‹ Études sur la sociétéChapitre 13 sur 41 · AVANT-PROPOS. XXIII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XXIII

société que le vertueux solitaire dont Tinfluence n'a point dépassé le seuil de sa cellule. Les honunes qui profitent de son œuvre doivent lui en savoir gré ; Dieu seul peut le juger plus sévèrement.

Quoi qu'il en soit, j'énonce un fait qui n'est pas contestable. Lorsque les bons préceptes sont procla*mes dans le temple^ mais n y sont recueillis que par ceux qui viennent les y chercher, est-ce mal faire que d'aller, hors du temple, les répéter aux absents ? N'estce pas ainsi, au contraire, que la raison peut seconder l'action de la foi et justifier ce mot d'un homme d'État célèbre : La religion et la philosophie sont sœurs '2

Il ne peut être impie et coupable de recommander au nom de notre bonheur terrestre ces mêmes actes que le ciel nous ordonne au nom de notre éternel salut.

Est-ce amoindrir en quoi que ce soit l'autorité de la religion ou de ses ministres que de dire : « Ce qu'un Dieu juste et bon nous a prescrit pour obtenir une félicité sans fin est encore ce qui , dans Tordre des probabilités , peut rendre notre vie mortelle plus sereine et plus heureuse? »

Ce n'est pas affaiblir la crainte des châtiments éternels que d'ajouter : « Si quelques méchants, à travers tous les hasards et toute la mobilité des choses humaines, ont prospéré sur la terre, un bien plus grand nombre n'a trouvé dans le but qu'il poursui-

i . M. Thiers.

Page 1