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CONSIDÉRATIONS D’ANATOMIE ET DE PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES

PREMIÈRE ÉTUDÈ

Des éléments anatomiques dans leurs rapports avec lès «' causes morbides.

De la vie et des propriétés vitales ou biologiques. — Des éléments anatomiques et de leur individualité autonome. — Réactions physiologiques et pathologiques. — Excitation et destruction de la propriété biotique des éléments. — De là spécificité d’action des . agents d’irritation; affinité, élection de certaines substances pour certains organes et certains, tissus. — Toute réaction élémentaire a sa détermination en dehors des éléments organiques. — Les impressions sont transmises aux éléments vivants par deux voies; milieu intérieur et milieu extérieur.

Les éléments anatomiques se groupent en trois grands systèmes : système de végétation, système de relation, système de nutrition.

Des tempéraments nerveux, sanguin, lymphatique. — Des actions réciproques des divers systèmes les uns sur les autres.

§ i. — Des réactions des éléments anatomiques sous l'influence des causes morbides.

Les sciences biologiques n’ont pu donner encore une définition satisfaisante de l’objet de leurs

VILLEM1N. A

études, car la vie se constate plutôt qu’elle ne se définit. Toutefois si Ton envisage la matière vivante du point de vue purement physiologique, en s’en tenant au fait extérieur le plus apparent, on reconnaît en elle l’existence d’une propriété constante que l’on peut regarder comme sa caractéristique. C’est que, sans cesser d’être elle-même, elle réagit contre les choses extérieures, en vertu d’un pouvoir individuel , intrinsèque qui se traduit par un effet tout à fait spécial. La manifestation de cette réaction est ce que nous appelons force vitale, propriété vitale ou biologique. Vivre c’est réagir, et réciproquement.

Cette propriété n’est pas une hypothèse , un a priori, c’est un fait qui tombe sous les sens et qui est, par conséquent, du domaine de l’oBservation et de la science. Il n’y a que cette seule force de réaction, intimement liée à la matière organisée, qui puisse nous faire conclure à l’existence de la vie. !si la forme, ni la couleur, ni aucune autre propriété physique ou chimique ne nous la révèlent. Sans doute la matière vivante affecte bien des dispositions particulières, mais elles sont insuffisantes pour nous faire connaître si la propriété de réaction vitale subsiste ou si elle a complètement disparu. Jusqu’ici du moins nous sommes restés dans l’impossibilité de trouver une différence appréciable entre la plupart des élé-

ments en pleine possession de la vie et ceux qui viennent d’être abandonnés par elle depuis peu. En sorte que le seul signe infaillible qu’une cellule, qu’un muscle, qu’un nerf, etc., sont encore vivants, c’est la persistance de la réaction spéciale à chacun d’eux. Nous ne voulons pas dire que certaines particularités ne ] missent être un indicé à peu près sûr que telle partie organisée, tel élément anatomique a cessé de vivre, mais, en l’absence de ces caractères, rien ne peut indiquer la cessation de la vie que la disparition du pouvoir de réagir. Remarquons bien que la propriété biologique est une force latente, qui ne se manifeste pas spontanément et qui a toujours besoin pour se 'traduire, d’une sollicitation extérieure au composé vivant.

Partout où l’on observe la vie, on la voit résider dans des éléments qui ont la forme cellulaire; ceux qui se dérobent à cette forme en dérivent cependant par des modifications qu’iLest facile de suivre et de constater. Depuis la monade jusqu’à l’homme, la cellule et ses dérivés immédiats sont l’expression morphologique de la vie.

La propriété biotique spéciale à chaque élément vivant est assurément subordonnée à sa composition intime, et celle-ci ne semble pas être régie par des principes étrangers aux lois physico-chimiques ordinaires. Une perturbation un peu profonde dans les actes chimiques ou physiques qui se

passent dans l’intérieur de ces éléments, entraîne la suspension et même la suppression des propriétés vitales ; exemple : une température capable de coaguler l’albumine (1). La vie ne semble donc pas être une force première, principe : elle est secondaire et subordonnée à d’autres forces plus générales, dont elle dériverait en vertu des lois de la transmutation. Cependant il faut avouer qu’ici l’inconnu devient considérable; heureusement pour le biologiste, la solution de ces questions ne lui est point indispensable, il peut étudier la vie dans ses manifestations multiples sans avoir besoin de la connaître dans son essence. Le physicien ne connaît pas davantage l’essence de l’attraction, ni le chimiste celle de l’affinité. La vie, étant une force, ne se révèle à nous que par sa phénoménalité. Le développement de l’électricité au contact de deux métaux n’est pas plus explicable que celui de la force nerveuse; la secrétion de la salive par une cellule n’est ni plus ni moins mystérieuse que la décomposition de l’eau par l’éponge de platine.

Un organisme un peu complexe est formé de l’agrégat d’un nombre infini d’éléments anatomiques. Chacun d’eux est autonome , individuel et réagit à sa manière et pour son propre compte selon sa nature, sa composition, sa structure. Le globule

(1) Cl. Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale.

nerveux ne réagit pas comme la cellule d’une glande salivaire; celle-ci manifeste sa réaction d’une façon différente de celle d’une cellule plasmatique; la cellule épithéliale du rein n’a rien de semblable dans ses effets à une cellule du foie ou de la mamelle; l’irritation d’une fibre musculaire ne produit pas le même phénomène que l’irritation d’une fibre nerveuse. Sous l’influence de provocations parfaitement identiques par leur nature et leur intensité , chaque catégorie d’éléments organiques traduit une réaction entièrement spécifique et différant de l’une à l’autre.

Cependant, si cette individualité autonome des éléments est un fait incontestable, il n’est pas moins évident, non plus, que les divers composants d’un organe réunissent leurs actions collectives dans un but déterminé et invariable ; ce qui a fait penser à une force supérieure qui synthétise et coordonne toutes ces forces isolées. On a placé, ou plutôt on a supposé cette force supérieure dans le système nerveux, mais les phénomènes de la vie chez les végétaux ne sont-ils pas aussi harmonieusement ordonnés que chez les animaux ? Et au premier temps de l’embryon, alors que le système nerveux n’existe pas encore, que tout l’être consiste dans un amas de cellules, nées de la segmentation de la cellule primitive, où donc réside la force directrice et organisatrice qui imprime à tels éléments la

forme et la fonction d’un muscle, à tels autres celles du foie, etc. , etc.? Ou dois-je placer dans une plante la force qui réunit, dispose et coordonne les cellules de manière à donner ici une feuille , là une fleur, là une racine, tous organes chargés de fonctions spéciales ? Que sont devenues les connexions nerveuses et vasculaires de ces parties transplantées dans d’autres régions que celles qu’elles occupaient dans le plan général de l’économie, et qui n’en continuent pas moins de se comporter comme si elles étaient en leurs lieu et place? Les belles expériences deM. Bert (1), sur les greffes animales, tout en prouvant, avec la plus entière évidence, l’autoriomie des éléments anatomiques, démontrent aussi, de la façon la plus péremptoire, qu’il n’v a pas plus de centre vital unique dans l’organisme animal que dans l’ organisme .végétal:

C’est la généralisation du système nerveux chez les animaux, qui a pu lui faire accorder une Certaine prééminence dans les actes vitaux, mais pour peu qu’on y réfléchisse, il est facile de voir que le rôle de la substance nerveuse se borne à la manifestation d’attributs restreints et définis, dont le but final est de produire le mouvement nécessaire à la conservation des individus et des espèces.

Les éléments organiques sont soumis à la loi

(i) Bert, Recherches expérimentales pour servir à V histoire de la vitalité propre des tissus animaux. Paris, 1866.

générale qu’on retrouve dans toutes les créations de la nature : la variété dans l’unité. L’espèce se compose de types individuels variant à l’infini. Il n’y a pas deux hommes qui se ressemblent et cependant les caractères de l’espèce humaine sont nettement spécialisés. De même, la réaction vitale des éléments anatomiques , tout en conservant le caractère propre à chaque espèce, varie, en intensité et en facilité, selon les individus. Une même impression produira des réactions aussi diversifiées que les types individuels eux-mêmes.

Qu’un élément réagisse sous l’impression de ses modificateurs habituels, physiologiques , ou bien par le fait d’un agent insolite, morbide, le résultat sera toujours le même. Xa réaction de chaque élément est une et invariable. Toute la différence entre la réaction physiologique et la réaction pathologique consiste dans le degré d’intensité et dans l’opportunité. L’acte morbide, en général, ne diffère. pas dans son essence, de l’acte physiologique. Le phénomène morbide est une manifestation vitale au même titre que l’opération la plus normale; il doit son existence aux propriétés mêmes de la matière vivante.

Les éléments vivants ne manifestent leur réaction que par l’incitation de forces extérieures ; mais, dans l’agencement complexe d’un organisme,

les réactions premières produisent des effets qui jouent, par rapport à d’autres éléments, le rôle de causes provocatrices secondaires. Nous en avons un exemple facile à saisir dans les rapports des nerfs avec les muscles et l’opération toute physiologique du mouvement. Qu’une vive irritation vienne impressionner la main d’un homme endormi, elle sera transportée par les nerfs centripètes vers un point des centres nerveux médullaires, et là elle réveillera, dans un certain nombre de' cellules, une réaction que nous connaissons sous le nom de force excito-motrice. Puis cette force transmise par les nerfs centrifuges aux muscles du bras, deviendra à son tour, pour les fibres musculaires de cette partie, un agent d’irritation qui sollicitera leur propriété vitale, la contractilité , et partant le retrait d-u -.membre. Mais la force excito-motrice, quoique secondaire et dérivant déjà de la réaction d’un élément anatomique, n’en est pas moins pour les muscles une force extérieure à eux, tout aussi bien qu’un courant électrique directement appliqué sur leurs fibres. C’est ainsi qu’une action première peut produire une série de réactions hiérarchisées, pour ainsi dire, dans leur ordre de succession et de causalité.

L’action des agents extérieurs n’a pas toujours pour effet de mettre en activité la réaction propre à chaque élément organique. 11 y a des im-

pressions qui anéantissent la propriété vitale : la foudre, l’acide cyanhydrique, ont ce résultat sur certaines parties du système nerveux. Le sulfocyanure de potassium n’excite pas la contractilité musculaire, il la détruit. Le venin de certains ophidiens supprime tout d’un coup la vie des éléments qu’il atteint et amène leur décomposition (gangrène). Un même agent, selon l’intensité de son action, peut susciter la réaction des éléments ou la briser. Il y a plus, les agents naturels, continuellement en rapports avec l’être vivant et qui sont la condition même des manifestations de la vie, amènent à la longue l’usure de cette force qui finit par s’éteindre. L’action est continue, mais la réaction est temporaire et subordonnée. La mort est une conséquence de la vie.

Une particularité digne de remarque, c’est l’affinité qui semble exister entre certaines substances et certains organes, ou plutôt c’est la sensibilité extrême que présentent les éléments d’une partie déterminée à l’irritation de tel ou tel agent; d’où une réaction ordinairement localisée dans un système, dans un organe ou une partie d’organe.

Quand le curare anéantit le -pouvoir conducteur des nerfs centrifuges, quand le mercure enflamme les gencives, la cantharide les organes génito-urinaires, quand le phosphore carie les os maxillaires, quand le plomb paralyse les muscles ex-

tenseurs de l’avant-bras, cela ne veut pas dire que ces substances, introduites dans la circulation, ne portent leur impression que Sur les parties atteintes; transportées et disséminées dans tout l’organisme, d’une façon à peu près égale, ces substances touchent tous les tissus, tous les éléments de l’économie, mais tous ne réagissent pas, tous ne sont pas impressionnables au même degré, tous ne jouissent pas d’une égale irritabilité en présence de chacun de ces agents divers. Tel s’ébranle et réagit sous le mercure qui reste inaccessibles l’action du phosphore; tel autre traduit son irritation par la cantharide qui semble ne rien éprouver par le curare, etc., etc.

C’est pour exprimer ce phénomène que nous disons qu’il y a une sorte d 'élection ou d 'affinité entre certaines substances et certains tissus ; mais la vérité est qu’une substance, dispersée, par l’intermédiaire du sang, dans l’organisme entier, porte son action sur tous les éléments dont il se compose, seulement les uns sont insensibles à cette action et ne traduisent aucune réaction appréciable à nos yeux, tandis que les autres au contraire, sont plus ou moins fortement ébranlés, succombent ou réagissent selon le mode qui leur est propre.

De même qu il n’y a pas d’effet sans cause, de même il n'y a pas de réaction sans action préa-

RÉACTIONS ÉLÉMENTAIRES. AÀ

labie. Les réactions pathologiques supposent donc toujours une impression, exercée directement sur l’élément anatomique réagissant et entraînent irrésistiblement l’idée d’un agent d’irritation, cause de l’effet observé. Il ne peut y avoir de troubles spontanés dans l’organisme vivant ; toute modification qui s’opère en lui a sa détermination hors de lui, et s’il n’v a pas de spontanéité physiologique, a plus forte raison n’y en a-t-il pas de pathologique. Si une cellule épithéliale se tuméfie et engendre des globules de mucus, si une cellule plasmatique procrée du pus, du tubercule, si une cellule nerveuse donne de la force excitd-motrice qui réveille convulsivement la contractilité musculaire, etc. ; c’est que cellules épithéliale, plasmatique et nerveuse oiit été directement atteintes par un agent d’irritation .

Cependant il faut bien s’entendre. Quand nous prétendons que tout effet morbide provient d’une cause extrinsèque, cela ne veut pas absolument dire que cette cause se trouve, dans tous les cas, en dehors de l’organisme. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la réaction pathologique procède d’une cause déterminante extérieure et étrangère aux éléments anatomiques qui la manifestent.

Ainsi, par exemple, que du pus vienne impressionner les centres nerveux en donnant lieu à ces accidents connus sous le nom de pyohémie, il y a

là un agent d’irritation né dans l’organisme luimême, mais qui n’en est pas moins une cause extérieure aux éléments nerveux en souffrance. Il en est de même de l’acide urique sur les éléments qui entrent dans la composition des tissus des articulations. Inutile de multiplier les exemples, nombreux en pathologie, où les effets d’une cause première deviennent ainsi à leur tour causes secondaires. Ce que nous croyons et voudrions persuader, c’est que toute réaction vitale d’ordre pathologique a sa cause en dehors des éléments anatomiques qui la traduisent. Si cette cause provient d’une source située dans un point quelconque de l’économie, si elle est déjà un produit de l’organisme, comme le pus, l’acide urique, l’urée, etc., c’est qu’elle procède elle-même d’une détermination antérieure, qui a impressionné les tissus où elle a pris naissance.

Nous venons de voir que des substances bien connues, administrées dans un but d’expérimentation ou de traitement, ont chacune une action propre, manifestée par des réactions ayant une évolution déterminée et surtout un siège spécial. Les agents morbifiques que nous connaissons n’agissent pas différemment; en sorte qu’en admettant que chaque agent spécifique détermine une réaction particulière, nous sommes en droit de supposer la proposition inverse, à savoir: qu’à

toute réaction spécifique correspond un agent spécial. Nous ne voulons pas dire que sous l’influence d’irritations de diverses natures, les éléments ana^ tomiques réagissent d’une manière différente, correspondant à chacune d’elles. On sait, au contraire, que ces éléments sont très-restreints dans leurs modes de réaction. Une fibre nerveuse centrifuge étant irritée, ne donne jamais que de la force excito-motrice, révélée par la contraction musculaire ; l’excitation d’une cellule glandulaire se traduit par la production de la substance sécrétée par la glande dont elle fait partie ; les cellules de tissu conjonctif ne peuvent donner lieu qu’à des globules de pus, de lymphe ou à des cellules de l’état embryonnaire, au moyen desquelles se reconstituent les différents tissus de l’organisme. Aussi la spécificité anatomique ne se déduit pas de la réaction pure et simple de l’élément, impressionné, mais d’un certain nombre de caractères, tirés principalement de l’élection qu’a la cause morbifique pour tel tissu, tel organe ou partie d’organe.

Des exemples feront comprendre ce que nous voulons dire. Le virus varioleux provoque dans la couche de Malpighi une sorte d ’épidermite, avec formation de pus. Mais cette suppuration se fait d’une manière identique à celle qui a lieu sous l’influence de tout autre irritant, tel qu’une brûlure, un vésicatoire, par exemple. Ce qu’il y a de

spécifique dans la variole, ce h’est donc pas la suppuration de l’épiderme ; mais la forme même de l’éruption, son évolution, les symptômes généraux dont elle s’accompagne forment un ensemble de caractères qui n’appartient qu’à la variole, et permettent d’affirmer immédiatement Inexistence de la cause spécifique.

L’agent étiologique delà fièvre typhoïde, en portant son action sur les appareils lymphatiques des organes abdominaux (follicules clos, plaques de Peter, ganglions mésentériques, rate), produit des lésions qu’on retrouve semblables, ou à peu près, par le fait d’irritants ordinaires, et cependant la spécificité de son action se révèle par une détermination constante et élective sur ces organes, par sa concentration sur les follicules agminés de la fin de l’intestin grêle, et aussi par l’ébranlement qu’elle imprime aux centres nerveux, en donnant lieu à un appareil symptomatique particulier.

C’est pour avoir fait consister l’irritation dans de simples phénomènes de circulation et de vascularisation,. que l’école de Broussais n’a vu dans la variole qu’une dermite , dans la fièvre typhoïde qu’une entérite folliculeme, et dans toute maladie qu’un fluxus sanguin, plus ou moins précédé d un stimulus nerveux. La lésion n’était alors qu’un effet mécanique. Au sortir des nuages de la

médecine symptomatique, la science est venue s’arrêter à cette conception étroite de la lésion, et l’on comprend l’ardeur de la réaction qui n’a pas tardé de se faire contre l’école dite physiologique. Mais pour concevoir mieux, il a fallu attendre les progrès de l’anatomie: et de la physiologie générales; jusqu’ici les adversaires n’ont pu lutter qu’en se retirant sur un terrain aussi peu assuré que celui de la révolution broussaisienne.

Comme nous l’avons vu, tout élément vivant a besoin, pour exprimer un acte physiologique ou pathologique, d’une impression déterminante quelconque. Ces impressions viennent de deux sources, différentes, et ici la distinction des milieux, si judicieusement établie par M. Claude Bernard, reçoit une féconde application. A l’une de ces sources appartiennent tous les agents placés dans le milieu ambiant extérieur, qui portent leur action sur les surfaces muqueuses et cutanées, ou qui agissent plus profondément du dehors au dedans, et comme par traumatisme ; à l’autre correspondent les principes introduits dans l’organisme et qui atteignent les éléments par l’intermédiaire du milieu intérieur : le sang et les liquides qui en exsudent.

A ces deux voies, par où les agents de détermination arrivent aux éléments, correspondent deux ordres de causes morbides: 1° les causes ex-

ternes, directes, topiques : 2° les causes internes, indirectes, générales. Notons bien que parce mot « interne » nous ne voulons pas dire que les causes naissent en dedans de l’économie, et, encore moins en dedans des éléments organiques, mais seulement qu’elles agissent par l’intermédiaire du milieu intérieur, dans lequel sont plongés les éléments auxquels toutes causes déterminantes sont toujours extérieures.

1° Les causes externes agissent directement sur les éléments mis en contact avec le milieu extérieur : tels sont les qualités de l’atmosphère, le froid ou le chaud, etc., les liquides et les gaz irritants appliqués sur les surfaces cutanées et muqueuses, les agents traumatiques de toutes sortes, les impressions variées perçues par les organes des sens, etc., etc. L’action de ces innombrables agents est toujours locale, limitée aux parties impressionnées , et ordinairement superficielle. Cependant son extension peut se faire assez loin, par contiguïté de tissus et par pénétration plus ou moins profonde des agents vulnérants.

Mais le mécanisme au moyen duquel l’action des causes externes se généralise et se manifeste loin des parties directement impressionnées, est basé sur la disposition du système nerveux, dont les nombreuses commissures établissent des liaisons entre les régions les plus éloignées les unes

des autres. Ainsi, par exemple, un simple contact sur la peau, une impression lumineuse sur la rétine, etc. 7 occasionnent un courant centripète vers les centres nerveux profondément situés, et v provoquent une réaction qui peut se réfléchir dans mille directions , soit sur les muscles de la vie animale, soit sur les muscles de la vie végétative, ceux des vaisseaux entre autres, en donnant lieu à des phénomènes multiples etcomplexes. Toutefois, quoi qu’il arrive, la généralisation des effets occasionnés par les causes morbifiques externes a toujours pour point de départ une impression première habituellement limitée.

2° Les causes internes, au contraire, résident dans des agents de détermination, tenus en suspension dans le milieu intérieur, qui les disperse et les fait pénétrer dans l’intimité des tissus. La généralisation de l’effet fait naturellement supposer celle de la cause. Mais, comme cela a lieu pour les substances médicamenteuses et toxiques, si tous les éléments de l’organisme reçoivent une impression de la part des agents morbifiques, ainsi répandus dans l'organisme, par les mouvements continuels du milieu intérieur, tous ne se montrent pas également sensibles et impressionnables à leur action. On peut constater qu’il n’y en a qu’un certain nombre qui réagissent, phénomène comparable à ce que nous avons

•VHAEMIX. 2

vu précédemment , et qui a aussi donné lieu à l’idée d’affinité et d’élection des causes pathologiques pour certains tissus.

Ainsi, par exemple, le virus varioleux pénètre bien évidemment toutes les parties de l’organisme, et cependant l’épiderme se montre particulièrement sensible à son action. Le virus de la morve, d’un autre côté, met en réaction d’une manière spéciale les organes respiratoires, principalement la muqueuse nasale et le poumon, et il est pourtant incontestable que cette substance morbifique est répandue dans toute l’économie.

Un certain nombre des irritants morbides, agissant par l’entremise du milieu intérieur, nous sont matériellement connus ; nous pouvons les récolter et les conserver pour ainsi dire; tels sont les virus que l’on est parvenu à inoculer. Mais il en est d’autres dont l’existence n’est qu’une hypothèse. Cependant l’analogie et l’induction les imposent impérieusement à notre esprit.

L’agent causal de la fièvre typhoïde n’a pu jusqu’ici être mis en évidence, et il n’est guère de personnes qui le contestent. Il en est de même du typhus, de la peste, de la fièvre jaune, des fièvres palustres, etc. Non-seulement l’existence de ces agents se recommande avec la toute-puissance de cet axiome : qu il n’y a pas d’effets sans causes , mais encore, si l’on admet avec nous que les élé-

■ments anatomiques ne peuvent réagir sans une détermination provocatrice, il faudra aussi nous accorder que la réaction de ces éléments est la •conséquence de l’irritation directe de la cause morbide. Ainsi je suis forcé de convenir que l’engorgement des follicules clos de F intestin et des -ganglions, mésentériques dans la fièvre typhoïde, que la formation des bubons dans la peste, que les troubles nerveux (fièvre, délire, etc., etc.) dans ces maladies ainsi que dans le typhus, lès fièvres palustres, etc., sont tous -phénomènes dus à la -réaction des organes malades contre Faction des agents étiologiques de ces affections. Ce sont là les effets de causes générales, intérieures, diffuses. On a donné à ces causes le noin de virus, de miasmes, et on a comparé non sans raison leurs effets avec ceux de l’empoisonnement par des substances toxiques connues.

Quand nous voyons une lésion quelconque se répéter en points innombrables dans l’organisme, c’est qu’en chacun de ces points une substance irritante, a porté son action. Ainsi dans la variole, il a fallu qu’une parcelle de virus varioleux impressionnât l’épiderme dans toutes les parties où se sont formées des pustules. Et, disons-le par anticipation, dans la tuberculose, maladie générale -s’il en fut, ces myriades de granulations qui parsèment les poumons, les plèvres, lé péritoine, etc.,

20 des éléments anatomiques.

iront pu se former que sous l’irritation directe d’un agent provocateur, qui a dû être charrié à l’état de division extrême dans tous ces organes. Assurément, nous ne trouvons rien de plus analogue à l’action de la cause tuberculeuse que celle des virus varioleux, morveux ou autres.

Ce que nous venons de dire sommairement sur l’action des causes morbides et les éléments vivants, est, dans son ensemble, la monnaie courante des sciences biologiques. Mais il y a cependant deux points laissés obscurs, et même qui n’ont pu être éclairés que par l’étude toute moderne de l’histologie : nous voulons parler de l’individualité et de l’autonomie des éléments organiques dans l’évolution des phénomènes- pathologiques, ainsi que de la nécessité absolue, pour qu’ils réagissent, d’être directement impressionnés par un agent d’irritation; ce qui implique la négation formelle de toute spontanéité de leur part et l’admission forcéed’une cause déterminante quelconque.

Ces idées d’action et de réaction que nous venons de développer ne sont pas neuves, tout le monde s én sert et parle de réactions organiques contre les influences morbifères. Nous n’avons pas la prétention d avoir rien inventé, mais ce que nous avons voulu mettre en relief, c’est la réaction élémentaire et la passivité de l’élément anatomique. Il faut, si l’on veut bien comprendre les

phénomènes biologiques, ne pas donner au mot réaction l’idée vague d’une souffrance de l’organisme, mais décomposer cette idée par trop générale, la ramènera ses facteurs premiers, et l’étudier dans la molécule vivante, pour ainsi dire, qui est la cellule et ses dérivés fibreux. Une pareille analyse est indispensable pour bien comprendre les actes synthétiques par lesquels se manifeste la maladie.

§ 2. — Des grands systèmes de l'organisme.

Les éléments de l’organisme animal, groupés en tissus, en organes et en appareils, accomplissent, au moyen de leurs propriétés vitales collectives, certaines œuvres communes. En s’en tenant à ce qu’ils ont de plus général dans le fonctionnement de l’être vivant, on peut les classer en trois grands systèmes.

1° En première ligne nous rencontrons le système végétatif,, fondamental, essentiel. Il est représenté, chez les animaux supérieurs, par toute une série de tissus analogues, auxquels on a donné le nom de tissus de substance conjonctive. Toute cette masse qui compose le squelette général et le squelette particulier des organes, en-fait partie. Il est constitué par les os, les cartilages et toutes les variétés de tissus connectifs. C’est lui qui unit, relie et soutient tous les organes, qui forme la

trame de toutes les membranes , de toutes les tuniques vasculaires, de tous les canaux, tubes et culs-de-sac glandulaires. Il constitue, en un mot, le stroma, la gangue générale de l’organisme dont il est la base fondamentale et essentielle. C’est la végétation des tissus de substance conjonctive qui réalise la forme et les dimensions du corps, qui pourvoit à son agrandissement et à la réparation de toutes ses pertes de substance.

Tous' ces caractères justifient les noms de végétatif, fondamental, essentiel, par lesquels nous le dénommons. Nous reviendrons plus loin sur son immense importance pathologique.

Le caractère anatomique des tissus qui composent le système de végétation, c’est d’être constitués par des éléments cellulaires, séparés les uns des autres par une substance intermédiaire ; ces tissus sont formés de cellules plus ou moins globuleuses, allongées ou ramifiées, et de substance intercellulaire de consistance variable. Le tissu connectif proprement dit, avec ses variétés, les tissus osseux et cartilagineux, la névrogliedes centres nerveux, les ganglions lymphatiques et la tunique adénoïde des intestins, etc. , constituent tes espèces de ce genre.

Nous ne voulons pas insister sur les propriétés anatomiques des tissus du système fondamental, c’est l’affaire des traités d’anatomie générale.

Nous n’ajouterons qu’un mot touchant un point qui a surtout une grande importance dans les questions que nous aborderons plus tard ; c’est celui des rapports de l’appareil lymphatique avec les tissus de substance conjonctive. Ce problème a particulièrement été soulevé par l’observation des faits pathologiques. En effet, les altérations de l’appareil lymphatique, des ganglions notamment, s’associent très-fréquemment avec des lésions du tissu conjonctif. Lès manifestations scrofuleuses nous en donnent un exemple, et de plus il y a certaines maladies générales dont les désordres anatomiques se traduisent par des altérations simultanées dés tissus du système fondamental et des organes lymphatiques.

Les connexions physiologiques entre les vaisseaux lymphatiques et le tissu conjonctif, soupçonnées par les anciens, ont été consacrées par l’observation moderne. On reconnaît aujourd’hui des rapports très-intimes entre le réseau des cellules plasmatiques et les radicules lymphatiques. D’un autre côté, les divers organes dont se compose l’appareil lymphatique ne sont, en outre, qu’une variété de tissus de substance conjonctive, dont la disposition a été appropriée aux usages qu’ils remplissent dans l’économie. Ces organes sont représentés par 1° les ganglions ; 2° les follicules clos; 5° la rate; 4° la tunique adénoïde de la mu-

queuse digestive et les amas adénoïdes de certaines parties du cerveau. Des particularités de structure à peu près identiques dans chacun de ces organes, les rapprochent les uns des autres. Comme les tissus lymphoïdes sont chargés de verser dans la circulation les éléments cellulaires destinés à remplacer ceux qui se détruisent continuellement, ils ont dû recevoir une modification conforme à cette fonction. A cet effet, la substance intercellulaire a pris la consistance liquide, les cellules ont acquis^ ou conservé la forme globuleuse, ce qui leur donne la mobilité nécessaire pour être entraînées dans les canaux lymphatiques. Cette mobilité et cette liberté ont, en outre, été favorisées par un réticulum élastique, dans les mailles duquel les globules lymphatiques sont à l’abri des tassements contraires à leur migration.

Les organes de l’appareil lymphatique n’étant qu’une variété anatomique du tissu conjonctif, appropriée à la fonction spéciale de la reproduction des globules sanguins, font donc partie du grand système fondamental ou de végétation. Et pour cette raison, ce système pourra s’appeler lymphaticoconjonctif, quand on voudra rappeler sa composition.

2° Un autre grand système est représenté par les appareils nerveux et musculaires. C’est le système animal ou de relation. L’ensemble des tissus qui le

composent a pour but final la motricité. La sensibilité, la contractilité musculaire, la puissance excitomotrice des cellules nerveuses, sont les forces nécessaires à l’accomplissement du mouvement. Mais le rôle actif est principalement dévolu à la substance nerveuse ; les muscles sont relativement des agents passifs dans la grande fonction de relation. C’est pourquoi on est surtout préoccupé, dans les phénomènes physiologiques et pathologiques du système animal, de l’appareil nerveux que sa prédominance élève au rang de système . Le système nervo-moteur peut très-bien s’appeler, par restriction, système nerveux. Système animal, système nervo-musculaire , système de relation, système nerveux, représentent donc la même idée, et nous emploierons indifféremment l’une ou l’autre de ces expressions.

5° Enfin, le troisième système de l’ organisme est formé de l’ensemble des organes qui concourent à la nutrition du corps, en maintenant le liquide nourricier dans des conditions de pureté et d’intégrité, indispensables à l’entretien de toutes les fonctions.

Les agents, actifs de ces organes sont des cellules de forme variable, placées les unes près des autres sans substance intermédiaire, soudées entre elles et formant des revêtements dits épithéliaux. Les épithéliums sont étalés sur des membranes planes en couches simples ou multiples (séreuses , mu-

quèuses, peau), ou bien ils sont disposés en tube sinueux ou en culs-de-sac (glandes de toutes sortes); enfin, ils sont quelquefois agglomérés en masse parenchymateuse comme dans le foie.

Le rôle des tissus épithéliaux est bien défini ; il consiste à protéger les parties du corps exposées aux atteintes des agents extérieurs, d’une part, et, d’autre part, à exercer sur le sang les modifications qu’exigent les continuelles métamorphoses des éléments vivants. C’est ainsi que le tube digestif et les nombreuses glandes- qui y versent leurs produits de sécrétion, préparent les substances alimentaires destinées à pénétrer dans la circulation. Le rein est la voie d’élimination des principes protéiques désassimilés ; le foie, dont toutes les fonctions ne nous sont pas encore entièrement connues, écarte les matières colorantes d’une part et transforme certains matériaux en modifiant le sang. Les couches épithéliales des surfaces cutanées, muqueuses et séreuses remplissent le rôle d’une sorte de vernis imperméable, s’opposant ici à la pénétration dans le sang de substances nuisibles (épiderme);, formant là une barrière aux exhalations aqueuses (épithélium des séreuses). La constance de la température est maintenue par les glandes sudoripares.

Inutile d’énumérer toutes les propriétés des tissus épithéliaux ; elles se résument dans l’usage

commun d’assurer au liquide nourricier les qualités indispensables à ses fonctions. Les moyens employés sont les suivants : 1° modifier les matières alimentaires en les rendant assimilables (appareil digestif avec ses nombreuses glandes annexes) ; 2° éliminer les matériaux de désassimilation (glandes d’excrétion) ; 5° faire obstacle à la pénétration des substances nuisibles dans le sang (épiderme et épithélium de certaines muqueuses) ; 4° empêcher l’évaporation des parties aqueuses du sang (épiderme, épithélium) ; 5° maintenir la température du sang à un degré fixe (glandes sudoripares), etc., etc.

Le résultat du fonctionnement régulier de ce système est la pureté du sang destiné à la nutrition. Système épithélial, système de nutrition, système sanguificateur ou sanguin, sont des noms qui lui conviennent.

Ainsi peuvent, selon nous, s’établir, se définir et se nommer les grands systèmes de l’organisme animal; nous ne voyons pas qu’il y ait place pour d’autres. On pourrait même, à la rigueur, n’en former que deux; le système de nutrition pouvant, jusqu’à un certain point, être réuni au système iiervo-musculaire. pour constituer un système unique d e conservation.

En effet, le mouvement a été donné aux animaux pour la conservation de l’individu et de l’espèce.

m DES ÉLÉMENTS ANATOMIQUES.

A moins d’être fixé au sol comme la plante qui y tire ses matériaux de nutrition, l’être vivant doit être doué de mouvement pour aller à la recherche de sa nourriture, la saisir, la préparer ; il doit posséder un liquide intérieur et des organes contractiles propres à le distribuer dans toutes les parties de son corps. Tous les mouvements Ont leur point de départ dans une impression, et le système nerveux, en tant que source de sensibilité et que principe de force excito-motrice, est organisé à l’effet de provoquer et de coordonner ceux qui sont indispensables pour assurer l’individu contre les causes de destruction et pour perpétuer l’espèce.

Le système épithélial (sanguin), de son côté, remplit le même but : conservation de l’individu par le maintien de propriétés constantes au liquide nourricier, conservation de l’espèce par l’épithélium des organes générateurs.

Le système nerveux et le système sanguin forment donc deux parties d’un même système plus général. Ces sous-svstèmes, qu’on nous permette cette dénomination , offrent du reste entre eux plusieurs points de contact. Ainsi , par exemple, les revêtements épidermiques, les poils, les ongles, les plumes, les glandes sébacées, etc., sont des tissus qui, quoique épithéliaux, sont bien moins destinés à modifier et conserver les qualités du

DES TEMPÉRAMENTS, sang qu’à remplir un rôle dans la protection générale du corps contre les agressions extérieures, ne qui les classe de préférence dans le système de relation. D’un autre côté, presque tout l’appareil moteur des muscles lisses (tube digestif, vaisseaux, voire même le cœur) a des usages qui ont les rapports les plus directs avec la sanguification. Il s’agit bien évidemment, dans l’un et l’autre cas, de la fonction unique de conservation de l’organisme.

Il ressort de là qu’on peut ramener à deux grands systèmes tous les tissus de l’économie : 1° le système de végétation; 2° le système de conservation. Ce dernier se subdivise ensuite en deux sous-svstèmes très-étendus qui présentent, dans les points extrêmes, des divergences assez tranchées pour être élevées à la hauteur de systèmes séparés. D’où la division fondée en :

1° Système végétatif, fondamental, essentiel;

2° Système nervo-musculaire, nerveux, animal, de relation ;

3° Système épithélial, de nutrition, sanguificateur ou sanguin.

§ 3. — Des tempéraments.

A. Les éléments anatomiques du système nerveux offrent, dans la série des individus, des degrés infinis d’impressionnabilité. Mais, quelque développée que soit l’irritabilité nerveuse, elle

n’entre jamais en jeu par sa propre spontanéité; pour donner lieu à une réaction, il faut antérieurement une action déterminante. Seulement la susceptibilité réactionnelle peut être portée à un point tel qu’une influence presque imperceptible la réveille. C’est ainsi que des agents naturels- les plus communs provoquent parfois des réactions qui prennent un caractère pathologique par leur intensité et leur généralisation. Il est, par exemple, des individus chez lesquels Codeur la plus faible, le bruit subit le plus léger, la piqûre la plus inoffensive, déterminent une explosion de phénomènes nerveux extraordinaires. Souvent ces phénomènes sont provoqués par les sensations internes les plus vagues : un point d’irritation à l’utérus, des parcelles d’aliments réfractaires à la digestion, un lombric dans l’intestin, etc.

C’est à cette irritabilité excessive des éléments nerveux que l’on a donné le nom de tempérament nerveux ; lorsqu’elle^ est poussée à un point extrême, on l’a qualifiée d e nervosisme, de diathèse nerveuse. Mais où sont les limites entre l’état ordinaire, le tempérament nerveux et la diathèse nerveuse? Il y a autant de degrés d’impressionnabilité nerveuse que d’individus, et les expressions / que nous venons de rappeler ne représentent que des moyennes relatives. Au fond, les termes de terri pé-

DES TEMPÉRAMENTS, rament et de diathèse nerveuse correspondent à la même idée. Toutefois ces appellations ne s’appliquent qu’à l’irritabilité congéniale, permanente et non à l’irritabilité transitoire, acquise.

Que l’excitant soit physiologique, c’est-à-dire qu’il rentre dans la catégorie des agents communs avec lesquels nous sommes en contact permanent (l’air, l’eau, le chaud, le froid, la lumière, les substances odoriférantes, etc., etc.), ou bien qu’il soit pathologique, comme les substances toxiques, les miasmes, les virus, etc., la réaction des éléments du système nerveux ne varie pas dans sa nature; c’est toujours de la sensibilité, de la motricité, des phénomènes intellectuels. Cette réaction ne prend le caractère ^morbide qu’en vertu de qualités accessoires, telles que l’étendue, l’intensité, sa localisation sur tel département de substances nerveuses, son exagération sur un point, sa diminution sur un autre. C’est ainsi que, dans les maladies ou dans les empoisonnements, les phénomènes nerveux se groupent d’une certaine manière, spéciale à la cause provocatrice. Mais quelque variées que soient ces causes, elles n’obtiennent jamais des éléments nerveux que ce qu’ils peuvent donner lorsqu’ils agissent dans un but physiologique. Et, comme nous l’avons déjà dit, les symptômes parlesquels s’exprime la maladie, sont le résultat des manifestations biologiques des éléments de l’orga-

nisme tout aussi bien que les actes les plus nois maux de la vie. Les processus pathologiques ne sont, en somme, que des réactions vitales exagérées, diminuées, déplacées, intempestives, manquant plus ou moins de régularité ou d’harmonie entre elles.

Cependant il y a des impressions qui, au lieu de provoquer la réaction des éléments nerveux, l’affaiblissent et même la détruisent immédiatement, comme si elles brisaient un ressort; exemple : l’acide cyanhydrique, le curare, etc. On observe les mêmes choses dans l’appareil musculaire. Une stimulation, appliquée directement sur la fibre musculaire ou indirectement par le sang ou par les conducteurs de la force excito-motrice, met en jeu la contractilité; mais certaines substances, comme l’upas antiar, l’anéantissent.

Les différents actes par lesquels se traduisent les propriétés de réaction du système nervo-musculaire, ont 1 analogie la plus grande avec les phénomènes physiques de l’électricité, du magnétisme, de l’élasticité, etc. Sans vouloir pousser trop loin un pareil rapprochement, on ne peut méconnaître que les courants de sensibilité et de motricité s’exécutent par un mécanisme qui rappelle tout à fait les courants electro-magnétiques, et que la propriété contractile delà fibre musculaire a beaucoup de rapport avec l’élasticité de certaines substances. 4 ce point

de vue donc, le système de relation peut être appelé système physique, par opposition aux autres systèmes dont les actes différent de nature, comme nous le verrons plus loin.

B. Le sang a beaucoup perdu de son importance dans la production des actes pathologiques; on reconnaît aujourd’hui qu’il n’a pas par lui-mème d’existence propre, indépendante. C’est un produit composé d’éléments morphologiques, les seuls vivants, et de substances diverses de provenance intrinsèque et extrinsèque. Aucune de ses parties n’a la propriété de se perpétuer dans les voies circulatoires, toutes s’usent et se renouvellent sans cesse, non par elles-mêmes, mais par l’intermédiaire des organes. Ainsi l’eau, l’albumine, le sucre en grande partie,, les sels,- etc,, lui viennent du dehors par l’entremise des organes digestifs La fibrine est une modification de l’albumine accomplie dans les tissus. L’urée, la créatine, la créatinine sont des produits de désassimilation. Les gaz proviennent de l’absorption pulmonaire. Enfin les globules eux-mêmes sont versés dans le torrent' circulatoire par les appareils lymphoïdes.

Il suit de là que les altérations survenues dans le sang, doivent avoir leurs causes, en grande partie, dans les tissus que ce liquide traverse et dans les organes chargés de le modifiée. Le sang

VIIXEMIN. 5

n’est qu’une voie pour les substances qui pénètrent dans l’organisme et celles qui doivent en sortir. Tout ce qui s’introduit normalement dans son courant est généralement soumis à l’action préalable de tissus épithéliaux, de même que tout ce qui en sort passe par le crible d’organes spéciaux. C’est pour cela que sont disposés sur son trajet des appareils, chargés de lui fournir les matériaux nécessaires à ses usages et de le débarrasser des substances qui troublent l’équilibre de ses parties constituantes ou qui n’entrent pas dans sa composition normale. C’est du fonctionnement régulier de ces appareils, c’est de l’activité plus ou moins grande de leurs éléments que dépend la bonne composition du liquide nourricier. C’est donc sur eux que repose la conception du tempérament sanguin.

Les organes qui participent à la conservation de l’intégrité du sang, sont, comme nous l’avons vu, constitués par des tissus épithéliaux. C’est pourquoi nous avons, aussi appelé le système sanguificateur système épithélial. Les réactions des éléments cellulaires qui le composent se traduisent généralement par des actes de nature chimique. Ce sont des dialyses, des catalyses, des oxydations, des réductions. En sorte qu’au point de vue de la nature des phénomènes fonctionnels, ce système peut s’appeler système chimique. La production des

DES TEMPÉRAMENTS. * 3â

différents actes du système épithélial est sollicitée par les aliments, le sang lui-même ou certaines substance qu’il renferme accidentellement. La pureté de composition du liquide nourricier dépend donc de la sensibilité réactionnelle de tous les éléments qui concourent à ses transformations. Si le tube digestif et ses glandes annexes modifient et élaborent d’une façon active et parfaite les matières alimentaires, si les organes chargés des épurations expulsent complètement et régulièrement les produits désassimilés (rein, foie biliaire, peau, etc.); si les revêtements épidermiques protègent le sang contre toutes les souillures extérieures, ce liquide jouira alors de propriétés physiologiques parfaites. Les individus ainsi organisés auront des digestions irréprochables, une nutrition bien ordonnée, un sang bien équilibré.

Nous sommes encore bien peu édifiés sur la nature des actes chimiques accomplis dans le sang et dans les éléments qui concourent à ses modifications; à peine possédons-nous quelques données pour interpréter les phénomènes physiologiques et pathologiques les plus apparents.

Les éléments anatomiques du système de nutrition ont besoin, comme tout ce qui est vivant, d’une impression provocatrice pour entrer en réaction ; et, semblablement aux éléments des autres systèmes, leurs réactions pathologiques sont les mêmes

que leurs réactions physiologiques. Excitez par tous les moyens possibles- une glande salivaire, elle ne donnera que de la salive ; de même le pancréas ne donnera que du suc pancréatique ; le foie ne produira que du sucre et de la bile (toute réserve faite sur les actes fonctionnels que nous ne connaissons pas encore). Frottez, irritez l’épiderme, il naîtra des excroissances épidermiques, des cors, des durillons, des leucocytes. Une muqueuse irritée donnera du mucus, et le mucus est autant physiologique que pathologique. C’est un produit destiné à protéger, par sa viscosité, les surfaces contre les corps étrangers, à faciliter leur expulsion et à s’opposera l’absorption de principes nuisibles. En un mot, toutes les réactions pathologiques des éléments du système sanguifieateur ne sont que la mise en activité des propriétés biologiques de ces mêmes éléments; seulement ici comme ailleurs, certaines irritations, au lieu de déterminer la manifestation .de, la propriété, réactionnelle des éléments de nutrition, la détruisent.

Il se produit alors des changements d’aspect qui appartiennent aux processus régressifs, tels que transformation graisseuse (maladie de Bright). Faisons remarquer toutefois que les éléments épithéliaux possèdent en général la propriété de se reproduire et de se multiplier; ce phénomène est surtout apparent dans les revêtements tégumen-

taires, dont le rôle physiologique consiste précisément à proportionner le nombre de leurs éléments aux besoins de la protection qu’ils ont à exercer. Quant aux épithéliums des glandes sécrétantes, ils en egt'r dont le mécanisme fonctionnel consiste principalement dans une reproduction et une desquamation incessantes, comme les glandes sébacées, la mamelle, le testicule, les' glandes pepsiques de l’estomac, etc.

En dehors des processus régressifs, indice de; la mort des éléments, les organes sanguificateurs ne semblent pas pouvoir fournir d’autres manifestations biologiques que celles qui ressortissent à leur mode fonctionnel. Si du pus, du. cancer, du tubercule, de la sclérose fibreuse, etc., . se développent dans l’intimité de ces organes, c’est, aux dépens des tissus de végétation qui entrent dans leur trame. Les éléments propres, glandulaires, ne réagissent que par des actes chimiques, et les phénomènes pathologiques qui se passent en eux consistent uniquement dans des troubles de cette nature.

C. Les fonctions du système fondamental sont de^ deux ordres : 1° les unes résident , dans la sustentation des organes, et, pour accomplir ce but, les, tissus.de substance conjonctive prennent des formes et des consistances appropriées (os, cartilage,

membrane, etc.); 2° les autres consistent dans la création, par végétation, des tissus d’agrandissement et de réparation. A ces deux ordres de fonctions correspondent deux séries de lésions.

Celles qui se rapportent à la fonction de sustentation intéressent principalement la substance intercellulaire. C’est ainsi que nous voyons certaines membranes s’incruster de sels calcaires et perdre la souplesse qui leur est nécessaire. Inversement il arrive que des parties, ayant besoin de consistance et dé rigidité pour servir de leviers ou de boites protectrices, manquent de sels terreux destinés à leur donner ces qualités. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans le rachitisme. Ne perdons pas de vue toutefois que si l’altération porte sur la substance fondamentale, elle n’en est pas moins le fait des cellules elles-mêmes qui régissent la nutrition du petit département intercellulaire dont elles sont entourées. C’est dans la même catégorie de lésions qu’il faut ranger les processus régressifs des cellules conjonctives.

Quant aux troubles de végétation, ils correspondent à la fonction procréatrice des éléments cellulaires du système essentiel. C’est d’eux que résultent la plupart des néoplasies. Ce qui se passe ici est absolument semblable à ce qui arrive dans le système nerveux. Une impression irritative, quelle qu’elle soit, agissant sur les cellules d’un tissu con-

tonctif, ne leur fait pas produire autre chose que ce qu’elles donnent dans un but physiologique ; la réaction du système de végétation, comme celle du système de relation, est une et constante. Normalement, et pour l’exercice des fonctions d’agrandissement du corps et de réparation des parties, les tissus de végétation accomplissent leur oeuvre au moyen de proliférations cellulaires. Ces proliférations aboutissent : 1° à la création des différentes variétés de tissus de substance conjonctive ; 2° à la formation des cellules lymphatiques et des leucocytes ; 3° à la formation et au renouvellement partiel des épithéliums ou autres éléments organiques.

Sous l’influence des irritations morbides, le système lymphatico-conjonctif ne réagit pas autrement qu’il ne le fait dans son fonctionnement physiologique, seulement le produit de réaction, au lieu d’avoir son siège ordinaire et sa destination normale, se trouve déplacé et intempestif. De même que le système nerveux, sous les irritants les plus divers, ne donne que des phénomènes de sensibilité, de motricité et d’intelligence ; de même le système de végétation n’aboutit qu’à la formation de néoplasmes physiologiques en eux-mêmes, mais pathologiques seulement par les circonstances accessoires de lieu, de temps et d’intensité. Pour ce dernier, faire de l’os, du cartilage, de la moelle

osseuse, du tissu fibreux, des cellules lymphatiques et épithéliales, etc., c’est fonctionner. Si ces productions se développent , en temps et lieu, elles sont physiologiques; elles sont pathologiques quand elles se produisent en quantité excessive capable de gêner, de déformer les organes, quand t elles naissent dans des -lieux insolites et à des époques inusitées. Les néoplasies pathologiques sont aux néoplasies physiologiques ce que les phénomènes de motricité et de sensibilité morbides sont à la motricité et à la sensibilité normales.

Que du pus se forme quelque part sous l’incitation d’une cause morbide, nous savons que les globules de ce liquide ont leurs représentants dans les globules blancs du sang, créés euxmêmes par lès organes lymphatiques, qui ne sont qu’une variété des tissus du système végétatif. Quand une membrane enflammée s’hypertrophie, projette des brides pseudo-membraneuses entre deux surfaces ordinairement en contact l’une avec l’autre, comme les séreuses ; quand les trabécules interlobulaires du foie s’épaississent dans la cirrhose, au point d’étouffer et de faire disparaître la partie glandulaire ; quand du tissu modulaire réunit les lèvres d’une plaie ou comble une excavation, etc., etc., il n’y a rien dans tout cela qui diffère de la formation du tissu fibreux chez l’embryon, ou de l’extension de la charpente côn-

jonctive d’un organe en voie de développement chez un enfant.

Quand des ostéides se développent dans une membrane, dans le tissu insterstitiel d’un muscle/ etc. ; quand des masses osséuses réunissent les fragments d’un os dans la formation du cal ; quand des poussées osseuses s’élèvent sous forme d’exostose à la surface d’un os ; quand les cavités médullaires se comblent de substance osseuse en condensant le tissu spongieux, etc. : dans tous ces cas, le procédé employé est constamment semblable à celui delà formation de l’os chez le fœtus, et à son agrandissemènt par la moelle et le cartilage épiphysaire.

Le tubercule, par ses noyaux et ses petites cellules agglomérés en un point, constitue un véritable tissu conjonctif, rappelant un peu les appareils lymphoïdes (follicules clos). Les éléments morpho^ logiques qui le composent sont les mêmes que ceux de la lymphe, et comme eux dus à la prolifération des corpuscules conjonctifs. La granulation tuberculeuse n’est qu’une modification du tissu connectif au milieu duquel elle s’est développée.

Les différentes variétés de cancer ne sont pas • plus que le tubercule ! constituées par des éléments spécifiques, n’ayant aucun analogue dans l’économie; ces éléments peuvent, au contraire, tou jours être rapportés à Tune ou à l’autre des espèces glo-

bulaires des systèmes végétatif ou épithélial, et, dans bien des cas même, leur agencement reproduit quelque particularité des tissus normaux de l’économie. Il y a des cancers qui rappellent entièrement les stratifications épithéliales, d’autres imitent les tissus fibreux, d’autres encore le cartilage, etc., etc.

Végéter pour le système fondamental, c’est fonctionner. Que le produit de végétation soit l’effet d’une incitation morbide, il n’en est pas moins le fait de la propriété végétative exercée dans, les limites étroites d’un nombre restreint de formes, qui appartiennent également aux productions normales.

Proliférer des éléments cellulaires, faire des tissus physiologiques et pathologiques, sont des actes vitaux, des propriétés biologiques inhérentes aux éléments conjonctifs, absolument comme émettre des courants moteurs ou sensitifs est du ressort du système nerveux. Et, tandis que nous avons qualifié ce dernier de système physique, en raison de l’analogie entre ses actes et les phénomènes physiques, le système de végétation pourra -s’appeler système anatomique ou histologique, eu égard à ses fonctions spéciales dans l’ensemble de l’organisme.

La propriété végétative des tissus conjonctifs, étant une propriété vitale, aussi bien que celle des

éléments nerveux, n’entre en jeu non plus que par la sollicitation d’une action déterminante, directement exercée sur l’élément anatomique. Si la cellule plasmatique ou ses équivalents dans les tissus de substance conjonctive, prolifère pour donner du tissu fibreux anormal, du pus, du tubercule, du cancer, etc., c’est que sa réaction a été provoquée par un agent de détermination quelconque. Il n’v a pas de réaction sans action préalable. Or ici, comme à propos du système de relation, nous rencontrons deux sortes de provocations morbides. Les unes se rapportent aux agents ordinaires, avec lesquels l’organisme a de continuels rapports; elles donnent lieu à une série de processus que l’on comprend sous le nom d’inflammation. Mais il est une catégorie d’agents morbifiques qui portent leur action sur telle ou telle partie du système de végétation, selon le degré d’irritabilité de ces mêmes parties sous l’impression particulière de ces causes. En sorte que la spécificité des agents dont nous parlons, se déduit du siège spécial de la lésion. La forme même de certains processus nous conduit aussi à supposer une cause spécifique. C’est ainsi qu’on n’a jamais pu faire voir, avec quelque apparence de raison, que le froid, le chaud, les corps irritants de toute nature que nous touchons et manions habituellement, aient pu produire lé tubercule ou le cancer. Pour donner lieu

à ces productions morbides, différentes, par beaucoup de points, des lésions dites inflammatoires que nous déterminons du reste si facilement à notre gré, nous sommes en droit d’invoquer des agents spécifiques, quoiqu’il ne nous ait pas encore été donné jusqu’ici de les saisir et de: les mettre Æi évidence.

Dans tous les cas, les cellules conjonctives mises en activité pour la création d’un nodule tuberculeux mu d’une masse cancéreuse, ont dû être im-* pressionnées par un agent qui a imprimé à leur réaction une tournure, une évolution et une fin différentes, dans leur ensemble, des irritations communes. Ces caractères ne peuvent donc être imputés qu’à la nature de la cause déterminante.

En ce qui concerne les causes banales, nous, constatons tous les jours combien les réactions du système lvmphatico-Conjonctif sont variables dans leur intensité et leur facilité de provocation, selon les individualités organiques. Chez certaines personnes, la moindre coupure, la plus légère excoriation de la peau, sont suivies d’un gonflement et d’une induration s’étendant plus ou moins loin du point lésé. U se produit, dans bien des cas, une suppuration plus abondante et plus prolongée que ne le comporte l’étendue du traumatisme. La cicatrisation se fait longtemps attendre, et quand la. plaie est fermée, le tissu modulaire qui comble la

solution de continuité est abondant. Les ganglions lymphatiques; dépendant des parties intéressées se tuméfient ordinairement. Le vulgaire dit que cés individus sont pleins d'humeurs.

Que se passe- t-il dans ces circonstances? L’agent vulnérant a bien intéressé directement un certain nombre d’éléments anatomiques, mais son action s’est propagée plus loin, et s’est fait ressentir sur des éléments éloignés. On peut, jusqu’à un certain point, comparer la transmission d’une irritation à l’ébranlement communiqué aux fluides par une force qui met en mouvement leurs molécules. Ce mouvement se communique en rayonnant dans toutes' les directions, en se ralentissant à mesure que le cercle s’élargit et s’éloigne du point de départ. Ainsi s’explique la disposition par foyers des processus pathologiques des tissus conjonctifs. La transmission des irritations au delà des éléments directement impressionnés, n’a pas lieu d’étonner lorsqu’on réfléchit à la façon dont les plus légers attouchements, exercés sur la peau, se communiquent, à travers des couches épaisses d’épiderme, aux terminaisons nerveuses qui constituent les organes du tact. Lé tissu rigide et dur de la dent ne s’oppose pas davantage à la communication des plus légères sensations à la papille dentaire.

Quoi qu’il en soit, une irritation survenant dans

un point du tissu conjonctif, l’étendue de l’irradiation irritative sera évidemment proportionnelle à l’intensité d’action de l’agent provocateur, mais elle variera aussi selon le degré d’irritabilité des tissus. Si l’exposition de l’œil à un courant d’air froid, à la poussière ou à une vive lumière artificielle, est suivie d’une conjonctivite avec bour souflement et épaississement de la muqueuse palpébrale ; si une chute légère laisse après elle une coxalgie ; si une contusion médiocre sur la crête du tibia occasionne une périostite ; si une faible éruption de strophulus ou d’eczéma à la face engorge les ganglions du cou, je penserai que les différents tissus conjonctifs malades sont d’une susceptibilité de réaction très-grande.

C’est ainsi qu’on remarque des individus, dont le système de végétation présente une excessive sensibilité aux causes banales les plus légères. Une action souvent imperceptible provoque une réaction disproportionnée, et l’on retrouve ici une série de phénomènes semblables à ceux qui se passent dans le système nerveux, par exemple, à la différence près des modes de réaction propres à chaque système.

Nous voyons tous les jours combien est variable, selon les individus, le. degré d’irritabilité du système 1 yinph atico-conj onctif . Ceux chez qui cette impressionnabilité est extrême, sont sans cesse

sous Fimmmence d’inflammations chroniques et d’engorgements ganglionnaires; surtout, comme nous le verrons plus tard, pendant cette période de leur existence, où le& éléments du système de végétation jouissent déjà d’une excitabilité générale très-grande, due au rôle physiologique qu’ils ont à remplir pendant l’âge de la . croissance. '

Mais ne perdons pas de vue que, si prononcée que soit l’irritabilité des éléments anatomiques lymphatico-conjonetifs, il faut pour qu’elle se manifeste une incitation préalable. En tant que propriété vitale, elle ne peut se traduire que par une réaction, et cette réaction présuppose nécessairement l’action d’un agent causal. Tout se passe ici comme dans le système de relation. Les éléments nerveux ont beau être d’une irritabilité excessive, pour qu’ils produisent un acte réactionnel, nous sommes forcé d’admettre une incitation provoca-' trice, quelque légère qu’elle soit.

L’extrême irritabilité du système de végétatiom, qui se manifeste par des inflammations chroniques, hypertrophiques ou ulcéreuses, par des engorgements ganglionnaires, etc., constitue un état général qu’on a appelé scrofule. Bornéè à des effets moins intenses, on lui a donné le nom de tempérament lymphatique. Nous croyons devoir remplacer le mot scrofule par celui de scrofulisme; car, pou

nous, le scrofulisme est bien moins une maladie qu’un état particulier du grand système de végétation.

L’agencement des tissus qui composent les grands systèmes de l’organisme, leurs réactions individuelles, et toutes spécifiques, font que ces systèmes s’influencent les uns les autres, chacun selon son mode fonctionnel propre. Il est de la plus haute importance, en pathogénie, de bien démêler les phénomènes qui appartiennent à chacun d’eux et de saisir les liens de succession et de subordination qu’ils présentent.

Le système nerveux, présidant aux mouvements circulatoires qui distribuent le liquide nourricier dans toute l’économie, agit sur les deux autres systèmes ; mais le système épithélial lui est principalement tributaire.

La plupart des organes sanguificateurs fonctionnent d’une manière intermittente, et l’appareil nerveux est l’intermédiaire obligé entre la réaction fonctionnelle de ces organes et le sang sur lequel ils opèrent. C’est par le mécanisme de l’action dite réflexe, qu’à un moment donné, le sang afflue vers les glandes sécrétantes. Le système de nutrition est donc sous’ la dépendance immédiate du système de relation, en tant que celui-ci est le régulateur des courants circulatoires, d’où dépend l’afflux plus ou moins abondant et régulier du

sang. Les troubles nerveux retentissent donc sensiblement sur les opérations nutritives.

Réciproquement le système nerveux reçoit du sang, et indirectement des organes qui le modifient, Tinfluence la plus manifeste. La régularité et l’intégrité fonctionnelle de ce système est subordonnée à la parfaite composition du liquide nourricier. La moindre adultération du sang est une cause d’irritation pour les éléments nerveux.

L’état du sang a aussi une action évidente sur le système de végétation; et d’abord c’est de ce liquide que les éléments plasmatiques tirent les matériaux nécessaires à leur végétation; mais le sang étant la voie de transport d’une foule de substances irritantes, c’est par son intermédiaire qu’elles vont porter leur stimulation sur les cellules des tissus conjonctifs et provoquer leur réaction proliférante.

Quant à l’action du système végétatif sur les systèmes sanguiïicateurs et nerveux, elle est des plus considérables. Ce système formant la base de l’organisme, et entrant dans la trame de tous les organes, tient par cela même tous les appareils dans une étroite dépendance. Il a en lui-même sa raison d’être, tandis que les autres tirent les conditions de leur existenee de l’existence même du système de végétation, au service duquel ils ont été institués. Aussi le système fondamental règne-t-il, pour ainsi dire, en souverain et entrave-t-il fré-

VILLEMIN

m des éléments anatomiques.

queniment de son envahissant parasitisme le fonctionnement des éléments nerveux et épithéliaux.

La névroglie, qui est le substratum conjonctif des centres nerveux, est souvent le siège d’hypertrophies inflammatoires, de tubercule ou autres tumeurs qui compriment, gênen t et détruisent les éléments nerveux. La sclérose de la moelle dans l’ataxie, delà couche corticale du cerveau dans la paralysie générale, sont du fait du système de végétation.

Le système épithélial n’est pas moins influencé non plus par les réactions proliférantes des éléments conjonctifs, et l’on comprend combien doivent être entravées les actions des épithéliums, lorsqu’ est altérée la membrane conjonctive qui les supporte et qui contient les vaisseaux d’où dépend leur alimentation. Les organes parenchymateux, comme le foie, le rein, les glandes salivaires, etc., doivent au tissu fondamental interstitiel les néoplasies cancéreuse et tuberculeuse; T inflammation de ce tissu y donne des collections purulentes, des hypertrophies cirrhotiques, etc., qui étouffent, en les comprimant, les éléments glandulaires et actifs dans les actes de la sanguification.

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