‹ Études sur la tuberculoseChapitre 28 sur 52 · QUINZIÈME ÉTUDE · texte numérisé non relu

QUINZIÈME ÉTUDE

La tuberculose ne s’observe que sur un nombre limité d’espèces zoologiques

Caractères des maladies spécifiques. — Erreurs provenant de la fausse interprétation de la forme tuberculeuse et de la consistance caséeuse.

Tuberculose chez les quadrumanes. — Tuberculose chez les grands ruminants; de la pommelière vraie, de la pommelière fausse. — Tubercules des petits ruminants; des lésions vermineuses chez ces animaux. — Tubercules des solipèdes. — Tubercules chez les pachydermes ordinaires. — Tubercules ^des carnassiers; parasites pulmonaires dans cette classe d’animaux. — Tuberculose chez les rongeurs. — Tubercules des oiseaux; cryptogames développés dans leurs cellules aériennes, leurs bronches et leurs poumons. - Tubercules chez les poissons, les mollusques et les insectes.

On a pu voir, dans les précédentes Études, combien sont nombreux les faits qui tendent à rapprocher la tuberculose des affections de causes spécifiques. Il reste un point à éclaircir, c’est, celui de savoir si, à 1 exemple de ces mêmes maladies, la tuberculose se maintient confinée dans certaines especes zoologiques, ou si, comme les affections de. causes communes, elle s’étend à toute la série animale.

Nous savons que toutes les maladies spécifiques exercent leurs ravages dans un nombre toujours fort restreint d’espèces animales. La morve, avec laquelle l’affection qui nous occupe a tant de rapports, ne s’étend pas au delà des solipèdes et de l’homme. C’est en vain qu’on essayerait de l’inoculer au chien, au chat, au mouton, aux oiseaux, etc.

La transmission de la syphilis aux animaux paraît avoir été jusqu’alors impossible, et M. Ricord donnait encore naguère, à l’Académie de médecine (1), le démenti le plus formel à ceux qui ont prétendu le contraire.

La variole a peut-être ses représentants dans le eowpox et le horse-pox, mais cela ne s’étend pas au delà, et encore plusieurs y voient analogie et non identité.

Malgré les ressemblances qui peuvent exister entre les lésions anatomiques de la variole et celles de la clavelée, cette dernière atteint le mouton seul et n’est inoculable qu’aux individus de cette espèce.

Le typhus des bêtes à cornes est à peu près exclusif aux ruminants, et, dans tous les cas, il ne s’observe pas beaucoup en dehors de cette catégorie.

Le choléra* la rougeole, la scarlatine, la fièvre

(1) Ricord, Bullelin .de l'Académie impériale de médecine, 1864, t. XXIV, p. 1159.

typhoïde, etc., 11e germent que sur l’organisme humain. On aurait constaté notre fièvre dothiénentérique sur le singe, le cheval et l’âne, mais eux seuls, que je sache, auraient ce point de commun avec nous.

Le miasme palustre, si meurtrier sur notre espèce, est inoffensif à l’égard de presque tous les animaux.

Il est possible que l’inoculation de telle maladie virulente, pratiquée à une grande variété d’animaux, se montre efficace sur quelques-uns de ceux que l’observation n’a pas signalés comme susceptibles d’en être atteints ; il y aurait là un curieux et instructif sujet d’études ; mais ce quia été fait, jointà ce que nous connaissons sur la transmissibilité par les voies ordinaires, nous permet de conclure que Vun des caractères dominants des maladies spécifiques , c’est leur limitation à quelques espèces zoologiques déterminées. L’universalité n’appartient qu’aux affections banales, et qui prennent naissance sous 1 incitation des agents étiologiques ordinaires.

Guidé par ces principes, nous avons naturellement été conduit à rechercher quels sont les animaux chez lesquels la tuberculose a été observée. Mais il faut avouer tout d’abord que les matériaux sont excessivement rares, et les quelques documents que l’on rencontre ont besoin d’être contrôlés avec le plus grand soin. Voici pourquoi :

Les idées qui régnent suivie • tubercule et son développement sont la source d’une foule d’er-reurs contre lesquelles il importe de se prémunir. Toute production morbide qui a la forme d’un petit nodule gris ou jaune est acceptée, comme une manifestation de la tuberculose; or, il y a, chez un très-grand nombre d’espèces animales, des altérations anatomiques excessivement fréquentes, qui affectent la forme de nodosités ayant l’analogie la plus frappante avec les granulations tuberculeuses, et comme elles subissant, à une certaine, phase de leur évolution, cette métamorphose régressive que l’on regarde comme spéciale' au tubercule. Ces processus ne sont autre chose que les réceptacles kystiques d’animaux parasites ou des lésions provoquées par la présence de ces êtres vivants. D’un autre côté, toute substance de consistance caséeuse, plâtreuse ou crétacée est considérée comme une matière spécifique, dite tuberculeuse , sécrétée sous l’influence de la diathèse du même nom.

On ne saurait trop se mettre en garde contre cette opinion : que la tubercule résulte de, la sécrétion d’une substance spécifique, se révélant par les caractères d’une consistance spéciale^ à laquelle on a donné les qualifications de caséeuse ou de tuberculeuse. L’aspect caséeux, loin de caractériser cette production morbide, est le résultat de la transformation régressive exercée sur toutes sortes

\ILLE51IN. • 31

de produits pathologiques. Au lieu d’être un état initial, il est, au contraire, un des derniers termes de l’évolution du tubercule.

Cependant c’est avec les idées que nous venons de rapporter, et qui sont celles de l’immense majorité des anatomo-pathologistes, qu’on s’est appliqué à la recherche de la phithsie chez les animaux, ce qui n’a pas manqué de/ conduire à une série de méprises qu’il importe de faire ressortir.

Lorsqu’il s’agit d’animaux chez lesquels la tuberculose n’est affirmée que d’après quelques rares exemples, on comprend combien il est important de procéder avec la plus extrême rigueur à l’examen des lésions ; mais cela n’a pu être fait toujours. Ôn ne peut donc s’empêcher de conserver le doute scientifique sur l’existence de la phthisie dans plusieurs espèces animales, cette affection étant généralement admise d’après des allégations sans fondement et reposant uniquement sur la simple constatation de quelques altérations plus ou moins ressemblantes à celles de la tuberculose. A l’appui de ce que nous avançons, nous demandons la permission de rapporter un fait qui montre combien il est facile de se méprendre, et jusqu ou il faut pousser la circonspection.

Un lapin auquel nous avions pratiqué l’inoculation du tubercule mourut accidéntellement trois jours après eette opération. A l’autopsie, nous

QUE CHEZ UN' NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 483 constatons ce qui suit : les deux poumons sont remplis de granulations nombreuses^ du volume d un grain de chènevis à peu près ; elles sont grises, transparentes, un peu jaunâtres à leur centre, et font saillie au-dessus de la surface de section pratiquée dans le poumon.

Le foie, comme celui de beaucoup de lapins, contient un certain nombre de grains jaunes, caséeux.

A la vue de ces lésions, nous étions persuadé qu’il s’agissait d’une véritable tuberculisation, non provoquée par l’ inoculation, attendu qu’elle remontait à trois jours seulement, mais à une tuberculisation antérieure et naturellement développée. L’idée nous vint cependant de soumettre ces altérations à l’examen microscopique. Celle du foie fut reconnue comme appartenant à ces infarctus caséeux dans lesquels se trouvent ces corps singuliers, si semblables à des œufs d’entozoaires, et qui ont reçu le nom de corps odiformes. Passant ensuite à l’examen des granulations du poumon, quel ne fut pas notre étonnement de rencontrer d’abord les débris d’un animal, et puis ensuite, en procédant avec plus de précaution, de trouver cet animal entier, mais mort. Et cet animal était... un acarus! Chaque granulation formait une sorte de kyste qui servait de tombeau au parasite. Confronté avec divers individus de son espèce^ il nous

a semblé être l’acarus du cheval. Eh bien, sans cette investigation, plus complète que celle que l’on pratique généralement dans de pareils cas, nous aurions déelaré notre lapin tuberculeux, et tous les médecins du monde l’auraient fait avec nous, tant était grande la ressemblance entre cette production vermineuse et le tubercule des poumons.

Les causes d’erreurs pareilles à celles que nous venons de signaler, n’ont pas de bien grandes conséquences lorsqu’elles se produisent à propos d’animaux assez fréquemment atteints de tuberculose pour que l’affection ne puisse pas être mise en doute. Mais quelles sont les espèces animales chez lesquelles cette maladie est assez évidente et assez commune pour être à l’abri de toute contestation? En dehors de l’homme, qui a malheureusement une aptitude spéciale pour la phthisie, il n’y a guère que le singe, la vache, et peut-être le lapin et quelques rongeurs analogues, qui soient réellement reconnus susceptibles de devenir tuberculeux. Pour tout le reste, il n’y a qu’incertitude, confusion, allégations controversales. Nous allons essayer de jeter un coup d’œil critique sur les faits qui servent d’appui à l’idée de l’existence de la la tuberculose dans les principales espèces animales.

§ I. — Quadrumanes.

Les quadrumanes semblent se ranger immédiatement après l’homme, sinon avant lui, sous le rapport de l’aptitude à la phthisie. Les observations de M. Raynaud établissent d’une façon certaine l’existence de cette maladie chez ces animaux, qui succombent si fréquemment aux ravages de la tuberculose lorsqu’ils vivent dans notre milieu. Aussi, loin d’attribuer l’éclosion de la phthisie, chez les singes, à des conditions purement physiques, résultant du changement de climat, nous croyons bien plutôt à une contamination exercée au moyen de l’atmosphère viciée par les foules humaines.

§ 2. — Grands ruminants.

Parmi les grands ruminants, l’espèce bovine jouit aussi d’une disposition très-marquée à la tuberculisation. La pommelière de la vache est si bien connue et si fréquemment observée qu’elle ne peut être l’objet d’aucun doute. Cependant nous devons ajouter qu’on rencontre dans les poumons, le foie, etc., des grands ruminants, d’autres altérations pathologiques assez communes, qui ont été prises pour des tubercules et confondues avec eux sous le nom de pommelière : nous, voulons parler des hydatides et des dilatations bronchiques; ces

dernières accompagnent précisément les entozoaires et les tubercules, dont elles sont une conséquence Nous reviendrons plus bas sur ces processus anatomiques.

La pommelière vraie est caractérisée par la présence dans les poumons et la plèvre de masses charnues, mamelonnées, grises et transparentes à leur début, mais qui jaunissent et s’infiltrent de bonne heure de sels calcaires. L’altération naissante se présente sous la forme de petites nodosités transparentes. Les grosses masses 11e sont ellesmêmes que le résultat de l’agglomération d’un nombre infini de petits foyers. On trouve, du reste, des tumeurs de toutes dimensions. Celles qui sont un peu volumineuses sont rarement encore grises en totalité; lorsqu’on y pratique une coupe, la surface de section se présente marbrée de taches jaunes qui s’agrandissent progressivement, deviennent confluentes, et envahissent presque la totalité de la tumeur. L’incrustation calcaire suit la même marche; elle succède très-rapidement au changement de eouleur des parties, et en peu de temps ces masses sont envahies par les sels terreux. En suivant ces modifications des tumeurs tuberculeuses de la pommelière, on remarque sans difficulté qu’elles ^accomplissent par points iso es qui se réunissent plus tard, et qui correspondent à une infinité de centres de formation.

que; CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 487 L’examen microscopique Confirme les donnée! de l’inspection à l’œil nu. Pour étudier; ces processus anatamo-pathologiques au moyen de l’instrument grossissant, il faut choisir des tubercules à un degré d’évolution aussi peu avancé que possible, avant que les taches jaunes n’apparaissent, ou au moins lorsqu’elles sont à peine visibles. Une coupe pratiquée dans ces conditions laisse voir, sur une faible étendue, un grand nombre de foyers constitués comme les granulations tuberculeuses observées chez l’homme, avec quelques légères différences. On y retrouve les trois zones que nous avons décrites à la page 99.

La zone centrale est composée de petits éléments ordinairement pénétrés de fines molécules graisseuses. Dans beaucoup de cas, et lors même qu’on ne le soupçonnerait pas par l’inspection à l’œil nu, on constate dans Ces parties centrales, de petites lamelles irrégulières, d’aspect vitreux, réfractant fortement la lumière : ce sont des concrétions calcaires microscopiques.

Dans la zone moyenne se trouvent des cellules plus volumineuses, renfermant souvent de nombreux noyaux, c’est la zone proliférante.

Les éléments situés dans la zone la plus externe sont représentés par des cellules fusiformes (fibroplastes), qui sont des corpuscules: conjonctifs hypertrophiés. On les voit graduellement passer à

la zone proliférante, leur disposition fusiforme ou étoilée disparaissant à mesure que leur prolifération s’active.

Les petites cellules et les noyaux libres, constitués en amas au centre des granulations, sont manifestement le produit delà multiplication endogène des corpuscules conjonctifs, et représentent le dernier terme de l’activité de ces éléments. La décomposition nécrobiotique s’en empare, et l’ apparition des molécules graisseuses donne à ces parties une coloration jaune chamois. La métamorphose régressive et le changement de coloration gagnent progressivement la zone moyenne et même la zone externe, atteignant des parties dont l’évolution semble loin d’être achevée. L’infiltration calcaire succède immédiatement à la dégénérescence graisseuse en suivant la même marche qu’elle. Il se fait, là une nécrobiose prématurée dans les cellules en pleine activité de multiplication, ce qui ne permet pas à ces éléments d’aboutir à la création du produit final que l’on retrouve presque toujours au centre des foyers sous forme de noyaux libres et de petites cellules. Du reste, il se produit dans les granulations de la pommelière un phénomène identiques celui qu’on observe dans celles du tubercule del homme et dont nous avons attribué l’existence à 1 oblitération vasculaire qui accompagne la formation du néoplasme.

D’après ce que nous venons de dire, touchant la marche et l’aspect du processus de la pommelière, on peut voir qu’il y a entre cette production morbide et le tubercule de l’homme la plus grande analogie et quelques points de dissemblance.

L’analogie existe, en effet, dans les phénomènes principaux et essentiels. Comme chez l’homme, cette lésion débute par des petits foyers dont la confluence amène la formation de tumeurs de grandeur variable; ces productions sont grises et transparentes d’abord, puis elles deviennent jaunes et se calcifient ensuite ; elles siègent habituellement dans la plèvre et le tissu interlobulaire, et ont pour source de développement les cellules des tissus conjonctifs; celles-ci s’hypertrophient, prolifèrent par endogenèse, et aboutissent, en dernière analyse, chez la vache comme chez l’homme, à la production de noyaux et de petites cellules analogues aux éléments de la lymphe qui s’accumulent au centre des granulations, où ils subissent de bonne heure les dégénérescences graisseuse et crétacée.

Les différences consistent dans les proportions considérables qu’atteignent les tubercules de la pommelière, dans l’aspect mamelonné des masses volumineuses, mais surtout dans la calcification abondante, rapide et en quelque sorte prématurée de ces productions; mais ce dernier phénomène

n’est pas exclusif aux tubercules. Chez la vache, et en général chez les ruminants, tous les produits pathologiques sont remarquables par l’excès de sels terreux qu’ils renferment, et conséquemment par la fréquence de leur crétifi cation. Nous reviendrons plus loin sur cette particularité, qui a été le point de départ de beaucoup d’erreurs. Nous ferons seulement remarquer que la métamorphose régressive se traduit par la formation de molécules de graisses très-ténues, ce qui s’expliquerait peutêtre par la précocité de la pénétration saline, qui ne laisse pas le temps aux granulations graisseuses de se réunir en globules volumineux, l’excès de sels terreux donnant, du reste, moins de fluidité aux principes gras. La dégénérescence rétrograde à molécules fines et rares se rencontre aussi chez l’homme, nous l’avons indiquée page 102.

En ce qui concerne le processus tuberculeux en particulier, la prédominance des sels calcaires entraîne certaines modifications que l’on n’observe pas ordinairement dans l’espèce humaine, avec un caractère aussi marqué. Chez la vache, . la pétrification se fait si rapidement et si prématurément qu elle succède immédiatement à la transformation graisseuse des parties ; non-seulement elle incruste le centre des granulations dont le développement est achevé, mais elle s’étend aux zones externes, où les éléments sont encore en pleine

QUE CHEZ' UN NOMBRE LIMITE D’ESPÈCES. 491 activité et loin d’être parvenus au dernier terme de leur évolution. Il en résulte que les tumeurs de la pommelière se ramollissent peu et donnent rarement lieu à des cavernes. De là vient aussi que des cellules allongées ou rameuses, à un ou plusieurs noyaux (cellules fibroplastiques) se rencontrent dans des parties ou la métamorphose régressive ( graisseuse ou calcaire) ferait supposer l’existence des petits éléments à forme lymphatique du tubercule. En sorte que des granulations souvent déjà très-avancées, d’après l’aspect extérieur, ne contiennent à leur centre que peu de ces cellules et de ces noyaux qui composent la majeure partie des granulations types de l’homme au même degré de dégénérescence.

Certains observateurs, particulièrement attentifs à ce qu’offrent de dissemblable entre eux le tubercule de l’homme et l’altération de la pommelière, ont conclu que ces productions relèvent de deux affections de nature différente. D’autres, au contraire, regardent ces lésions comme l’expression anatomique d’une seule et même maladie. Ceux-ci se basent sur cette considération que les différences ne portent que sur des phénomènes accessoires, les caractères principaux et essentiels demeurant les mêmes dans les deux cas. Nous verrons plus loin que cette dernière opinion est la plus fondée. •

Mais il ne faut pas oublier que le nom de pommelière couvre des altérations pathologiques fort différentes, sans quoi on pourrait s’exposer à de graves mécomptes. Il y a une pommelière vraie-, dont nous venons de décrire le processus anatomique, et qui est analogue au tubercule humain; il y a, en outre, une fausse pommelière , constituée par des amas caséeux ou crétacés provenant de lésions vermineuses et de dilatations bronchiques. Nous allons entrer dans quelques détails sur ces lésions à propos des petits ruminants.

§ 3. — Petits ruminants.

Si l’espèce bovine nous fournit à chaque instant des exemples de tuberculisation, il n’en est pas de même du mouton ni de la chèvre. Nous avons fait d’assez nombreuses recherches touchant la tuberculose du mouton principalement; elles nous ont conduit à la conviction que cet animal n’est pas susceptible d’être atteint de . cette maladie. Et cependant on trouve signalée à maints endroits la phthisie de la race ovine. C est qü’en effet, sur dix moutons abattus pour la boucherie, on n’en trouve peut-être pas deux qui ne présentent, ën plus ou moins grand nombre, des nodosités de grandeur variable, grises, caséeuses, plâtreuses ou crétacées dans les poumons, le foie

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 495 et, ailleurs. Mais un examen plus approfondi de toutes ces altérations, de leur point de départ et de leur évolution, convainc bien vite qu’elles ne relèvent pas de cette grande entité morbide qui constitue la phthisie tuberculeuse de l’homme et la pommelière de la vache ; elles ressortissent toutes à des causes locales dont les effets sont plus ou moins prononcés et toujours en rapport avec l’étendue des troubles fonctionnels des organes atteints. Ces causes sont dues, en grande partie, au séjour et au développement d’animaux parasites dans les viscères.

Le mouton est principalement exposé aux ravages de quatre espèces d’helminthes : 1° le strongle filaire (Strongylus filaria) ; 2° Yéchinocoque (Echinococcus veterinorum); 3# la douve du foie (Distoma; hepaticum ) ; 4° enfin le cœnure cérébral (Cœnurus cerebralis).

1° Le strongle flaire est un nématoïde qui cause parfois de grands dégâts dans les bergeries. On le le trouve sous deux états et dans deux parties différentes des organes de la respiration. A l’état de larve, il habite le parenchyme pulmonaire, où l’on remarque aussi des œufs à différentes phases d’évolution. Un certain nombre d’entre eux contiennent des petits vivants qui s’agitent en tous sens dans la mince pellicule qui les enveloppe. Ces individus agames offrent la plus grande ressem-

kU LA TUBERCULOSE NE S’OBSERVE

blance avec la trichine musculaire, dont ils rappellent la forme et les dimensions. La période de larve s’écoule dans la substance du poumon, ou ces helminthes déterminent parfois des lésions très-étendues. C’est dans les bronches seulement qu’ils se sexuent et acquièrent tout leur développement : ils prennent l’apparence d’un petit fil blanc ou brun de 60 à 80 millimètres de longueur environ.

M. G. Colin a fait dernièrement à l’Académie de médecine une lecture très-intéressante sur le développement et la propagation de ces entozoaires. Nous ne pouvons mieux faire que de rappeler ses paroles; elles apportent un argument d’une grande valeur en faveur de la thèse que nous soutenons. « Avant d’envahir les bronches, dit ce savant physiologiste, les strongles ont une habitation paisible où ils 'passent inaperçus pendant de longues périodes. C’est dans les vésicules pulmonaires, du milieu de petites tumeurs d’ apparence tuberculeuse , du volume d’un grain de chenevis à celui d'une noisette qu ils s’installent. » Mais les petits helminthes quittent bientôt le lieu de leur éclosion ; ils font irruption dans les fines ramifications bronchiques, f grandissent, deviennent visibles à l’œil nu, pro* gressent vers les grosses bronches, où ils forment des pelotons serrés. « Les petites tumeurs qu’ils ont abandonnées s’affaissent, perdent de leur ca-

QUE CHEZ EN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 405 pacité, redeviennent perméables ou s'incrustent à leur centre d’un dépôt verdâtre de matière , soit crétacée, soit tuberculeuse (1) . »

« Le strongle du mouton, continue M. G. Colin, détermine dans les poumons des désordres matériels sensibles, une sorte de phthisie vermineuse accompagnée de toux, de gêne de la respiration, lorsque les animaux sont obligés de précipiter leur marche. En mourant le parasite ne délivre pas tout à fait son hôte ; il laisse des îlots que le travail de la tuberculisation envahit, et qui peuvent être assez multipliés pour donner lieu à une seconde phthisie d’une gravité supérieure à celle de la première. »

Nous avons suivi ce processus, et nous avons pu constater que la présence du parasite, encore microscopique et agame dans les vésicules pulmonaires, détermine une irritation qui se traduit par une véritable pneumonie circonscrite et limitée â l’étendue d’action des helminthes. Quand la réaction a été peu intense et que l’inflammation a borné ses effets à une simple prolifération cellulaire sans destruction suppurative, la résorption du produit pathologique et le retour à l’état normal s’effectuent après le départ des parasites ; mais

(I) G. Colin j professeur à l’École d’Alfort. Sur le niode de cotitagion des maladies vermineuses clés voies respiratoires, et sur la reproduction des helminthes qui déterminent ces. affections (Bulletin de V. Académie de médecine, 1866, t. XXXI, p. 375).

dans beaucoup de places il y a une formation de leucocytes qui s’accumulent dans les vésicules aériennes dont la structure est altérée, et donnent lieu à des nodules, dont s’empare ensuite la métamorphose régressive. C’est cette métamorphose qui constitue ce que l’on appelle le travail de tuberculisation. , mot impropre, correspondant aune idée fausse, à laquelle doit être imputée une grande partie des erreurs qui obcurcissent l’histoire de la tuberculose. Au début de cette transformation, on peut encore voir l’organisation de ces productions morbides, et constater qu’elles sont formées de globules purulents ratatinés et déformés par l’inpissation ; plus tard, toute trace d’élément morphologique a disparu. Mais il n’y a entre ce processus et le tubercule rien de commun que l’ensemble des phénomènes chimiques qui s’observent sur toute espèce de matière organique qui a cessé de vivre.

Les résidus des tubercules vermineux produits par les strongles s’enkystent dans une membrane quelquefois assez épaisse, un peu transparente et d’où s’énuclée une matière jaune verdâtre quelquefois noirâtre. Cette matière s’épaissit et devient rapidement crétacée. Ces productions se localisent ainsi par l’enkystement et n’ont rien de cette tendance à l’extension, à l’infection circonvoisine des lésions de la tuberculose.

Lorsque, les strongles ont gagné les bronches,

ils déterminent des lésions d’un autre genre, et qui imitent encore les productions tuberculeuses. Les bronches des ruminants, celles du mouton particulièrement, sont munies d’un nombre considérable de glandules muqueuses qui les accompagnent jusque dans leurs fines ramifications. Ces glandules, irritées sans cesse par la présence des nématoïdes, acquièrent un développement hypertrophique et constituent, lorsqu’elles sont groupées, de petites nodosités transparentes ayant la plus grande ressemblance avec les granulations miliaires grises de la tuberculose.

Enfin les entozoaires ramassés en pelotons et invisquésde mucosités obstruent souvent les bronches d’un certain calibre. Les lobes et les lobules dépendant des tuyaux aériens obstrués, tombent en collapsus (état fœtal), et prennent un aspect carnifié de couleur rougeâtre ou grise. Sur ces parties quel’airnepénètre plus, tranchent souvent, par leur relief et leur transparence, les granulations glandulaires dont nous venons de parler, ce qui donné à ces lobules une certaine ressemblance avec les masses charnues de la pommelière de la vache.

2° Les échinocoques ou hydatides produisent, par un mécanisme différent, des altérations d’un aspect à peu près identique à celles qu’occasionnent les strongles. Les kystes contenant ces productions parasitaires se rencontrent dans tous

VILLEMIN

les organes parenchymateux, mais principalement dans le foie, les poumons, la rate, les reins, l’épipoploon, le cerveau.

Les animaux qui en sont atteints sont : l’homme, le singe, le mouton, le bœuf, l’antilope, le chamois, le chevreuil, le chameau, la girafe, le cheval, le porc (1).

Les échinocoques ont une existence limitée, et leurs kystes subissent des transformations remarquables, surtout chez les ruminants. Une matière épaisse, caséeuse , se dépose à leur surface interne; elle a quelquefois l’aspect du pus, mais elle s’épaissit en prenant successivement la consistance du mastic de vitrier, du plâtre, de la craie. L’hvdatide disparaît, et une masse calcaire se substitue à la poche kystique. Cette transformation a été comparée avec justesse à celle de l’athérome.

Ce qui est arrivé pour les noyaux pneumoniques, ayant servi de nids aux jeunes générations de strongles émigrés dans les bronches ou disparus entièrement, s’est aussi produit pour les hydatides. On a vu dans la matière caséeuse de ces kystes la caractéristique du tubercule, et l’on a conclu à la tuberculose d’après son existence. « Le liquide qui entoure l’acéphalocvste, dit M. Andral (2), est

(1) Da vaine, Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et des animaux domestiques. Paris, 1860.

(2) Andral, Précis d'anatomie patholog. Paris, 1829, 1. 1, p 516.

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 499 souvent du pus, d’autres fois c’est une matière séreuse ou sanguinolente, ailleurs c’est du tubercule, ailleurs une substance crétacée. » Cette manière d’envisager les choses a produit une telle confusion, que plusieurs observateur ont émis l’idée, que le tubercule devait son origine à des parasites. (Jenner, Baron, Ivühn, etc.)

5° Le mouton porte aussi très- souvent dans les canaux biliaires un entozoaire qui cause dans le foie des lésions comparables à celles des éehinocoques, et, comme ces dernières, fréquemment prises pour des productions tuberculeuses. Ce parasite est commun chez les ruminants; parmi les carnivores, il s’observe surtout chez le chat : c’est la douve du foie. Sa présence dans les conduits biliaires entraîne la dilatation et l’hypertrophie de ces canaux; une matière jaune verdâtre, concrète, en remplit le calibre: c’est un mucus épais dans lequel se trouvent les œufs de distonie et cet animal ou ses débris.

Les canaux peuvent s’oblitérer, et l’on ne voit plus alors que des poches plus ou moins volumineuses dans lesquelles les animaux périssent. Le contenu de ces espèces de kystes devient caséeux , les parois dégénèrent, et le tout s’incruste de sels calcaires. « Si le mouton survit, dit M. Davaine, on rencontre par la suite, dans les canaux biliaires, des altérations profondes, des ossifications éten-

dues dont on chercherait vainement la cause (1).»

La présence du distome entraîne ensuite, comme on le sait, des accidents de consomption connus sous le nom de pourriture ou de cachexie aqueuse.

4° Un quatrième entozoaire, le cœnure cérébral , se- rencontre chez le mouton, mais nous n’avons pas à nous en occuper ici.

Les altérations pulmonaires que nous venons de décrire résultent de l’action directement exercée par les entozoaires sur le parenchyme du poumon. Il en existe d’autres qui sont une conséquence fréquente, mais éloignée, de la présence des parasites dans les organes de la respiration, et qui, comme les premières, sont habituellement prises pour des lésions de nature tuberculeuse : nous voulons parler des dilatations bronchiques. Ces dilatations forment des poches de grandeur variable, et contiennent du muco-pus à différents degrés de consistance; elles se rencontrent chez beaucoup d’animaux et aussi chez l’homme, mais elles se produisent beaucoup plus fréquemment chez les ruminants, où elles acquièrent des dimensions souvent considérables, ce qui tient, sans doute, aux nombreuses glandules muqueuses annexées aux canaux aériens de ces animaux. Le muco-pus accumulé dans les bronches dilatées subit l’in-

(1) Davaine, loc. cit.

spissation, se concrète progressivement, et arrive à la dureté de la pierre après avoir présenté tous les degrés de consistance habituels au tubercule. On trouve quelquefois de vastes collections d’un liquide ayant l’aspect du pus phlegmoneux ; à côté s’observent des noyaux caséeux ; plus loin c’est un vrai mastic ; ailleurs ce sont des masses plâtreuses , et enfin des concrétions entièrement dures.

Quelle que soit la consistance qu’ait acquise le produit pathologique, on reconnaît habituellement le lieu de sa production par la facilité avec laquelle il s’énuclée d’une sorte de kyste à parois souvent très-minces, et sur la surface interne desquelles on retrouve souvent le revêtement épithélial des bronches. Par une dissection attentive, on constate , en outre , qu’un certain nombre de tuyaux bronchiques aboutissent à la cavité qui contient la masse caséeuse, et quand on a affaire à Une concrétion pierreuse, on peut suivre jusque dans les bronches les éminences, les pointes, qui s’élèvent quelquefois de sa surface.

Les dilatations bronchiques ne coexistent pas seulement avec les parasites du poumon, elles se rencontrent dans tous lus états pathologiquesaccompagnés de toux, tels que l’emphysème, la pleurésie, la tuberculisation, etc. Chez la vache, il est trèscommun de trouver des masses caséo-plâtreuses

formées aux dépens du muco-pus accumulé dans les ampoules bronchiques, en même temps que les lésions spéciales de la pommelière. La bronchiectasie se rencontrant avec une pleurésie pourrait surtout en imposer pour une véritable tuberculose. , Chez l’homme, du reste, cette lésion anatomique accompagne souvent aussi différentes lésions du poumon, les tubercules entre autres; mais chez lui les produits pathologiques ne contiennent pas autant de sels terreux que ceux des ruminants, et n’arrivent pas aussi facilement à l’état caséo-crétacé, qui les fait prendre pour des productions de nature tuberculeuse.

Telles sont les différentes altérations qui simulent les tubercules chez les ruminants en général, et chez le mouton en particulier; c’est d’après ces lésions qu’on a conclu à la fréquence de la phthisie chez la plupart de ces animaux. Est-ce bien des tubercules que M. Rayer a trouvés dans les poumons d’un chameau remplis d’hydatides , ainsi que dans ceux d’unkanguroo (1)? Il v a tout lieu de croire à une méprise de la part de cet éminent observateur, surtout si l’on se reporte à cette phrase de son mémoire : « Chez les ruminants, on trouve souvent dans les poumons, en même temps que des tubercules, des vers vésiculaires (échinocoques

(1) Rayer, Archives de médecine comparée, p. 192.

et cysticerques) qu’on ne rencontre presque jamais dans les poumons de l’homme phthisique. » Mais une pareille erreur était inévitable à l’époque où ces lignes ont été écrites.

En résumé, les poumons des ruminants présentent, avec une fréquence extraordinaire, des lésions anatomiques constituées par des masses caséeuses, plâtreuses ou crétacées de grandeur variable, et qui, en raison de ces divers degrés de consistance, ont été prises pour du tubercule, et le sont encore tous les jours. Mais ces altérations sont, pour la plupart, des noyaux de pneumonie provoqués par des nématoïdes, des résidus de kystes acéphalocvstiques, du muco-pus accumulé dans des ampoules bronchiques, tous produits pathologiques qui passent par les mêmes phases régressives que les tubercules eux-mêmes. En fait de véritables lésions tuberculeuses, dans le sens qu’il convient d’attacher à cette expression, on ne peut guère, avec les matériaux connus, les reconnaître que chez l’espèce bovine. Malgré de nombreuses recherches, nous n’avons rien rencontré, chez le mouton, qui ressemble au processus spécial de la pommelière de la vache, ni au tubercule de l’homme ou du lapin.

C’est aussi à des parasites (douve, échinocoque) que sont dues les altérations du foie de cet animal, et qui se présentent sous la forme de noyaux

m LA TUBERCULOSE NE S’OBSERVE

plâtreux et pierreux en quantité parfois considérable.

Ces pseudo-tubercules du mouton se montrent aussi sur beaucoup d’autres espèces animales - ce que nous venons d’en dire nous dispensera d’v revenir ailleurs. N’oublions pas toutefois de rappeler encore que les lésions vermineuses, les dilatations bronchiques et le processus tuberculeux ont été confondus sous le nom commun d epommelière. D’où il est arrivé qu’on a affirmé l’existence de cette dernière dans la race ovine, et qu’on l’a vue souvent aussi chez la vache et le bœuf lorsqu’elle n’existait pas. Il est résulté de cette confusion la croyance à la facile et fréquente guérison de la phthisie chez les ruminants, croyance basée sur ce fait que l’on rencontre à tout instant, dans le poumon et le foie de ces animaux, des concrétions pierreuses sans que leur santé ait paru refléter une affection profonde. C’est qu’en effet ces masses calcifiées ne sont que les vestiges de lésions locales qui ne retentissent sur l’économie que proportionnellement à leur étendue et aux troubles fonctionnels des organes atteints.

ha pommelière vraie se comporte bien différemment; dans la race bovine aussi bien que dans 1 espèce humaine, l’ensemble des symptômes généraux de la tuberculose est loin d’être en rapport avec 1 altération anatomique. La consomption

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 503 est ou plus lente ou plus rapide, mais à peu près toujours fatale.

§ -4. — Solipèdes.

Il est bien difficile d’acquérir quelque certitude sur l’existence de la tuberculose chez les solipèdes. Les médecins vétérinaires croient qu’elle n’existe pas dans cet ordre d’animaux. Nous avons vu dans la treizième Étude, que plusieurs observateurs ont considéré comme des productions tuberculeuses les lésions rencontrées dans les poumons et les autres organes des chevaux morveux. M. Rayer a aussi appelé l’attention sur la ressemblance entre les altérations de la tuberculose et celles delà morve- farcin. Des recherches histologiques ultérieures sont venues confirmer l’exactitude de cette observation. Mais la confusion persiste, et il reste à résoudre la question de savoir si les solipèdes peuvent offrir des processus tuberculeux indépendamment de ceux de la morve.

Dans les recherches qu’on pourra tenter dans cette direction, il ne faudra pas perdre de vue que les échinocoques sont communs chez les solipèdes, et qu’ils donnent lieu à des altérations anatomiques identiques à celles que nous venons de décrire à propos des ruminants. On ne saurait donc trop se mettre en garde contre ces diverses.

causes d’erreur. Tout semble faire croire qu’en dehors des lésions de la morve, si analogues à celles de la tuberculose, les productions morbides d’apparence tuberculeuse rentrent dans la classe des affections parasitaires.

§ 5. — Pachydermes ordinaires.

Les raisons qui autorisent à mettre en doute l’existence de la tuberculose chez les pachydermes sont d’un ordre semblable à celle que nous avons fait valoir à propos des petits ruminants. Assurément, s’il est un animal qui réunisse toutes les conditions invoquées comme favorables à l’éclosion naturelle delà maladie, c’est bien le porc domestique. Reclus la plus grande partie de sa vie dans des réduits obscurs, étroits, malpropres et sans air, il y a lieu de s’étonner de ne pas le voir à tout instant phthisique. Il est à remarquer que ces conditions sont précisément celles que l’on a invoquées comme causes productrices de la pommelière des vaches laitières, y compris même la succulente nourriture qui ne fait pas non plus défaut au porc que l’on engraisse.

Les tubercules rencontrés chez le cochon sont, de toute évidence, des productions parasitaires, attendu que la plupart des observations constatent en même temps l’existence de la ladrerie (Rayer).

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 507 Les cysticerques n’ envahissent pas seulement le tissu cellulaire, mais on en trouve aussi dans le foie, les poumons, le péritoine, le cœur, etc., comme cela a été observé par M. Andral (1). On a même cité plusieurs cas de cysticerques du poumon chez l’homme, qui ont été considérés comme des cas de phthisie pulmonaire (2).

Ces helminthes laissent dans les organes des nodules caséeux qui ont nécessairement été pris pour des tubercules. Il en a été de même des échinocoques propres à la race porcine aussi bien qu’aux ruminants. Ce que nous avons dit à propos de ces derniers s’applique donc entièrement ici.

Mais il existe dans les organes respiratoires du cochon un parasite du genre strongle ( strongylus paradoxus ) donnant lieu, comme celui du mouton, à des pseudo-tubercules qui ont dû bien des fois être considérés comme la manifestation anatomique de la phthisie. Le strongle paradoxal, dit M. G. Colin, se trouve à la fois dans les bronches fines, dans la trachée et dans quelques petites tumeurs au bord postérieur du poumon.

M. Vulpian a vu, dans les poumons d’un jeune porc, de petites tumeurs d’un blanc grisâtre, de la grosseur d’un petit grain de millet jusqu’à celle d’une amande, ce A première vue, dit-il, ces

(-1) Àndral, Précis d'anatomie pathologique, Paris, 1829, t. I.

(2) Davaine, loc. cit., p. 629.

tumeurs paraissent être des tubercules..... Dans quelques-unes des dernières bronches, et dans presque tous les cas au voisinage des tumeurs les plus volumineuses, on trouvait des helminthes vermiformes (1).»

Il est bien certain que si ce fait avait été rencontré par nombre d’observateurs autres que M. Vulpian, il figurerait aujourd’hui comme un exemple de tuberculisation du porc.

11 est possible que la présence des parasites dans le poumon du cochon ou toute autre lésion du parenchyme pulmonaire ou de la plèvre puisse amener à leur suite des dilatations bronchiques, comme cela se voit si souvent chez les ruminants, et de là donner lieu à des noyaux caséeux formés de muco-pus concret; mais n’ayant pas été à même d’observer ce processus anatomique sur les pachydermes, nous ne faisons qu’attirer l’attention sur la possibilité de son existence, en considération de son extrêmefréquence dans d’autres classes d’animaux.

(1) yulpian, Epithelioma pulmonaire chez un jeune porc soumis au régime de la garance ; dépôts crayeux dans les tumeurs des poumons et dans les ganglions bronchiques. Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie , IIe série, t. III, année 1851 ; Paris, 1857, p. 48.

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 5QD . § 6.— Carnassiers.

On n’a rapporté que de rares exemples de tubercules chez les carnivores, et la connaissance des affections parasitaires dans cette classe d’animaux engage à la plus grande circonspection, lorsqu’il s’agit de se prononcer sur la nature des lésions pulmonaires et autres ayant plus ou moins de ressemblance avec des tubercules.

Que penser de cette affection observée chez un tigre par Laurent Wolfstriegel, et chez lequel « les poumons étaient remplis d’abcès qui avaient causé la phthisie et la mort ? » Est-ce la tuberculose que Perrault a constatée chez un lion qui avait rendu une grande quantité de sang par la gueule quinze jours avant de mourir, et chez lequel « il trouva le poumon gâté, blafard et plein de tubercules?» La lionne qui offrit à cet observateur des poumons altérés et des glandes livides dans le mésentère, la civette dont les poumons étaient corrompus et remplis de pierres, étaient-elles réellement atteintes de tuberculisation (1) ?

M. Rayer dit avoir rencontré la phthisie sur deux chiens, mais à côté de ces cas simplement mentionnés et aussi incertains que rares, il faut pla-

(1) Rayer, loc. vit.

certes faits observés avec une attention plus grande et des moyens plus puissants.

Redi a observé un poumon de renard parsemé de petits tubercules , dont les uns ressemblaient par la forme et le volume à un pois, les autres à un grain de millet. Les plus gros renfermaient un petit ver blanc, fin comme un cheveu; les plus petits, seulement un peu d’eau, mais dans cette eau on voyait une espèce d’atome blanc semblable à un très-petit œuf et presque invisible. MM. Creplin et Chaussât ont observé des faits pareils. « Ces tubercules, dit judicieusement M. Chaussât, qu’on trouve chez le renard, qu’on trouve aussi dans la trachée et les poumons d’autres animaux, tels que la fouine et le putois, sont une preuve de plus à ajouter à beaucoup d’autres de l’indispensable nécessité, pour l’observateur, de recourir à l’inspection microscopique dans la déterminati on de la nature de certaines tumeurs (1). »

Nous ajouterons, nous, que l’intervention du microscope peut même rester insuffisante quelquefois, car si l’entozoaire qui a déterminé la tumeur est mort depuis longtemps déjà ou expulsé , on pourra être conduit, vu l’absence de parasite, à conclure à une lésion de nature tuberculeuse, et cela d’au-

(1) Chaussai, Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie , 1849, p. 46.

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 511 tant plus facilement que leséléments de la tumeur auront subi la dégénérescence caséeuse.

Nous avons observé un très-bel exemple de ces pseudo-tubercules dus à la présence de parasites dans les poumons d’un chat. Ce chat, d’après les renseignements donnés par sa maîtresse, qui lex considérait naturellement comme atteint de phthisie, toussait depuis deux mois environ. Cette toux était fréquente, revenait par accès, et était habituellement suivie de vomissements, t’animai avait beaucoup maigri-, il était triste et avait perdu la beauté de son pelage. La diarrhée, qui survint au bout de quelque temps, décida son possesseur à nous le livrer. Nous constatons les lésions suivantes à l’autopsie :

Le lobe inférieur du poumon gauche est converti presque entièrement en mne masse indurée, charnue, grisâtre. Sur sa coupe tranchent une grande quantité de petits grains blanc jaunâtre,

' compactes, et faisant un léger relief au-dessus de la surface de section. Un grand nombre de ces toutes petites granulations soulèvent la plèvre. Sur le même lobe se voient deux ou trois nodules grisâtres du volume d’un pois.

Le poumon droit contient aussi dans son lobe inférieur plusieurs nodosités grises de différentes grosseurs. La plus volumineuse laisse voir sur sa coupe de petites granulations semblables à celles

m LA TUBERCULOSE NE S’OBSERVE

du poumon gauche. Plusieurs nodosités moins grosses, dont le centre est légèrement jaunâtre et ramolli, s’observent dans l’épaisseur de ce lobe et dans le reste des deux poumons.

Deux ganglions bronchiques turiiéfiés ont acquis le volume d’un haricot, mais ne sont pas dégénérés.

Le foie est couleur feuille morte.

A la vue de ces lésions , nous croyions avoir affaire à une véritable tuberculisation avec pneumonie consécutive, complication fréquente des tubercules pulmonaires ; mais, en complétant notre examen par l’inspection microscopique, nous constatons, non sans quelque étonnement, la présence d un petit entozoaire ayant la plus grande ressemblance, comme forme et comme dimensions, avec la trichine musculaire et les larves agames du strongle fîlaire du mouton.

Ces helminthes mesurent en longueur d’un tiers à un demi millimètre, et en largeur un cinquantième de millimètre. Les uns sont libres et les autres, encore contenus dans des œufs d’un douzième de millimètre environ, et dans lesquels ils se toui mentent en exécutant de gracieux mouve* ments dans tous les sens. L’extrémité céphalique est mousse, et se termine par une sorte de bouche en anneau d’où part un canal offrant un petit renflement situé vers le quart supérieur du corps de

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 515 l’animal. Ce canal se perd dans une masse granuleuse commençant à peu près au milieu de la longueur de l’helminthe. L’extrémité caudale est effilée, et présente, non loin de sa pointe acérée, deux petits appendices fins et courts, dont le supérieur est souvent seul bien visible.

On rencontre aussi beaucoup d’œufs à divers degrés de développement.

Ces parasites ne nous ont pas semblé sexués ; ce sont probablement les larves d’un entozoaire qui, comme les strongles, achève son développement dans les bronches, d’où il est ensuite rejeté au dehors. Mais nous n’avons trouvé aucune trace d’animal plus parfait, ni dans le poumon, ni dans les canaux aériens.

La présence des parasites dans les organes de la respiration avait naturellement donné lieu à des lésions inflammatoires des vésicules pulmonaires. Celles-ci étaient remplies de cellules en voie de multiplication, dont l’abondance et la condensation, par places circonscrites, répondaient aux petites granulations qui imitaient si bien les processus tuberculeux.

Nul doute que si nous avions laissé vivre l'animal plus longtemps, les points où se remarquait un commencement de ramollissement auraient été le début d’excavations en tous points semblables aux cavernes tuberculeuses, et la mort ou la dis-

VILLEMIN

parition des helminthes aurait jeté sur ces altérations la plus grande incertitude.

Quelque temps après la publication de ce cas de pseudo-tubercule chez le chat (1), M. Ch. Legros en observait un semblable. « A l’autopsie d’un chat qui a succombé à un empoisonnement, j’ai trouvé, dit-il, les poumons parsemés de petites agglomérations blanchâtres , quë fai prises d'abord pour des tubercules ; mais, examinées au microscope, elles paraissent constituées uniquement par des parasites logés dans le tissu même de l’organe... Dans l’épaisseur du tissu pulmonaire on les trouvait réunis pour ainsi dire en colonie ; on voyait une grande quantité d’œufs à divers degrés de développement; les uns ne renfermaient encore que le vitellus ou des cellules blastodermiques, les autres contenaient un embryon doué de. mouvements très-vifs et présentant beaucoup d’analogie avec les trichines dans leurs kystes ; enfin quelquesuns des parasites avaient rompu l’enveloppe et étaient libres dans le parenchyme pulmonaire.,. En somme, on ne trouve pas de ces animaux corn* plétement développés, et il est difficile de déterminer l’espèce ; il est permis de croire qu’ils se rapa prochent beaucoup des filaires (2). »

Il ne faut pas oublier que des nématoïdes du

(4) Gazette hebdomadaire, novembre 1856.

(2) Ch. Legros, Société de biologie , Gazette médicale-, 1867.

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 51o genre filaire existent souvent dans les poumons de plusieurs carnivores (martre, putois, etc.), enveloppés dans des kystes de la forme et de la -grosseur d’un pois (1).

Il y a aussi des entozoaires du genre Calodium (calodium splénique) qui vivent d’abord dans l’estomac et le duodénum de la musaraigne, et qui pénètrent ensuite, à travers les tissus, dans la rate, où ils produisent des tubercules blanc jaunâtre d’un aspect crétacé , qui en augmentent considérablement le volume (Dujardin).

Qu’on n’oublie pas non plus ces cas singuliers et probablement très-insolites, comme celui que nous avons rapporté à propos d’un lapin, dont les poumons étaient remplis de petites tumeurs semblables à des granulations tuberculeuses et contenant chacune un acarus.

Les carnassiers ont une résistance organique excessivement grande ; ils sont, en outre, fréquemment atteints de pneumonies (Rayer), auxquelles ils ne succombent pas immédiatement ; mais des noyaux d’inflammation pulmonaire peuvent persister, se ramollir et occasionner des excavations, lésions qui risquent d’être prises pour des manifestations de la tuberculose; M. Gornil nous a dit

(1) Dujardin, Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1845; in-8° avec atlas;

avoir constaté sur un chat paraissant phthisique

des altérations de cette nature.

Avec les données que l’on possède, il est donc bien difficile de savoir si la tuberculose peut se manifester chez les carnivores. Dans tous les cas, lorsque cette maladie ravage aussi impitoyablement l’espèce humaine , il est assez étonnant que le chien, ce compagnon de l’homme, et qui partage toutes ses infortunes, reste assez à l’abri de la phthisie, pour que cette affection soit encore chez lui un objet de doute. Il ne manque pas de chiens cependant qui ont pour lot, pendant toute leur existence, la réclusion, l’attache, une nourriture peu appropriée à leur besoin carnassier, en un mot la misère sous toutes ses formes. Et ne pourrait-on pas en dire autant de cette foule de carnivores qui peuplent les ménageries ?

§ 7. — Rongeurs.

Les assertions touchant la phthisie des rongeurs sont des plus contradictoires. Les uns affirment que cette affection est excessivement fréquente dans cette classe d’animaux, particulièrement chez le lapin domestique; les autres, au contraire, la disent rare (Rayer). Nous avons ouvert beaucoup de lapins, et nous avons, en outre, interrogé les physiologistes qui expérimentent si fréquemment

sur cet animal, et tous se rapportent à dire que la tuberculose est d’une rareté exceptionnelle chez ces animaux. Il y a lieu de croire cependant qu’elle se développe naturellement chez le lapin, le cochon d’Inde, l’écureuil, tandis que, d’après M. Rayer, elle ne se rencontrerait pas chez le rat (surmulot).

Nous avons étudié, au point de vue histologique, les tubercules du lapin provoqués artificiellement par l’inoculation ; ils offrent la plus complète ressemblance avec ceux de l’homme, à part quelques petites différences cependant qu’il importe de signaler, comme nous l’avons fait pour ceux de la vache. Le point de départ et la marche générale du processus sont bien toujours les mêmes ; ils se résument dans les points capitaux suivants : tuméfaction et prolifération des cellules des tissus conjonctifs aboutissant à la constitution d’un petit nodule gris, transparent, dur et formé de petits éléments analogues à ceux de la lymphe. Ceux-ci ne tardent pas à subir la métamorphose régressive ; le ramollissement de ces petits foyers, qui sont souvent agglomérés en grand nombre, donne lieu à des cavernes et à des incrustations calcaires.

Nous avons vu que, dans l’espèce bovine, les sels terreux mêlés en abondance aux principes gras formés par la dégénérescence , maintenaient ceux-ci dans un grand état de division, et amenaient une calcification rapide des tumeurs tuberculeuses, qui

§fg LA TUBERCULOSE NE S’OBSERVE

se trouvaient ainsi préservées très-souvent du ramollissement ulcéreux. Chez le lapin, un phénomène inverse a lieu. Les sels sont relativement rares, la graisse est par conséquent plus fluide et se forme en globules volumineux. Lors du ramollissement, la matière tuberculeuse prend quelquefois une consistance semi-liquide, puriforme, au milieu de laquelle sont suspendues de petites concrétions calcaires.

Les tubercules de l’homme semblent tenir le milieu entre ceux de la vache et du lapin, sous le rapport de la quantité des substances salines. Cependant il faut bien reconnaître qu’il y a des différences individuelles assez tranchées ; les tubercules ramollis n’ont pas chez tous les sujets la même apparence, ni la même consistance. La graisse n’atteint pas toujours le même degré de division, et les sels varient en abondance (voyez page 102).

§ 8. — Oiseaux.

L’altération tuberculeuse, telle qu’on la trouvé généralement décrite chez les oiseaux, consiste dans la présence d’une matière crayeuse, jaune , friable, tapissant la membrane des sacs aériens, et formant des plaques mamelonnées sur lesquelles on observe habituellement des moisissures. C’est sur l’aspect et la consistance de ce produit patho-

logique, plus ou moins analogue au. tubercule à sa phase régressive, qu’on s’est basé pour admettre la tuberculose chez les oiseaux. Mais si cette matière n’a rien de spécifique, ni chez l’homme, ni chez les mammifères, elle est bien moins significative encore chez les oiseaux. Déjà, dans les ruminants, les produits pathologiques de toute nature sont surabondamment pourvus de sels terreux qui leur donnent facilement et de bonne heure les consistances caséeuse, plâtreuse et crétacée; mais chez les oiseaux, ce phénomène est encore plus marqué. Le pus, la fibrine, les fausses membranes, le mucus ou toute autre production inflammatoire, s.e concrètent très-rapidement. M. Rayer en a fait la juste remarque. Le pus, dit-il, qui se forme, soit autour de la mèche d’un séton, soit dans les poumons, autour des aiguilles qu’on enfonce et qu’on laisse à demeure dans les organes, est gris jaunâtre, friable et sans globule purulent.

A.près avoir consulté attentivement les observations de phthisie des oiseaux, nous ne pouvons reconnaître comme des affections tuberculeuses les exemples que l’on a rapportés, d’autant moins qu’on a constaté en même temps , dans presque tous les cas, des végétations eryptogamiques, dont les rapports avec les lésions sont loin d’être bien déterminés. Ces processus pseudo-tuberculeux semblent être tout simplement des inflammations

dés sacs aériens, des bronches et de certains lobules du parenchyme pulmonaire. La membrane dés cellules aériennes enflammée devient épaisse, fibreuse lardacée, se couvre de pseudo-membranes sur lesquelles les moisissures forment de petites plaques rondes, isolées ou confluentes, et le produit pathologique, plus ou moins amalgamé avec les débris du mycélium, ne tarde pas à se convertir en matière crayeuse que l’on prend pour du tubercule. Cette matière provient aussi, en partie du moins, de la métamorphose régressive des exsudats sanguins et fibrineux qui se font dans les cavités aériennes, témoin l’observation rapportée par M. Dareste (1), qui signale « des traces non équivoques d’hémorrhagies. Dans la vésicule abdominale, il y avait des caillots gélatineux et décolorés; ailleurs, on voyait des caillots fibrineux et assez denses; toutes les vésicules avaient d’ailleurs leurs parois hypertrophiées. » Assurément, si l’animal qui fait le sujet de cette observation avait vécu plus longtemps, ces caillots et cette fibrine auraient subi la métamorphose régressive, et donné une matière ca'séeuse qui aurait été qualifiée de tuberculeuse.

Mais ce n’est pas seulement dans les sacs aériens que ces altérations pseudo-tuberculeuses s’obser-

(l) Dareste, Sur les poches aériennes des oiseaux. Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de bioloaie 3e série, t. III • 1£61, p. 131. . *

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D'ESPÈCES, vent, on en trouve aussi dans les bronches, dans le parenchyme pulmonaire et « sur tous les organes contre lesquels se prolongent les sacs aériens, tels que les reins, l’intestin, les os du bassin, ainsi que dans les parties de ces sacs qui se rendent aux membres antérieurs (1). »

Quand des moisissures se développent dans les bronches, elles doivent nécessairement en exciter la sécrétion muqueuse, et le muco-pus retenu dans ces tuyaux se concrète bien vite et passe pour de la matière tuberculeuse. Les végétaux parasites gagnant les vésicules pulmonaires donnent naissance à des noyaux pneumoniques, dont l’évolution ultérieure peut occasionner des cavernes ou des concrétions crétacées.

Mayer rapporte le cas d’un geai, chez lequel « dans les bronches la moisissure commençait à’ l’insertion de la trachée aux poumons et se prolongeait en une plaque brune’, lardaeée dans la cavité des rameaux bronchiques et se ramifiait avec eux. Sur plusieurs places, en particulier au bord supérieur, les poumons étaient dégénérés en une masse ayant la dureté et la couleur du foie, quoique l’aspect celluleux fût le même que dans les parties saines. Les moisissures croissaient sur ces parties, qui présentaient aussi çà et là quelques 'petites

(1) Deslongchamps, cité par Charles Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1855, p. 551.

masses crétacées (1). » Dernièrement, M. Bouchard a présentée la Société de micrographie un bel exemple de végétation cryptogamique observée dans les poumons d’un perroquet, et qui donnait à ces organes toutes les apparences d’une tuberculisation .

On a soulevé, à propos de ces altérations pulmonaires des oiseaux, la question de savoir si le champignon est un effet ou une cause des désordres anatomiques. Les uns pensent que l’altération précède le cryptogame; ils s’appuient sur ce fait que des plaques, analogues à celles qui servent de support aux moisissures, sont quelquefois exemptes de cette végétation. Les autres sont d’avis, au contraire, que le champignon est la cause directe des lésions qui surviennent dans les tissus, et se basent sur ce qu’on rencontre des cryptogames sur des parties encore peu malades relativement.

M. Deslongchamps, lui, considère les petites plaques qui s’élèvent au-dessus des parois des sacs aériens et de la muqueuse bronchique comme des pseudo-membranes développés par irritation, et il est probable, dit-il, que moisissures et pseudo-membranes se développent simultanément, car: 1° il n’y a jamais de pseudo-membranes sans moisissures; 2° réciproquement, il y a un rapport constant entre l’épaisseur et la largeur des plaques et le développement des végétaux.

(1) Robin, loc. cit., p. 530.

Faut-il regarder comme tuberculeuse cette poule observée par M. Miehon (1), et qui avait dans l’intestin et le foie des tumeurs du volume d’une noisette^ criant sous le scalpel? Y a-t-il plus de raisons d’attribuer à la tuberculose cette altération des cæcums d’un jeune dindon, rapportée par M. Gallois (2). «Le cæcum le plus profondément altéré, dit-il, était rempli d’une matière d’un blanc jaunâtre, granuleuse, et qui ressemblait à l’œil nu à de la matière tuberculeuse. M. Davaine crut y reconnaître un épanchement de sang antérieur. » C’était sans doute de la fibrine en voie de métamorphose régressive.

Qu’était-ce que ce tubercule unique vu par M. Rayer sur le testicule d’un faisan ? Peut-être un kyste spermatique dégénéré.

Les expériences tentées par M. Flourens, en maintenant des poulets et des jeunes canards à un froid excessif, dans le but de produire la phthisie, ont bien abouti à causer la mort de ces animaux après une consomption plus ou moins longue, mais elles n’ont pas déterminé la tuberculose ni ses lésions. Celles-ci sont décrites par cet observateur avec des caractères qui ne permettent pas de les prendre pour autre cbosequedes inflammations

(1) Michon, Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1866, p. 21.

(2) N. Gallois, Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1862. . .

des organes respiratoires. Les poumons, dit M. Flourens, étaient « dans différents états d’inflammation et de suppuration. Généralement le larynx, toute la trachée-artère et les bronches étaient pleins d’une humeur purulente d’un gris sale et couleur de boue et d’une odeur fétide.,.; les poumons sur certains points étaient gorgés de sang, et là leur tissu ramolli et comme putréfié avait une couleur lie de vin (1). » Et cependant l’idée, que M. Flourens a observé et produit la phthisie chez les canards a cours dans la science.

Il ne faut pas perdre de vue que les oiseaux sont aussi sujets à des parasites animaux, tels que des distomes d’espèces différentes dans le foie (Dujardin), des filaires dans les cellules aériennes.

En résumé, d’après ce que nous venons de voir, il n’y a rien de plus problématique que l’existence de la tuberculose chez les oiseaux. Cette affection a été affirmée principalement en raison de la prétendue spécificité de la matière caséeuse, et souvent aussi d’après les symptômes de consomption, qui sont loin d’appartenir en propre à la phthisie tuberculeuse.

§ 9. — Reptiles, poissons, mollusques.

Les idées que l’on s’est faites sur la nature delà

(1) Flourens, Annales des sciences naturelles, 1829. T. XVIII, page 57.

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 525 tuberculose ont conduit à supposer cette affection dans toutes les classes zoologiques. On a vu la phthisie chez les reptiles, les poissons, les mollusques et même les insectes (Harisson et Newport) , En partant de ce principe, que toute petite tumeur appartient à la tuberculose, que toute substance caséeuse, plâtreuse ou crétacée est d’essence tuberculeuse, on a du assurément faire certaines trouvailles qui ont porté à croire à l’existence delà phthisie chez les animaux des classes inférieures. Mais avouons qu’il faut beaucoup de bonne volonté et une grande foi dans les théories pour forcer jusqu’à ce point les analogies. Nous demanderons la permission de rapporter le fait suivant, observé par M. Chaussât, afin de montrer ce que peuvent être les tubercules chez les mollusques. En disséquant des limaces, M. Chaussât aperçut à la surface du poumon de plusieurs d’entre elles de petites élevures blanchâtres, à peine grosses comme la tête d’une très-petite épingle. Étant parvenu à en isoler une et l’ayant mise sous le microscope, cet observateur vit distinctement un animal se mouvant dans un kiste (1).

Terminons ici cette revue sur la tuberculose dans les différentes classes zoologiques. Il en ressort un enseignement qui confirme d’une façon éclatante

(1) Chaussât, Comptes rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, 1850, p. 152.

la vérité que nous démontrerons par une voie plus directe, à savoir, que la tuberculose est une affection spécifique ayant les analogies les plus nombreuses avec la morve-farcin. Comme les maladies spécifiques, la phthisie ne rencontre qu’un nombre restreint d’espèces animales aptes à reproduire son principe et ses manifestations. En dehors de l’homme, des quadrumanes, delà vache et de quelques rongeurs tels que le lapin, cette maladie reste incertaine et plus que douteuse.

Les affections parasitaires sont la cause la plus habituelle du malentendu qui tendrait à faire croire à l’universalité et à la banalité de la tuberculose. L’erreur se déguise d’autant mieux que le développement des parasites se produit habituellement sur des animaux vivant au milieu des conditions réputées favorables à la production de la phthisie. L’habitation en commun dans des lieux bas et humides, le confinement, le parquage des ménageries, etc., sont, en effet, les circonstances qui favorisent la pullulation des entozoaires. Ajoutons que les parasites, ayant pour habitat les organes respiratoires, déterminent des troubles fonctionnels d’une analogie des plus grandes avec les accidents de la tuberculose. La toux, la dyspnée, l’amaigrissement, appellent si naturellement la dénomination de phthisie, que dans bien des cas on s’est contenté de cet ensemble symptomatique

QUE CHEZ UN NOMBRE LIMITÉ D’ESPÈCES. 527 pour affirmer son existence. Cela explique comment certains observateurs ont été amenés à regarder les parasites comme le point de départ des lésions tuberculeuses.

Il ne faut pas ignorer, dans F étude des lésions vermineuses qui simulent les tubercules, que l’examen microscopique peut rester infructueux dans plusieurs cas . Lorsque les parasites ont disparu, que les processus vermineux, parvenus aux dernières périodes de la métamorphose régressive, ne permettent plus de saisir aucune trace d’organisation, le microscope n’apporte pas beaucoup de lumières dans la détermination de la nature de ladésion. Cet instrument ne laisse pas non plus que d’être parfois fort incertain dans ses résultats lorsqu’il s’agit d’altérations moins avancées dans leur évolution. La composition des petites tumeurs parasitiques a souvent une très-grande ressemblance avec l’organisation des tubercules vrais. L’accumulation de petits éléments cellulaires constitue ces espèces de tissus que les Allemands appellent tissus de granulation et que l’on retrouve, avec dès nuances différentielles souvent peu accusées, dans les productions tuberculeuses*

Page 1