‹ Études sur la tuberculoseChapitre 12 sur 52 · DD SCROFULISME · texte numérisé non relu

DD SCROFULISME

sont guère acceptées comme manifestations scrofuleuses, et si les scrofulides malignes réunissent plus de suffrages, celle qui en est regardée comme le type, le lupus, est repoussée, dans certains cas, du cadre des maladies scrofuleuses. Nulle part il n’y a plus de vague, d’incertitude et d’hypothèses que dans cette partie de la science. A. tout instant on s’aperçoit que les assertions reposent sur des faits controversables et que les conclusions découlent de pures théories.

Faire de la scrofule une entité morbide, analogue à la syphilis, et considérer certaines affections des muqueuses et de la peau comme des expressions anatomiques de cette prétendue entité pathologique, c’est assurément avancer des faits qui échappent à tout contrôle. Déclarer que telle lésion appartient à la scrofule, c’est faire un acte de foi, car, d’après la théorie, la scrofule est une diathèse, et la diathèse est aussi vaste qu’on voudra bien la faire, c’est l’inconnu. Aussi a-t-on pu y faire entrer le cancer, la néphrite albumineuse, la tuberculisation, etc.

De ce que nous venons d’exposer il résulte : 1° que les affections des muqueuses et de la peau, regardées comme des manifestations de la scrofule, ainsi que les engorgements ganglionnaires qui en sont la suite, relèvent de causes tout à fait accidentelles et variées, n’ayant absolument rien de

SCROFULE UES ARTICULATIONS ET DES OS. 225 comparable à cette cause générale et unique qui, dans la tuberculose, provoque l’explosion simultanée de lésions constantes, disséminées et multiples; 2° d’autre part, les caractères symptomatiques des scrofulides les différencient radicalement des maladies tuberculeuses; o° enfin, les lésions anatomiques de la scrofule des surfaces cutanée et muqueuse n’ont aucune analogie avec la néoplasie tuberculeuse, et ce n’est que par leurs rapports avec l’adénite caséeuse qu’elles ont pu venir se ranger dans le même cadre que la tuberculose, c’est-à-dire à la faveur de l’erreur que nous avons combattue à propos de la scrofule ganglionnaire.

§ 4. — Scrofule des articulations et des os.

A . Une des affections les plus communément attribuées à la scrofule, c’est l’arthrite profonde ou tumeur blanehe. Sous ce nom on comprend toutes les affections articulaires qui ont pour caractère commun la chronicité et des altérations anatomopathologiques plus ou moins profondes des parties constituantes des articulations (os, cartilages, ligaments, synoviales, etc.). La tumeur blanche, dit M. Bazin (1), n’est autre que l’arthrite chronique.

(1) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 564.

mivESUN.

DU SCROmiSME.

Les inflamma lions chroniques des séreuses articulaires, comme celle des séreuses en généra] peuvent être rangées sous deux chefs. Les unes sont la conséquence du développement de tubercules soit dans la séreuse elle-même, soit dans le tissu spongieux des épiphyses osseuses ; les autres reconnaissent les causes les plus diverses. Ces deux espèces de processus morbides se rencontrent dans d’autres séreuses , notamment les plèvres. 11 y a des pieu ri les chroniques simples et des pleurites chroniques tuberculeuses. Cette double condition étiologique a une grande importance. Englober sous la même dénomination et rapporter à la même essence des affections aussi dissemblables par leurs déterminations causales, c’est méconnaître toute règle de nosographie. Aussi les raisons qui nous font distinguer la pleurite simple, a frigore , de la pleurite tuberculeuse, nous font mettre une ligne de séparation radicale entre l’arthrite chronique de causes banales (contusion, froid, etc.) et l’arthrite tuberculeuse.

Dans certaines arthrites chroniques simples, la synoviale est épaissie, sa surface est rugueuse, mammelonnée, végétante, fongueuse. Mais l’inflammation ne se borne pas à la synoviale seule, le tissu sous-synovial s’épaissit en prenant un aspect lardacé. Les changements survenus dans Finlimité de la séreuse et dans le tissu qui la double,

SCROFULE DES ARÎICÜLàTIONS ET DES OS. 227 sont ceux qu on observe dans toute inflammation chronique avec hypertrophie. Quelquefois il se forme des foyers purulents dans l’épaisseur des tissus enflammés. L’altération pathologique se propage même souvent dans le tissu cellulaire intermusculaire où se font des fusées purulentes qui s’abcèdent en donnant lieu à des fistules. La formation deces abcès, dits circonvoisins, a lieu, selon MM. Martin et Collineau (1), quand l’état inflammatoire a été très-aigu dans le principe, ou bien lorsqu’il se prend à entrer dans une phase d’exacerbation. On en observe de semblables dans les pleurésies chroniques (2). Les désordres inflammatoires s’étendent aux parties cartilagineuses et osseuses (5).

En somme, ce qui se passe de caractéristique dans l’arthropathie des scrofuleux, c’est une inflammation chronique, s’étendant progressivement d’un tissu à un autre, et finissant par intéresser ainsi toutes les parties qui concourent à l’articulation et même à s’étendre au delà dans les tissus cirçpn vois ins.

L’arthropathie de cause tuberculeuse a nécessai -

(1) Martin et Collineau, de la Coxalgie . Paris, p. 228.

(2) Leplat, des Abcès de voisinage dans la pleurésie [Arch. géra de inéd., avril et suiv., 1865).

(5) Ranvier, des Altérations histologiques des cartilages dans les tumeurs blanches et Considérations sutIc développement du tissu osseux et sur les lésions élémentaires des cartilages et des os. Paris,

DU SCROFULISME.

rement une marche chronique qui la fait ressembler cliniquement à la tumeur blanche commune. Les tubercules peuvent siéger, soit dans la synoviale, soit dans les épiphyses. Ceux delà synoviale sont disposés en plaques plus ou moins étendues, faisant ordinairement peu de saillie à la surface de la membrane; ils sont comme étalés. Cette disposition est due sans doute à la pression et aux frottements des surfaces articulaires. On retrouve très-souvent cette forme aplatie aux tubercules de la surface de la rate Le tubercule suit ici sa marche habituelle, il se ramollit, creuse, ulcère la membrane, enflamme lentement les parties avoisinantes et provoque tous les désordres de l’inflammation articulaire chronique.

La tumeur blanche de cause tuberculeuse naît insidieusement sous l’influence de la cause générale. Mais celle qui est de nature inflammatoire simple peut être rapportée, dans bien des cas, à un traumatisme quelconque ou à une cause reconnue, elle n’a donc rien de spécifique dans sa détermination, « elle se développe à la suite d’une plaie, d’une contusion, d’une entorse, d’une luxation de l’articulation qui en est le siège (1). » « Un coup sur le genou, dit M. Bazin (2), provoque le développe-

(1) Milcent, loco cit., p. 78.

(2) Bazin, Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées de nature arthritique et dartreuse, p. 27.

SCROFULE DES ARTICULATIONS ET DES OS. 229 ment d’une tumeur blanche chez un scrofuleux, qui n}a présenté jusqu'alors aucune manifestation de la maladie constitutionnelle. » Les violences extérieures peuvent porter sur les parties osseuses. D’autrefois c’est un rhumatisme articulaire qui provoque tous les désordres de la tumeur blanche. Ajoutons que beaucoup d’auteurs inscrivent la syphilis au nombre des causes productrices de cette affection.

Mais que peut donc avoir de spécifique une arthrite chronique provoquée par une contusion, une plaie, une entorse, etc.? Si tel individu qui vient de se luxer le coude ou de faire une chute sur la hanche avait évité cet accident, il n’aurait pas été à coup sûr, déclaré scrofuleux. On peut dès lors n’être scrofuleux que conditionnellement. La scrofule n’apparaît donc pas ici avec les caractères qui constituent la maladie. La lésion n’a rien de particulier en elle-même : c’est l’inflammation chronique; et la cause de l’accident scrofuleux est des plus variables et des plus contingents.

«Si l’on remarque, dit M. Richet (2), en parlant de la coxalgie, que les maladies de la synoviale, qui figurent pour une bonne partie dans le cadre des arthropathies, ne sont le résultat d'aucune cause spéciale, qu'elles sont, au contraire , comme les affec-

(\) Richet, de, la Coxalgie (Thèse inaugurale). Paris, 1844.

DU SCRQFULISME.

lions des autres séreuses, dues à des inflammations soit aiguës , soit chroniques; d’antre part, que les tumeurs blanches ayant leur point de départ dans les os, sont pour la plupart causées par des ostéites, rarement par des tubercules, le cancer ou autres dégénérescences, on sera naturellement conduit à admettre que l'immense majorité des maladies dont nous nous occupons sont essentiellement de nature inflammatoire à leur origine. »

De l’aveu même des partisans de l’entité morbide Scrofule, la tumeur blanche n’est rien autre chose qu’une arthrite étendue au delà des limites de la synoviale. « Le caractère anatomique de la la tumeur blanche, dit M. Bazin (1), est donc l’inflammation de la synoviale ; mais ce caractère seul ne suffirait pas pour la distinguer anatomiquement de l’arthrite simple ou rhumatismale. A la synovite, il faut encore ajouter la transformation fongueuse ou lardacée du tissu sous-svnovial. » Ainsi la scrofule existe ou n’existe pas, selon qu’une arthrite traumatique quelconque a respecté la limite de la Synoviale, ou que l’inflammation a atteint le tissu sous-séreux. Ce qui revient à dire que les causes d irritation produisent d’autant plus facilement des arthrites dites scrofuleuses, que les tissus sont plus impressionnables.

(1) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 555.

En résumé , nous voyons qu’il y a dans les tumeurs blanches deux espèces bien tranchées, au point de vue étiologique surtout. Les unes de cause tuberculeuse et les autres de causes banales. Confondre dans la même maladie et sous la même dénomination, ces deux sortes d’arthropathies, serait commettre la même erreur que d’assimiler la bronchite et la pleur i te chroniques simples à la bronchite et à la pleurite tuberculeuses. Si donc la tumeur blanche appartient à la scrofule et au tubercule tout à la fois, si on la considère comme une affection scrofulo-tuberculeuse , c’est qu on veut bien maintenir une confusion qui n’est pas dans les choses. Il y a une arthrite chronique tuberciileuse, et il y en a une autre qui n’est pas tuberculeuse, absolument comme il y a des pleurites chroniques simples et d’autres qui doivent leur origine et leurs caractères aux tubercules.

B. Les considérations dans lesquelles nous venons d’entrer, à propos des tumeurs blanches, s’appliquent toutes aux affections des os, attribuées à la, scrofule. Sous le nom commun de carie, on a fait entrer dans la maladie scrofuleuse les divers processus pathologiques du tissu osseux. « La carie, dit Milcent(l), n’est-elle pas une altération des os,

(1) Milcent, loco cil:, p. 219.

DU SCROFULISME,

simple ou complexe, qu’on a pour ainsi dire morcelée sous les noms d’hypertrophie, de raréfaction de ramollissement du tissu osseux, de suppuration, d’état fongueux des os, d’ostéite raréfiante, condensante , de tubercules des os , d’infiltration tuberculeuse, etc.? En effet, ces diverses dénominations, loin de s’appliquer à des maladies différentes , ne désignent souvent que des périodes successives ou des variétés d’une même lésion. »

Voilà qui est bien explicite : toute altération des os est de la carie, et la carie c’est de la scrofule. Les partisans de pareilles théories ne cessent de faire les reproches les plus sévères aux médecins qui basent, disent-ils , des systèmes exclusifs sur la lésion anatomique seule, sans tenir compté des conditions étiologiques qui ont présidé à la formation de la maladie. Mais on se demande à qui peuvent s’adresser ces reproches, lorsqu’on considère que la scrofule est édifiée sans qu’il soit tenu aucun compte des déterminations pathologiques, ni des caractères de la lésion anatomique, lorsqu on voit une théorie aussi considérable pivoter sur Tunique caractère de la chronicité et de 1 extension plus ou moins lointaine de l’altération. Car enfin quel peut être le lien logique qui réunit une lésion osseuse, suite de contusion, de plaie, d engelures, etc., à une tuberculisation des os?

«Toutes les violences physiques, dit M. Bazin (1), les plaies qui intéressent les os, les plaies d'armes a feu surtout , peuvent provoquer le développement de l osteite scrofuleuse... L'engelure des mains et des pieds, si fréquente chez les jeunes scrofuleux, me paraît jouer un rôle dans la localisation si ordinaire de la scrofule sur le squelette de la main et du pied. »

Loin de nous la pensée de vouloir nier qu’il y ait des individus chez lesquels les lésions des os prennent un caractère de chronicité et une tendance à s’étendre au loin, que ceux-là même , se montrent toujours prêts, sous la plus légère influence, à contracter une ostéite. Mais il n’v a là qu’une impressionnabilité plus ou moins marquée des éléments du tissu osseux, comparable à ce que nous voyons dans d’autres tissus. N’observe-t-on pas tous les jours des personnes chez lesquelles la provocation la plus insignifiante détermine un ébranlement profond et étendu dans le système nerveux?

Ici donc comme dans les ganglions, comme dans les séreuses articulaires, la confusion de la scrofule et du tubercule vient de ce que l’on n’a voulu voir qu’une seule et même maladie dans toutes les lésions chroniques des os.

(I) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 392.

DU SCROFÜLISME.

Les auteurs qui ont édifié et soutenu l’entité morbide de la scrofule ont grossi son domaine à un point extraordinaire. Non contents de lui attribuer toutes les inflammations chroniques des tissus de végétation, quels qu’en soient le siège et les causes déterminantes, ils l’ont dotée de la plus grande partie des manifestations de la tuberculose. Et nous ne parlons pas seulement de ceux qui ont identifié entièrement la scrofule au tubercule, mais aussi de ceux qui ont maintenu une partie de la séparation entre ces deux ordres de lésions.

Milcent, puis après lui et d’après lui M. Bazin, voient dans le testicule tuberculeux, dans les granulations des méninges et du péritoine, dans les tubercules du poumon et du cerveau l’effet de cette cause hypothétique : la scrofule. La maladie de Bright. la pérityphlite , le foie gras , viennent compléter cette riche collection de lésions scrofuleuses. Ainsi, c’est la même cause qui produit aujourd’hui d’innocentes gourmes chez un enfant et qui le fera périr adulte par une éruption tuberculeuse généralisée ! C’est ainsi que des lésions les plus dissemblables, par leurs caractères anatomiques et symptomatiques, sont reliées et rattachées les unes aux autres par une hypothèse.

L’hypothèse une fois admise comme une vérité, on l’a arrangée et disposée sur le modèle d’entités morbides bien connues, de là est venu le parallé-

SCROFULE DES ARTICULATIONS ET DES OS. 25 6 Usine entre la scrofule et la syphilis. On a distribué les manifestations scrofuleuses en quatre périodes.

A la scrofule primitive on a donné les gourmes, les catarrhes, les adénites strumeuses.

A la scrofule secondaire , les lésions profondes des membranes, toutes les formes rongeantes.

A la scrofule tertiaire , les périostites , les ostéites, les tumeurs blanches simples ou tuberculeuses.

Enfin à la scrofule quaternaire, lés tuberculisations du poumon, du péritoine, des méninges, du cerveau, « différentes tumeurs du foie et du pancréas, tumeurs de nature diverse : fibro-plastiques, tuberculeuses ou squirrho-tub erculëuses , dégénérescence graisseuse, etc., les altérations du rein qui donnent lieu à l’ albuminurie (maladie de Bright), diverses tumeurs de l’ ovaire, certaines indurations de l’utérus , etc. (1). »

Arrangée ainsi, la scrofule a pu marcher sur un pied d’égalité complète avec la syphilis, mais avec cette différence que nous pouvons tenir la cause de la syphilis sur la pointe d’une lancette et la donner à qui nous voulons. Cette différence est malheureusement pour la théorie toute la maladie..

Mais enfin par quel acheminement est-on parvenu à l’édification d’un tel système? Quel prin-

(1) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 101.

DU SCROFULISME.

cipe a pu servir de point de départ à une conception pareille? Qu’on nous permette de revenir un peu sur ce que nous avons déjà dit, afin de faire voir sur quoi repose ce malentendu qui a abouti à une transaction connue sous le titre d e, maladies scro fulo-tu berculeuses .

Dans le principe, la scrofule était représentée exclusivement par les engorgements ganglionnaires. Plus tard/on y fit entrer les altérations des téguments, les gourmes, les croûtes laiteuses, la teigne, etc.; en un mot, toutes les tuméfactions inflammatoires, soit du tégument externe, soit des membranes internes habituellement suivies d’adénites, furent considérées comme le résultat d’une même cause. Pendant qu’on élargissait le cercle de la scrofule, en adjoignant aux adénites les altérations des surfaces qui les provoquent, on étendait son domaine par une autre voie, et il faut bien le dire, les acquisitions dont on l’enrichissait de ce côté étaient bien moins légitimes que les premières.

L’anatomie pathologique avait reconnu à l’écrouelle, comme caractère principal, l’existence d’une matière de consistance caséeuse exsudée, selon la théorie, des vaisseaux sanguins. Cette substance, qui était regardée comme spécifique, devenait dès lors un signe constant et infaillible de la scrofule. Dans le principe on ne regardait comme

SCROFULE DES ARTICULATIONS ET DES OS. 237 scrofuleux que les ganglions externes, mais du moment que les ganglions internes (des bronches, du mésentère, etc.) se présentaient avec la même caractéristique, ils durent entrer aussi dans le cadre des lésions scrofuleuses. Tout ganglion caséeux appartenait à un scrofuleux. Par une extension qui n’avait rien que de très-logique, l’exsudation de matière caséeuse, qu’elle ait lieu dans le poumon, dans le péritoine, dans une glande lymphatique ou ailleurs devait appartenir à la scrofule; le tubercule prenait ainsi naturellement rang parmi les manifestations delà diathèse scrofuleuse, et l’on avait de bonnes raisons pour appuyer une telle manière de voir. La première de toutes, c’est que l’on retrouvait toujours dans les productions tuberculeuses, à un certain degré de leur évolution, la matière spéciale à l’écrouelle ; la seconde, plus complexe, devait achever de compliquer la question à un degré extrême, comme nous allons le voir.

On avait bien remarqué que certains engorgements ganglionnaires prenaient naissance consécutivement à diverses altérations des tissus où plongeaient les radicules lymphatiques; mais beaucoup de strumes, surtout celles qui siégaient dans les glandes internes, échappaient à toute circonstance étiologique déterminée. Seulement les engorgements caséeux d’apparence spontanée étaient, dans la grande majorité des cas, accompagnés de

: Dü SCR0FÜL1SME,

tubercules dans les poumons ou ailleurs. Quoi de plus naturel alors que dp considérer la lésion ganglionnaire et la production tuberculeuse comme l’effet d’une même cause. L’existence simultanée ne les rapprochait pas seulement, mais le caractère anatomique extérieur les identifiait complètement; le microscope, intervenant plus tard, vint consacrer une similitude de plus, en annonçant la présence d’un corpuscule particulier dans le ganglion caséeux comme dans le produit tuberculeux. Ganglion caséeux, ganglion scrofuleux, ganglion tuberculeux étaient alors trois termes synonymes. Conséquemment la diathèse scrofuleuse se confondait avec la diathèse tuberculeuse, et le mot composé, diathèse scrofulo-tuberculeuse, les comprenait toutes deux en rappelant les droits de chacune d’elles.

ü autres circonstances venaient encore plaider, pour ainsi dire, en faveur de l’identité des deux diathèses. Nous avons vu comment l’inflammation chronique des membranes muqueuses et cutanées était entrée dans les attributions de la scrofule. En raison de la coexistence de ces phlegmasies avec les engorgements ganglionnaires , on avait conclu que les affections membraneuses étaient de nature identique à ces engorgements, même en 1 absence de 1 écrouelle. Par un raisonnement analogue, les inflammations chroniques des séreuses

articulaires, les arthrites et les caries osseuses furent considérées comme de nature scrofuleuse. Gomme ces altérations se présentaient parfois avec des tubercules, celles qui devaient leur existence à d’autres circonstances et qui manifestaient une marche et des symptômes à peu près analogues, entrèrent quand même dans la scrofule. Toute lésion anatomique rappelant de loin F inflammation chronique des tissus de substance conjonctive y fut même annexée, comme la maladie de Bright, les . squirrhes, l’encéphaloïde, la mélanose, etc. (1).

Ainsi se constitua le vaste apanage de la diathèse scrofuleuse.

Cependant, si le raisonnement conduisait à une pareille conclusion, les faits la contredisaient souvent. Beaucoup d’observateurs ne pouvaient se résoudre à en accepter toutes les conséquences ; ils rejetaient les conclusions sans se rendre compte bien fidèlement de la fausseté des prémisses. Il leur était impossible de voir dans quelques croûtes d’eczéma, chezun enfant, la mèmeessence morbide que dans une méningite tuberculeuse ; ils ne pouvaient identifier l’innocente écrouelle cervicale ou sous-maxillaire, née sous l’incitation d’une gourme derrière l’oreille ou d’une dent cariée, à cette fatale strume des ganglions mésentériques ou bronchi-

(I ) Bazin, Leçons sur la scrofule , pl 60.

DU SCROFULISME.

ques, amaigrissant les sujets et accompagnés de tubercules dans d’autres organes. Il était bien difficile de retrouver dans cette explosion tuberculeuse, survenant à l’âge de 30, 40, 50 ans, les effets de cette diathèse scrofuleuse si spéciale à l’enfance et à la jeunesse. Aussi la séparation des deux diathèses avait toujours conservé des adhérents.

Mais, pour rester dans le vrai, il fallait être inconséquent ou incomplet, et beaucoup se résignèrent à l’être. Lugol (1) fut un de ceux qui poussèrent la logique jusque dans ses dernières conséquences. Pour lui, le tubercule était l’expression anatomique de la scrofule. « Cette production est en effet, dit-il, la scrofule elle-même, son signe anatomique pathognomonique, celui-là seul qui la caractérise et qui donne de la valeur à tous les autres, symptômes. »

MM. Rilliet et Barthez (2), pour pouvoir conserver 1 assimilation des deux diathèses, raccourcissent tellement le champ de la scrofule, qu’ils « en éliminent toutes les maladies qui ne sont pas tuberculeuses. » C est dire qu’ils ne conservent que les engorgèments ganglionnaires caséeux. On reconnaît sans peine avec eux combien « il est difficile

(1) Lugol , Recherches et observations sur les causes des maladies scro\uleuses. Paris, 4844.

Unique et pratique des maladies des enfants. Pans, 4845, t. Jfl, p. 5.

SCROFULE DES ARTICULATIONS ET DES OS. 241 de définir une maladie qui se manifeste par des lésions organiques très-différentes les unes des autres et qui sont loin d’être les mêmes pour les divers auteurs. Quelles sont en effet les maladies qui constituent la scrofule? Des engorgements tuberculeux ou autres des ganglions lymphatiques extérieurs (il ne faut pas oublier que tuberculeux est. synonyme de caséeux pour MM. Rilliet et Barthez), des gonflements du périoste, des caries, des nécroses, des abcès froids et multiples, des ulcérations particulières de la peau, des eczémas, des impétigo, des lupus, la teigne, des ophthalmies, des coryzas, des flux muqueux, le goitre, le crétinisme, le rachitisme, etc. Mais ces maladies sontelles toujours liées à la scrofule? Une carie, un engorgement du périoste, une ophthalmie sont-ils toujours scrofuleux, et a-t-on le droit de dire qu’un enfant atteint de ces affections est nécessairement scrofuleux? Nous ne le croyons pas, et personne, nous le pensons, ne voudra soutenir une pareille opinion. On admet que toutes ces affections sont de nature scrofuleuse lorsqu’elles sont sous la dépendance d’un principe morbide général qui est toujours le même. Mais quel est ce principe, et comment reconnaître qu’une maladie se développe sous son influence plutôt que sous une autre? C’est ce qu’il est impossible de déterminer dans l’état actuel de la science »

VliLEMlNi

DU SCROFULISME.

L’embarras, exprimé ici par MM . Rilliet et Barthez, est celui de tout le monde, et nous sommes convaincu que ceux-là même qui ont donné à la scrofule une si grande extension, ne laissent pas que de s’apercevoir de la fragilité du lien réunissant le faisceau des manifestations morbides delà prétendue diathèse scrofuleuse.

§ 5. — Conditions palhogéniques des maladies scrofuleuses.

Mais enfin, qu est-ce que la scrofule? Est-ce sans aucun fondement que la presque universalité des observateurs admet des maladies scrofuleuses? Assurément ces maladies existent, mais elles ne forment que des variétés dans les espèces communes. Le système organique que nous avons appelé fondamental, lymphatico - conjonctif ou de végétation, possède, avons-nous vu, certaines qualités qui impriment aux maladies, nées sous l’influence de toutes sortes de causes , des caractères particuliers sur lesquels on a édifié la scrofule. L impressionnabilité exagérée des éléments du système végétatif donne en effet un incontestable cachet aux lésions de diverses natures.

11 y a des individus chez lesquels la moindre irritation se traduit par une inflammation chronique avec retentissement ordinaire sur le système lymphatique des parties atteintes; la plus légère

CONDITIONS PÀTHOGÉNIQUES. 245

blessure s’accompagne de tuméfaction étendue et de suppuration interminable; toute affection cutanée épidermique entraîne à sa suite l’épaississement lardacé du derme ; le moindre catarrhe s’éternise par la participation des tissus conjonctifs sous-jacents à 1 épithélium, et cette transmission facile d’une irritation superficielle aux tissus profonds où plongent les radicules lymphatiques, amène presque infailliblement l’engorgement chronique des ganglions. Le plus léger traumatisme, la plus faible commotion, deviennent le point de départ de périostites et de suppurations osseuses . Mais est-ce à dire que toutes ces altérations soient, par leur nature et leur essence, différentes de celles qui s’observent, sous l’influence des mêmes causes, chez les individus à système lymphatico-conjonctif moins impressionnable?

Regarder comme l’expression de la même maladie une arthrite chronique (scrofuleuse) née sous l’irritation rhumatismale, une adénite caséeuse provoquée par une dent cariée, un eczéma chronique avec épaississement inflammatoire du derme, etc., c’est comme si l’on 11e voyait qu’une seule affection dans une arthrite rhumatismale franche, un abcès ganglionnaire, un eczéma simple, etc, Dans l'un comme dans l’autre cas, je ne puis m’empêcher de reconnaître trois maladies distinctes, Si , d’un coté, l’arthrite, l’adénite et f eczéma affectent une

DU SCROFULISME.

forme, une marche et une terminaison que je ne retrouve pas de l’autre, cela est dû non à la nature différente des causes, mais uniquement aux conditions du terrain pathologique. On a beau faire et beau raisonner, le rhumatisme et l’eczéma sont toujours le rhumatisme et l’eczéma chez un scrofuleux aussi bien que chez un sujet non scrofuleux. Pour nous servir d’une comparaison banale, prise dans le règne végétal, nous rappellerons que la nature du terrain peut bien imprimer à la production un cachet de vigueur ou de faiblesse, développer plus ou moins certaines propriétés, mais elle ne peut en rien changer l’ essence de la plante elle-même. Sans doute cette question de terrain a une importance capitale en pathologie, nous savons tout le cas qu’il faut en faire en thérapeutique ; mais la nosologie a d’autres exigences, et la thérapeutique elle-même a tout à gagner à bien connaître les véritables rapports des choses.

/ Nous admettons donc un état scrofuleux ou scro- I fulisme, et non une maladie scrofuleuse, de même qu’il y a un état nerveux ou nervosisme. Il y a I ^ès lors des maladies scrofuleuses, c’est-à-dire des maladies qui empruntent au scrofulisme certaines particularités d’évolution, comme il y a des mala- 1 dies qui portent le reflet de l’extrême irritabilité du système nerveux. Cette manière de considérer M^s faits n’est pas neuve, nous le savons bien. Beau-

CONDITIONS PATBOGÉNIQUES. 245

coup d’observateurs ne voient dans les maladies scrofuleuses que des variétés dans les espèces nosologiques. Mais en prenant pour base de nos interprétations les données anatomo-physiologiques que nous avons exposées, nous croyons avoir introduit une certaine lumière dans une dés questions les plus complexes de la médecine, principalement en ce qui concerne la signification de l’adénite caséeuse, point de départ des idées qui ont conduit à la confusion du tubercule et de la scrofule.

Mais tout n’est pas dit ni expliqué, dans les maladies de variétés scrofuleuses, lorsqu’on a affirmé qu elles tirent leur physionomie particulière de l’irritabilité plus ou moins grande des tissus lymphatico-conjonctifs. La période de la vie où elles apparaissent, l’ordre de succession que certaines d’entre elles semblent affecter, etc., nous conduisent à consacrer encore quelques lignes aux conditions pathogéniques de leur développement. L’irritabilité maladive du système végétatif doit être étudiée sous le point de vue des circonstances qui lui donnent particulièrement lieu. Nous allons essayer d’aborder quelques points de ce sujet, en évitant de nous écarter de la réserve scientifique obligée dans une question aussi peu avancée encore.

Les maladies scrofuleuses sont propres à l’enfance et à la jeunesse, c’est un fait reconnu par tout le

246 1>U SCROFULISME.

monde. Certains les considèrent cependant encore comme possibles à un âge plus avancé, tout en reconnaissant leur rareté relative. Mais il ne faut pas perdre de vue que bon nombre de lésions tuberculeuses sont attribuées à la scrofule, entre autres beaucoup d’engorgements caséeux regardés précisément comme l’altération type de cette maladie ; il faut done tenir compte de cette cause d’erreur.

« Le plus communément elle (la scrofule) se développe de trois à sept ans, quelquefois plus tard, jusqu’à l’âge de la puberté, mais il est très-rare de la voir survenir après ce temps, » dit Cullen (\ ).

« Pour peu qu’on ait étudié les maladies scrofuleuses, ajoute Lugol (2), on sait qu’elles se montrent dès la première enfance et qu’elles changent plusieurs fois de forme et de siège jusqu’à la puberté , qui décide de la fin prochaine des scrofuleux ou d’une meilleure santé pour l’avenir. » Nous compléterons ces citations en disant que les affections à forme scrofuleuse appartiennent à cette période de la vie pendant laquelle le corps prend de l’accroissement; on peut donc, je crois, les considérer comme entièrement liées à la croissance.

Pour bien se rendre compte des faits, il faut se rappeler les particularités du processus physiolo-

(1) Milcent, de la Scrofule, p. 295.

(2) Lugol, Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses. Paris, 1844, p. 526.

CONDITIONS PATHOGÉNIQUES. 247

gique d’où dépend l’accroissement du corps. Nous avons vu, dans les deux premières études, que le système lymphatico-conjonctif est chargé de l’accomplissement de cette importante fonction. Nous n’avons pas à nous étendre ici sur les questions d’hvstogénèse qui se rapportent à ce sujet; rappelons seulement que c’est grâce à la végétation des tissus de substance conjonctive que s’accomplissent dans tout l’ organisme les accroissements du squelette osseux, de la trame fibreuse constituant la charpente de tous les organes et des membranes tégumentaires. C’est aussi par un processus analogue que se forment les tissus modulaires.

Nous ne savons pas pourquoi à un moment donné l’organisme cesse de s’accroître. Nous ne pouvons que constater le fait. C’est par une série de générations successives et sous l’incitation du milieu intérieur que les éléments cellulaires du système fondamental amènent chaque organe et l’organisme entier à leur complet développement. Il v a tout lieu de croire, et il n’y a pas d’autre explication à * invoquer, que la sensibilité de réaction des cellules conjonctives s’émousse et s’épuise, pour ainsi dire, après un certain temps de fonctionnement dans l’ordre physiologique. Car, comme nous l’avons vu, fonctionner, pour ces éléments, c’est proliférer. Il est évident que pendant la période de croissance, la sensibilité réactionnelle du système de végétation

DU SCROFULISME.

est très-prononcée, puisque l’impression du milieu intérieur la met en jeu. On voit très-souvent les ganglions se tuméfier et devenir douloureux, tant est grande l’activité des tissus compris dans la sphère de leurs lymphatiques.

Non -seulement le processus physiologique de f accroissement des tissus ne diffère pas du processus inflammatoire qui aboutit à l’hypertrophie, mais les phénomènes généraux, qui accompagnen t le développement exagéré du corps, sont semblables à ceux que provoque l’inflammation. Les accidents auxquels on a donné le nom de fièvre de croissance sont bien connus. « Elle est caractérisée, dit Lugol (i), par une lassitude douloureuse des membres, une anorexie portée quelquefois au point que les enfants mangent à peine ; il y a un abattement extrême, les enfants gardent le lit plusieurs mois pendant deux ou trois ans de suite, et quelquefois pendant plus longtemps; ils éprouvent une somnolence presque continuelle et peu ou point de sommeil. Cet état n’offre que de très-faibles rémissions; pendant qu’il dure, les enfants grandissent beaucoup, et cette croissance est quelquefois trèsrapide. »

Il est donc incontestable qu’il y a, dans l’enfance et la jeunesse de certains sujets, des époques où

(1) Lugol, Recherches et observations, (tic., p, 247,

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il se fait un travail de prolifération conjonctive d’une telle intensité, qu’il est susceptible de provoquer des accidents généraux. En restant dans les bornes de l’observation pure, et sans essayer d’appliquer aux faits des interprétations trop hasardées, on peut dire qu’à ces époques les éléments cellulaires des tissus de végétation manifestent une irritabilité si grande, qu’elle se traduit par des actes qui sont bien près de la limite des phénomènes morbides. On peut comprendre alors comment, dans un pareil état, la moindre irritation pathologique venant soit du milieu intérieur, soit du milieu extérieur, peut amener une réaction qui dépasse le but. Ne perdons pas de vue que la réaction inflammatoire qui hypertrophie une membrane conjonctive ne diffère de la réaction physiologique de l’accroissement que du plus au moins . Et l’on se demande si, au moment de la croissance active de certaines parties, l’irritabilité ne peut pas être poussée à un point tel, que l’incitation ordinaire et normale du milieu intérieur ne détermine à elle seule des phénomènes pathologiques. Bans le système nerveux, nous voyons de même les impressions les plus communes et les plus faibles susciter des réactions morbides intenses.

Toutes les parties du corps ne s’agrandissent pas en même temps ni d’une façon égale et uniforme; l’activité végétative est inégalement distribuée par

250 DU SCROFULISME.

rapport aux âges. On peut constater un rapport manifeste entre l’accroissement des parties et la fréquence des inflammations chroniques dont elles sont le siège. Ainsi, les gourmes, qui sont particulières à la première enfance, et que l’on « observe principalement chez les petits enfants au moment de la dentition » (Milcent), ne peuvent-elles pas s’expliquer par l’intensité du développement que subissent les parties de la tête, et surtout de la face, ainsi que par l’irritation et la congestion provoquées par l’éruption dentaire? Le travail de la dentition, venant à s’ajouter à celui de l’accroissement des parties osseuses et tégumentaires, apporte dans toute la face et la tête une congestion bien remarquée des gens du monde ; les feux de dents se traduisent par des rougeurs plaquées sur les joues, le front et accompagnées de chaleur. Les enfants éprouvent des démangeaisons au nez, ont les yeux larmoyants, éternuent. Il v a soif, insomnie, agitation, toux, diarrhée et une fièvre quelquefois assez intense. Cette fièvre peut suffire pour expliquer les érythèmes, les éruptions herpétiques ou eczémateuses, les gourmes en un mot. Ces éruptions, entièrement superficielles d’abord, mais reposant sur un tissu de végétation surexcité lui-même par la croissance, entraînent facilement les phlegmasies des tissus profonds. Les ganglions, déjà fortement activés, trouvent dans ce supplément d’irritation le

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comble de la mesure physiologique; ils s’engorgent, et Técrouelle prend naissance. Il y a là , un enchaînement bien connu. « Cette affection, dit Milcent (1) en parlant de la gourme, se complique souvent, quand elle est intense, de l’engorgement, de la suppuration des ganglions lymphatiques voisins. »

Le travail d’accroissement, exaspéré, pour ainsi dire, pendant l’éruption des dents de lait, se continue et se reproduit dans des conditions à peu près analogues à la seconde dentition' avec un surcroît de circonstances aggravantes. A cet âge, l’enfant, entré en pleine possession de son individualité, échappe aux soins et à la surveillance de ses parents; il s’expose aux intempéries, aux traumatismes de toutes sortes dont le préservait la faiblesse de ses premières années. Pendant que les différents organes s’accroissent successivement et dans un ordre déterminé, l’action provocatrice la plus légère fait sortir le processus de la ligne physiologique.

La prédisposition de l’âge à certaines affections scrofuleuses déterminées n’a échappé à personne. M. Bazin (2) reconnaît implicitement le rapport des lésions avec le développement des organes. « L’âge, dit-il, exerce une influence évidente- sur le déve-

(1) Milcent, de la Scrofule, p.478.

(2) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 276.

DU SCROFULISME.

loppement de ces accidents (les scrofulides catarrhales) et sur leur siège dans telle ou telle partie du système muqueux. C’est ainsi que la première et la seconde enfance prédisposent aux scrofulides des muqueuses bucco-gutturale et oculaire, et la puberté prédispose aux catarrhes des muqueuses glando-préputiale et vulvaire. » Or qui ne saisit ici le rapprochement entre l’évolution physiologique de ces muqueuses et l’affection scrofuleuse dont elles sont atteintes? On sait que pendant la première et la seconde enfance les muqueuses nasale, buccale, pharyngienne et oculaire prennent un accroissement marqué, proportionnel à celui de la tête et de la face. Les mâchoires s’agrandissent en préparant la place destinée aux éruptions successives des dents, a Le palais, qui, chez le nouveau-né, avait 8 lignes de large sur 8 et demie de long, en a 12 de large et 11 de long au bout d’une année, 15 de large et 12 de long à sept ans (1). »

Pendant la seconde enfance, la base du crâne s’agrandit, surtout en largeur, et entraîne à sa suite un accroissement correspondant des muqueuses des organes des sens (œil, oreille) . « Chez le nouveau-né, les bosses pariétales représentent la plus grande largeur du crâne... Chez l’enfant de sept ans, la plus grande largeur correspond au dessous de ces

(1) Burdach, Traité de physiologie, trad. par Jourdan, t. IV, p. 472.

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bosses. La plus grande largeur à la région postérieure des portions squameuses des os temporaux s’élève jusqu’à la huitième année de 55 à 6,0 lignes et croît par conséquent de 25 lignes... L’accroissement en largeur des lobes inférieurs et l’élargissement, qui en est la suite, des fosses moyennes de la base du crâne, influent aussi sur la situation des conduits auditifs externes (1) . »

Ainsi s’explique la prédisposition aux catarrhes scrofuleux des muqueuses bucco-gutturale, oculaire et auditive, tandis que la' même interprétation s’applique aux affections des muqueuses balanopréputiale et vulvaire, à l’époque de la puberté, comme l’a signalé M. Bazin.

La dartre rongeante n’a-t-elle pas aussi son âge de prédilection? Les auteurs sont unanimes pour en faire une maladie de la jeunesse. « On ne la voit pas (la scrofulide maligne), dit M. Bazinif), survenir à tous les âges; elle apparaît d’habitude entre quinze et vingt-cinq ans. »

Sans nous prononcer d’une façon absolue sur la nature de cette affection, dans laquelle on comprend du reste plusieurs lésions primitives (eczéma, impétigo, rupia, acnée, etc.), nous ne saurions nous empêcher dé faire remarquer que lés parties atteintes d’esthiomène le sont généralement au mo-

(1) Burdacli, Traité de physiologie, t. IV, p. 469.

(2) Bazin, Leçons sur la scrofule, p. 250.

254 DU SCROfULlSME.

ment où survient en elles le travail de l’accroissement le plus actif. En effet, c’est particulièrement à la face qu’on observe le lupus; il débute habituellement par le nez. Après la face, on le trouve ensuite à la région antérieure de la poitrine, sur les membres au voisinage des articulations, aux organes génitaux externes, toutes parties qui subissent entre quinze et vingt-cinq ans un très-grand développement. « Au début de cette période (de seize à vingt-trois ans), dit Burdach, f accroissement marche la plupart du temps d’une manière rapide , et, dans les cas surtout où il a précédemment éprouvé quelque retard, il fait une espèce de saut et allonge parfois le corps de 4 ou 5 pouces en un an. 11 y a surabondance de sucs et exaltation de la vitalité dans les articulations; en effet, elles ont un volume hors de proportion avec le reste du corps et sont quelquefois douloureuses, ce qui s’accompagne d’une tuméfaction des glandes lymphatiques voisines, celles de Faine surtout. . . Le bassin et la puitrine.se développent davantage... L’étendue qu’acquièrent les fosses nasales et les antres d’hygtnore développe la face et lui fait acquérir les pro- . portions qu’elle doit avoir eu égard au crâne (1) .» Tout le monde a remarqué en effet le développement que prend le nez et les changements qu’éprouve la

(1) Burdacli, Traité de physiologie, t. IV, p. 519.

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physionomie par le grossissement des traits, en même temps que les organes génitaux s’accroissent.

Les tumeurs blanches et les affections osseuses sont aussi spéciales à la jeunesse; de l’avis commun, c’est entre cinq et vingt ans qu’est placée la plus grande fréquence de ces maladies. C’est précisément aussi à cette période de la vie que les leviers osseux s’agrandissent le plus, tout en étant soumis aux causes de fatigue et de traumatisme les plus répétées. On en rencontre aussi chez l’adulte; mais il faut se souvenir de ce que nous avons dit sur la nature tuberculeuse assez fréquente de ces altérations, ce qui peut expliquer leur apparition à tout âge. Seulement, dans ces cas, on a affaire à des affections toutes spéciales et entièrement indépendantes du scrofulisme.

Entre cinq et vingt ans, l’intarissable activité corporelle que possède l’individu l’expose à une foule de causes provocatrices. Et ne faut-il pas voir dans la fréquence plus grande des affections scrofuleuses des os et des articulations chez les garçons que chez les filles (1), le résultat de la turbulence, de l’activité corporelle, de l’audace, de la témérité plus prononcées chez les sujets du sexe masculin que chez ceux du sexe féminin?

(1 ) Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tuberculeuses. Paris, 1849.

250 DU SCftOFÜLISME.

Le rapport des arthropathies et des ostéites scrofuleuses avec le travail de l’accroissement a frappé les meilleurs observateurs. Ainsi, MM. Gosselin et Marjolin, cités par M. Léon Labbé (1), «■ insistent beaucoup sur l’influence que peut avoir, au point de vue du développement de la coxalgie, l’exagération du travail de nutrition des os qui se fait au moment de la soudure des épiphyses. Dans l’articulation coxofémorale, il y a deux épiphyses qui doivent se souder, celle du col et celle de la cavité cotyloïde. Au moment de leur ossification , sous l’influence de fatigues trop grandes , il survient facilement des ostéites épiphysaires (Gosselin), l’inflammation peut se propager , déterminer une arthrite de voisinage qui, mal soignée chez un individu scrofuleux et placé dans des conditions hygiéniques peu favorables, donnera facilement lieu à la production d’une coxalgie. » n

« Les ostéites suppurèes , dit M. Gosselin (2) , se développent dans les épiphyses des adolescents surmenés , les épiphyses étant d’autant plus disposées à l’inflammation, sous 1 influence d’une cause générale et de la congestion locale résultant de la fatigue , q ue leur circulation est plus activée pour l’achèvement de l’ossification. ».

{ ' ! bdbbé’ de la Coxa¥e (Thèse d’agrégation). Paris, 1865, p. 27. (2) Gosselin, Ménioù-e sur les ostéites épiphysaires des adolescents (. Arch.gen . de méd., 5» série, t. XII, novembre 1858)

CONDITIONS PATHOGÉNIQUES. 257

Nous ne saurions invoquer un témoignage mieux formulé en faveur de notre manière d’interpréter la cause et les manifestations des maladies scrofuleuses.

Quant aux ganglions lymphatiques, il est d’observation journalière et ancienne qu’ils acquièrent, pendant la croissance, un volume souvent considérable et en rapport avec leur activité (tumeurs de croissance). Cette intumescence s’accompagne d’un endolorissement très-sensible, et elle ne diffère en rien du premier degré de toute espèce d’adénite provoquée par une action pathologique quelconque. Pendant que ces organes jouissent ainsi de cette suractivité, survienne la moindre irritation, soit directement sur le ganglion lui-même, soit sur les surfaces comprises dans la sphère de distribution de ses lymphatiques, et la réaction proliférante des éléments lymphatiques dépasse bien vite la limite insensible qui sépare le fonctionnement physiologique du processus pathologique, l’engorgement du ganglion a lieu.

Ainsi, comme on le voit, l’apparition des lésions scrofuleuses paraît se lier étroitement à l’activité du développement des tissus. Dès que les différentes parties de l’organisme ont cessé de participer au travail de l’accroissement, elles semblent être préservées de ces altérations, spéciales à l’enfance et à la jeunesse. La puberté est généralement consi-

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DU SCHOFULISME.

dérée comme le terme des maladies scrofuleuses. On pourrait, ces faits étant admis, considérer les lésions scrofuleuses comme le résultat de l'adjonction d’un processus inflammatoire au processus physiologique de l’accroissement. Mais les altérations serofuleusesm’emsont pas moins des phlegmasiesà marche chronique, ulcéreuse , hypertrophique et envahissante, survenant sous l’influence des causes les plus variées. Avons-nous besoin de' faire remarquer combien le mode pathogénique des affections scrofuleuses les éloigne de la tuberculose, elle qui est surtout fréquente à un âge où il n’est plus question de scrofule ?

On a décrit, sous le nom de complexion ou de faciès scrofuleux, un état de l’organisme traduisant à l’extérieur l’aptitude aux maladies scrofuleuses. Lugol, dans un style saisissant, a fait le portrait d’un certain type qu’il a donné comme une sorte de variété de l’espèce humaine frappée d’un sceau réprobateur et vouée à des misères infinies. Mais on reconnaît sans peine sous ces traits le rachitisme, la débilitation par des affections chroniques et les traces de lésions scrofuleuses persistantes ou disparues. Les signes soi-disant précurseurs des maladies scrofuleuses ne sont eux-mêmes qu’un effet du scrofulisme, tels que l’épaississement des lèvres, surtout de la partie moyenne de la lèvre supérieure, l’hypertrophie des ailes du nez, des joues,

CONDITIONS PATHOGÉNIQUES. 259

du bord libre des paupières, du lobule des oreilles, etc.

Le scrofulisme, dans ses rapports avec les lésions dites scrofuleuses, n’est donc pas une maladie, dans le sens propre du mot ; il ne joue d’autre rôle que celui de prédisposition. C’est un état indivi-? duel qui imprime aux affections d’origines les plus diverses certains caractères dans l’évolution et dans la forme de la lésion, mais qui n’en détermine pas l’essence.

Cependant, envisagéeen elle-même, cette disposition organique est liée à des causes qu’il importe de bien déterminer. L’irritabilité végétative extrême constitue une aptitude morbide, qu’il est du plus haut intérêt d’empêcher, d’atténuer et de guérir. Elle peut être considérée à ce point de vue comme une maladie. Nous ne voulons pas entrer plus avant dans cette question, qui ne touche à notre sujet que parmi côté. Disons seulement que la source la plus ordinaire de cet état organique, c’est l’hérédité. D’après tout ce que nous avons dit sur le scrofulisme, on a pu voir que ce mot a pour nous la même signification que celui de tempérament lymphatique exagéré. Rien n’est plus transmissible par la voie de l’hérédité que les qualités mêmes des systèmes organiques qui servent de fondement aux tempéraments (1).

(1) Voyez la lr“ Étude.

DU SGROFULISME.

Résumé : La scrofule comprenait dans le principe toutes les tumeurs du cou, de quelque nature qu’elles fussent; puis elle se restreignit aux altérations ganglionnaires de ces parties.

Plus tard on ajouta aux lésions scrofuleuses les altérations des surfaces, comprises dans la sphère d’action des ganglions lymphatiques engorgés. Ensuite comme on s’aperçut que les affections des muqueuses et de la peau, suivies de strumes ganglionnaires, avaient pour caractère l’épaississement et les ulcérations inflammatoires des membranes et même des tissus sous-jacents plus ou moins profonds, on mit au nombre des manifestations scrofuleuses les phlegmasies chroniques des tissus de substance conjonctive en général.

D’un autre côté, l’écrouelle se montrant avec l’existence d’une matière caséeuse analogue à celle que l’on trouve dans le tubercule, on considéra la tuberculisation comme une manifestation scrofuleuse. De cette manière, la scrofule constitua, aux yeux de certains auteurs , une maladie exprimée anatomiquement par toutes les inflammations chroniques des tissus du système de végétation, par le tubercule et par toute substance caséeuse quelconque.

Mais la matière caséeuse des ganglions n’a rien de spécifique, elle se retrouve dans les maladies les plus diverses, telles que la syphilis, la morve,

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la fièvre typhoïde, la tuberculose, et enfin les affections de causes banales , dues aux irritations portant sur les tissus où plongent les lymphatiques qui se rendent aux ganglions strumeux.

Les affections dites srofulides des muqueuses, se distinguent des catarrhes ordinaires par l’extension de T inflammation dans le derme muqueux et dans les tissus conjonctifs sous-jacents.

Les scrofulides cutanées sont des dermatoses avec transmission de l’irritation au derme cutané et aux tissus profonds.

Parmi les affections dites scrofuleuses des articulations, on comprend deux classes de maladies distinctes, quoique se manifestant par des désordres anatomiques ayant une certaine analogie. Ce sont des arthrites tuberculeuses d’une part, et de l’autre des arthrites chroniques de causes banales ou rhumatismales.

Comme les scrofulides cutanées et muqueuses, l’arthrite scrofuleuse a pour caractère l’extension de l'inflammation au delà de la synoviale, dans le tissu sous-synovial, les os, etc.

En somme, le caractère scrofuleux que prennent les inflammations, chez certains individus, repose sur la grande excitabilité des éléments du système de végétation, qui donne lieu, sous la moindre irritation, à un processus inflammatoire étendu.

Cette excitabilité est surtout très-grande au mo-

DU SCROFULISME.

ment où les tissus de végétation sont en activité, pendant le processus physiologique de l’accroissement. C’est aussi à l’époque de la croissance, et dans les parties en voie d’agrandissement, que se montrent les phlegmasies scrofuleuses; elles dispaparaissent après la puberté.

Conséquemment les affections scrofuleuses n’ont de commun avec la tuberculose que la consistance caséeuse de certaines adénites; elles partagent ce caractère non-seulement avec la tuberculose, mais encore avec la syphilis , la morve, la fièvre typhoïde. Par tous les autres points, les altérations scrofuleuses se distinguent complètement des productions tuberculeuses, mais surtout par ce qui constitue l’essence même de toute maladie, à savoir la cause intime ; car les lésions scrofuleuses naissent sous l’influence des déterminations les plus diverses et les plus banales, tandis que la tuberculose est le résultat d’une cause générale, indépendante de l’organisme, une dans ses effets et dans sa nature essentielle.

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