‹ Etudes sur la vie de SénèqueChapitre 27 sur 50 · CHAP. IV. — I/OPINION PUBLIQUE A ROME · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — I/OPINION PUBLIQUE A ROME

" gjiait de vivre, et pleurait sa mère^. " Ainsi, Tacite convient (|ue loin de flétrir les actions d'Agrippine, loin de donner le dangereux exemple de verser Tinjure publique sur la famille des Césars, Néron eut Thabileté de se montrer plein de respect et de piété pour les mânes de sa mère. N'est-ce pas faire l'aveu de l'infidélité de l'analyse qu'il a donnée de la lettre au Sénat?

Nous en avons la confirmation dans le plan que l'historien prétend avoir été concerté avec Anicetus pour l'exécution du crime. "Ce n'était cependant pas, dit -il 2, sur les seuls " dangers de la mer qu'il avait compté pour cacher le parri- " cide. Il avait été convenu d'avance que des temples et des " autels semient élevés aux màhes d'Agrippine et qu'on ne '' négligerait rien pour démontrer la piété filiale du prince : "et CAETER.V OSTENTANDAE PiETATi. " C'est manifestement reconnîiitre que telle a été la conduite de Néron après la mort de sa mère.

Si donc Néron fait ostentation de ses regrets, de sa douleur, s'il croit devoir pleurer publiquement sa mère, il n'est pas probable qu'il ait écrit au Sénat une lettitî toute pleine d'accusations contre elle, et qu'il ait présenté sa mort comme un heureux événement pour la république.

Ce qui encore, à notre avis, montre que l'analyse de la lettre est loin d'être fidèle, c'est la phrase qui la termine : " Et enfin il racontait même le naufrage : Namque et naur '' fragium narrahat, " Est-ce possible? L'auteur lui-même semble convenir de la surprise qu'éprouvera le lecteur. La version de Sénèque, en tous cas, n'aurait pas pu être confdrme à celle que nous doiment les Aywales, et elle n'aurait certainement pas contenu autant d'invraisemblances.

» .inn.. XIV, 10.

» Id., XIV, 3.

Sénèque avait incontestablement trop d'intelligence, il connaissait trop bien les hommes de son parti, pour rien dire qui fût unç maladresse et pour faire exprimer au jeune prince des sentiments autres que ceux que devait dicter la piété filiale*.

RÉTABLISSEMENT DE LA TENEUR GÉNÉRALE DU MESSAGE PAR LA UTATION QU'EN A DONNÉE QUINTIUEN

Quintilien vient nous donner raison, confirmer nos inductions et lever tous les doutes.

Il nous apprend, en effet, que ce message était un chefd'œuvre d'éloquence et d'habileté tracé par la main de Sénèque; et quoiqu'il ne l'aime pas, qu'il jalouse sa gloire littéraire, il ne peut s'empêcher de le citer.

En parlant de la figure de rhétorique qu'il nomme getninatio, " redoublement, " il ne pouvait mieux prendre ses exemples ailleurs que chez Sénèque, auquel le redoublement était si familier et dont il usait avec tant d'aii, mais aussi peut-être avec trop de fréquence, comme on l'a remarqué. " YoicXf dit-iP, un exemple tiré de la lettre écrite par Sénèque

* Sénèque, dira-t-on peut-être, ne s'est-il pas trahi? Quand le centurion vint lui signifier son arrêt de mort, n'a-t-il pas dit à son entourage: "Est-il un homme '' qui ne connaisse la cniauté de Néron ? Que reste-t-il à celui qui a tué son père " et sa mère si ce n'est d'ordonner la mort de celui qui Ta instruit et élevé?'* Dans ces paroles que lui prête Tacite (Annales, XV, 72) nous n'avons évidemment que l'expression des sentiments qui sont personnels à récrivain ou qu'il suppose au personnage dont il s'occupe. C'était une méthode généralement usitée, et même beaucoup trop usitée par les historiens, de faire tenir i ceux qui sont en scène dans leurs récits des discours qui n'ont rien d'authentique; et les auteurs senûent certiinemenl fort désappointés en beaucoup de cas si on leur voulait faire un mérite d'avoir textuellement reproduit les paroles d*un général ou même d'un orateur; ils entendraient revendiquer la forme et le fond comme leur œuvre, comme leur honneur.

* Quintilien, Institutions oratoires, VUi, 5.

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'' et que Néron adressa au Sénat après le meurtre de sa mère. " Pour bien paraître avoir couru un danger il disait : Mais

"ai- JE VRAIMENT ÉCHAPPÉ A LA MORT? JUSQU'A PRÉSENT " ENCORE JE NE PUIS LE CROIRE, JE NE PUIS M'EN RÉJOUIR :

'\Facit quasdam sententias sola geminatio. Qualis est " Séneçon in eo scripto quod Nero ad Senatum misit, occisa " matre, quum se periclitatum videri vellet : Salvum me esse

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