TREIZIÈME ÉTUDE
La morve est la maladie la pins voisine de la tuberculose
Du bouton morveux et de la granulation tuberculeuse. — Des engorgements caséeux des ganglions dans la morve. — Des pneumonies caséeuses. — De la corde fareineuse. — Jetage, glandage, chancrage. — Loi de M. Louis applicable à la distribution des granulations morveuses. . ' ’ •
Symptomatologie comparée de la morve. et de la tuberculose.
Étiologie comparée de la morve et de la phthisie. — De la morve parmi les chevaux de troupe et de la phthisie parmi lés soldats. — De la transmissibilité dé la morve et de la tuberculose.
§1. — Lésions anatomiques.
Ü n’est aucune affection , dans le cadre nosologique, qui ait avec la tuberculose autant d’analogie que la morve-farcin > principalement la morve chronique. Les rapprochements que l’on peut établir entre ces deux maladies portent sur presque tous les points de leur histoire respective* La lésion anatomique, considérée dans son ensemble et dans ses détails, la marche symptomatique* l’étiologie générale! etc *3 tout, jusqu’à la fluctuation dès opi*
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nions sur la nature et la pathogénie de ces deux
entités morbides, tend à les rapprocher l’une de
l’autre.
Gomme dans la tuberculose, les manifestations anatomiques de la morve portent principalement Sur le système lymphatico-conjonctif, et sont constitués, la plupart du temps, parle même processus. Aussi certains médecins vétérinaires, acceptant les opinions de Broussais sur la phthisie, ont-ils placé le siège de la morve dans le système lymphatique. Cette idée, qui a sombré avec la doctrine physiologique, paraîtra cependant très-fondée, si l’on veut se reporter à ce que nous avons dit du système de végétation en général et de la lésion tuberculeuse particulièrement. Il n’en semble pas moins curieux toutefois de voir que la tuberculose et la morve ont inspiré les mêmes conceptions théoriques touchant leur nature respective. C’est qu’en effet, si l’on veut pénétrer un peu dans l’intimité des lésions offertes par la morve et la tuberculose, on verra qu elles se présentent avec une identité presque absolue dans les deux affections.
Le processus le plus fréquent de la morve, aussi bien que celui de la phthisie humaine, consiste dans de petites granulations siégeant surtout dans les organes de la respiration , notamment le poumon et la muqueuse nasale; on en trouve aussi dans la rate et le foie. Les granulations morveuses
sont constituées, à leur centre, par un amas de petites cellules et de noyaux provenant de la prolifération 'des cellules conjonctives des tissus où elles se développent. Ces nodules, de la grosseur d’un grain de chènevis ou d’un pois, sont tantôt isolés, tantôt réunis en groupes. Ces agglomérats acquièrent même des dimensions, considérables dans le farcin (tumeurs farcineuses). Le bouton morveux est d’abord blanc grisâtre, dur au toucher; il prend plus tard Une coloration d’un blanc jaunâtre et une consistance un peu sèche, passe ensuite par l’état caséeux en se ramollissant du centre à la périphérie ; enfin, il tombe en détritus en donnant lieu à des ulcères.
Ce travail régressif, survenant dans les boutons de la muqueuse nasale, occasionne des pertes de substance qui ressemblent entièrement aux ulcères •tuberculeux de l’intestin de l’homme phthisique. Ces ulcères sont blafards, pâles ou jaunâtres; leur voisinage est envahi par d’autres boutons, l’ulcération s’étend parle fond et par les bords, la muqueuse finit par se détruire entièrement, ainsi que le tissu sous-muqueux, et finalement les cartilages et les os sont mis à nu. Souvent la destruction se fait par gangrène (1) .
L’éruption des granulations sur la pituitaire en-
(1) Virchow, Handbuch der speciellen Pathologie und Thérapie, t. II, Impartie. Erlangen, 1865.
VIILKMIN.
DE LA MORVE
traîne naturellement un catarrhe avec tuméfaction de la membrane; c’est le jetage, un des symptômes cardinaux de la morve. Les granulations ne se confinent pas exclusivement sur cette portion initiale de la muqueuse des voies respiratoires, elles s’étendent très-souvent sur le voile du palais, l’épiglotte, la trachée-artère.
Le ramollissement des granulations pulmonaires se fait par le même mécanisme que celui des granulations tuberculeuses. « Les granulations, d’abord solides, se ramollissent, se réunissent et forment des cavernes quelquefois très-étendues qui finissent par s’ouvrir dans les bronches (1). » L’incrustation calcaire se fait aussi dans les tubercules morveux, et ceux-ci, comme dans la phthisie humaine, occasionnent parfois un développement de tissu fibreux dans le parenchyme pulmonaire qui entraîne cet état qualifié de carnification (2). Mais; outre ces granulations, on observe encore, dans les poumons des chevaux morveux, des noyaux de grosseur variable, qui ont la ressemblance la plus grande avec les gros tubercules de l’homme ou avec lès infiltrations tuberculeuses. Certains vétérinaires les considèrent comme des pneumonies lobulaires
(1) Leblanc, cité par Hurtreld’Arboval , Dictionnaire de médecine, de chirurgie et d'hygiène. Vétérinaires, art. Morve.
(2) Erdt, Die Hotzdyskra&ie und ihre verwandten KrankheU en, oder die skrophulôsen Dyskrasien des Pferdes. Leipzig, 1865.
(auteurs français); d’autres, comme des loyers apoplectiques, d’autres enfin comme des infarctus dus à des embolies capillaires (1). C’est là un processus qui a son analogue dans les poumons des phthisiques, et qui correspond à ce que certains auteurs appellent la pneumonie catarrhale, caséeuse , tuberculeuse , disséminée et chronique. Cette altération, qu’on voudrait essayer de distraire de la tuberculose, malgré son association à peu près constante avec les granulations tuberculeuses, se rencontre aussi dans la morve avec les granulations morveuses, ce qui nous montre combien il seraiUllogique de se baser sur une pareille considération anatomique pour s’autoriser à briser l’unité de la tuberculose.
Les tumeurs farcineuses, composées de boutons agglomérés, suivent la même évolution que les boutons de la pituitaire et que les granulations du poumon.
Outre ces diverses altérations, qui ont pour point de départ le développement, le ramollissement et l’ulcération des granulations, on trouve d’autres lésions situées habituellement dans les ganglions de l’auge et des bronches. Ces ganglions se tuméfient, s’indurent, et sont, dans certains cas, susceptibles de résolution ; mais souvent ils dégé-
; (1) Ravitsch, Archiv fur palhologische Anatomie, von Virchow, t. XXIII.
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lièrent. « Dans un assez grand nombre de cas dit M. Rayer (1), surtout dans les cas de morve chronique farcineuse, les ganglions interbronchiques étaient considérablement tuméfiés, d’un blanc jaunâtre, et leur tissu était souvent infiltré en plusieurs endroits d’une matière jaunâtre, presque solide, s’écrasant facilement entre les doigts, et semblable à celle qu’on observe dans les mêmes glandes chez l’homme phthisique. »
Enfin, on trouve encore, dans le farcin, une altération des vaisseaux lymphatiques, à laquelle on donne le nom de corde farcineuse , et qui consiste dans une sorte d’infiltration néoplasique des parois de ces canaux et du tissu conjonctif ambiant, accompagnée de leur réplétion par une substance caséeuse. La corde farcineuse a la plus grande analogie avec les- cordons sinueux blanc jaunâtre que l’on observe assez souvent sur l’intestin et le mésentère des tuberculeux. Ce sont aussi des lymphatiques remplis d’une matière demi-solide dont les tuniques sont infiltrées de granulations tuberculeuses confluentes. Habituellement, dans l’un et dans l’autre cas, les ganglions auxquels se rendent les vaisseaux lymphatiques sont tuméfiés et caséeux.
Chez l’homme tuberculeux, comme chez le cheval
(1) Rayer, de la Morve et du farcin chez l’homme. Paris, 1837,
morveux, on constate les trois symptômes dits cardinaux : jetage, chancrage, glandage.
Le jetage du cheval est cette humeur d’aspect variable qui s’écoule des naseaux et qui est fournie par la muqueuse des voies respiratoires enflammées et ulcérées consécutivement à l’éruption des boutons morveux.
N’est-ce pas un véritable jetage que ces expectorations de crachats muco-purulents des phthisiques? Seulement, c’est la muqueuse des voies respiratoires profondes, sous -laryngienne, qui fournit cette sécrétion pathologique, tandis que chez les solipèdes, elle provient en grande partie de la portion sus-laryngienne, quoique cependant l’arbre bronchique tout entier y participe.
Le chancrage est un phénomène commun à la phthisie et à la morve ; il se produit par un mécanisme entièrement identique dans les deux maladies : la fonte destructive des granulations soit morveuses, soit tuberculeuses par la métamorphose rétrograde de leurs éléments. Comme le jetage, le chancrage est un effet secondaire, subordonné à la présence des granulations dans les tissus. Les ulcères des poumons, des muqueuses intestinale, laryngienne, etc., dans la tuberculose, imitent de tous points les ulcères du poumon, de la pituitaire, du larynx, etc., dans la morve. La phthisie et la morve ont, du reste, été qualifiées
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de tous temps de maladies ulcéreuses et chancreuses.
Le glandage est tellement propre à la tuberculose que l’on a entièrement confondu cette maladie avec la scrofule, ou plutôt on a englobé la tuberculose dans les affections scrofuleuses, comme on l’a fait pour la morve, tant il y a d’analogie d’aspect et d’évolution entre le processus anatomo-pathologique des ganglions morveux et celui des ganglions tuberculeux.
En somme, jetage, chanerage et glandage sont les expressions grossièrement palpables d’une lésion anatomique qui se présente dans la tuberculisation et dans la morve avec des caractères d’une analogie presque absolue. Ce qui constitue la morve anatomiquement, c’est le bouton morveux, n’importe où il siège ; ce qui constitue la tuberculose, c’est la granulation tuberculeuse quel que soit l’organe qui la récèle.
Mais l’analogie s’étend au delà de la structure intime et de l’évolution de la lésion caractéristique, elle se manifeste jusque dans les affinités mêmes de la cause morbide. Comme l’agent étiologique de la tuberculose, celui de la morve, tout en affectant d’une manière générale le système lymphaticoconjonetif, porte de préférence son action sur le poumon et s’y localise parfois pendant longtemps avant de traduire ses effets dans d’autres organes.
« Je puis affirmer, dit Philippe (1), n’avoir jamais ouvert un cheval morveux sans rencontrer des tubercules, et toujours en nombre très-considérable; je crois même que la morve, ne présente le degré de gravité qu’on lui reconnaît généralement, que parce que les poumons sont le siège essentiel de ces productions; les lésions nasales ne sont pour moi qu’accessoires, et bien que ce soit elles qui fassent condamner le cheval, elles paraissent ne devoir être que l’indice d’une autre lésion beaucoup plus grave, celle des poumons. »
Ces propositions pourraient peut-être paraître trop absolues, en raison de ce que Philippe était préoccupé de l’idée d’assimiler la morve à la tuberculose; mais cette loi générale delà distribution des granulations morveuses est confirmée par une autorité contemporaine: «L’organe, dit M. H. Boulev (2), qui, par une sorte d'affinité élective , porte le plus souvent l’empreinte de la diathèse farcineuse, c’est le 'poumon. Il est très-rare de le trouver sain chez un cheval affecté de farcin depuis un certain temps. Dans presque tous les cas, au contraire, on y rencontre soit des tubercules , soit des abcès de la dimension des boutons sous-cutanés Jà t qui leur
(1) Philippe, cité par Hurtrel d’Arboval, loc. cit.
(2) H. Bouley, Dictionnaire de médecine vétérinaire. Paris, 4860, t. VII, art. Farcin.
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ressemblent encore par Tépaisseur de leurs parois indurées. »
«Le plus souvent, dit encore le même auteur, le virus morveux détermine des lésions viscérales, des lésions pulmonaires notamment, et ces lésions sont les premières en date après l’imprégnation de l'organisme. Les autres, celles qui consistent dans l’induration des ganglions lymphatiques et dans l’inflammation ulcéreuse de la membrane pituitaire, ne viennent qu après. Elles sont l’expression dernière de l’état morveux... Un cheval chez lequel on constate la glande de la morve exclusivement, a déjà des lésions viscérales propres à cette maladie, et dans un temps plus ou moins long, on voit se manifester chez lui les autres symptômes caractéristiques : le jetage et l’ulcération.
« Un cheval chez lequel on constate le jetage de la morve, jetage qui n’apparaît presque jamais sans le glandage, a déjà des lésions viscérales propres à la morve, et dans un temps plus ou moins long on voit se manifester chez lui l’autre symptôme caractéristique, l’ulcération. Un cheval chez lequel on constate l’ulcération morveuse est morveux infailliblement, sans aucun doute possible, si minime que soit cette ulcération (1) . »
Ainsi donc voici pour la morve une loi entière-
(.1) If* Bouley> Bulletin de l'Académie de médecine, 1 861 , t. XXVI, p. 1270.
ment calquée sur celle de M. Louis pour la tuberculose, et de plus, comme dans la phthisie, les ganglions lymphatiques le plus fréquemment affectés par la transformation caséeuse sont les ganglions bronchiques. En sorte que, à moins d’être identiques dans leur essence, la morve et la tuberculose ne peuvent guère offrir plus de points de ressemblance dans leur comparaison anatomo-pathologique. Les différences entre ces deux maladies ne sont peut-être pas plus accusées que celles qui existent entre les diverses formes, de là morve, soit qu’on la compare à elle-même chez les solipèdes, soit qu’on oppose la morve chevaline à la morve humaine. La morve-farein se distingue bien de la tuberculose par l’affinité de sa cause pour la muqueuse nasale et la peau, tandis que celle-ci a une certaine prédilection pour la muqueuse intestinale, mais la morve pure et le farcin, qui sont cependant toutes deux l’expression de la même maladie, ne sont pas tellement semblables sous le rapport anatomique, qu’elles n’aient donné lieu à de nombreuses contestations concernant leur nature commune. D’autre part, on se rappelle la lutte, encore peu éloignée de nous, et que M. Rayer eut à soutenir à l’Académie de médecine, pour faire admettre la morve humaine comme le résultat de la transmission de la morve des solipèdes.
Essayons maintenant de rapprocher les deux af-
DE LA MORVE
fections qui nous occupent par leur côté symptomatologique.
§ 2. — Symptomatologie.
Il y a dans la morve des formes symptomatiques excessivement différentes par l’intensité des phénomènes généraux et la rapidité de l’évolution. Entre la morve sur-aiguë qui tue dans une dizaine de jours et la morve chronique qui dure des années, il existe une foule de nuances intermédiaires. Ensuite une forme aiguë peut venir se substituer brusquement à une forme chronique. Ainsi les choses . se passent dans la tuberculose. Il y a des phthisies qui emportent dans l’espace de quinze jours l’individu le plus vigoureux, il y a des phthisies qui durent vingt- cinq ans, il y a des phthisies primitivement chroniques qui revêtent tout à coup le caractère aigu. Morve et phthisie sont deux maladies qui sont toujours elles-mêmes dans leur essence respective, mais qui s’expriment par les nuances symptomatiques les plus diverses. Chose remarquable, tandis que les médecins ont essayé de briser 1 unité de la tuberculose, de la scinder en espèces distinctes, en s’appuyant sur des différences tirées delà rapidité d’évolution (Ph. scrofuleuse de Morton, Ph. épithéliale de Strasbourg, pneumonie
catarrhale, caséeuse, etc.), les vétérinaires ont fait
SYMPTOMATOLOGIE. 445
les memes tentatives sur la morve 5 ils ont voulu voir dans la morve torpide chronique une maladie différente de la morve prompte, aiguë. A parties phénomènes consécutifs au développement des granulations dans la pituitaire, et qui sont particuliers à la morve aiguë, l’ensemble symptomatique de cette forme de la maladie a les plus grandes analogies avec la tuberculose aiguë. Ce qui domine dans la tuberculose et la morve aiguës, c’est cette réunion de symptômes que l’on groupe sous le nom de typhoïsme. Nous avons vu combien il est facile de confondre cette forme de la phthisie avec la fièvre typhoïde, et il n’est pas moins embarrassant d’établir un diagnostic entre cette dernière et la morve aiguë chez l’homme. Du reste, les médecins vétérinaires ont qualifié de morve typhoïque la forme sur-aiguë qui atteintaussi les solipèdes. Ajoutons que la morve et la phthisie aiguës, à moins qu’elles ne se greffent sur un état chronique, se déclarent ordinairement avec la brusquerie d’une fièvre éruptive chez des sujets bien portants, qu’elles sont ensuite susceptibles de s’apaiser l’une et l’autre et de continuer ensuite leurs évolutions sous l’état chronique habituel.
La Similitude des symptômes de la morve et de la phthisie est peut-être plus apparente encore dans les variétés à marche lente. En lisant les descriptions que donnent les médecins vétérinaires de la
DK LA MORVE.
morve et du farcin chroniques, on croirait assister à l’évolution de la phthisie lente chez l’homme.
« La morve, primitivement chronique, dit H. d’Arboval (1), existe un certain laps de temps avant de produire un trouble bien marqué dans l’exercice des fonctions. L’animal boit et mange comme à l’ordinaire, et travaille de même ; seulement les fonctions de la peau ne se font pas aussi bien ; le poil se pique, et par suite l’animal devient moins ardent, perd de sa vigueur; les membranes muqueuses, spécialement celle du nez, perdent successivement de leur couleur vermeille et deviennent pâles... Bientôt les ganglions de l’auge s’engorgent, on voit paraître un léger écoulement séreux et inodore par les naseaux, la pâleur de la conjonctive, une toux quinteuse, sèche ou rarement humide. A un degré plus avancé, le flux nasal devient filant, inodore et verdâtre... La toux est fréquente et quinteuse. Quant à l’extérieur de l’animal, tantôt il est un peu maigre et a le poil piqué ; tantôt, au contraire, il conserve de l’embonpoint. .. Plus tard, le jetage devient très-abondant, la pituitaire s’ulcère... La toux est fréquente et sèche. Tantôt le murmure respiratoire s’entend, mais faible dans tout le poumon; tantôt ce murmure n’existe plus, il y a râle muqueux et râle caverneux, et alors l’a-^
(1) Hurtrel d’Arboval, loc.o cit.
SYMPTOMATOLOGIE.
nimal est maigre et dans un état de marasme. »
Les débuts de la morve s’annoncent souvent, comme dans la phthisie, par des symptômes gastriques. « Ce qui frappe d’abord, dit M. Bouley (1) (chez les chevaux, sous le coup du fa rein), c’est leur appétit diminué et devenu capricieux ; . . ils ont maigri depuis quelque temps d’une manière sensible et rapide, sans que ce dépérissement ait sa cause dans un changement de régime ou dans le travail augmenté... Les sujets sont destitués d’énergie, et leur faiblesse ihusculaire se traduit, pendant le travail, par des sueurs, des lassitudes inaccoutumées et une anhélation plus prompte à survenir que ne le comporte la quantité de mouvement qu’ils ont produite... Souvent même ils se trouvent, tout à coup, atteints de claudication, dont les causes ne peuvent être reconnues, quelques soins que l’on mettre à explorer toutes les régions du membre qui en est le siège. Ce sont les signes de douleurs musculaires ou d’arthralgies qûi dépendent évidemment de l’infection farcineuse, car dans l’homme victime par la contagion, de cette redoutable maladie, ces douleurs rhumathoïdes se font aussi remarquer. . . A l’écurie, l’état de malaise des animaux et leur faiblesse se traduisent par des frissons, des tremblements et un décubitus prolongé. »
(1) H. Bouley, Dict. de mêd. vétérinaire, art. Farcin.
m DE LA MORVE.
N’est-ce pas là le tableau symptomatique abrégé de la phthisie?
Il y a surtout dans la morve un amaigrissement rapide, qui la fait poullinsi dire deviner, par les médecins vétérinaires, de même qu’il arrive souvent au médecin de déclarer phthisique un homme qui n’a pas de signes bien accusés de tuberculose, mais qui s’amaigrit sensiblement. « Une jument fut conduite à ma consultation, dit M. Bouley (1), elle ne présentait encore qu’une corde farcineuse à l’avant-bras, datant de quatre jours seulement, mais depuis huit jours cette bête avait considérablement maigri... Je formulai un pronostic des plus graves en raison de cet amaigrissement rapide qui a une très-grande signification en pareil cas. »
Qu’on suive la morve-farcin chronique chez le cheval ou chez l’h.omme, l’affection présente, à quelque chose près, les mêmes allures que celles de la tuberculose chronique. Ainsi, dans l’espèce humaine', « la morve chronique est annoncée par du malaise, de l’affaiblissement, de l’anorexie, des douleurs arthritiques ou musculaires... Dans la morve chronique, les douleurs musculaires semblent occuper, plus fréquemment que dans les autres formes de l’affection morveuse, les parois de la poitrine. Un point de côté très-violent survient
p M09 B°Uley’ Bulletin de ^Académie de médecine, 1861, t. XXVI,
SYMPTOMATOLOGIE. 447
brusquement au début et simule par sa violence un point pleurétique.
c< L’invasion de là maladie est annoncée par des troubles de l’appareil respiratoire...
« La voix s’altère ; elle devient rauque, voilée, et s’éteint bientôt presque complètement.
« La respiration est courte, fréquente ; des accès de dyspnée se manifestent à des intervalles irréguliers.
«Les malades sont fatigués par une toux profonde, fréquente, douloureuse; ils rejettent des mucosités grisâtres, striées quelquefois de sang.
«En même temps que les troubles respiratoires, ou, ce qui est plus fréquent, quelque temps après eux, des phénomènes morbides se manifestent du côté des fosses nasales (1) . »
En résumé, la morve et la phthisie se montrent l’une et l’autre comme deux maladies générales qui étreignent brusquement et fortement l’organisme, à la façon des fièvres graves, et le font fléchir rapidement avec cet ensemble de symptômes que l’on a qualifiés de typh&lqms. Elles se présentent en outre toutes deux avec des allures moins brusques, mais qui n’en décèlent pas moins une atteinte profonde de l’économie, malgré les débuts souvent bénins en apparence. Sous ce masque* elles
(L Compendium de médecine pratique > art. Morve.
DE IA MORVE
ont une marche souvent très-lente et se prolongent pendant de nombreuses années avec des rémissions plus ou moins fréquentes et plus ou moins longues; mais phthisiques et morveux, finissent toujours par succomber à l’effet d’une altération générale et profonde. Quelques troubles digestifs et pulmonaires ouvrent la scène, accompagnés de douleurs rhumatoïdes ; l’anémie et l’amaigrissement ne tardent pas à se montrer ; une fièvre continue, hectique, avec des exacerbations irrégulières, dévore lentement les sujets. La diarrhée survient et conduit bien vite de l’épuisement au marasme et à la mort.
D’autres fois, une morve et une tuberculose aiguës viennent se surajouter à un état chronique et précipiter le dénoûment.
Il en va des guérisons de la morve comme de celles de la phthisie. Dans l’une comme dans l’autre, elles sont rares et contestées, et cependant, d’un côté comme de l’autre, on annonce de temps en temps des succès merveilleux ; mais quand on va au fond des choses, on s’aperçoit bien vite que l’erreur a la même source. C’est qu’en effet, dans la morve comme dans la phthisie, il y a, sous l’influence du repos et de certaines améliorations hygiéniques, des apaisements dans la gravité des symptômes qui se maintiennent parfois pendant un temps assez long pour faire croire à une
SYMPTOMATOLOGIE. 449
guérison : « Combien de fois, dit M. Reynal (1), n’ai-je pas vu, d’autre part, des chevaux entrés à l’infirmerie avec des symptômes de la morve, qui rentraient a l’escadron au bout d’un certain temps, reprenaient leur service pendant un mois, puis revenaient à l’infirmerie pour en sortir et y rentrer encore, jusqu’à ce qu’on les fît abattre ! » La pratique des hôpitaux militaires nous fait assister à un pareil và-et-vient de la part des phthisiques. Que de fois nous avons donné l’exeat à des hommes bien et dûment tuberculeux qui se sont crus guéris, et que de fois aussi nous les avons vus revenir selon nos prévisions.
§ 3. — Causes et nature.
Cette parenté anatomique et symptomatologique entre la tuberculose et la morve, a dû nécessairement inspirer, sur la nature et les causes de ces deux affections, une série de conceptions à peu près analogues, et il est vraiment curieux de retrouver, dans l’histoire de la morve-farcin la même évolution d’idée, la même fluctuation d’opinions que celles qui se rapportent à la phthisie.
Comme toute autre maladie, la morve a subi dans ses interprétations l’influence des idées médi-
(1) Reynal, Bulletin de l'Académie de médecine , 1861, t XXVI, P- 1179.
VILLEMIN
DE LA MORVE
cales régnantes. L’ humorisme ancien l’a fait dériver d’humeurs âcres contenues dans le sang. La corruption des humeurs, la dépravation du sang, ont été, comme pour la phthisie, les causes de la morve, et de même que la phthisie, aussi la morve a été regardée comme une consomption ayant son siège « dans l’épine qu’elle consume. »
Certains n’ont voulu voir dans la morve qu’une maladie locale, inflammatoire, siégeant dans la membrane pituitaire (Lafosse père et fils, etc.). Cette opinion qu’on retrouve, à propos de la muqueuse bronchique, dans la tuberculose, a conduit nécessairement à des erreurs étiologiques qui n’ont pu durer longtemps, en ce qui concerne la morve, attendu que l’inoculabilité les a ébranlées et fait évanouir, mais qui persistent encore bien vivaces à propos de la phthisie.
Paulet a comparé la morve au mal vénérien.
Mais l’opinion la plus considérable et qui mérite un examen particulier est celle de Dupuy, soutenue ensuite par Philippe, Radet, etc. Elle est née du rapprochement même que nous faisons en ce moment entre la morve et la tuberculose, rappfO" chement qui avait fait ressortir des analogies telle" lement grandes entre ces deux affections, que Dupuy avait conclu à l’identité de nature.
Il faut dire que Dupuy avait fait de la morve aiguë et de la morve chronique des maladies diffé"
rentes, et c’était celle-ci seulement qu’il considérait comme une forme de la tuberculisation, ce Sans rechercher la cause des tubercules qui lui paraît inconnue, il établit qu’aussi longtemps que ces productions sont pour ainsi dire naissantes et en petit nombre, elles occasionnent peu d’altération dans les fonctions de la partie affectée, que la maladie devient latente pendant un laps de temps indéterminé, qu’elle prend même les formes de beaucoup d’affections très-différentes et dont la nature semble opposée. Mais après une longue période qui peut durer plusieurs années, le tissu tuberculeux se ramollit, se désorganise, dégénère et se change en surface ulcérée. Alors seulement on dit qu’il y a morve, quoique l’état morbide, jusqu’alors méconnu, datât de bien plus loin... En dernière analyse, la théorie de Dupuy peut se formuler ainsi : la morve est une affection tuberculeuse, elle a la plus grande analogie avec la phthisie tuberculeuse de l’homme; elle est difficile à reconnaître dans son principe ; elle reste longtemps cachée dans la profondeur des tissus affectés, sans déranger leur action; pendant la durée de cette longue période, on la confond avec beaucoup d’autres maladies, qu’on croit essentielles, tandis qu’elles ne sont que symptomatiques ; elle est susceptible de prendre une foule de formes différentes avant de revêtir celle qui la caractérise* et la
DE LA. MORTE
morve qu’on a coutume d’appeler commençante, ou du premier degré est déjà fort ancienne (1). » De cëtte description succincte de la morve chronique il n’y a pas un mot, en effet, qui ne s’applique à la tuberculose, et l’on comprend que de pareilles analogies ne pouvaient passer inaperçues.
Quand, d’après Broussais, on eut considéré la phthisie comme une inflammation des vaisseaux lymphatiques, on appliqua naturellement cette idée à la morve. Mais depuis longtemps déjà on en avait placé le siège dans le système lymphatique. Enfin beaucoup d’observateurs n’ont pas cessé de considérer la morve comme une maladie générale, formant une entité pathologique mi generis.
A ces diverses opinions touchant la nature delà morve, opinions entièrement semblables à celles que l’on a émises sur la tuberculose, correspondent des idées particulières sur la cause de la maladie.
Aussi en parcourant la série des causes invoquées comme capables d'engendrer la morve , nous retrouvons toutes celles d’ôù l’on a fait naître la phthisie. Ceux qui ont voulu voir dans la morve un simple catarrhe l’ont fait dériver du froid; on a même précisé les conditions de son action et principalement accusé l’habitude qu’ont les chevaux de boire, de l’eau froide en y enfonçant leurs na-
(1) ïïurtrel cTArbovai, loco cit.
seaux, cè qui les refroidit et les enrhume (Lâfosse; Buffon, Vitet). « Le fait est, dit H. d’Arboval, qu’on ne connaît pas> de causes spéciales à cette maladie, et que celles qu’on a pu découvrir se rapportent à tout ce qui est capable d’amener l’inflammation lente et prolongée de la membrane pituitaire... On range dans la catégorie des causes susceptibles de produire la morve, ou du moins d’en favoriser le développement, les phlegmasies catarrhales dégénérées... les violences sur le nez, la présence de corps étrangers, l’injection et la respiration de substances âcres et eorrosives. »
On retrouve donc ici à propos de la morve cette préoccupation constante des causes d’irritation banales et directes des organes respiratoires qui domine l’étiologie de la phthisie. N’est-ce pas là la répétition du rhume négligé et dégénéré ; du catarrhe bronchique, de la respiration de gaz irritants, des coups, violences, chutes sur la poitrine, etc. ? Cependant beaucoup de médecins vétérinaires, frappés de la détérioration profonde de l’organisme et de la généralisation des lésions anatomiques, ont attribué la morve à un ensemble de conditions hygiéniques tendant à aboutir à la débilitation de l’économie ; ils ont eu recours alors aux mêmes hypothèses que dans l’explication de la production de la phthisie : la mauvaise alimentation, les fatigues excessives, les habitations malsaines, basses,
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humides, mal aérées , les vicissitudes atmosphériques , etc. , ont supporté toutes les accusations. Mais alors, a-t-on objecté avec fondement, comment se fait-il que ce sont surtout les chevaux de cavalerie, ceux des charrois militaires, des postes, des messageries, du roulage qui offrent tant de cas de morve, et que le cheval de labour, considérablement moins bien installé, moins bien soigné, moins bien nourri que celui de troupe surtout, en soit si rarement atteint? « Et pourtant qu’elle différence dans les résultats ! Voyez chez nos paysans; à peine, et de loin en loin, l’étrille et la brosse viennent effleurer le dos de leurs chevaux, livrés à un travail pénible et continu ; leur nourriture n’est point choisie, leurs habitations basses et souvent mal closes ne peuvent se comparer aux écuries de la cavalerie (1). »
Eh bien, ce parallèle entre le cheval de labour et le cheval de troupe s’établit naturellement de luimême entre le paysan et le soldat, au point de vue de la phthisie. Le bien-être du soldat en temps de paix n est pas comparable à Celui du paysan, et cependant quelle différence dans la fréquence de la phthisie ! En temps de guerre ce rapprochement ri est pas moins curieux, «mais ce qu’il y a surtout de remarquable, c’est que ce n’est pas précisément pendant les campagnes quand les chevaux, haras-
(t) Hurtrel d’Arboval, loco ciL
sés de fatigue, sont exposés à toutes les privations et mangent les plus mauvais aliments, que la morve étend ses ravages (1). » « Dans l’armée, dit Renault (2);, lorsque pendant une campagne les chevaux vivent en plein air, quelque mauvaise d’ailleurs que soit leur nourriture, et quelles que soient les fatigues qu’ils aient à subir, ils sont généralement exempts de la morve ; lorsque, au contraire, ils sont dans les garnisons parfaitement soignés, bien nourris, exempts de fatigue, mais renfermés dans des espaces confinés, ils deviennent morveux. » Qu’on rapproche de ces lignes celles de M. Tholozan, à propos du soldat en campagne, et que nous avons citées, page 585.
En poursuivant plus loin ce point de pathologie comparée, la similitude étiologique entre la morve et la tuberculose ne fait que s’accentuer davantage encore. Des recherches statistiques faites sur les chevaux de régiment « ont conduit M. Bénard à ce résultat fort curieux que, durant les six premiers mois de séjour au corps, ces animaux ont particulièrement succombé à des affections aiguës ; qu’ ensuite le plus grand nombre ont péri de la morve et du farcin ; qu’ainsi sous l’influence du régime militaire, les maladies aiguës décrois-
(1) Hurtrel d’Arboval, loco cit.
(2) Renault, Bulletin de l'Académie de médecine, 1861, t. XXVI, p. 887.
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sent et les affections chroniques, particulièrement la morve et le farda croissent en proportion de la durée du service (1). » Quiconque a exercé dans les hôpitaux militaires, a pu s’assurer que ces circonstances se reproduisent d’une façon entièrement semblable chez le soldat, en ce qui concerne la phthisie. M. Laveran (2) a le premier indiqué cette loi que la statistique médicale de l’armée confirme tous les ans.
En présence de pareils faits, nous avouons ne pouvoir nous défendre de cette idée, que la caserne est au soldat, dans la production de la phthisie, ce, que l’écurie du régiment est au cheval, dans la production de la morve.
Poursuivons la comparaison étiologique de la morve et de la tuberculose. Comme dans cette dernière, on a vu des influences constitutionnelles agir dans la production de la morve, telles que le tempérament lymphatique et une certaine complexion, qui est un. décalque de la complexion tuberculeuse sur laquelle certains auteurs se sont si complaisamment étendus. « Les chevaux les plus sujets à contracter le farcin, dit H. d’Arboval (3),
4) ïïurtrel d’Arboval, loco cit.
légale, II- -série, t. XIII). ( ihm ' pUbL “ de méi-
(3) Hurtrel d’Arboval, loco cit.
sont ceux qu’on destine à certains services, ceux d’un e constitution excessivement ; lymphatique : ainsi les chevaux de halage, les chevaux lourds et massifs, qui ont de longs poils aux membres... Quoiqu’il ne soit pas rare de voir des chevaux bien conformés, tomber victimes de la morve, on a cru remarquer que ceux qui ont là poitrine étroite et élevée, les flancs creux, les hanches saillantes, la côte plate, le ventre avalé, les pieds grands et qui ont peu de vigueur, comme aussi ceux qui, bien qu’extrêmement vigoureux, ont également la poitrine-étroite, les épaules serrées, le ventre et le flanc retroussés, les jambes hautes, y sont plus exposés que ceux qui jouissent d’une meilleure conformation... Les chevaux d’une faible constitution et d’une complexion maladive, ceux dont le poil offre des nuances ternes et pâles, ceux qui ont pris naissance dans des pays humides, paraissent être plus exposés que d’autres à la morve. -» A la différence près de la conformation physique du cheval et de l’homme, la prédisposition morveuse est la même que la prétendue aptitude phthisique.
Enfin Y hérédité elle-même a été invoquée comme étant susceptible de transmettre la morve de toute pièce ou l’aptitude à la contracter, et les faits n’ont pas manqué à l’appui de cette manière de voir.
11 y a eu un moment, dans l’histoire de la morve,
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comme dans toutes les choses du domaine médical où l’idée de spécificité étiologique a été repoussée et combattue par tous les moyens possibles . Pour les maladies incontestablement spécifiques, et surabondamment démontrées comme telles par l’inoculation et la transmission infectieuse, etc., on a tenté toutes les hypothèses capables d’atténuer l’importance d’un agent causal spécial à chaque entité morbide. On l’a nié autant qu’on l’a pu toutes les fois qu’on a cru pouvoir invoquer, avec quelque apparence de raison, une action banale quelconque (froid, humidité, travail exagéré, nourriture, etc.), substituant ainsi une cause toujours équivoque et problématique à une cause évidente et saisissable dans la majorité dès cas. On a même tenté un certain nombre d’expériences pour faire naître la morve sans la participation du virus morveux. C’est ainsi que Renault s’est efforcé de prouver que la résorption du pus était, chez le cheval, la cause immédiate de la morve-farcin , se basant d’abord sur ce fait qu’on voit souvent survenir la morve à la suite d’opérations chirurgicales pratiquées à des chevaux sains, et ensuite sur des inoculations et des injections de pus dans les veines. C est en s appuyant sur ces données que l’on a cru pouvoir rapprocher la morve de l’infection purulente. Mais il a été démontré : 1° que dans les observations de morve sür des chevaux atteints de trau-
matisme, on n’avait pas tenu compte de l’état endémique de la maladie dans les écuries où étaient placés les animaux ; 2° « que les expériences n’ont pas été environnées de toutes les garanties désirables, » et qu elles ont ecboue entre les mains des expérimentateurs qui ont voulu les répéter ; 3° que les accidents et les lésions de l’infection purulente ont pu être confondus avec ceux de la morve (1).
Disons que les lésions chirurgicales, accompagnées de longues suppurations, ont aussi été accusées de produire la phthisie chez l’homme.
Ce qu’il convient de signaler encore dans l’histoire comparative de la tuberculose et de la morve, c’est la fluctuation des idées qu’011 retrouve la même à propos delà contagiosité de ces deux affections. L une et l’autre ont été déclarées contagieuses par les uns, non contagieuses par les autres. Quand vint l’époque dont nous venons de parler plus haut, où l’idée de contagion fut presque entièrement bannie de la médecine, il ne devait naturellement plus en être question pour la phthisie, mais on la nia aussi pour la morve, la varioln, voire même pour la syphilis, malgré l’évidence des faits. Et telle était l’ardeur des convictions, l’exaltation des esprits et l’obscurcissement de la raison par les
(1) Voyez Compendium de méd. et Fleury, Essai sur l'infection purulente. Paris, 1844.
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théories de l'école physiologique, que la preuve de l’inoculabilité de cette dernière coûta la santé et la vie à deux malheureux. De ces idées il reste encore aujourd’hui un empire immense. La transmissibilité et la spécificité de la morve ont beau s’imposer avec l’autorité de faits irrécusables, on cherche toujours à la faire naître de causes communes. Pour se sauver des regrets que cause l’acceptation forcée d’idées que l’on repousse et dont on s’est si longtemps défendu, on se réfugie dans les exceptions apparentes que la preuve de la vraie cause ne peut rigoureusement appuyer, et l’on triomphe dans la spontanéité , c’est-à-dire dans l’inconnu et l’inexpliqué. Les arguments spécieux ne manquent pas en faveur de la banalité étiologique de la morve; on les retrouve, du reste, à propos de toute maladie dont la contagion et la spécificité sont discutées. S’agit-il d’un grand nombre d’individus atteints en un même lieu, c’est l’effet de conditions communes, de circonstances identiques. A-t-on affaire à des cas isolés, quelque favorables qu’ils soient à l’idée d’une transmission, ce sont des faits rares, exceptionnels que le-hasard seul doit endosser. Ainsi on a raisonné sur la morve, ainsi on a raisonné sur la phthisie. Si les chevaux d’une écurie régimentaire ont été décimés par la morve, c’est que nourriture, travail, repos, logement tout était commun. Si la tuberculose se
montre relativement fréquente dans la troupe ou dans toute autre agglomération humaine, c’est que tous les individus sont soumis aux mêmes influences.
Cependant la démonstration de la contagion de la morve et de sa nature spécifique ne devait pas se faire attendre plus longtemps ; mais il ne pouvait en être de même de la tuberculose. Les expériences de Gohier (1815) ne permettaient plus de douter un seul instant de là transmissibilité de la morve par inoculation,- ni même par contagion à distance, et cependant on sait avec quelle ardeur les anticontagionistes combattirent les expériences et les preuves de ce genre (1 ) .
En 1842, la transmissibilité de la morve du cheval à l’homme, réveillée, appuyée et agrandie par M. Rayer, vint ranimer la question et lui faire faire un pas de plus dans la voie de la spécificité ; mais aujourd’hui encore bien des observateurs croient pouvoir attribuer à la morve des solipèdes mille causes diverses se rapprochant plus ou moins, comme nous l’avons vu, de celles que l’on attribue à la phthisie. De temps en temps aussi des médecins, frappés des coïncidences surprenantes de phthisie entre conjoints, essayent bien de ramener à l’idée possible de la transmissibilité, à. la-=
(1) Voyez Saint-Cyr, Nouvelles études historiques, critiques et expérimentales sur la contagion de la morve. Paris, 1864.
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quelle avaient cru les anciens, mais la preuve qui a fait cesser l’hésitation pour la morve n’a pu être donnée jusqu’ici pour la tuberculose.
En résumé, il n’y a aucune maladie dans le cadre nosologique qui ait entre elles des analogies plus nombreuses et plus évidentes que la tuberculose et la morve. Elles se touchent par tous les côtés de leur histoire jusqu’à se confondre en plusieurs points. Frappé d’un pareil rapprochement, nous ne pbuvons nous empêcher de les considérer comme deux espèces voisines d’un même genre ; mais alors une particularité des plus importantes doit achever de compléter la ressemblance. La morve est inoculable, la tuberculose ne le seraitelle pas aussi? La morve, comme affection spécifique, n atteint qu’un nombre limité d’espèces zoologiques (les solipèdes et l’homme). La phthisie ne; se comporterait-elle pas de même ? G^est ce que nous verrons plus loin .