‹ Etudes sur la vie de SénèqueChapitre 41 sur 50 · MONOLOGUE · texte numérisé non relu

MONOLOGUE

Sors de mon cœur^ nature, ou fais qu'ils m'obëissent ! Fais-les sor\'ir ma haine, ou consens qu'ils périssent !

Autre monologite après le meurtre de Vaîné de ses fils :

Enfin, grùce aux dieux, j'ai moins d'un ennemi : La mort de Séleucus m'a vengée à demi.

Son ombre, en' attendant Hodogunc et son frère, Peut déjà de ma part les promettre à son père.

Qui se venge à demi court lui-même à sa peine; Il faut ou condamner ou couronner sa haine.

Dût le peuple en fureur pour ses maîtres nouveaux De mon sang odieux arroser leurs tombeaux, Dût le Parthe vengeur me trouver sans défense, Dût le Ciel égaler le supplice à roffense, Trône, à t'abandonner je ne puis consentir; Par un coup de tonnerre il vaut mieux en sortir; Il vaut mieux mériter le sort le plus étrange. Tombe sur moi le Ciel, pourvu que je me venge I J'en recevrai le coup d'un visage remis :

Il est doux de périr après ses ennemis; Et de quelque rigueur que le destin me traite, Je perds moins à mourir qu'à vivre leur sujette.

Enfin, après avoir bu le poison qu'elle-même destinait à Rodogune

et à Antiochus:

Va, tu me veux en vain rappeler à la vie; Ma haine est trop fidèle, et m'a trop bien servie : Elle a paru trop tôt-pour te perdre avec moi; C'est le seul déplaisir qu'en mourant je reçoi; Mais j'ai cette douceur dedans cette disgrâce De ne voir point régner ma rivale en ma place.

Ne nous semblc-t-il pas que c'est Agrippine que nous avons entendue?

* Beulé, Auguste et sa famille, ch. IV : Julie et son père. « Tacite, Ann., IV.

» Jd., IV, 60.

Page 1