‹ Études sur la sociétéChapitre 20 sur 41 · LETTRES, XXXI · texte numérisé non relu

LETTRES, XXXI

Lorsque je comprime en moi-même Tamom* de la liberté ou celui de la vie , lorsque je restreins l'amour de ma personne au profit de l'amour de mes semblables, parce que je comprends que ce sacrifice est nécessaire à l'existence de la société , de la société qui protège la vie et la liberté que j'edme ; lorsque je fais naître ainsi dans mon âme les sentiments de l'honnêteté et de la justice , je n'y développe pas , je le sais,, des affections complètement nouvelles , je ne fais que modifier celles qui y préexistent de par la volonté de la nature. Cela est vrai ; mais néanmoins, coname cette modification résulte d'une intervention humaine, je puis, je dois les appeler des inspirations humaines , parce qu'il n'en existe pas d'autres auxquelles on pourrait donner ce ûom, et qu'il est utile de distinguer ainsi les sentiments des affections primitives dont ils diffèrent essentiellement par leur excellence quelquefois, et toujours malheureusement par leur plus grande instabilité.

Ainsi, dans mon opinion, ce n'est point lorsqu'il nous a créés que Dieu nous révéla d'une manière infaillible la connaissance du bien et du mal : il ne nous a donné alors que les éléments nécessaires pour composer l'équité ; mais il compléta son bienfait quand il daigna communiquer avec nous sur le mont Sinaï et dans les plaines de la Judée, et j'ai placé quelque part cette remarque : « Ceux-là seuls qui veulent se contenter d'une religion dite naturelle ont besoin de croire innées, dans nos cœurs, la justice et la probité ; mais celui qui , moins confiant dans la raison de l'homme , est d'avis qu'il ne peut se maintenir dans la voie du bien sans le secours de la révélation , celui-là n'éprouve pas le même besoin* »

XXXII UCTTRES.

Je crois, monsieur, que ma pensée vous est maintenatit connue et que vous pouvez Tapprécier exactement.

le nomme loi morale naturelle, ou loi morale de la na^ ture humaine, la loi qui gouverne rintelligence de Thommé considéré isolément et dans ses rapports avec lui-même, parce que cette loi émane de la nature , sans aucun inter* médiaire. Je qualifie autrement la loi qui doit gouverner les intelligences humaines dans leurs rapports entre elles, parce que cette loi est dictée par l'équité , et que l'équité, fille de la raison, m'apparalt comme une inspiration humaine.

C'est dans le même sens et pour les mêmes causes que j'appelle état de nature Tétat d'indépendance et de faiblesse absolues qui serait le partage de l'homme isolé, en Foppo* s^nt à l'état de société , qui modifie cette situation et accroît notre force en diminuant notre indépendance.

Je vous t^nouvelle, monsieur, l'expression de ma gratitude, et vous prie d'agréer l'assurance de mon respectue«i dévouement.

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