‹ Études sur la sociétéChapitre 4 sur 41 · AYANT-PROPOS. T · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS. T

Il serait, dis-je, salutaire de démontrer souvent et partout à quoi servent les institutions en vigueur , à quoi même ont servi celles qui, n'étant plus utiles, sont tombées devant la réprobation populaire ;

De prouver que si les lois ne produisent pas longtemps tout le bien qu'on en espère à leur origine, cela tient, le plus souvent, à Tincorrigible mobilité de Tbomme, dont la volonté se transforme à chaque instant ;

Que rien n'est parfait sur la terre , que toute chose a son bon et son mauvais côté, mais que Ton doit adopter une résolution lorsque la somme de ses avantages l'emporte sur celle de ses inconvénients ;

Qu'ainsi fait le législateur qui ne connaît pas sûre* ment l'avenir et ne peut que le prévoir en s'appuyant sur des calculs déjoués souvent par l'inconstance humaine ;

Et qu'enfin, c'est seulement par des amendements successifs et réitérés qu'il convient de réformer la société et non par une reconstruction radicale précédée d'une démolition non moins complète ; car le nouveau est toujours l'inconnu, un changement froisse des intérêts plus considérables qu'on ne paraît le croire; ^ il paralyse des efforts , il annule des travaux loyalement entrepris par les individus sous la foi de la stabilité des institutions ; un changement est certainement un mal et n'est pas toujours un bien ; la justice d'une

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innovatioii est toujours achetée au prix d'une injastice*.*.

Telles^ sont, entre beaucoup d'autres, quelques-unes des yérités que je voudrais voir se populariser et se répandre. Sans doute elles ne sont pas ignorées ; il n'est rien de nouveau sous le soleil ; mais elles sont relouées dans des ouvrages rares ou voluminenx, et méditées seulement par un petit nombre de lecteurs qui, peut-être, n'avaient pas besoin de les y rencontrer pour les accueillir, tandis que je voudrais les entendre annoncer à la multitude, à tous ceux enfin qui formulent contre la société qu'ils connaissent mal des jugements défavorables, et peuvent passer envers elle de la désafFectiob aux hostilités.

Une étude de la société, à mon avis, ne devrait pas être seulement le partage des jeunes gens qui reçoivent les bienfaits d'une éducation libérale et complète ; elle devrait, si cela était possible, faire partie de l'instruction primaire ; il faudrait que la nécessité sociale fût démontrée surtout à ceux qui recueillent gratuitement dans nos villes les notions les plus élémentaires du savoir, et qu'elle leur fut démontrée dès que leur entendem^it est capable de la comprendre, car plus ils auront appris ces choses de bonne heure, plus dans l'âge mûr ils en conserveront le souvenir.

La difiiculté, je le sens, est de composer sur ce sujet un traité bref, lucide et surtout naïf.

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comme les jeunes intelligences auxquelles il serait destiné.

Mon livre , je me hâte de le dire , n'est point ce traité, mais, si je ne m'abuse, on peut y puiser des matériaux utiles pour élaborer cette œuvre beaucoup plus difficile et plus méritoire.

Dans un temps qui est déjà loin de nous , je me suis ému d'entendre réclamer la promulgation de droits étranges et inconnus; j'avais entrepris de dis* cuter ces droits et, comme pour éclairer le terrain de la discussion, je me suis demandé ce que c'était qu'un droit. Le volume que je publie est le recueil des explorations morales auxquelles j'ai dû me livrer afin de pouvoir répondre en connaissance de cause à cette unique mais bien importante question.

Appliquer les principes généraux que j'y développe à la discussion spéciale dont je viens de parler n'aurait plus, en ce moment, la fortune de l'à-propos; les préoccupations populaires se sont portées autre part. Mais quant au travail que je soumets aux lecteurs , c'est une œuvre distincte , complète , et d'un intérêt toujours actuel comme Études sur la société.

Tel est le titre que j'ai adopté pour cette publication.

Ceux qui me feront l'honneur de la lire s'apercevront, dès les premières lignes, que l'ouvrage n'est pas composé d'hier. J'aurais pu en modifier quelques passages et tenter ainsi de le rajeunir; néanmoins

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