‹ Études sur la tuberculoseChapitre 36 sur 52 · INOCULATION DE MATIÈRES PATHOLOGIQUES · texte numérisé non relu

INOCULATION DE MATIÈRES PATHOLOGIQUES

Nous croyons doncque l’expérience de M. G. Colin a pu être faite sur un mouton atteint de ce genre de lésions. Nous avons nous-même failli être trompé par une circonstance analogue, au début de nos expérimentations. MM. Cornil ét Trasbot avaient inoculé un mouton à Alfort et nous avaient gracieusement invité à assister à la constatation du résultat. L’ouverture de l’animal étala des poumons remplis de nodules de toutes dimensions et d’aspect varié (gris, jaunes, caséeux, calcifiés) ; plusieurs ganglions mésentériques renfermaient des noyaux caséeux et crétacés. Sur le moment, nous fûmes convaincus tous trois que nous étions en présence d’une belle tuberculose développée par l’expérimentation, mais l’examen microscopique que nous fîmes, de concert avec M. Cornil, nous révéla la véritable nature des altérations que nous avions constatées.

Quant aux tubercules provoqués sur des lapins à la suite de l’inoculation de substances étrangères à la tuberculose, il y a à faire une distinction importante. Des expérimentateurs, M. Lebert entre autres, ont inoculé du tubercule infiltré en lui donnant un autre nom et une autre signification, et ils ont obtenu les mêmes effets qu’en inoculant du tubercule sous forme de granulation. Mais ce produit pathologique ne change pas de nature en changeant de nom. Qu’on l’appelle pneumonie ca-

VIUÆM1N.

tarrhale, caséeuse, tuberculeuse, épithéliale, disséminée et chronique, il n’en est pas moins une manifestation de l’agent étiologique de la tuberculose, tout comme la granulation tuberculeuse elle-même, et, comme cette dernière, il reproduit la maladie d’où il émane. L’inoculation devient alors un argument péremptoire en faveur de la nature tuberculeuse du produit pathologique que, depuis Laennec, on appelait tubercule infiltré, et que des tentatives récentes voudraient distraire de la tuberculose.

Les divers produits pathologiques avec lesquels nous avons pratiqué des inoculations ont été : 1° du pus de plusieurs provenances ; 2° du cancer ; 3° de la matière caséeuse des tubercules vermineux du mouton ; 4° de la pneumonie et des pseudomembranes pultacées de typhoïques.

1° tin lapin inoculé à plusieurs reprises, d’abord avec du pus phlegmoneux, puis avec du pus d’anthrax, enfin avec de la matière de psorentérie venant d’un cholérique, a donné au bout de deux mois un résultat négatif.

2° Deux lapins inoculés avec du cancer fibreux n’ont pas offert de traces de tubërcules au bout de deux mois et douze jours. L’un d’eux présenta à l’autopsie trois ou quatre foyers

purulents dans les reins seulement.

Deux autres lapins inoculés avec du cancer mou (enCéphâloïde) généralisé dans les poumons, la rate, les reins, etc, , d un homme atteint d’une tumeur volumineuse au bras, n’ont rien offert de particulier après un mois et vingt-trois jours.

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Un chien inoculé avec du cancer n’a rien offert à signaler après deux mois et demi. , .

5° Une première série de deux lapins inoculés avec des tubercules vermineux de mouton et de la matière ganglionnaire caséeuse du même animal, n a donné aucun résultat après deux mois.

Bans une deuxième série, trois gros lapins, inoculés. trois fois avec des pseudo-tubercules pulmonaires, provoqués par des strongles chez des moutons, n’ont offert aucune trace de tuberculose après deux mois et dix jour s. Nous avions pris la précaution de maintenir la plaie d’inoculation fermée par une suture.

Enfin trois jeunes lapins d une troisième série, inoculésdeux fois avec la même substance et les mêmes précautions que dans la deuxième série, ont aussi donné un résultat négatif au bout de deux mois moins quatre jours.

4° Deux lapins inoculés avec des noyaux de pneumonie en résolution et des pseudo-membranes pultacées provenant de la plèvre d’un homme mort des suites d’une fièvre typhoïde, n’ont rien présenté après un mois et sept jours d’inoculation.

Les expériences que nous venons de rapporter nous semblent suffisantes pour établir que la tuberculose est inoculable de P ho mine à certaines espèces animales, et des animaux à d’autres animaux de la même espèce et d’espèces différentes. Elle est inoculable, non-seulement avec, le produit de la lésion caractéristique, mais aussi avec la sécrétion bronchique et le sang, à la façon des maladies virulentes les mieux caractérisées. Nous avons surtout employé le lapin dans nos expérimentations

pour des raisons qu’il est facile de comprendre. Il fallait, avant toute chose, posséder un animal apte à devenir tuberculeux, et le lapin, ainsi que le cochon d’Inde, réalisent cette condition. Ces animaux sont un réactif sensible à l’agent étiologique de la phthisie. Mais il fallait aussi un animal facile à se procurer, à nourrir et à loger. Chez le chien on fait aussi naître assez facilement la tuberculose par l’expérimentation, mais il est d’un usage moins commode sous tous les rapports, et nous n’aurions pu en user avec autant de prodigalité que nous l’avons fait pour le lapin. Nous savons mieux que personne que nos expériences recevraient un complément très-brillant par des inoculations entreprises sur les singes et les individus de l’espèce bovine, que l’aptitude à la tuberculisation indique naturellement comme des sujets avantageux d’expérimentation. Mais les premiers sont difficiles à avoir, et les seconds exigent, pendant plusieurs mois, une installation et un entretien que l’amour de la science seul est impuissant à procurer.

On nous a alors objecté que le lapin est trop souvent tuberculeux naturellement pour servir à des expériences sur la tuberculose. Nous ne savons sur quelle autorité repose la croyance à la fréquence si extraordiriaire de la tuberculisation du lapin; nous n’avons rien trouvé en faveur de cette opinion, ni les médecins vétérinaires, ni les physiolo-

gîstes, qui usent si largement de cet animal, ne la confirment non plus. Mais quoiqu’il en soit de cette assertion, il faudrait faire la part du hasard bien grande pour lui attribuer tous les résultats de nos expériences, car, outre leur nombre considérable qui devient un argument puissant, nous croyons, en outre, les avoir mises à l’abri d’une telle objection en opérant, dans bien des cas, sur des séries comparatives d’animaux. Nous pourrions ajouter en plus, que si le hasard nous avait placé sous la main des lapins déjà tuberculeux, chaque fois que nous les avons inoculés, il aurait réalisé un véritable miracle en nous fournissant invariablement des animaux parvenus à un degré de phthisie toujours en rapport avec le temps auquel remontait l’inoculation.

Ce qui a pu faire admettre la fréquence de la tuberculose, chez les lapins, c’est F existence presque constante chez ces animaux de lésions qui ont plus ou moins de ressemblance avec le tubercule. C’est en première ligne les nodules grisâtres, jaunes et caséeux qu’on rencontre dans le foie, et qui sont dus à la présence de ces corps singuliers, semblables à des œufs d’helminthes, auxquels on a donné le nom de corps oviformes. Presque tous les lapins possèdent aussi, appendues à leur péritoine, des poches cystiques contenant souvent une matière blanche crayeuse, que l’on a assimilée à la

m LA TUBERCULOSE EST INOCULABLE.

matière tuberculeuse , sous l’influence des idées de spécificité qui ont régné sur le compte de cette matière. De là on a conclu que le péritoine de ces animaux surtout était très-souvent tuberculeux.

Sans être aussi fréquente qu’on l’a supposé gratuitement, la tuberculose doit pourtant se rencontrer quelquefois chez le lapin; autrement, son inoculation ne donnerait aucun résultat. Car la condition' absolument indispensable pour qu’une substance virulente, quelle qu’elle soit, puisse reproduire la maladie d’où elle émane, c’est que son inoculation se fasse sur une espèce animale capable d’offrir la manifestation naturelle de cette même maladie. Si l’organisme du lapin était réfractaire à la tuberculose, c’est en vain que nous aurions essayé de la provoquer. Choisir pour sujets d’expérimentation des animaux chez lesquels la phthisie ne s’observe jamais, c’est vouloir tenter l’impossible.

Est-ce que, pour croire à la transmissibilité de la morve, on devra l’inoculer aux ruminants, aux carnassiers, qui ne sont jamais morveux? La syphilis va-t-elle cesser d’être inoculable à l’homme parce qu’on ne pourra la développer chez les animaux? Fàudra-t-il ne plus considérer la clavelée comme une maladie virulente en raison de ce que le mouton seul est apte à la contracter? L’inoculabilité

de la variole sera-t-elle mise en doute parce que les chats, les oiseaux, etc., y sont réfractaires? f

Si la phthisie tuberculeuse est bien réellement une maladie spécifique, elle doit, comme toutes les affections de même nature, se restreindre à un nombre limité d’espèces zoologiques, ou au moins se montrer de préférence sur certains animaux, semblable en cela à la syphilis, à la morve, à la variole, à la rougeole, à la scarlatine, à la fièvre typhoïde, à la clavelée, au typhus des hôtes à cornes, etc., etc. C’est ce qui a lieu en effet.

Nous avons fait voir, dans l’Étude précédente, qu’en dehors de l’homme, il n’y a guère que le singe, la vache, le lapin, et quelques rongeurs analogues, et peut-être le chien, qui offrent des exemples incontestables de phthisie; que les soidisant tubercules trouvés sur la plupart des autres espèces, sont, en grande partie, des lésions déterminées par des parasites ou indirect ement provoquées par eux.

Bien loin donc de choisir des animaux qui ne sont jamais phthisiques, pour démontrer l’ inocula bili té de la tuberculose, et étudier les problèmes qui s’y rattachent, on doit, au contraire, expérimenter sur des espèces reconnues aptes à reproduire spontanément les manifestations de cette maladie; il n’y a pas à espérer réussir sur d’autres, et la spécificité de l’affection se confirme par cette par-

ticularité commune avec les autres maladies virulentes.

Plusieurs observateurs ont nié, dans le principe, l’inoculabilité de la tuberculose en se fondant sur Pinsuccès de leurs propres tentatives. Ces assertions ne se sont produites que timidement et se sont évanouies devant les témoignages plus nombreux qui sont venus confirmer notre découverte. Comme dans l’inoculation de toute espèce de virus, on ne saurait prétendre réussir à coup sûr et dans tous les cas ; les insuccès n’infirment en rien la règle del’inoculabilité.Mais nous avons été étonné, cependant, que des résultats aussi constants et aussi nombreux que ceux que nous avons obtenus sur les lapins, par exemple, 'aient fait défaut à d’autres personnes expérimentant comme nous. Il y a lieu de croire que les expériences n’ont pas été accomplies dans des circonstances identiques à celles qui ont présidé à nos opérations, soit du fait de la matière inoculée, soit du fait du manuel opératoire.

On a aussi voulu prétendre que d’autres substances étrangères à la tuberculose étaient capables de faire naître des tubercules. On s’est appuyé sur des expériences dont les résultats doivent être- soigneusement distingués les uns des autres ; ils se rapportent à trois ordres de faits complètement distincts :

1° On a inoculé le tubercule infiltré, en lui donnant le nom de pneumonie catarrhale, caséeuse, disséminée et chronique, et l’on a obtenu des résultats analogues à ceux que donne le tubercule sous forme dé granulation. Mais, comme nous l’avons déjà dit, il ne suffit pas de changer le nom d’un produit pathologique pour en changer la nature. Nous avons démontré anatomiquement et cliniquement que cette* soi-disant pneumonie était bel et bien une lésion tuberculeuse, et il n’y a pas lieu, par conséquent, de s’étonner que son inoculation produise .indifféremment ou des granulations ou des masses infiltrées, tout comme la granulation elle-même. Nous avons nous même établi une série d’expériences, relatées au paragraphe 9, dont les résultats confirment précisément les interprétations que nous avons données, touchant cette forme anatomique du tubercule, et qui sont développées dans les treizième et quatorzième Études.

2° D’autres produits pathologiques provenant de sujets non tuberculeux, auraient amené quelques granulations, au dire de quelques personnes, mais cela 'serait arrivé à des expérimentateurs qui ont déclaré avoir rencontré très-souvent des tubercules spontanés chez les lapins dont ils se sont servis. Ce qui tend à faire croire qu’ils ont pris les pseudo-tubercules du foie de ces animaux pour

des lésions ressortissant à la tuberculose ; et comme il y a bien peu de lapins qui n’aient pas de ces altérations, la méprise a dû être fréquente. Nous ne pouvons toutefois nous préserver d’un certain étonnement, en voyant que, parmi les personnes qui ont prétendu dernièrement que toute espèce de produit pathologique pouvait faire naître des tubercules par inoculation, il s’en trouve qui ont affirmé pendant longtemps n’avoir jamais pu réussir a les provoquer avec le tubercule lui-même. Ce retour de fortune ne laisse pas que d’être un peu surprenant.

5° Enfin, on a voulu amoindrir la valeur de notre découverte, en nous opposant certaines expériences qui n’ont absolument rien de comparable, ni dans leur modus faciendi , ni dans leurs effets. Nous voulons parler des expérimentations diverses, au moyen desquelles on a déterminé des embolies ou des coagulums dans les petits vaisseaux du poumon, suivis de petits infarctus ou de noyaux de pneumonies, mécaniquement provoquées.

Il y a déjà longtemps queM. Cruveilhier avait fait naître des lésions pulmonaires circonscrites, imitant les tubercules, en injectant du mercure dans les bronches. MM. Cornil et Trasbot sont arrivés à des résultats semblables en injectant dans la trachée des chevaux de l’essence de térébenthine ou

de la poudre d’euphorbe ; M. Béhier (1) avait produit quelque chose d’analogue, en injectant de la graisse dans les veines auriculaires des lapins. M. Damaschino (2) a obtenu les mêmes résultats en introduisant, dans lés veines jugulaires, des graines d’un certain volume. Par ùn autre mécanisme, M. Denkowsky a produit des coagulums qui ont été suivis des mêmes effets que les embolies (3). Enfin, M. Lebert (4) a reproduit à peu près toutes les conditions que nous venons d’indiquer, en injectant des poussières dans les bronches et les vaisseaux. Il a aussi injecté du pus, que l’on sait agir de même dans les capillaires du poumon. Mais qu’v a-t-il de commun entre ces lésions locales, mécaniques, et cette infection générale de l’organisme, survenant après l’inoculation et amenant la mort par le marasme ? Peut-on comparer l’injection de substances pulvérulentes dans les bronches et les veines à une inoculation, c’està-dire au dépôt, dans une plaie qui ne saigne même pas, d’une parcelle de substance pathologique ?

Voilà donc toute une classe d’altérations, nais-

. (1) Béhier, cité par Peter. Thèse d’agrégation; 1866.

(2) Damaschino, cité par Roustan, lococit.

(5) Denkowsky, Zur Etiologie der grauen miliar Tuberkels (Centralblatt, n! 3, 1865).

(4) Lebert, Communication au Congrès médical international de

sant de l’obstruction vasculaire, qui va venir faire partie de la tuberculose, cette maladie générale, infectieuse, par excellence. Et il faudra aussi y joindre toutes les lésions vermineuses.; nées de l’irritation pulmonaire provoquée par les parasites de toutes espèces? Mais en vérité, il faudrait vouloir nier l’anatomie pathologique pour faire de la phthisie une maladie du poumon .

La tuberculose n’a rien de comparable à elle que les maladies virulentes. On nous a reproché d’avoir « créé d’un seul coup deux difficultés : la première qui est d’établir l’existence du principe virulent, la seconde d’expliquer comment il engendre la matière tuberculeuse (1). » Nous répondrons qu’il n’est pas plus possible d’expliquer comment le virus tuberculeux engendre le tubercule, que dire comment le virus syphilitique produit la gomme et le virus morveux la granulation morveuse. Les rapports entre un phénomène quelconque et sa cause se constatent et ne s’expliquent point. Quant à la démonstration de l’existence de ce principe morbide, ellene peut consister, comme celle de tous les virus, que dans l’inoculation ellemême. Les virus ne se révèlent à nous que par leurs effets. Or, on a l’habitude, je crois, de considérer comme une matière virulente toute sub-

(1) Colin, loco cil.

stance . pathologique qui, introduite en faible quantité dans un organisme, y détermine des lésions constantes, et s’y; retrouve, au bout d’un certain temps, en proportions plus considérables dans des points forts divers et fort éloignés, comme si elle s’était multipliée à la façon des parasite-s. Ces conditions sont incontestablement applicables à la matière tuberculeuse. Quelle que soit l’explication qu’on donne du fait, il faut se résigner à l’admettre et ranger la tuberculose parmi les affections dont on attribue l’existence à un germe morbide, capable de se multiplier dans l’économie, et que pour cette raison on a appelées maladies zymotiques .

Nous ne nous arrêterons pas davantage aux objections qu’on nous a opposées; nous croyons inutile aussi d’insister sur les preuves qui assimilent la maladie née de l’inoculation du tubercule à la tuberculose, telle qu’on l’observe chez l’homme.

La lecture des nombreuses observations que nous avons rapportées suffira pour se convaincre de la parfaite identité entre la tuberculose provoquée et la tuberculose survenue naturellement.

Nous n’ajouterons plus que quelques mots sur diverses particularités de la tuberculose des animaux, sur le mode opératoire que nous avons mis en usage dans nos inoculations et sur quelques phénomènes qui ont suivi cette opération.

Il ne faudrait pas s’attendre à retrouver , toutes

les particularités offertes par le tubercule de l’homme chez les autres espèces animales. La façon dont ce produit pathologique se comporte varie un peu selon les organismes, qui sont variables eux mêmes dans la- structure de leurs organes et leur mode de réaction. Nous avons déjà fait voir que le tubercule de la vache présente certains caractères qui ont conduit quelques observateurs à douter de son identité avèc celui de l’homme, quoique cependant l’analogie se retrouve dans les caractères fondamentaux.

Chez les animaux, les tubercules ne semblent pas avoir de prédilection marquée pour le sommet des poumons. La conformation de ces organes est, du reste, si différente de celle des poumons de 1 homme, qu’on n’a pas de peine à s’expliquer ce fait. Chez les lapins et les chiens, chaque poumon est profondément déchiqueté en trois lobes dont l’inférieur, le plus volumineux, semble posséder la plus grande activité fonctionnelle.

Comme chez 1 homme, toutefois, les tubercules siègent assez généralement sous la plèvre, tout en occupant cependant l’intérieur du parenchyme pulmonaire.

On peut assister, dans beaucoup de cas, à la formation des tubercules et constater que le phénomène initial est un point de congestion vive* là où apparaissent les granulations dont quelques-unes

conservent une aréole rouge, vasculaire, qui leur forme une sorte de halo. Cette particularité permet de se rendre compte du mécanisme des hémoptysies.

Les tubercules des séreuses provoquent rarement des inflammations consécutives chez les lapins et les chiens ; c’est à peiné si, dans quelques cas, leur présence détermine une légère sécrétion de sérosité ; ces membranes se montrent, comme le poumon, d’une sensibilité moins grande que celles de l’homme à cette cause d’irritation. Cependant les plèvres adhèrent quelquefois par d’abondantes fausses membranes celluleuses et lâches, coiffant les poumons dans toute leur étendue. M. le docteur Lée nous en a montré un très-bel exemple chez un lapin inoculé, et qui rappelait entièrement ce qu’on observe chez l’homme, en pareille circonstance. Les granulations tuberculeuses de la plèvre sont généralement plus abondantes, chez le lapin, dans la portion diaphragmatique qu’ ailleurs ; celles qui siègent sur la plèvre costale sont presque toujours aplaties, lenticulaires et relativement volumineuses. Dans les séreuses péritonéales, chez le même animal, c’est surtout sur l’épiploon et le mésentère que l’on trouve des granulations, le péritoine pariétal est habituellement indemne,

Les reins sont beaucoup plus souvent que chez l’homme un siège de prédilection, ainsi que la rate.

Chez le lapin, nous avons pu suivre la marche de la tuberculose, et voir qu’elle se comporte absolument comme chez l’homme . Il y a des phthisies chroniques, ordinairement localisées dans les poumons, dont nous n’avons pas attendu le dernier terme, il est vrai, mais qui vraisemblablement auraient conduit à la mort avec lenteur. D’autres tuberculisations, au contraire, se sont rapidement généralisées, en portant une profonde atteinte à l’économie, et ont fait succomber les animaux dans un espace de temps très-court.

Nous avons observé sur plusieurs lapins des éraillures à la peau, accompagnées de la chute des poils, des croûtes, et chez l’un d’eux, un ulcère assez profond. Ces lésions avaient été notées par MM. Herard et Corail, et nous en avons cherché l’explication. Nous les croyons indépendantes de la tuberculose jusqu’à un certain point. Elles nous ont paru être la conséquence des blessures que les animaux se font mutuellement. Dans les batailles qu’ils se livrent, les individus phthisiques reçoivent des griffures, des morsures suivies de conséquences qu’on n’observe pas chez les animaux sains. Cette interprétation nous paraît être justifiée par l’absence de lésions semblables chez les individus isolés, et par la guérison sans retour de croûtes multiples et assez étendues, chez ceux que nous avons séparés. Cependant nous avons observé, sur

un chien, une affection cutanée ayant l’aspect d’un impétigo, et qui, survenue au moment où cet animal maigrissait beaucoup, pourrait être regardée comme une véritable manifestation de la tuberculose.

Dans le principe, comme nous ne savions pas à quel degré de son évolution le tubercule était le plus propre à l’inoculation, nous prenions toujours la matière à inoculer dans deux granulations, l’une grise, et l’autre plus ou moins ramollie ; plus tard nous n’avons plus pris cette précaution. Mais l’expérimentation nous a appris que la substance tuberculeuse ramollie, caséeuse, est plus avantageuse que celle qui est grise, transparente et dure. Nous serions même tenté d’attribuer nos insuccès à ce que la matière inoculée provenai t de tubercules d’une évolution trop peu avancée.

Avec, un bistouri à lame étroite, nous faisons une petite ponction sous-cutanée, en enfonçant un peu F instrument parallèlement à la peau, de manière à former une espèce de godet ; nous insinuons ensuite dans la plaie un petit fragment de substance tuberculeuse que nous enfonçons de manière à ce qu’elle ne s’échappe pas. Sur les lapins, nous avons toujours choisi la base de l’oreille pour lieu d’inoculation; chez les chiens nous avons pris le ventre ou le dedans des jambes, là où la peau est le plus fine et peu garnie de poils.

VILLEMIN

Les phénomènes locaux qui ont résulté de cette petite opération ont été les suivants : Les deux ou trois premiers jours il n’y a rien d’apparent; la piqûre d’inoculation se ferme en se recouvrant d’une petite croûte ; on ne sent rien au-dessous, mais ordinairement vers le troisième ou quatrième jour, surviennent un peu de rougeur, de chaleur et de tuméfaction qui disparaissent trois ou quatre jours après; on perçoit ensuite sous la piqûre une petite nodosité se déplaçant avec la peau qui la recouvre; elle donne tout à fait la sensation du ehancrè induré du prépuce. Cette nodosité se forme quelquefois sans qu’il v ait eu rougeur ni gonflement antérieurs apparents, puis elle grossit progressivement, et, après un temps plus ou moins long, il se fait parfois un pertuis à. la peau par lequel s’échappe une matière caséeuse. La petite ouverture peut se fermer ensuite, le nodule s’affaisse légèrement, mais au bout de quelque temps, il reparaît pour se vider encore. La nodosité atteint quelquefois un volume considérable, celui d’une noisette, d’une petite noix ; ceci a lieu surtout dans les inoculations de lapin à lapin. Lorsqu’on incise cette tumeur, là coupe représente un gros tubercule développé dans le tissu cellulaire sous-cutané ; autour de la masse principale* on voit un certain nombre de petites granulations miliaires, jaunâtres, qui s’infiltrent même souvent assez loin dans le tissu conjonctif in-

termusculaire; plusieurs s’agglomèrent et forment des nids. Le tissu cellulaire, au milieu duquel les granulations sont développées, est habituellement rougeâtre, injecté, souvent épaissi et lardacé.

La structure et l’évolution de ces tubercules du tissu conjonctif sous-cutané sônt les mêmes que celles des tubercules pulmonaires.

Les ganglions lymphatiques, en communication avec lés points d’inoculation, se tuméfient habituellement, se parsèment de granulations et de nodules de grosseur variable ; ils se convertissent même parfois entièrement en une masse caséeuse. Les vaisseaux lymphatiques, qui les relient au tubercule local, ont souvent leurs parois infiltrées de tubercules et forment ainsi un cordon solide, noueüx, analogue à celui que l’on voit assez fréquemment sur les chylifères des phthisiques. Nous avons comparé cette altération à la corde farcineuse observée chez le cheval morveux.

Les phénomènes que nous venons de décrire s’observent surtout chez le lapin et le cochon d’Inde. Chez le chien les tubercules d’inoculation arrivent aussi habituellement à de grandes dimensions et s’ulcèrent ; mais, ces animaux se léchant, continuellement, enlèvent les parties ramollies au fur et à mesure qu’elles se forment*

Lorsqu’on inocule le contenu des cavernes pulmonaires, il se montre septicémique et fait mourir

les lapins, avec une tuméfaction érysipélateuse étendue, comprenant toute la tête et le cou. Ce

fait n’a pas lieu de surprendre lorsqu’on réfléchit

que les cavernes représentent des plaies en communication avec l’air par les bronches, et disposées le plus avantageusement possible pour les fermentations de toutes sortes.

M. G. Colin croit que la matière tuberculeuse, trouvée au lieu de l’inoculation au bout de plusieurs mois, est un reliquat de la substance qu’on y a mise ; il admet cependant qu’il n’est pas improbable « que cette matière importée puisse s’accroître au lieu où elle a été déposée, comme si elle s’y était spontanément développée (1). » Cette explication est difficilement acceptable. Quand l’inoculation se pratique avec du tubercule, et qu’à la place où l’on a déposé une parcelle de matière, de la grosseur d’une tête d’épingle, on en retrouve quelquefois le volume d’une petite noix, sous des aspects qui indiquent des degrés variables d’évolution, on ne peut s’empêcher d’admettre que l’agent tuberculeux contamine les tissus avec lesquels il est mis en contact. La marche de cette infection, locale d’abord, peut se suivre dans les ganglions et même dans les vaisseaux lymphatiques intéressés par les tubercules d’inoculation. Les cordons

(l) G. Colin, loco cit.

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solides, jaunâtres, que forment ces canaux pourraient en imposer pour des lymphatiques charriant de la matière tuberculeuse ; mais les parois de ces vaisseaux sont infiltrées de granulations,, elles sont malades comme dans cette même altération produite par la morve et connue sous le nom de corde farcineuse. La matière tuberculeuse siégeant au lieu de l’inoculation, dans le tissu cellulaire, dans les tuniques des vaisseaux lymphatiques, dans les ganglions, est déjà, dans certains cas, à elle seule, au centuple de celle qui a été mise dans la plaie. Quand on inocule des crachats et du sang surtout, et qu’à la placé où ont été déposés ces liquides, on trouve des masses tuberculeuses considérables, on n’a pas affaire, je suppose, à la substance inoculée.

L’inoculation du tubercule n’agit pas par la matière visible et palpable qui entre dans ce produit pathologique, mais en vertu d’un agent plus subtil qui s’v trouve contenu et qui échappe à nos sens.

Quelque effort qu’on fasse pour s’en défendre, on ne saurait s’empêcher de voir, entre la tuberculose et les maladies virulentes, les analogies les plus frappantes. Car nous savons parfaitement que les substances inoculables ne sont pas les virus euxmêmes, mais qu’elles ne sont que les effets et les réceptacles de ces agents morbides.

dix-septième étede

L’organisme ne peut créer de virus. - Le virus n’est pas la lésion, il en est la cause - Rapprochements entre les virus et les parasites. - Spontanéité et contagion des maladies virulentes. - l Jj 0r^“e “e multiplie pas les virus, il leur sert seulement de milieu.- Si la génération spontanée s’applique aux virus, elle a lieu en dehors de 1 économie. — Preuves historiques infirmant la création spontanée des maladies virulentes. - Conditions favorables à la multiplication des virus. — De l’aptitude organique. — De la prophylaxie de la tuberlose.

§ 1 . — Nature probable des virus.

La tuberculose est inoculable, voilà maintenant un fait incontestable. Désormais cette affection devra se placer parmi les maladies virulentes , à côté de la morve-farcin, sa plus proche voisine dans le cadre nosologique. Cette découverte, venant tout à coup confirmer, delà façon la plus péremptoire, les soupçons que depuis longtemps nous inspirait 1 étude suivie de ce mal, nous a été une des plus vives joies que nous ayons jamais ressenties. La vérité passionne ceux qui l'aiment, et quoique nous dussions nous défendre de pareils sentiments, capables de nous égarer dans nos enquêtes scientifiques et de

troubler notre jugement, nous n’avons pu réprimer un moment d’enthousiasme quand nous sommes venu annoncer à l’Académie de médecine la prise de possession du fait que nous venions de découvrir.

La phthisie, disions-nous, n’est-elle pas la plus meurtrière des affections? Elle sévit à tous les âges, elle moissonne dans toutes les saisons; c’est un fléau permanent qui décime le genre humain sans trêve ni merci,: et la rigueur de ses coups est d’autant plus terrible et affligeante que c’est à la plus belle, à la plus précieuse époque de la vie, à l’âge de la force, delà production, qu’il exerce de préférence ses effroyables ravages. Dès les vingt à vingt-cinq premières années de la vie adulte, la phthisie a déjà enlevé à elle seule le dixième de cette population. De quinze à trénte ans, près de la moitié des décès sont son œuvre (Bertillon). Plus dé 160,000 individus, en France, sont la proie annuelle de cet agent dévastateur ; dans notre seul et beau pays, à chaque jour de l’année;, la phthisie couche dans la bière 440 victimes.

Qu’est le choléra, à côté de cette fatale maladie, et à l’immensité d’un pareil mal qu’avons-nous à opposer? Jusqu’alors on peut dire que la tuberculose est absolument incurable, il n’y a pas d’illusion à avoir. Chaque année voit éclore des remèdes nouveaux, chaque année grossit le nombre de nos déceptions à ce sujet. Mais si nos ressources sont

COROLLAIRES

vaines quand le mal a pris possession de l’organisme, sommes-nous absolument sans moyens pour l’en préserver? A cela nous répondrons que nous avons l’ardente et consolante conviction que nous pouvons atténuer, dans une immense mesure, les ravages de ce fléau . Quelles que soient les objections théoriques qu’on puisse nous faire, le temps presse; nos idées, croyons-nous, méritent considération, voici sur quoi elles se fondent :

Nous avons longuement insisté, dans la première partie de cet ouvrage, sur cette vérité que l’organisme ne crée rien qui ne soit une traduction de la propriété de ses éléments. Tout phénomène morbide n’est que la mise en activité de la réaction physiologique de nos tissus, de nos organes. Les actes par lesquels s’exprime la maladie ne sont pas pathologiques en eux-mêmes, ils ne le sont que par les circonstances accessoires de temps et de lieu où ils se produisent. Pour donner naissance à une réaction vitale, qu’elle soit normale ou morbide, il faut de toute nécessité l’intervention d’un agent provocateur, déterminant quelconque.

11 ne se crée rien, dans l’organisme et par l’organisme, qui ne soit le résultat d’une sollicitation extérieure aux éléments vivants, et qui ne soit en même temps un produit de leur activité normale. Conséquemment, quand nous constatons dans l’économie des substances aussi particulièrement

spéciales que les virus, nous avons tort de croire que c’est l’organisme qui les a fabriquées. Non, mille fois non. Les tissus de l’homme ne peuvent pas plus faire des virus qu’ils ne peuvent faire des venins. Excitez, tourmentez, provoquez par tous les moyens, toutes les substances possibles, un organisme animal quelconque; débilitez-le, exténuez-le, privez-le de toutes façons, les éléments qui le composent ne changeront en rien dans leurs modes de réactions. Les réactions sont des propriétés immuables; elles peuvent se modifier en intensité, elles peuvent, se supprimer, mais, elles sont invariables dans leur essence. La création des virus n’étant un acte biologique inhérent à aucune des parties élémentaires du corps, ne peut, conséquemment, dans aucun cas, s’effectuer par elles, quelles que soient les conditions dans lesquelles elles se trouvent.

Et cependant, quand on introduit d’un organisme dans un autre une goutte de sérosité vaccinale, une goutte de pus varioleux ou chancreux, un fragment de matière tuberculeuse, etc., on reproduit dans le sujet inoculé une multitude de lésions, disséminées dans toute Téconomie, et analogues à celle qui a fourni la matière inoculable, ce qui prouvé que la substance virulente s’est centuplée dans l’organisme. Oui, cela est incontestable. Mais pourquoi conclure que c’èst l’organisme lui-même qui

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a opéré cette multiplication, quand toutes les lois, de la physiologie s’y opposent? Quand quelques trichines, entrées dans l’intestin, se retrouvent par myriades dans les muscles, est-ce l’économie qui a créé les trichines? Quand les bactéridies foisonnent dans le sang des animaux atteints de charbon, les regardons-nous comme un produit de l’organisme? Quand l’acarus sillonne toute la surface de notre épiderme, sont-ce nos tissus qui l’engendrent? Non. Dans tous ces cas, notre organisme ne joue d’autre rôle que celui d’un milieu. Les virus, comme les parasites, se multiplient eux-mêmes et par eux-mêmes, nous ne leur fournissons que les moyens de vivre et de se reproduire, jamais nous ne les créons.

Nous ne serons pas les premiers à comparer les virus aux parasites, mais qu’on nous permette de faire ressortir combien cette comparaison est fondée.

Établissons d’abord une distinction fondamentale entre le virus et la substance qui le récèle et qui est, elle, un produit de l’organisme né des sollicitations du virus lui-même. Le virus varioleux est contenu dans le pus de la pustule, mais ce pus n’est pas le virus; l’un est l’effet de l’autre. Le pus est une production propre à l’organisme qui s’engendre par l’opération toute physiologique de la prolifération cellulaire , sous l’influence des

irritations les plus variées. Le virus est une chose étrangère à l’économie, au contraire, et qui dans la variole est l’agent provocateur de la formation pustuleuse, comme pourrait être, par exemple, le tartre stibié. Il en est de même de l’induration chancreuse, de la granulation tuberculeuse, etc. Ce sont là des effets du virus, mais non le virus luimême. Il ne faut pas plus confondre les lésions anatomiques des maladies virulentes avec les virus qui les provoquent, que les altérations parasitaires avec les parasites dont elles dérivent. La granulation tuberculeuse est aussi distincte du virus tuberculeux que la granulation vermineuse du strongle filaire du mouton est différente des larves du nématoïde qui sont contenues dans son intérieur.

Le rapprochement que l’on a établi entre les virus et les parasites n’a rien que de très-fondé. Sans doute il restera à l’état d’hypothèse tant que nous ne serons pas parvenus à reculer assez loin le champ de notre vision de manière à constater les parasites virulents, s’ils existent; mais nos opérations intellectuelles sont toutes plus ou moins fondées sur les analogies et les différences que les choses inconnues offrent avec celles qui nous sont connues. Jadis nous avions borné le monde aux limites de notre vue, les instruments grossissants sont venus nous révéler l’existence de créations infinies que nous ne soupçonnions pas. Allons-

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nous maintenant déclarer le néant là où la puissance de nos instruments est arrêtée? Il n’v a pas de limites dans le temps ni dans l’-espace.

Il fut un temps, peu éloigné de nous encore, où la gale était attribuée au virus psorique ; auj ourd’hui la voilà dans les affections parasitaires. Les travaux récents de M. Davaine viennent de faire rentrer le charbon dans la même classe de maladies. En dehors de ces faits, bien propres à éveiller l’attention , nous voyons entre les virus et les parasites les analogies les plus nombreuses et surtout les plus complètes (1).

Comme les parasites, les virus introduits dans un organisme s’y multiplient d’une façon extraordinaire, cette particularité a été comparée avec raison à une fermentation, et de ce rapprochement est né le nom de maladies zymotiques , donné aux affections virulentes ; or, les admirables travaux de M. Pasteur ont précisément démontré que les transformations, les dédoublements, les réductions, etc., qui se passent dans les fermentations, sont le résultat d’organismes parasitiques, différents selon les milieux fermentescibles. Sans qu’ils s’en doutent, les observateurs qui ont les premiers comparé les virus aux ferments les ont assimilés aux parasites.

(1) Voyez Chauffard : De la spontanéité et de la spécificité dans les maladies. Paris, 1867.

Tous les parasites, depuis les animaux grossièrement palpables qui forment la vermine pédiculaire, les helminthes de toutes sortes, jusqu’aux organisations microscopiques les plus tenues, sont remarquables par ce fait, qu’ils ne vivent ou au moins ne se reproduisent que dans des milieux déterminés et toujours très-peu variables. Le pou de l’homme ne saurait se perpétuer sur le chien, celui du chat n’est pas le même que celui des oiseaux, etc. L’aearus de beaucoup d’animaux ne peut donner la gale à l’homme. Le strongle filaire est spécial au mouton. Le ferment acétique ne pullule que dans le vin, le ferment alcoolique a besoin d’une substance sucrée pour se développer, etc., etc. Et les maladies virulentes, comme nous l’avons vu dans notre quatorzième Étude, sont toujours limitées à un nombre restreint d’espèces zoologiques. Les virus se comportent donc d’une façon absolument semblable à celle des parasites.

Une autre analogie entre les parasites et les virus consiste dans la variabilité des aptitudes que présentent les individus à recevoir les uns et les autres. On voit certaines personnes s’étonner de cës différences de réceptivité, à propos des maladies virulentes, et elles s’autorisent de ces faits pour placer toute la maladie dans les qualités individuelles des organismes atteints. Cela a été et cela est encore une des grandes raisons que font valoir

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les personnes qui combattent la contagiosité de telle ou telle maladie. Mais ne voyons-nous pas le fait se produire tous les jours, même pour des parasites dont les dimensions ne permettent pas d’alléguer la moindre complication ? Certains enfants sont tellement aptes à la maladie pédiculaire que les soins de propreté les plus minutieux ne les en préservent pas; d’autres, au contraire, semblent ne pouvoir servir de terrain aux poux. Selon Moquin-Tandon, le morpion est exclusif à la race blanche. Même observation à propos des vers intestinaux; dans des conditions d’existence entièrement identiques, des enfants sont dévorés par les entozoaires que les antihelminthiques répétés n’empêchent pas de reparaître, tandis que d’autres n’en ont jamais. N’a-t-on pas décrit une constitution psorique? Il y a plus, c’est que dans les maladies virulentes, comme dans les affections parasitaires, on trouve une aptitude manifeste qui tient à l’âge des sujets. Les poux et les vers intestinaux sont l’apanage de l’enfance. Les lombrics, entre autres* sont surtout fréquents de trois à dix ans. La teigne se développe particulièrement dans l’enfance et la jeunesse. La gale appartient à l’adolescence et à la jeunesse. Le veau a Un parasite pulmonaire du genre s tr ongle qu’on ne retrouve plus chez le bœuf ni la vache.

De même nous voyons la rougeole* la scarlatine

DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 607 et même la variole principalement dans le jeune âge, la tuberculose sévit surtout de quinze à trentecinq ans, ainsi que la fièvre typhoïde. La suette, selon M. Rayer, est particulièrement fréquente de vingt à quarante ans. D’une façon générale, les maladies parasitaires et les maladies virulentes deviennent rares à un âge avancé.

§ 2. — De la [ spontanéité et de la contagiosité des maladies virulentes.

Quoi qu’il en soit de ces analogies qui frappent tout le monde, nbordons une des questions les plus importantes de la pathogénie des maladies virulentes; ce que nous avons à en dire s’appliquant à la tuberculose comme à tout autre.

On admet généralement pour ces affections deux modes de génération: 1° la contagion, et 2° la spontanéité. Certains esprits, selon les idées théoriques qui les guident, ont une tendance à généraliser l’une ou l’autre de ces sources étiologiques. Quelques-uns se retranchent dans un prudent éclectisme. Il faut reconnaître que la médecine n’a pas de problèmes plus importants à résoudre que celui qui se rattache à cette question de la spontanéité des maladies zymotiques. La tuberculose en particulier, par ses ravages si extraordinairement considérables, demande peut-être plus que toute autre que la vérité soit mise au jour. On

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nous pardonnera donc d’essayer de poser quelques jalons dans ce champ de la pathologie générale.

Que doit-on entendre par spontanéité dans les maladies spécifiques? D’une manière générale, quand l’éclosion d’une maladie virulente ne peut être rattachée à aucune circonstance capable d’expliquer la transmission du virus d’un sujet malade à un sujet sain, on dit que l’affection est née spontanément. Ce mot de spontanéité dit assurément beaucoup trop, attendu qu’il préjuge une question des plus vastes, et qui a surtout les conséquences les plus considérables dans la prophylaxie des maladies zymotiques et dans l'hygiène sociale en général. Ainsi nous constatons un fait absolument vrai, à savoir que telle maladie est susceptible de se transmettre d’un individu à un autre, par l’intermédiaire d une substance à laquelle nous donnons le nom de virus, de miasme de contage, que ce contage peut agir, non-seulement par un dépôt directement effectué sur une surface absorbante, "mais aussi par une transmission à distance, par la voie de l’absorption pulmonaire ou autre. Il y a là un fait connu, expérimentalement démontré. Dans un très-grand nombre de cas, l’évidence de la transmission du germe morbide est une chose palpable que personne ne récuse. Mais à côté de ces exemples s’en trouvent d’autres où le fait de la transmission échappe à la constatation. Eh bien, au lieu

DE LA SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 609 de classer ces cas dans le cadre des choses inconnues et encore inexpliquées, on affirme un fait des plus considérables, et par lui-même et par les conséquences qui en découlent : on dit que la maladie est née spontanément. Il ne faudrait pas aller loin pour trouver, dans un ordre de faits que les dimensions de l’ infiniment petit ne sauraient cependant obscurcir, des exemples qui devraient aussi faire conclure à la spontanéité , si on appliquait le même raisonnement qu’aux maladies spécifiques.

Il y a parfois des invasions d’insectes, et même d’animaux supérieurs, dont la source est entièrement inconnue. Le vulgaire les croit nés de dessous terre par un acte tout spontané ; le savant devrat-il partager cette croyance, quoiqu’il n’en sache pas plus long que le reste des profanes? L’origine de la mouche commune a été longtemps ignorée, les naturalistes ont-ils admis sa génération spontanée ? Il a suffi d’assister une fois à la naissance d’une mouche pour admettre que tel devait être le mode de reproduction des autres mouches.

Combien de temps n’a-t-on pas cru h la spontanéité des helminthes et des parasites de toutes espèces? Ce sont des travaux tout à fait modernes qui ont démontré que, dans cette classe de productions, un germe préexistant était toujours nécessaire. Il y a des invasions de poux, chez certains malades, qui sont restées inexpliquables, et qui ont

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fait donner à la maladie, connue sous le nom de phthiriase , une origine spontanée. M. Devergie(l) croit encore à ce mode de production, et il rapporte, à l’appui de sa manière de voir, des observations qui lui paraissent probantes par ce seul fait que la contagion n’est pas évidente. N’a-t-on pas cru, et certains croient même encore, à la spontanéité des vers intestinaux? Et l’on pensait être d’autant plus dans le vrai que les affections vermineuses régnent souvent sous forme d’épidémie. Ehbien, aujourd’hui qui oserait dire que les lombrics s’engendrent spontanément, et cependant nous ne pouvons encore saisir les circonstances qui leur donnent accès dans notre intestin, car ils ne s’y reproduisent pas, ils y font seulement des œufs qui sont expulsés (2). Est-ce spontanément que se forment ces colonies de strongles de diverses espèces que l’on trouve dans les poumons des animaux?

La gale a eu aussi ses deux origines, une contagieuse et l’autre spontanée ; cette dernière s’expliquait avec les mêmes raisons que celles qu’on invoque aujourd’hui en faveur de la spontanéité des maladies virulentes. Combien de personnes ad-

(1) Devergie, Traité pratique des maladies de la veau. Paris, 1857, p. 617.

(2) Davaine, Recherches sur le développement et la propagation du triçhocéphale de l'homme et de l'ascaride lontbricoïde (Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XL VI, 1858).

DE LA. SPONTANÉITÉ DES MALADIES VIRULENTES. 611 mettent encore cette spontanéité? Nous ne connaissons plus que M. Devergie(l).

La teigne, et, en général, les maladies phyto-dermiques, ont été contagieuses et spontanées, mais des études plus complètes sur les agents de leur production ont considérablement réduit le nombre des partisans de la spontanéité. Aujourd'hui, celui qui nierait la spontanéité des maladies parasitaires, quoiqu’il ne puisse préciser, dans tous les cas, les circonstances qui ont concouru à la réception du germe, commettrait-il donc une hérésie scientifique? Assurément non. En bonne logique, il suffit qu’un fait se reproduise un certain nombre de fois, dans des conditions toujours les mêmes, pour qu’on soit autorisé à en tirer une conclusion générale. Il n’est pas nécessaire que nous ayons vu tous les oiseaux qui peuplent l’air sortir de leur œuf, pour admettre que la génération des oiseaux se fait au moyen d’œufs et qu’aucun ne prend naissance par un autre procédé. Si quelqu’un venait nous dire que l’ accroissement du nombre des oiseaux d’une forêt surpasse de beaucoup le nombre des œufs qu’il a pu compter, et qu’il en est conséquemment une certaine quantité qui sont le fruit d’une génération spontanée, ne raisonnerait-il pas comme les partisans de la spontanéité de

(I) Devergie, loco cit., p. 564.

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la phthiriase, de la gale, de la teigne ou de toute

autre affection parasitaire?

. N’en est-il pas de même des maladies zymotiques? Nous avons vu qu’elles se comportent, sous tous les points de vue, comme les affections qui doivent leur existence à des productions parasites, et que les virus sont assimilés depuis longtemps à des ferments.. Dans maintes circonstances, nous surprenons le mécanisme contagieux de ces maladies, et dans d’autres nous ne saisissons pas suffisamment les relations de la cause spécifique avec les effets observés; eh bien, nous disons que, dans ce dernier cas, nous n’avons pas le droit de conclure à la spontanéité de l’affection. Tout ce que nous pouvons faire, c’est de réserver ces faits, si nous ne voulons pas les rattacher par induction au mode de production qui nous est connu. Mais déclarer qu’ils sont spontanés, c’est résoudre une des plus grosses questions des sciences naturelles.

On a l’air de s’étonner de voir les maladies zymotiques acquérir une grande intensité, à certaines époques et dans certains milieux, tandis qu’au contraire, on les voit décroître à d’autres moments; l’on s’appuie sur des faits de ce genre pour affirmer la spontanéité de leur existence. Mais il faudrait raisonner de même sur presque toutes les productions vivantes. Il y a des années où l’on voit apparaître des nuées d’insectes qui

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