‹ Études sur la sociétéChapitre 18 sur 41 · LETTRES. XXIX · texte numérisé non relu

LETTRES. XXIX

battre, et, comme toujours, c'est aiosi que d'une œuTre brute elle fait une œuvre humaine. Je conserverai le nom d'instincts aux affections directement émanées de la nature, mais à ces mêmes affections modifiées par l'influence de notre jugement Je donnerai, suivant leur énergie, le nom de sentiments ou de passions. »

Et, après avoir cité quelques exemples de ces élaborations intellectuelles, j'ai ajouté :

« Dans ce travail de transformation, je tiens à le constater, la raison ne fait rien à elle seule ; elle ne tire point de son propre fonds des affections nouvelles ; aimer ou haïr demeure l'attribut des instincts ; et parmi tous les penchants si nombreux et si variés que l'homme doit au privilège de son intelligence, il n'en est p^s un qui n^ait sa base dans ces simples penchants que tous les êtres animés partagent avec lui. Ainsi, à proprement parler, la raison n^aime pas ou ne hait pas , elle pense ; elle n'a point d'affections , elle a des idées ; mais en combinant les idées avec les instincts (qu^on me pardonne cette comparaison), elle joue auprès d'eux le rôle que, dans l'ordre physique, la chaleur remplit à l'égard des corps pondérables ; elle les échauffe, les unit ou les sépare, les corroippt ou les épure : elle en fait des instincts nouveaux qui ne sont plus les volontés exclusives de la nature, mais qui sont en partie celles de l'homme et auxquelles l'homme imprime, en s'y abandonnant, le sceau de sa responsabilité. »

Après avoir dit cela, je m'occupe de l'équité, et je démontre qu'elle est au suprême degré une élaboration de la raison, un sentiment» une inspiration humaine.

Ainsi , ces affections amples, primordiales, qui se manirestent en nous dès l'enfaiice et sans le secours du raisonnement, je les regarde seules comme des inspirations de

la nature.

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