DE LA CONTAGION DE L.4 TUBERCULOSE
grande fréquence de la phthisie : l’on aura toujours à citer des faits contraires à ceux dont je viens de parler ; et pour ces derniers, on pourra facilement en diminuer la valeur, en disant que les personnes qui deviennent phthisiques nn pareil cas avaient à le devenir. Mais , pratiquement , ces faits ont peut-être assez d’importance pour qu’ils engagent à faire prendre" quelques précautions aux personnes qui ont des rapports journaliers avec les phthisiques, surtout dans les derniers temps de leur maladie (1) , »
D’après ces réflexions, nous voyons M. Andral poussé vers la transmissibilité par les faits d’apparence contagieuse qu’il a observés et par l’image que présente la phthisie d’une sorte à’ infection de toute l’économie; mais il est retenu par les objections qu’on peut faire à la contagion d’une maladie aussi commune que la tuberculose; l’on ne peut que louer sa réserve. Nous dirons seulement que les raisons opposées à la contagion de la phthisie se retrouvent les mêmes à propos de toutes les affections contagieuses, et notamment de la morve, qui a donné lieu à des luttes mémorables entre les contagionistes et les non-contagionistes. Des inoculations répétées ont considérablement affaibli les arguments de ces derniers, mais le cheval se prête
(1) Traité de l'auscultation deLaennec, annoté par Andral, 4e édit., t. II, p. 169.
406 CONDITIONS PATHOGÉNIQUES DE LA TUBERCULOSE, à des preuves qu’ on ne peut tenter sur F homme. Un seul exemple d’inoculation pourrait être invoqué, si un fait unique pouvait faire loi : c’est celui de Laennec lui-même. Laennec raconte, dans son Traité d'auscultation , qu’il v a environ vingt ans, il s’est blessé en sciant un os tuberculeux, et qu’au moment où il écrit (1.819), il n’en ressent aucun effet, quoiqu’il y ait eu un tubercule local. Laennec mourut phthisique en 1826, et déjà, en 4822, le mal le forçait de suspendre ses travaux (1),
En résumé, les faits rapportés dans cette étude établissent que :
1° À l’exemple des maladies zymotiques, la tuberculose ne règne qu’ exceptionnellement sur les grandes hauteurs ;
2° Elle croît proportionnellement à l’agglomération des foules, et se montre principalement fréquente dans les capitales et les grandes villes de fabrique et de commerce ;
5° Elle sévit surtout sur les individus qui vivent en commun et qui sont confinés dans les habitations, comme les prisonniers, les religieux, les soldats, etc.;
4 Elle épargne les individus dispersés, vivant au grand air et à l’état nomade ou sauvage :
5 La tuberculose, si commune parmi les troupes
(1) Laennec, Traité d'auscultation, 4e édit., t. II, p. 180.
casernées, cesse de l’êtré chez le soldat en campagne et non caserné;
6° La cohabitation dans des demeures étroites et inaérées a pour conséquence la tuberculisation de plusieurs individus qui cohabitent;
7° La phthisie, inconnue de certaines peuplades de l’Amérique et de l’Océanie, est devenue chez elles le fléau destructeur le plus ardent depuis leurs rapports avec les Européens ;
8° La phthisie de l’espèce bovine, comme celle de l’homme, croît avec le confinement et l’agglomération des animaux ; quand elle sévit dans une étable, elle atteint généralement un grand nombre d’individus ;
9° L’antagonisme que l’on a cru voir entre les fièvres palustres et la phthisie semble résulter de cette circonstance : que les pays à malaria ne sont habités que parunepopulationéparseet très-peu nombreuse;
. 10° Enfin, la contagion de la phthisie a été affirmée de tout temps par la croyance populaire et par des observateurs du plus grand mérite;
11° La tuberculose se développe et se propage donc selon un ensemble de conditions analogues à celles des maladies zymotiques. Et pour ces raisons comme pour d’autres que nous verrons plus tard, nous pensons que sa cause réside dans un agent spécifique, qui se multiplie et se transmet dans les circonstances que nous venons de rapporter.