‹ Études sur la tuberculoseChapitre 16 sur 52 · DE LA CONSTITUTION, DE L’HABITUDE EXTÉRIEURE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION, DE L’HABITUDE EXTÉRIEURE

stitués. » MM. Louis (1) et Fournet (2) ont déclaré ensuite que la constitution est un élément sans valeur dans la prédisposition aux tubercules. Et cependant combien est générale et profondément enracinée l’opinion qui attribue la tuberculose à la débilité constitutionnelle? C’est qu’il en est ici comme des déformations thoraciques. Le médecin n’observe l’homme qu’au moment où la phthisie a déjà plus ou moins profondément ravagé sa constitution. L’amaigrissement, la diminution des masses musculaires, l’anémie, sont la plupart du temps déjà très-prononcés quand le malade, sentant sa santé compromise, vient réclamer des secours. Ces altérations, souvent très-promptes, impriment à l’habitus un air chétif qui se lie dans l’esprit avec l’idée de tuberculisation, et, à défaut absolu de raisons étiologiques plausibles, on n’a rien trouvé de mieux que d’accuser la constitution même du sujet.

Loin de moi la pensée de vouloir nier d’une façon absolue que la débilité native de la constitution ou la détérioration provoquée par des excès, des privations, des fatigues ou toute autre cause de misère, ne soit une condition plus favorable à la tuberculisation qu’une organisation robuste et

(1) Louis, loco cit.

. ^°U™et’ ^ec^erc^ies cliniques sur l'auscultation. Paris,

préservée de toute atteinte débilitante. Il doit en être de la phthisie comme de toute autre maladie. Mais encore la prédisposition due à l’état constitutionnel est assurément bien peu prononcée, car dans l’armée, d’où toute constitution chétive est bannie et où les armes d’élite font encore un second choix parmi ce que renferme de mieux constitué les populations, la phthisie est loin de s atténuer dans le sens de ces écrèmements successifs.

Nous dira-t-on que les fatigues de l’homme de guerre l’épuisent et contribuent à le rendre tuberculeux, nous renverrons au chapitre où nous abordons cette question et où l’on verra précisément que les conditions les plus contraires à la production de la tuberculose sont celles de la vie des camps avec toutes ses fatigues, ses privations et ses misères.

Rien de plus navrant, dans la pratique des hôpitaux militaires de Paris, que de voir ces paysans robustes, que nulle hérédité ne prédispose, qu’aucun excès n’a détériorés, se consumer lentement malgré une résistance organique souvent remarquable, ou bien s’affaisser et mourir en quelques mois ou en quelques jours sous les étreintes d’une tuberculose aiguë qui les a saisis en pleine santé. Lorsque tout compte fait, dans la population civile où sont dénombrés pêle-mêle les forts et les faibles,

302 DE LA CONSTITUTION, DE L’HABITUDE EXTÉRIEURE on constate que la phthisie, pendant l’âge d’élection, fait moins de ravages que dans l’armée d’où toute constitution faible est éliminée, on ne peut s’empêcher de reconnaître que la constitution joue un bien faible rôle dans la production delà tuberculose. Et s’il faut, malgré cela, lui accorder quelque influence, est-on en droit d’y voir autre chose qu’un peu plus ou un peu moins d’aptitude à résister à la cause tuberculeuse? Cette cause qu’il faut chercher, et de laquelle se soucient si peu ceux qui croient qu’il suffit d’être débile pour que la maladie la plus générale et la plus incurable éclate spontanément ou par une provocation banale qu’on rencontre cent fois chaque jour de la vie.

Quant au tempérament, on ne possède nulles données sérieuses à cet égard. On a accusé le tempérament lymphatique d’être une prédisposition à la phthisie, mais il faut tenir compte pour juger la valeur de cette assertion, de ce que l’on a confondu les unes avec les autres un grand nombre de manifestations scrofuleuses et tuberculeuses. Toutefois la tuberculose se traduisant par une lésion du système iymphatico-conjonctif, il n’v a lien d inadmissible à ce que le degré d’irritabilité de ce système, sur lequel repose le tempérament lymphatique, ne corresponde, dans une certaine limite, au degré d’aptitude à contracter la tubercu-

losc en face de l’agent étiologique de cette redoutable affection .

En résumé, ce n’est ni dans la constitution ni dans le tempérament des individus que gît la raison de la tuberculose. A peine si ces dispositions constitutionnelles ont une part vraiment constatable, tant minime soit-elle, dans l’aptitude à contracter la maladie.

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