‹ Études sur la tuberculoseChapitre 10 sur 52 · DU SCR0FÜL1SME · texte numérisé non relu

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volume et une assez grande dureté ; mais quelquefois cependant elles s’atrophient et disparaissent assez rapidement,

b. Une terminaison moins avantageuse survient malheureusement ' trop souvent dans ces tumeurs ganglionnaires indurées ; à une certaine période de leur développement on perçoit dans une ou plusieurs bosselures des parties qui se ramollissent. Les points fluctuants semblent être entourés d’une sorte de bourrelet formé par les portions non liquéfiées ; on éprouve en les palpant la sensation* d’une espèce de cupule creusée dans le ganglion hypertrophié. L’écrou elle perd de sa mobilité, elle contracte des adhérences avec la peau. Celle-ci prend une teinte érysipélateuse accompagnée de douleur et de chaleur. En un mot le tissu cellulaire périglandulaire et les téguments s’enflamment. La peau s’amincit de jour en jour, devient livide «t finit par s’ulcérer. Il s’écoule un liquide séreux tenant en suspension des caillebots et des grumeaux caSeeux. Mais cette évacuation diminue peu le volume de la tumeur, parce que celle-ci ne se ramollit et ne se vide que partiellement. Ce ramollissement s effectuant lentement, par points isolés, la plaie reste béante, fistuleuse, et dure quelquefois pendant aussi longtemps qu’il a fallu à la tumeur pour se fondre entièrement. Quelquefois cependant la plaie peut se cicatriser après l’éva-

citation d’un lobule glandulaire ramolli, mais d'autres lobules venant à se liquéfier, une nouvelle ouverture redevient nécessaire. Ce travail d'évacuation partielle et lente entretient l’ulcère cutané dont les bords amincis, livides et décollés, ne peuvent plus donner lieu à une cicatrisation régulière. De là des coutures qui impriment des stigmates indélébiles aux strumeux.

Des coupes pratiquées dans des ganglions atteints 4e dégénérescence caséeuse, présentent des aspects différents selon la phase de l’évolution à laquelle est parvenu le processus anatomique. À un degré peu avancé la tranche offre les apparences d’une pulpe de fruit, la surface de section est parfois encore assez humide; en la raclant avec un scalpel, l’instrument se charge d’un suc blanc grisâtre. Mais plus tard cette substance devient plus sèche, et enfin survient le ramollissement caséeux. L’altération occupe souvent toute l’étendue du ganglion; d’autres fois cette transformation n’est que partielle, et au milieu du ganglion tuméfié mais conservant son aspect gris, humide et granuleux, on voit des parties atteintes de la manière que nous venons de le dire, Dans bien des cas on peut voir que la métamorphose caséeuse a commencé par -des nodules isolés qui ont grandi ou se sont multipliés en donnant lieu par leur confluence à des masses plus étendues. On voit cela principalement

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chez les individus morts de phthisie. Mais il y a des dégénérescences qui envahissent les ganglions dans toute leur étendue à la fois.

L’examen histologique ne révèle dans cette lésion rien autre chose que l’accumulation dans les alvéoles distendus, de cellules lymphatiques nées de la prolifération des cellules normales de ces cavités. Ces éléments, au lieu d’être entraînés dans les vaisseaux efférents, sont restés emprisonnés dans les alvéoles où ils- se- nécrobiosent et subissent la métamorphose régressive.

Cette forme de lésion est celle qui est habituellement désignée par les expressions de tuberculisation, de dégénérescence tuberculeuse des ganglions lymphatiques. Nous avons fait voir dans une Étude précédente comment la consistance caséeuse a été considérée comme le caractère distinctif de l’affection tuberculeuse, et nous verrons encore plus loin combien d’erreurs ont découlé de cette, fausse manière de voir.

Les quatre formes d’engorgements glanduleux que nous venons de décrire appartiennent-elles toutes à la scrofule ? Pour les gens du monde, toute tuméfaction ganglionnaire du cou passe pour une écrouelle. Cette opinion a été aussi pendant longtemps celle des médecins, et quelques-uns encore dé nos jours sont revenus à cette tradition. Ainsi

Milcent considère l’adénite phlègmoneuse comme un produit scrofuleux. « Les tumeurs écrouelleuses, dit-il, peuvent n’avoir rien de tuberculeux; elles sont lormées quelquefois de ganglions qui s’enilamment simplement et suppurent (1). » Ici tuberculeux est synonyme de caséeux. Pour M. Bazin (2)* « 1° l’hypertrophie, 2° l’adénite ou engorgement inflammatoire, 3° l’infiltration tuberculeuse, sont trois expressions de la scrofule. »

Nous ne voulons pas pour le moment discuter ces opinions; disons seulement que le plus généralement on restreint le champ de la scrofule ganglionnaire à l’engorgement caséeux. Mais cette forme d’altération elle-même est-elle pathognomonique et univoque ? C’est ici qu’il est important de bien s’entendre, car il s’agit de dissiper une immense malentendu qui existe depuis longtemps. Restreignant pour le moment la scrofule ganglionnaire à l’altération caséeuse, nous demanderons si cette altération appartient exclusivement à la scrofule telle qu’on l’entend? Évidemment non Nous la retrouvons : 1° dans la syphilis ; 2° dans la morvelarcin ; ù° dans la fièvre typhoïde ; 4° dans la tuberculose; 3° dans un état entièrement distinct de ceux que nous venons de nommer, qui est compati) Milcent, de La Scrofule Paris, 1846, p. 59;

(2) Bazin, Leçons sur la scrofule.

V1LLISMIN. 13

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tible avec une bonne santé et sans conséquences

ultérieures graves.

i° Beaucoup d’auteurs ont remarqué l’état caséeux des ganglions lymphatiques dans la vérole, et depuis longtemps on s’est efforcé de trouver des caractères différentiels entre les tumeurs écrouelleuses de l’aine et le bubon syphilitique. Il n’en est pas moins vrai que anatomiquement ces différences sont nulles, et n’était certaines particularités de siège, quelques nuances dans l’évolution, les antécédents surtout, il serait bien difficile d’arriver au diagnostic dans bien des cas. « Les ganglions, dit Virchow (1), atteignent le volume d’une prune, ils sont blancs à l’extérieur, ils ont presque une consistance médullaire ; rouges en quelques points, ils présentent à la coupe de nombreuses saillies caséeuses; les unes sont petites, d’autres atteignent le volume d’un noyau de cerise ; les unes sont blanches et sèches, d’autres subissent un ramollissement qui leur donne l’aspect d’une bouillie. »

2° Les lésions ganglionnaires, observées dans la morve-farcin chronique, revêtent aussi le même caractère. « Dans un assez grand nombre de cas, dit M. Rayer (2), surtout dans les cas de morve

(1) Virchow, la Syphilis constitutionnelle, trad. par Picard, p. 16.

(2) Rayer, de la Morve et du Farcin chez V homme. Paris, 1857*

chronique farcineuse, les ganglions interbronchiques étaient considérablement tuméfiés, d’un blanc jaunâtre, et leur tissu était souvent infiltré, en plusieurs points, d’une matière jaunâtre presque solide, s’écrasant facilement entre les doigts, et semblable à celle qu’on observe dans ces mêmes glandes chez l’ homme phthisique . Le tissu

de ces ganglions (les sous-maxillaires) était moins rose et plus dur que celui des ganglions lymphatiques sains; à la coupe en quelques points, il paraissait blanc et induré; dans d’autres, comme semi-transparent avec ou sans infiltration d’une matière d’un blanc jaunâtre et d’apparence tuberculeuse. »

5° Si l’on incise un ganglion mésentérique tuméfié dans la fièvre typhoïde, on voit trancher sur un fond rougeâtre un nombre plus ou moins considérable de masses jaunâtres, de consistance molle, et qui rappellent entièrement l’aspect d’un ganglion scrofuleux ou tuberculeux. Microscopiquement, l’altération est la même que dans l’écrouelle et la tuberculose. « Il y a longtemps, dit Virchow (2), que j’ai démontré l’analogie qui existe entre l’altération des ganglions lymphatiques dans les diathèses scrofuleuse, tuberculeuse et typhoïde; j’ai aussi fait ressortir les analogies

(i) Virchow, loco du, p. 165.

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de ces diverses lésions ganglionnaires avec celles que produit la leukémie. Les travaux de Lœperet Eckard sont venus confirmer mon opinion. »

4° et 5° La matière caséeuse étant devenue synonyme de matière tuberculeuse, lorsqu’on rencontre ce produit pathologique dans la morve, la syphilis ou toute autre affection, pathogéniquement différente de la tuberculose, on éprouve l’embarras le plus grand; toutefois, la connaissance d’une cause bien déterminée dans ces maladies s’oppose entièrement à ce qu’on les considère comme de nature tuberculeuse, malgré la spécificité prétendue de l’altération pathologique. Quelque évidente que soit rinconséquence entre la pratique et la théorie, on rejette complètement des affections scrofulo - tuberculeuses les lésions ganglionnaires caséeuses de la morve, de la syphilis, de la fièvre typhoïde.

Mais comment se fait-il alors , lorsqu’il s’agit de caséification des ganglions dans la tuberculose et dans la scrofule, qu’on soit porté à admettre l’identité de nature dans l’une et l’autre altération? Si la dégénérescence ganglionnaire, chez les tuberculeux, doit être réunie avec celle des scrofuleux, sous prétexte qu’il y a, de part et d’autre, un produit de même aspect et de même consistance, on a les mêmes motifs de compter parmi les manifestations scrofuleuses toutes

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les productions caséeuses de la syphilis, de la morve, etc. La véritable raison, c’est que nous sommes restés jusqu’ici dans l’ignorance absolue de la cause de la tuberculose, et c’est pour sortir de cet inconnu qu’on a réuni cette maladie à la scrofule. La similitude entre les lésions a conduit à supposer l’identité de cause et de nature. Ceux qui ont confondu ensemble les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse, ont voulu être logiques, ils ont sacrifié les enseignements de l’observation clinique à la théorie anatomique. Ceux qui les ont séparées, au contraire, se sont mis en face d’une inconséquence et d’une objection difficiles à résoudre avec les données anatomo-pathologiques généralement admises. Car, pourquoi ne pas regarder comme tuberculeux ces ganglions caséeux du cou, survenus à la suite d’un eczéma de la face, d’une dent cariée, d’une rhinite chronique, etc. ? Et pourquoi considérer comme tuberculeux, au contraire, les ganglions caséeux des bronches, du mésentère, etc., chez les phthisiques, et même chez les sujets qui n’ont pas de tubercules dans les organes? Du moment que la matière caséeuse est l’expression anatomique de la tuberculose, il y a tuberculisation dans l’une et dans l’autre circonstance.

La question est évidemment mal posée; si l’on veut arriver à une solution satisfaisante, il

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faut rejeter le point de départ et ne pas fonder son raisonnement ni ses recherches sur la lésion anatomique seule. La lésion n’est qu’un des facteurs de la maladie, et celle-ci ne peut être constituée avec cet unique élément. Un ganglion caséeux ne signifie rien en faveur d’une diathèse plutôt que d’une autre, si nous ne savons à quelle cause il doit son existence. La strume ganglionnaire ne relève pas plus de la tuberculose que de la morve, de la syphilis ou d’une cause banale quelconque.

Ce qui est évident pour tous, c’est que les dégénérescences caséeuses des ganglions, confondues sous la dénomination hybride de scrofulotuberculeuses, relèvent de conditions pathogéniques différentes, et, sous ce rapport, on peut les classer sous deux chefs : 1° Les unes se présentent comme le résultat de causes déterminées, patentes, et appartenant à des agents de nature bien connue; 2° les autres apparaissent insidieusement et sont, dans la majorité des cas, accompagnées de la tuberculisation d’un ou de plusieurs organes.

1° Il y a plus de trente ans que M. Velpeau (1) a donné l’explication du véritable mécanisme pathogénique de l’écrouelle, et montré qu’elle n’est généralement qu’une lésion consécutive à celles des surfaces et des tissus où prennent racine les

(1) Velpeau, Maladies du système lymphatique (2e mémoire) [Arch. gén. de méd., 2e série, t. X, 1856).

vaisseaux lymphatiques qui se rendent aux ganglions malades. Les partisans les plus absolus de l’entité morbide scrofule n’ont pu se refuser à admettre ce mode de production .

« Dans la plupart des cas , dit M. Bazin (2), l’écrouelle est consécutive... Les gourmes de l’enfant à la mamelle produisent une irritation des lymphatiques des téguments crâniens qui retentit sur les ganglions sous -maxillaires et cervicaux. La stomatite aphteuse, l’amygdalite, l’ophthalmie et le coryza, l’impétigo facial, l’otite catharrale, réagissent sur les ganglions intra et extra-parotidiens. Mais ce ne sont pas seulement les accidents scrofuleux primitifs qui provoquent la turgescence congestive ou inflammatoire des ganglions sous-maxillaires. Le seul travail de la dentition, la rougeole et la scarlatine, transmettent la même irritation de la muqueuse bueco-pharyngienne de la conjonctive, de la pituitaire aux mêmes points du système absorbant. Signalons encore les teignes, et notamment la teigne faveuse, comme des affections qui s’accompagnent constamment de l’engorgement des ganglions compris dans la sphère d’action des parties affectées...

« ... La scrofule débute quelquefois, mais beaucoup plus rarement, par les organes sexuels.

(2) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 519.

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C’est une irritation de la muqueuse uréthrale ou glando-préputiale, et plus souvent encore de la muqueuse vulvo-utérine chez les petites filles qui amène une inflammation légère des glandes inguinales, et plus tard l’adénopathie scrofuleuse dans les mêmes régions. Dans un grand nombre de cas, la scrofule inguinale a pour point de départ une blennorhagie, simplement catarrhale ou de nature syphilitique, qui provoque l’adénite inguinale simple suivie plus, tard du bubon scrofuleux . L’engelure, affection déterminée par le

froid, mais qui, par sa persistance, annonce toujours une constitution scrofuleuse, est encore une source d’irritation sympathique. Si l’engelure siège sur les mains, on verra se prendre les lymphatiques de l’avant-bras, s’engorger les ganglions sous-épitrochléens et même les ganglions axillaires ; si elle siège sur les pieds, ce sera les, ganglions poplités et inguinaux.

«A l’époque de la puberté chez l’homme, et chez la femme au moment de la gestation, pendant et après la lactation, le travail physiologique qui s’opère du côté des glandes mammaires peut s’élever jusqu’au degré de la phlogose et provoquer 1 apparition d’une dartre sur les mamelles, d’une inflammation de la glande elle-même et consécutivement l’angio-ganglite axillaire (1). »

(i) Bazin, loco cit., p, 519.

Ainsi voilà qui est clair : la strume naît sous l’influence des irritations banales de toutes sortes, y compris le travail physiologique accompli dans les tissus pendant leur accroissement . Cela est incontestablement vrai.

2° Mais, ajoute plus loin M. Bazin, il y a une êcrouelle spontanée qui devient en peu de temps dure, bosselée, manifestement farcie de tubercules , et qui n’offrirait pas, comme l’écrouelle consécutive, deux périodes : l’une inflammatoire simple, l’autre d’inflammation tuberculeuse.

Nous ne contestons pas ce fait ; seulement, à ce propos, nous ne saurions passer sous silence les judicieuses observations de M. Velpeau (l).Les ganglions, dit-il, « peuvent rester longtemps malades et seuls malades après la guérison de l’affection qui en a été le point de départ... Les malades,. les médecins eux-mêmes oublient alors, laissent facilement échapper la cause pour s’en tenir uniquement à ses effets ; on conçoit même que beaucoup de sujets ne puissent voir aucune corrélation entre le plus grand nombre de maladies que j’ai signalées, et ce qu’ils appellent des glandes , des tumeurs. Il y a plus, c’est que les praticiens les plus exercés devront être fréquemment embarrassés à leur tour pour lever tous les doutes à ce sujet. S’il s’agit d’un enfant ou de quelque lésion assez légère pour

(I) Velpeau, loco cit.

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que le malade s’en soit à peine occupé, et que des semaines, des mois ou même des années se soient écoulés depuis, comment parviendra-t-on à connaître la vérité? Personne, dans ce cas, ne songe au premier mal ; les parents ne s’en souviennent plus; tout le monde soutient qu’il n’existait rien ailleurs que là ou sont les souffrances ou les grosseurs actuelles. »

Quoi qu’il en soit, il v a bien réellement une écrouelle dont la cause nous a échappé jusqu’alors et que pour ce motif nous déclarons spontanée. Le plus souvent elle coexiste avec des tubercules dans les poumons ou ailleurs, et si elle est surtout fréquente dans les ganglions internes, elle est loin d’êtré rare dans ceux qui sont superficiels. M. Louis (1) a trouvé cette altération dans les glandes cervicales sur le dixième des phthisiques qu’il a examinés, il l’a constatée aussi dans les glandes axillaires. Et qui voudra prétendre que ces lésions ganglionnaires ne relèvent pas de la cause tuberculeuse? Si cette cause peut marquer ses effets dans les ganglions internes, pourquoi ne le ferait-elle pas dans les ganglions extérieurs? Allons-nous rapporter à la même origine, à la même essence étiologique, les lésions ganglionnaires qui apparaissent comme des mani-

(1) Louis, Recherches sur la phthisie pulmonaire, 2e édit. Paris, 1845, p. 107.

fes tâtions de la plus meurtrière des affections et celles qui, prenant naissance sous l’influence d’une irritation banale des surfaces cutanées ou muqueuses, sont aussi inoffensives qu’un abcès?

Non, il est par trop évident que l’écrouelle, en tant que dégénérescence caséeuse des glandes lymphatiques, doit se scinder en deux parts bien distinctes : 1° l’écrouelle de causes banales, liée, comme nous le verrons, au lymphatisme et surtout à ses manifestations sur les téguments, c’est à elle que doit se restreindre la scrofule ; 2° l’écrouelle de cause générale, insaisissable jusqu’ici, mais manifestement associée à la cause tuberculeuse. Nous n’avons aucune raison de considérer ces deux espèces de lésions comme l’expression anatomique d’une même maladie, attendu qu’elles sont séparées par un abîme : la différence de leurs principes de détermination. Le ganglion scrofuleux est une chose et le ganglion tuberculeux en est une autre, malgré la ressemblance anatomique. Il n’v a pas plus d’altérations scrofulotuberculeuses qu’il n’v en a de scrofulo-morveuses, de scrofuio-syphilitiques, de scrofulo-tvphoïques.

La lésion anatomique peut du reste offrir souvent, mais non toujours, des caractères qui permettent de différencier le processus tuberculeux du processus scrofuleux. Nous avons décrit à la 3e Étude, page 125, l’altération tuberculeuse des

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ganglions lymphatiques, et fait voir qu’elle débute ordinairement par points isolés, par granulations qui s’agglomèrent et se réunissent en donnant lieu à des noyaux de grandeur variable. Mais la multiplication et l’agrandissement périphérique de ces foyers tuberculeux amènent fréquemment l’altération de la glande toute entière, qui ne forme plus dans son ensemble qu’une masse pathologique à divers degrés d’ évolution; elle ressemble alors à un ganglion scrofuleux.

Dans la scrofule, le ganglion s’altère uniformément dans toute son étendue, à mesure qu’il s’hypertrophie. Toutefois le ramollissement ne s’y accomplit pas d’une manière égale. Mais dans une tumeur écrouelleuse un peu volumineuse, les ramollissements et les ouvertures, qui se succèdent à des distances plus ou moins rapprochées, viennent principalement de ce que ces masses sont constituées par la réunion de plusieurs glandes à des phases différentes de leur évolution régressive.

Pour nous résumer en quelques mots, nous dirons : 1° la consistance caséeuse, en général, n’a aucune signification étiologique, elle ne doit pas être considérée comme l’expression anatomique du tubercule; 2° la dégénérescence caséeuse des ganglions lymphatiques, en particulier, s’observe, d’une part, dans la syphilis, la morve, la fièvre typhoïde et la tuberculose; et, d’autre part, elle se

SCROFULE DES MUQUEUSES ET DE LA PEAU, manifeste comme une lésion locale , le plus' ordinairement consécutive à un travail pathologique, accompli dans les surfaces et les tissus où plongent les radicules lymphatiques des ganglions malades ; 5° il faut donc distraire, des engorgements dits scrofuleux, tous ceux qui ressortissent à la tuberculose, comme on le fait pour la syphilis, la morve etc. ; 4° la scrofule ganglionnaire reste confinée de la sorte dans ses véritables limites et se restreint aux engorgements caséeux de causes banales , externes , traumatiques.

C’est pour avoir négligé de tenir compte de la nature de la détermination morbide qu’on a perpétué l’erreur anatomique qui sert de fondement aux affections dites scrofulo-tuberculeuses . Nous allons voir jusqu’où ont été poussées les conséquences de ce faux principe .

§ 3. — Scrofule des muqueuses et de la peau.

À. Nous venons de constater, avecM. Bazin, qu'il v a, un. certain nombre d’engorgements strumeux qui prennent naissance sous F incitation d’une inflammation chronique ou de toute autre lésion des tissus où plongent les lymphatiques se rendant aux ganglions malades. Par une pente toute naturelle, on fut insensiblement conduit à englober sous un dénomination commune et l’engorgement

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qui est un effet, et la lésion cutanée ou muqueuse qui joue le rôle de cause. Le lien de causalité et de subordination non équivoque, qui existe entre l'altération primitive et la struine consécutive, fut perdu de vue, et l’on ne vi t plus, dans l’une comme dans l’autre, que les effets d’une cause commune : la diathèse scrofuleuse. C’est avec de pareilles idées, par exemple, que la teigne faveuse, affection dont la cause est de nature toute spéciale, fut rangéedans les maladies scrofuleuses, parce qu’à sa suite on voit très-souvent survenir des engorgements strumeux ; il en fut de même des croûtes laiteuses, de l’eczéma, de l’impétigo, des inflammations des muqueuses oculaires, nasales, auriculaires, etc., quoique dans la majorité des cas ces dernières survinssent par le fait de causes bien déterminées.

Nous n’ignorons pas que les affections muquocutanées, qui jouissent du privilège de produire des engorgements lymphatiques, ont un caractère tout particulier venant non de leur cause déterminante mais du terrain pathologique sur lequel elles sè développent, et nous voulons bien les comprendre sous une même dénomination qui exprime leur caractère commun. Ce qu’elles offrent de remarquable, c’est la participation à l’état morbide des membranes conjonctives sous-épithéliales, leur inflammation dans une étendue plus

SCROFULE DES MUQUEUSES ET DE LA PEAU, ou moins grande avec retentissement sur les glandes lymphatiques.

La peau et les muqueuses sont, d’une manière générale, construites sur le même plan ; ces membranes enveloppantes sont constituées par deux tuniques distinctes : le derme qui appartient au système de végétation ou lymphatico-conjonctif et h épiderme ou épithélium qui fait partie du système sanguificateur.

Quand une cause extérieure d’irritation vient agir sur une muqueuse, elle atteint d’abord le revêtement épithélial protecteur et habituellement elle ne de dépasse pas. Prenons pour exemple la muqueuse nasale. Les cellules epithéliales réagissent contre l’action irritante, il y a formation d’un mucus abondant; seulement les vaisseaux qui rampent dans le derme sous-jacent se dilatent pour fournir les matériaux réclamés par l’exaltation d’activité des éléments épithéliaux. La turgescence de ces vaisseaux, qui sont excessivement nombreux, donne lieu à l’enchifrènement. Les choses se passent de même dans l’arbre bronchique atteint d’inflammation .

Mais il peut arriver que l’irritation ne se borne pas à la couche épidermique et qu’elle sé propage au derme sous-jacent. Cette extension de l’inflammation se fait d’autant plus facilement que les éléments conjonctifs sont plus irritables; ceux-ci

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prolifèrent, le derme enflammé s’épaissit, perd son aspect fibreux et devient lardacé. Les modifications de structure de la membrane dermique perpétuent l’état morbide de la surface épithéliale, qui s’épuise et finit par disparaître en privant de sa protection les parties sous-jacentes. Celles-ci s’ulcèrent, se creusent plus ou moins profondément par la suppuration. Si l’épithélium résiste, lu tissu conjonctif enflammé se sclérotise et la membrane reprend, au bout d’un certain temps, des dimension et une structure fibreuse compatibles avec ses fonctions.

L'inflammation peut même s’étendre plus loin par suite de la susceptibilité extrême des tissus du système végétatif; elle atteint les cartilages, les os du nez. Chez les enfants qui ne sont pas soumis à des soins de propreté suffisants, le mucus nasal irrite et enflamme la peau du nez et de la lèvre, et à la longue l’inflammation se propage à ces parties qui se tuméfient et s’épaississent souvent pour toujours. Mais l’irritation, passée de l’épithélium au derme muqueux et même aux tissus profonds, ne tarde pas à retentir sur les ganglions, la strume vient alors donner les derniers traits au portrait du sprofuleux : les malades ont un enchifrènement continuel, accompagné d’un écoulement nasal souvent fétide.

faisons remarquer que ces rhinites chroniques

SCROFULE DES MUQUEUSES ET DE LA PEAU. 209 surviennent rarement d’emblée; elles n’acquièrent habituellement les caractères que nous venons de décrire qu’après une série d’atteintes répétées. C’est à la suite de coryzas multiples que les tissus profonds se prennent. «Cette affection (le catarrhe nasal), dit Milcent (1), se renouvelle plusieurs fois dans les commencements à l’état aigu, puis elle devient habituelle. »

Ce qui se passe dans la pituitaire a lieu dans les membranes de même nature, avec les différences que comporte leur organisation propre. Dans Pophthalmie scrofuleuse, nous retrouvons le même processus. Sous l’influence de causes plus ou. moins répétées ou permanentes survient une conjonctivite superficielle d’abord et bornée à l’épithélium de la conjonctive et des glandes de Meibomius. Elle disparaît et renaît ordinairement plusieurs fois. La sécrétion meibomienne est activée dans les premiers temps, les paupières sont agglutinées le matin au réveil. Il n’y a là encore qu’un simple catarrhe. Mais l’inflammation s’étend dans le derme des muqueuses dont l’hypertrophie rétrécit les conduits lacrymaux ; les larmes s’écoulent sur la joue ; la muqueuse palpéprale se tuméfie, se couvre de granulations, devient charnue, boursouflée. La rétraction du tissu

, (1) Milcent., loco cil,, p. 172.

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