LA QUESTION A RÉSOUDRE
Pour nous, si Sénèque a été de connivence dans un parricide, il s'est couvert d'une honte ineffaçable. Il en est de même s'il en a tenté la justification ou l'excuse. Il devait, au péril de sa vie, répondre comme on assure que Papinien
' Liv. U, cil. TJ.
le fit à Ciaracalla : " Un assassinat est plus facile à commettre qu*à justifier. " Juvénal a raison :
Summum crede nef as animam proferre pudorL
Vainement on voudrait faire valoir en sa faveur le bien qu'il a pu faire à l'Etat, les serviœs rendus à Thuinanité par s^es écrits philosophiques, le courage avec lequel il est mort; rien ne le laverait de cette Uiche. Il devrait être impitoyablement exclu du cénacle des sages. La philosophie est l'étude des lois de la morale ; elle enseigne ou du moins elle cherche librement et loyalement la vérité. Elle ne doit pas former d*église et ne doit avoir pour personne de lâche complaisance.
Dans l'examen de la conduite de Sénèque, dans le jugement à porter sur lui, il n'y a donc qu'un fait à déterminer : A-t-il oui ou non été le complice d'un crime? A-t-il oui ou non tenté de disculper Néron du meurtre de sa mère? TeUes sont les questions que nous proposons au lecteur d'étudier avec nous.