‹ Études sur la tuberculoseChapitre 7 sur 52 · DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES · texte numérisé non relu

DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES

C’est bien le noyau-cellule des cloisons vésiculaires qui participe seul à la constitution de ces processus tuberculeux, et l’on peut s’en assurer en examinant l’altération à la périphérie d’une granulation. On voit qu’en certains endroits, les cloisons s’épaississent et sont constituées par une sorte de tissu de cellules, qui rétrécit progressivement la cavité alvéolaire. MM. Hérard et Corail (1) ont parfaitement indiqué et dessiné cette particularité, et ils nous ont adressé à ce sujet une -critique entièrement fondée. Mais nos nouvelles recherches sur la structure de la vésicule pulmonaire permettent seulement d’interpréter ce fait qui était inexplicable pour ces auteurs.

Le tubercule des poumons s’offre sous trois formes : en petites granulations, en nodules volumineux et en masses infiltrées. On a voulu constituer, d’après ces variétés de la lésion anatomique, des maladies de nature différente et indépendantes les unes des autres. Et cependant les autopsies réfutent à tous instants cette manière de voir, car, sur la plupart des tuberculeux, on trouve réunies deux formes du processus ou les trois à la fois; il semble bien difficile alors d’admettre que l’on a affaire dans ces cas aux manifestations de plusieurs entités morbides concommitantes. Avec

(1) Hérard etCornil, loc. cit., p. 112.

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de gros tubercules pulmonaires, ne voit-on pas souvent des granulations miliaires dans les poumons, les séreuses, etc. ? Avec des masses d’infiltration dans un sommet du poumon, il est bien rare de ne pas trouver des nodules de diverses grosseurs dans les bases, et fréquemment des granulations miliaires dans d’autres organes ; et bien certainement ces rapprochements sont trop fréquents pour être le résultat du hasard.

L’examen histologique fait voir de plus que les nodules un peu volumineux sont ordinairement formés de l’agglomération d’un nombre considérable de petits foyers, semblables à des granulations isolées, et il en est de même des masses d’infiltration. Cependant nous devons ajouter qu’il arrive, même assez souvent, que des foyers très-multipliés et très-rapprochés se forment promptement et simultanément, en se confondant les uns dans les autres, et en donnant lieu à des masses étendues, presque homogènes. C’est ce que l’on a appelé pneumonie caséeuse, épithéliale, tuberculeuse, etc.

D après ce que nous avons vu, chaque foyer tuberculeux se compose bien d’un amas central plus ou moins grand do petites cellules lymphatiques, mais aussi d une zone d’étendue variable, formée de cellules de différentes grandeurs, au stade de prolifération. La dégénérescence nécrobiotique n’atteint pas seulement le centre des foyers dont

DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES. 145 révolution est entièrement achevée, mais elle s’étend aussi extérieurement aux grands éléments en voie de multiplication. Lorsqu’une nécrobiose hâtive survient dans des foyers agglomérés en gros nodules ou en infiltration, les centres de ces foyers ne sont souvent que peu apparents ; ils ne s’accusent que par de rares éléments de petites dimensions, et encore ceux-ci, tombant en détritus aussitôt formés, ne peuvent être reconnus bien des fois que par leurs vestiges. Il suit de là que des coupes, pratiquées dans ces parties, ne laissent presque voir que des cellules proliférantes, remplissant plus ou moins complètement les alvéoles. Ce sont elles que plusieurs observateurs considèrent, et que nous avons regardé nous-même autrefois, comme un produit d’inflammation ayant sa source dans l’épithélium pulmonaire. Plusieurs raisons nous autorisent à combattre cette manière de voir.

Et d’abord ces éléments proviennent manifestement des noyaux-cellules qui font partie de la cloison des vésicules ; on peut s’en assurer en examinant le processus à sa période tout à fait initiale. Ensuite dans les tubercules des séreuses, des muqueuses, des ganglions lymphatiques, etc., la zone proliférante se compose de cellules absolument identiques par la forme, les dimensions ou tout autre caractère. Elles sont globuleuses ou allongées, à un ou plusieurs noyaux, et ce n’est que par leur

viixemin. -10

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compression, les unes contre les autres, qu’elles prennent quelquefois des faces planes qui leur donnent un aspect épithélial ; elles ne sont, du reste, jamais soudées entre elles. D’autre part, l’existence d’un épithélium vésiculaire est encore un problème à résoudre, et l’on ne peut invoquer un élément de cette nature dans les tubercules des autres tissus qui présentent cependant des cellules de formes analogues. On a donc affaire à des éléments conjonctifs en voie de prolifération.

Dans un tissu conjonctif, la tuméfaction et la prolifération cellulaires tuberculeuses ne diffèrent pas de la tuméfaction et de la prolifération inflammatoires, ce n’est que par le stade final qu’on peut juger de la nature du processus; l’inflammation aboutit à la formation du pus ou d’un tissu hypertrophique. Dans le poumon, on rencontre en effet des collections purulen tes et des scléroses fibreuses. Mais ce que l’on appelle pneumonie caséeuse n’est constitué ni par du pus, ni par du tissu fibreux : c’est un produit formé de cellules au stade de prolifération, et qui aboutit à la métamorphose graisseuse. Or, la nécrobiose ne survient pas dans l’inflammation à cette période de son évolution, tandis qu’au contraire elle constitue un des caractères du tubercule, on peut s’en assurer dans les tissus simples où toute confusion est impossible. Du L'este j on ne manque pas de rencontrer dans ces

DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES. 147 prétendues pneumonies, des nids de petits éléments lymphatiques d’une dégénérescence plus avancée que le reste, et qui marquent le centre des foyers arrivés à leur complète évolution ; seulement ces éléments sont ordinairement de la grosse espèce, comme on. en trouve dans les tubercules des os ou des tissus conjonctifs lâches. Quant aux autres parties du processus, elles représentent la néoplasie au stade de prolifération, et correspondent à ce que nous avons décrit comme zones moyenne et externe de la granulation type. Si l’on avait affaire à un produit inflammatoire, de nature épithéliale surtout, on n’aurait pas, comme cela a lieu, une suppression de la circulation dans les parties malades, et le. poumon, au lieu de prendre dès le début, l’aspect anémique et la consistance sèche propres aux tubercules, serait remarquable, au contraire par la turgescence, et l’engouement sanguin qui caractérisent les processus inflammatoires.

En fait de pneumonie caséeuse, on rencontre des collections de pus séjournant dans le tissu pulmonaire où elles éprouvent une inspissation qui les amène à la métamorphose caséeuse.

On trouve très-souvent des granulations tuberculeuses dans les parois des bronches elles-mêmes et dans les membranes vasculaires. Mais ce qu’il ne faudrait pas prendre pour du tubercule, ce sont

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des amas de muco-pus concret accumulé dans les bronches. Cette altération se rencontre plus rarement chez l’homme que chez les animaux ruminants où elle est très-fréquente, comme nous le verrons plus tard.

Quand des noyaux un peu volumineux existent dans le tissu pulmonaire, il est bien rare de ne pas remarquer des nodules plus petits et plus jeunes dans un rayon très-rapproché du tubercule plus ancien. C’est ainsi que l’on voit des tubercules déjà ramollis reculer progressivement leurs limites par l’adjonction de nouveaux foyers tuberculeux. Cela explique aussi l’extension continuelle des. cavernes. Mais l’agrandissement de ces cavités se fait aussipar la confluence de plusieurs cavernules, nées de tubercules isolées qui se rapprochent.

Les tubercules s’accompagnent parfois d’une véritable sclérose du poumon; le tissu de cet organe se convertit en tissu fibreux, les alvéoles se rétrécissent, disparaissent, et l’imperméabilité la plus complète survient dans les parties. Au milieu de ce tissu dense, sont enchâssés des tubercules, ou bien sont creusées des cavernules. C’est un processus semblable à celui que nous avons déjà signalé dans les ganglions. Nous avons maintes fois constaté, qu’il ne dérive pas seulement de l’hypertrophie du tissu conjonctif interlobulaire,

DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES. 149 mais qu’il a aussi sa source dans l’inflammation des cloisons des vésicules elles-mêmes qui s’épaississent en devenant fibreuses.

Ainsi donc, nous venons de voir que dans tous les organes, le tubercule a toujours pour matrice de développement les tissus de substance conjonctive, Il se forme à peu près comme le pus; seulement il offre avec ce dernier des différences assez notables, soit dans les éléments morphologiques, soit dans la substance intercellulaire. Les globules de pus sont un peu plus volumineux que les globules du tubercule, ils consistent dans un noyau rond, légèrement granuleux, à contours peu accusés, et laissant voir dans son intérieur, sous l’influence de l’acide acétique, plusieurs nucléoles. Le tubercule est constitué par des noyaux à contours foncés, à un ou deux granules nûcléolaires, subissant peu de changements par le vinaigre, et par des petites cellules représentées par un faible linéament, rapproché d’un noyau ayant les mêmes caractères que les noyaux libres.

L’élément organisé du pus nage dans une substance Intercellulaire liquide, albumineuse, qui donne à ce produit une très-grande fluidité lorsqu’il n’a pas été concrété par l’inspissation. Tandis que la substance intercellulaire du tubercule qui est solide, emprisonne les éléments morphologiques, plus ou moins rapprochés les uns des autres,

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et donne à la production pathologique la consistance d’un tissu solide qu’elle ne perd que plus tard par le fait de la métamorphose régressive.

Nous avons va aussi que le développement du processus tuberculeux s’accompagne de l’oblitération vasculaire, ce qui ne se fait pas dans la suppuration. Les vaisseaux sont, au contraire, abondamment accumulés à la périphérie des foyers inflammatoires, où ils entretiennent un riche courant sanguin.

Le processus irritatif qui donne le pus et celui qui produit le tubercule ne semblent pas différer l’un de l’autre à leurs débuts. Ils s’annoncent tous deux par une augmentation de volume des éléments cellulaires et par la formation, à leurs dépens, d’éléments nouveaux. Ce n’est que dans les périodes subséquentes de leur évolution que les différences se prononcent.

§ 4. — Distribution générale des tubercules.

La distribution simultanée de productions tuberculeuses dans une foule d’organes éloignés les uns des autres, est un fait tellement général qu'on a de la peine à concevoir comment tant d’observateurs ont fait de la phthisie une affection locale propre aux organes de la respiration. Pour donner lieu à cette infinité de granulations dispersées dans l’économie toute entière, il; a bien fallu qu’un agent de

DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 151 détermination quelconque allât impressionner les cellules que nous voyons réagir en proliférant les éléments qui constituent chaque nodule tuberculeux. La cause de la tuberculose nous apparaît donc comme une substance répandue dans l’organisme, par l’ intermédiaire du milieu intérieur qui la dissémine en la transportant. Il faut reconnaître cependant que les poumons ont sur tous les autres organes un privilège particulièrement remarquable sous le rapport de la tuberculisation. C’est ce qui a donné lieu à la loi formulée par M. Louis, loi entièrement vraie d’une façon générale, et que des exceptions, plus nombreuses encore qu’elles ne le sont, ne pourraient en rien infirmer. Mais ce qui se passe ici se reproduit à propos de toute substance introduite dans la circulation. C’est , la propriété élective ou d’affinité qui se manifeste dans la tuberculisation pulmonaire. Cela veut dire que le poumon, plus que tout autre organe, est sensible à l’action de la cause tuberculeuse et qu’il est le premier, et souvent le seul, à réagir contre ses impressions. Pareil phénomène se remarque dans la variole, la syphilis, la fièvre typhoïde, les empoisonnements, etc. Le poumon ne se montre pas même d’une égale impressionnabilité dans toutes ses parties. Son sommet, chez l’homme, se tuberculise habituellement le premier et avec une intensité plus grande que les bases.

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Lorsqu’un organe est envahi par la tuberculisation, il semble pour ainsi dire attirer à lui et la retenir la cause de l’altération pathologique. Ainsi en dehors du poumon, qui reste souvent pendant longtemps le seul organe affecté et qui l’est le plus habituellement dans la porportion la plus considérable, on voit des éruptions tuberculeuses se concentrer, par exemple, sur certaines membranes séreuses ou sur plusieurs à la fois, et cela au détriment pour ainsi dire du poumon lui-même. Lorsque surviennent des tuberculisations abondantes des plèvres seules ou des plèvres et du péritoine, les poumons, dans bien des cas, ne sont semés que de granulations relativement rares et qui ne se révèlent le plus souvent par aucun signe stéthoscopique. Cela ne laisse pas que d’obscurcir parfois le diagnostic, car on a de la tendance à repousserd’idée de tuberculisation pleurale et péritonéale, quand des symptômes de phthisie pulmonaire ne viennent pas corroborer le diagnostic. C’est ainsi que bien des pleurésies tuberculeuses passent pour des inflammations pleurales simples et guérissent, car la tuberculisation des séreuses guérit très-bien, pour un certain temps du moins. Puis après un temps plus ou moins long, de nouvelles éruptions, le ramollissement des tubercules déjà existants, des complications quelconques, un ensemble de symptômes généraux, etc., venant affirmer d une

DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 155 manière plus positive J’ existence de la tuberculose, on conclut que la pleurésie a entraîné à sa suite la phthisie.

La tuberculisation des séreuses offre une particularité remarquable qui devient dans Certaines circonstances un élément précieux de diagnostic : nous voulons parler de l’ordre de succession dans lequel cette tuberculisation se présente dans le péritoine et les plèvres. La tuberculisation du péritoine est loin d’être rare, et surtout elle est loin d’offrir l’appareil symptomatique effrayant que le nom de \ péritonite tuberculeuse , qu’on lui donne indûment selon nous, semblerait faire supposer. Dans l’immense majorité des cas, les tubercules se développent dans'le péritoine sans provoquer une réaction bien sensible. Unelégère douleur exaspérée par la pression aux deux hypochondres, autour de l’ombilic, parfois une sensation douloureuse au moment de la déplétion de la vessie, souvent pas de liquide appréciable, quelquefois de la diarrhée mais non toujours, un léger tympanisme, etc. , tou t cela est assurément bien loin de rassembler à une péritonite.

Sans doute la tuberculisation péritoniale se présente assez souvent avec des caractères plus accusés que ceux que nous venons d’indiquer, mais même àvec des signes plus apparents, on n’est pas sans incertitude bien des fois sur l’existence pré-

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sumée de tubercules dans la séreuse abdominale. Dans ces cas on n’a qu’à explorer les plèvres et toujours on pourra constater une pleurite simple ou double, provoquée par la tuberculisation de la séreuse pulmonaire.

En un mot, quand il y a tuberculisation du péritoine, il y a toujours aussi tuberculisation de l’une ou des deux plèvres. Il y a là une sorte de loi qui peut faire pendant à celle de M. Louis ; personne, croyons-nous, ne l’a encore formulée que notre maître, M. Godélier, qui attire sur elle depuis longtemps l’attention de ses élèves. Pour notre part nous avons eu l’occasion d’en vérifier l’exactitude bien des fois, et nous n’avons jusqu’ici rencontré aucun exemple qui s’en écarte.< Disons toutefois que, comme la loi de M. Louis, ‘la loi deM. Godélier n’a été déduite que d’après la tuberculisation de l’homme adulte.

La tuberculisation peut aussi se concentrer sur les organes lymphatiques d’une région du corps ou de plusieurs régions à la fois : tels que les ganglions bronchiques, abdominaux, etc., voire même les ganglions externes, comme les cervicaux et autres.

Quand des tubercules se sont développés en un point quelconque d’un tissu, les parties avoisinantes ont une tendance marquée à se tuberculiser,

' DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 155 comme s’il rayonnait du point primitivement malade une émanation morbigène, et que les tubercules fussent une source d’infection pour leur voisinage. On constate , souvent ce phénomène dans les poumons. Autour des nodosités plus ou moins volumineuses et anciennes, on voit se grouper comme des satellites, des granulations plus jeunes qui se réunissent entre elles et avec la masse première; c’est par un procédé analogue que se forment les grosses tumeurs tuberculeuses.

Mais où ce phénomène se présente sourtout avec une disposition significative, c’est dans l’intestin. Quand un tubercule, siégeant dans un follicule clos, dans le tissu adénoïde ou même dans le tissu sous-muqueux de la muqueuse intestinale, s’est ulcéré, on constate souvent que les bords de l’ulcère sont formés de foyers tuberculeux d’une évolution moins avancée, et même que des granulations, disposées en étage, s’insinuent dans le tissu conjonctif qui sépare les faisceaux de fibres de la tunique musculaire. Mais le fait le plus frappant, c’est que, dans presque tous les cas d’ulcères tuberculeux de l’intestin, on constate sur la portion de péritoine viscérale opposée à ces ulcérations des nids de granulations plus ou moins circonscrits et en rapport d’étendue avec la tuberculisation de la muqueuse. Partout en dehors de ces régions le péritoine est sain.

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Gette disposition nous a toujours paru devoir s’expliquer par une contamination de la séreuse par la muqueuse malade, comme s’il se répandait de celleci un suc infectant. Nous avons alors été conduit à penser que si le tubercule engendrait le tubercule dans son voisinage, non-seulement dans le même tissu, et par continuité, mais encore d’un tissu à un autre et par contiguïté, il pourrait bien se faire qu’il le produisît aussi d’un organisme à un autre organisme. L’excellente traduction du savant ouvrage de Virchow sur les tumeurs par M. P. Aronssohn, vient de nous donner la satisfaction d’apprendre que nous nous étions rencontré avec l’illustre professeur de Berlin sur l’observation et l’interprétation des faits que nous venons d’exposer (1).'

La granulation tuberculeuse, les masses d’infiltration de substance caséeuse formées de l’agglomération d’un nombre considérable de foyers morbides développés simultanément ou successivement accumulés, toutes altérations procédant dans leur évolution comme nous l’avons exposé plus haut, ne sont pas les seules lésions qu’engendrent les causes de la tuberculose.

Le foie volumineux et gras est une altération très-fréquente dans la phthisie, elle est tout à fait

(1) Virchow, Pathologie des tumeurs , trad. par Paul Aronssohn, t. I, p. 48.

DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 157 spéciale à cette maladie. On a voulu l’expliquer par une -sorte de suractivité de l’organe due à la suppléance qu’il est obligé d’accorder aux poumons malades. Nous ne pensons pas qu’il en soit ainsi et voici pourquoi. Et d’abord c’est que les maladies qui entravent la fonction respiratoire devraient, comme la tuberculisation pulmonaire s’accompagner de foie gras. Eh bien on voit à tout instant des emphysèmes avec dyspnée considérable, qui donnent bien lieu à une augmentation de volume de la glande hépatique, par suite de la stase sanguine causée par la gêne circulatoire, mais il n’y a pas de foie gras.

De même dans les pleurésies chroniques, avec ratatinement complet d’un poumon, on ne voit pas que la suppression d’une moitié de la surface respirante entraîne à sa suite l’adipose du foie. Enfin dans la tuberculisation elle-même, la dégénérescence hépatique n’est pas en rapport avec le degré de l’altération pulmonaire. On trouve des phthisiques dont le poumon est relativement peu malade qui ont une altération du foie très-prononcée et inversement.

Pour ces raisons nous ne pensons pas que le foie gras soit une altération secondaire, elle est selon nous primitive et due à l’action directe de la cause tuberculeuse sur les éléments de la glande.

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On observe quelquefois chez les tuberculeux, une sorte de thrombose des vaisseaux chylifères. Ces lymphatiques se présentent sous les apparences d’un cordon blanchâtre, noueux, solide, sinueux, qui simule une belle injection. On ne trouve dans leur intérieur que de la graisse et les éléments de la lymphe en détritus. Leurs parois sont épaissies par des granulations tuberculeuses, semées le long de leur parcours, infiltrant leurs tuniques et le tissu du péritoine avoisinant. Les ganglions mésentériques sont généralement hypertrophiés et tuberculeux dans ces circonstances.

Nous appelons l’attention sur ce fait qui a son analogue dans la morve-larcin. La corde farcîneuse est un phénomène de même nature; nous aurons l’occasion de revenir là-dessus et nous montrerons que là ne se bornent pas les- points de comparaison entre la morve et la tuberculose.

Terminons ici en rappelant qu'en ce moment 1 étude anatomique de la tuberculose est extraordinairement tiraillée dans les sens les plus divers, par les nombreux travaux de toute sorte, fruits d un ardeur bien légitime inspirée par l’immensité du mal. Mais assurément l’embarras des pathologistes n’en est que plus grand. C'est surtout à propos de la tuberculisation du poumon, que les opinions se multiplient et les interprétations varient. Ce résultat vient de la connaissance impar-

DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 159 faite de la structure de cet organe. En acceptant ce que nous avons démontré ailleurs (1) : que le parenchyme pulmonaire est une variété des tissus conjonctifs, nous croyons être sur la voie qui doit ramener les esprits à une conception plus simple, plus vraie, plus pratique et plus conciliante; car nous pensons qu’il y a lieu de faire un retour vers les idées de notre grand Laennec et de notre judicieux Ândral en faveur de l’unité de la tuberculose, de son essentialité morbide, dont semble nous écarter l’admission de complications et de divisions anatomiques qui n’ont rien de réellement fondé. Sans doute ces travaux sont loin d’avoir été stériles, la pathologie de la tuberculose leur doit bien des vérités. C’est à l’avenir de débarrasser celles-ci des imperfections inévitables dont elles sont entremêlées, La science ne marche pas autrement.

Résumé : Le mot tubercule a été primitivement donné à toute sorte de petites tumeurs ; puis, détourné de son sens étymologique, il a été appliqué à la matière caséeuse quelle que soit son origine et sa nature*

La matière caséeuse est bien particulièrement

(1) Villemin, Recherches sur la vêsicule plurâonaire el ï emphysème (Archiil. génér. de méd., oct. et nov. 1866).

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propre aux productions tuberculeuses, mais elle ne leur est pas exclusive.

La lésion Caractéristique de la tuberculose se présente sous la forme de granulation, de gros tubercules «ou de masses d’in filtration, mais les altérations d’un certain volume se constituent par la juxtaposition et la confluence d’un nombre considérable de foyers, simultanément ou successivement développés.

La granulation tuberculeuse, étudiée sur une séreuse, se présente comme le résultat de la prolifération des corpuscules conjonctifs de la membrane. Les éléments qui entrent dans sa composition sont de plus en plus petits à mesure qu’ils se rapprochent du centre de la nodosité. Ceux de la zone centrale sont des noyaux et des petites cellules qui rappellent les éléments lymphatiques ; ils sont emprisonnés dans une rare substance intercellulaire solide. Ceux de la zone moyenne sont des cellules plus ou moins volumineuses en activité de multiplication; ceux de la zone externe sont aussi en voie d’évolution proliférante et se confondent insensiblement avec les éléments normaux du tissu sain.

A une époque variable de la formation des granulations, les vaisseaux avoisinants s’oblitèrent.

La transformation régressive des éléments tuberculeux commence par la zone centrale, mais

DISTRIBUTION GÉNÉRALE DES TUBERCULES. 161 elle s’étendaux zones moyenne et externe, quoique l’évolution des éléments qui s’y trouvent ne soit point terminée.

On trouve souvent des granulations qui sont composées presque entièrement de cellules au même degré d’évolution que celles de la zone moyenne, et qui sont envahies par -la dégénérescence graisseuse.

Cette dégénérescence semble survenir d’autant plus vite que les granulations se sont accumulées en plus grand nombre sur un point donné. Elle pourrait être attribuée, en partie, du moins, à l’oblitération vasculaire.

Le tubercule a pour matrice les différentes variétés de tissu de substance conjonctive (système de végétation).

Les tissus lymphatiques (follicules clos, ganglions, tuniques adénoïdes, rate, etc.) sont fréquemment le siège du tubercule. Celui-ci procède de la multiplication des cellules lymphatiques normales, et comme les éléments de prolifération ne diffèrent pas des éléments normaux, on ne peut différencier histologiquement le tubercule des engorgements caséeux indépendants de la tuberculose.

Le tubercule des os dérive de la multiplication des cellules de la moelle.

Le tubercule du poumon siège dans le tissu

VILLEMIN. Il

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connectif fibreux interlobulaire, mais le plus souvent il remplit aussi les vésicules pulmonaires en naissant de la prolifération d’un élément conjonctif enchâssé dans la mince membrane qui constitue les cloisons alvéolaires. Ces tubercules intravésiculaires sont peut-être plus fréquemment qu’ailleurs envahis par la dégénérescence régressive prématurée.

Les productions tuberculeuses semblent répandre dans leur voinisage une émanation infectante, qui donne lieu à 1 -extension progressive des processus et au développement de granulations nouvelles dans une sphère voisine des nodules plus anciens.

.:Le foie gras paraît être un effet direct de la cause tuberculeuse.

On observe aussi dans la tuberculose des altérations des vaisseaux lymphatiques semblables à celles qui constituent ce que l’on appelle la corde farcineuse dans la morve-farcin.

tés détails anatomiques qu’on vient de lire sut' le tubercule étaient sous presse, lorsque nous avons eu connaissance du mémoire intéressant de M. Lebert (1), publié récemment

(1) Lebert, De l'anatomie pathologique et de la pathogénie de là pneumonie disséminée et chronique et des tubercules pulmonaires ( Ga%ette médicale de Paris, 1867, nos 23 et 25).

DU TUBERCULE DANS LES DIFFÉRENTS ORGANES. 103 dans la Gazette médicale de Paris. Nous y avons constaté, avec une vive satisfaction, que nous avons vu et décrit lés faits comme le savant professeur deBreslau. Seulement nous différons avec cet éminent observateur sur leur interprétation. Ce que M. Lebert considère comme de la pneumonie et comme un produit de F épithélium pulmonaire, nous le rattachons au processus tuberculeux lui-même, et le faisons dériver des éléments conjonctifs particuliers des cloisons des vésicules. Du reste, toute dissidence est bien prête dé disparaître, lorsqu’on réfléchit que M. Lebert réunit, par un lien de causalité, le tubercule et ce qu’il appelle 'pneumonie disséminée et chronique. Nous ne sommes plus alors séparés l’un de l’autre que parla différence de l’expression accordé à une chose hors de conteste. Car cette prétendue pneumonie, si souvent mêlée au tubercule, soit qu’elle l’accompagne, qu’elle le précède ou qu’elle le suive, ressortit évidemment à la cause tuberculeuse comme la granulation type elle-même.

Nous regardons comme certaine l’existence de produits d’inflammation, mêlés en plus ou moins grande abondance aux tubercules pulmonaires ; mais lorsque le processus inflammatoire n’est encore qu’à la période de prolifération, on ne peut le distinguer de la lésion tuberculeuse au même stade d’évolution. Si l'hyperplasie cellulaire aboutit à la création de leucocytes ou de tissu fibreux, c,e que l’on observe assez souvent, alors seulement, nous sommes en droit d’affirmer l’existence de l’inflammation pneumonique ; mais cet aboutissant des éléments de nouvelle formation est la grande exception. Ils tombent en détritus nécrobiotique, les uns après être parvenus à l’état de petits éléments lymphatiques ; les autres étant restés en chemin, pour ainsi dire, au stade de prolifération.

Ce n’est pas seulement dans les poumons que cette marche du processus tuberculeux se remarque, on peut l’observer dans lès membranes ou autres tissus conjonctifs. 11 y a plus encore, c’est que, comme nous le disons au chapitre sui-

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vant, cette évolution se retrouve à peu près identique dans la lésion de la morve-farcin et dans certaines gommes syphilitiques. Enfin, dans la pneumonie, la membrane des vésicules conserve sa structure et reste distincte du produit pathologique intra-alvéolaire ; celui-ci accumulé dans cette multitude de petites poches présente une coupe grenue, tandis que dans la tuberculisation l’obstruction vasculaire des cloisons et leur transformation en tissu tuberculeux donnent à la surface de section un aspect lisse et homogène.

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