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tions en publiant en 1798 un roman intitulé : le Cimetière de la Madeleine. Il y supposait que deux émissaires de Charette avaient apporté au Temple, dans le creux d'un cheval de bois offert au petit prisonnier, un enfant engourdi avec de l'opium, qu'ils avaient substitué cet enfant à Louis XVll et remporté ce dernier dans le panier d'emballage du cheval de bois. Louis XYII, après toutes sortes d'aventures, après avoir été acclamé, puis abandonné par l'armée de l'Ouest, s'embarquait pour l'Amérique, était pris en mer, ramené en France, jeté en prison, et mourait d'un accès de fièvre, suite naturelle de tant de déceptions. Le romancier tuait Louis XVII; les prétendants ne poussèrent pas si loin leur plagiat. Le cheval de bois frappa surtout leur imagination et tous y entrèrent pour s'échapper du Temple.
Hervap:ault, le premier en date (1798), est le fils d'un petit tailleur de Saint-Lô ; il s'échappe à quatorze ans de la boutique paternelle, s'essaye d'abord à jouer les Monaco et les Montmorency, tâte de la prison à Tire et à Châlons-sur-Marne. occupe ses loisirs à lire Regnault Warin, et redevenu Ubre, s'improvise roi de France, promène ses prétentions en Champagne, y recrute des adhérents dans le meilleur monde. Son arrestation, sa comparution devant le tribunal de Vitry, sa condamnation à quatre ans de prison ne les désabusent point : un élégant auditoire applaudit à sa
défense, gémit sur l'erreur de ses juges, et ce qui est digne de remarque, ses fournisseurs perdent leur argent et gardent leur foi.
. Mathurin Bruneau (1810), né fils de sabotier, fait le métier de son père et beaucoup d'autres encore. Parti du canton de Cholet, il vagabonde jusqu'en Amérique, tour à tour baron, boulanger, tailleur de pierre, domestique, et môme un instant aliéné ou enfermé comme tel. Il finit par échouer dans la prison de Rouen ; il lit le Cimetière de la Madeleine, se sent devenir dauphin et du fond de sa geôle rédige des proclamations à l'armée et au peuple, leur promet la gloire et le pain à bon marché. Le futur restaurateur de la France ne possédait alors que cinq francs pour toute Uste civile, mais l'argent lui vint avec les dupes et celles-ci ne se firent pas attendre. Mendiant, fourbe, escroc, peu importait ! Les bonnes âmes ne voulaient voir en lui que le martyr de la cause royale, la victime de Louis XVni qui le dépouillait, de Béranger qui le chansonnait, des juges qui le condamnaient à cinq ans de prison. Il fut incarcéré au M ont-Saint - Michel, où on eut quelque peine à le remettre à faire des sabots : on n'y réussissait qu'en le contrariant dans une habitude médiocrement auguste, mais qui lui était chère : on le privait de tabac à mâcher. Il mourut vers 1825.
Je laisse de côté les prétendants qui n'ont d'autre titre qu'une cuisse tatouée de fleurs de Us ou
qui descendent non seulement de Louis XVJ, mais du firmament en ligne droite avec certificat conforme du congrès de ^Yashington; j'arrive à la fleur du panier des faux Louis XYII, à Richemont ei à Naundorfî.
Richemont (1831), inspiré comme Hervagault et Bruneau par le Cimetière de la Madeleine, sort comme eux des flancs du cheval de bois, mais, si l'on en croit ses Mémoires, il fournit une carrière autrement brillante. Après avoir été acclamé dans le Bocage, il quitte la France, va trouver le prince de Condé qui le confie à Kléber, lequel le confie à Desaix, et, à Marengo comme à Saint- Jean-d'Acre, il se couvre de gloire. Desaix meurt, mais non sans lui avoir donné une lettre de recommandation pour Fouché.
Il voit Fouché, la veuve Simon, Joséphine, Lucien Bonaparte qui lui prodiguent les marques de sympathie et les sages conseils ; mais, avec la témérité qui lui est naturelle, il se compromet dans la conspiration de Pichegru et n'a que le temps de passer la frontière. De 1804 à 1814, il fait du chemin, visite la Perse, le Paraguay, le Brésil où le régent du royaume, don Juan, l'honore de son amitié, puis l'Océanie, puis les Indes. Il revient en France après la chute définitive de l'empire. Au mépris de l'article secret des traités de 1814 et de 1815 qui réservait ses droits à la couronne, Louis XVllI refuse nettement de lui céder la place.
Le prince de Condé, exaspéré de cette félonie, le proclamerait à l'instant même roi de France, si Richemont, par amour de la paix, n'aimait mieux recommencer ses voyages au long cours. Seulement, il a l'imprudence de confier avant son départ d'importants papiers, à Fualdès et Fualdès périt dans un guet-apens combiné par la Bancal et Louis XVIII.
Nouvelle odyssée de Richemont, qui vaut la précédente et qui se termine par son emprisonnement à Milan, en 1818. C'est là qu'il fait la connaissance de Silvio Pellico, et qu'un émissaire de l'empereur d'Autriche, le cardinal Pacca, essaye de le tenter en lui offrant la couronne de France s'il consent à ratifier les traités de 1814 et de 1815. Richemont refuse stoïquement. N'est-il pas avant tout patriote et républicain, « républicain non seulement comme Louis XVI, mais comme Henri IV .et Louis le Grand » ? Libre en 1824, il succéderait à Louis XVllI si le testament que ce prince avait fait en sa faveur n'avait été détruit par une intrigue de palais. Ne pouvant être roi, il se fait à Rouen employé de la préfecture et s'initie aux premiers rouages de l'administration publique. En 1828, il adresse une pétition à la Chambre des pairs, qui passe outre, et qui, deux ans plus tard, juste expiation ! s'abîme avec la monarchie. Le trône lui échappe encore, un usurpateur succède à un usurpateur : Condé proteste et meurt étranglé. On l'arrête lui-même
en 1833 pour des publications qualifiées séditieuses, Louis -Philippe, qui commence à prendi*e peur, lui fait offrir, au fond de sa prison, la main de sa fille la princesse Clémentine, mais au prix d'une abdication en due forme : il aime mieux être jugé et condamné à douze ans de détention (1834). Il s'évade, bénéficie de l'amnistie de 1840, prédit la révolution de 1848, et n'en profite pas plus que de celle de 1830. Le gouvernement proAlsoire l'imite à faire valoir ses droits devant les tribunaux : il préfère avoir une entrevue avec Pie IX, à Gaëte, et le trouve moins sceptique que la justice française. Là s'arrête le roman de la xie de Richemont, roman bizarre, absurde, parfois d'un comique qui s'ignore. Voici ce qu'on sait de précis sur son compte. Son vrai nom reste ignoré : le premier de ceux qu'il porte successivement est Hébert; mais est-il. plus authentique que les autres^? Il fut réellement interné à Milan, au temps de la captivité de Sih'io Pellico, et déjà il tournait au Louis XYII. A partir de 1824, on le voit successivement employé à la mairie de Rouen, maître ver-
' 1. M. Chantelauze, qui possède sur ce personnage un dossier inédit, a, nous écrit-il, la preuve qu'il s'appelait Pcrrin et était fils d'un boucher de Lagnieu (Ain), comme l'avait affirmé M. de Mirville dans le journal l'Univers, et conjecturé Quérard dans ses Supercheries littéraires. 11 fut deux fois condamné aux travaux forcés pour faux par la cour d'assises de Lyon, avant de songera descendre de saint Louis.
lier, banqueroutier. Dès 1828, il adresse ses protestations aux Chambres ; mais c'est surtout à partir de 1830 quïl cherche à frapper l'opinion publique. Il multiplie les proclamations, les brochures, publie ses premiers Mémoires, où il entasse les détails pillés dans le Cimetière de la Madeleine ; il associe sans A'ergogne les sentiments et les démarches les plus contradictoires. « Les rois sont des monstres, écrit-il avec une aimable désinvolture, et, quelle que soit ma destinée, je serai le dernier de ma race; le meilleur n'en vaut rien. » Il hante à la fois tous les camps poUtiques, mêle la franc-maçonnerie et la dévotion à la Vierge, passe d'un concihabule avec les républicains à un colloque avec les anges, ayant, d'ailleurs, du temps de reste, grâce aux âmes naïves et généreuses, pour mener grasse et libre vie, et, sans dédaigner les filles du peuple, « riritant >) volontiers avec les dames bien nées qui composent sa cour. Échappé de sa prison, il ne se rappelle au public que par quelques pamphlets contre ses contradicteurs; en 1848, il recommence sa propagande, h l'aide de ses écrivains ordinaires, et bataille contre les tenants de Naundorff; en 1850, il publie la seconde édition de ses Mémoires, adresse un dernier appel à la France qui s'obstine à faire la sourde oreille, et rentre peu à peu dans Tombre. Un ami de M. de La Sicotière, qui le visita en 1851 dans son modeste logement de la rue de Fleurus, trouva un homme
gros, boiteux, bourgeonnant, de face rabelaisienne plutôt que bourbonnienne, de parler trivial, de mœurs fort libres, buvant et « riritant » toujours, mais en médiocre compagnie, son prestige et sa bourse étant fort en baisse. Il continuait d'attendre la couronne, mais sa cour s'était lassée d'attendre avec lui et les promesses d'honneurs et de dignités, qu'il prodiguait encore par habitude, n'avaient plus le don de convaincre personne. Il mourut en 1853, près de Villefranche, sans que son peuple s'en émût ou s'en aperçût seulement.
En 1834, à l'une des audiences de la cour d'assises qui jugeait l'affaire Ricliemoni, un homme tout de noir habillé, tout de blanc poudré et tenant à la main un pli scellé aux armes de France, s'avança vers la barre ; il déclara gravement qu'il apportait aux jurés la protestation de l'unique et véritable Louis XVII contre les prétentions mensongères de Richemont. Heureux les témoins de cette scène héroï-comique, d'un imprévu si savoureux qu'elle répandit dans l'audience une gaieté diflicile à calmer !
Il semblait que la bizarrerie et l'incohérence des Mémoires de Richemont ne pussent être atteintes : Naundorff les a surpassées dans les siens ^ Ajoutons, à la décharge de leur auteur, qu'en plus d'une page l'aventurier disparait dans l'halluciné et que l'énormité des choses qu'il débite frappe