disait son frère. C'est beaucoup de dauphins; la quantité fait douter de la qualité, mais ce qui prouve contre tous ces prétendants, plus encore que leur nombre, c'est l'histoire de leurs aventures, surtout quand ils la racontent euxmêmes, tant elle choque le sens commun et la vraisemblance. Cette histoire, qui était à demi oubliée de la génération présente, a été ravivée par M. de La Sicotière, dans deux piquants articles do la Revue des questions historiques^ Sans épuiser avec lui la série des faux Louis XVII, je vais rappeler ceux qui ont le plus excité l'attention de leurs contemporains.
Un écrivain, parfaitement oublié aujourd'hui, Regnault Warin, suscita la plupart de ces voca-