‹ Etudes sur la vie de SénèqueChapitre 44 sur 50 · I/IM.. XIV · texte numérisé non relu

I/IM.. XIV

CHAP. YI. — SKNÉQUE A DIT VRAI. 277

II nous faut aussi remarquer, chose importante dans cette affaire, que les historiens sont unanimes à reconnaître que renvoi d'Anicetus à Baules n'aurait eu lieu qu'après l'arrestation d'Agerinus, c'est à dire après qu'on eut en mains la preuve ou ce qu'on pouvait présenter comme preuve de la tentative criminelle d'Agrippine. Or, une fois armé du moyen de justifier aux yeux du pubhc les mesures les plus rigoureuses, qu'on aurait été amené à prendre contre elle, il n'y avait aucun intérêt à faire périr clandestinement Agrippine. Aussi l'envoi d'une tix)upe nombreuse de matelots chaînée de faire l'investissement du château de Baules montre qu'on n'a pas recherché le mystère; ce déploiement de forces donne à penser qu'il se serait agi de s'emparer de la personne d'Agrippine pour la faire passer en jugement, pour la retenir en prison ou pour la conduire en exil.

Si donc l'on affranchit son esprit de cette prévention née des études classiques et entretenue par l'opinion générale, c'est à dire par l'opinion irréfléchie, il nous semble que rien ne peut empêcher d'admettre qu'Agerinus ait été, comme l'a dit Sénèque, un sicaire d'Agrippine.

D'autre part, puisque le coup projeté par elle n'avait pas réussi, puisqu'elle se savait découverte ou craignait de l'être, la fille de G^^rmanicus n'était pas femme à paraître sur la sellette des criminels; elle ne pouvait hésiter à s'y soustraire en se donnant la mort, ou la demandant à la main d'un des siens. Arria, Plancine, la rivale de sa mère, et d'autres illustres exemples, la mère elle-même de Messaline, lui avaient enseigné ce qu'en pareil cas devait faire une matrone romaine : Neque alitid quam morli decus quaerendum.

Nous devons ainsi renoncer à considérer comme historique la dramatique scène du " Frappe au ventre ". Ce n'est jamais qu'avec un sentiment d'ennui que l'on quitte des

illusions dans lesquelles notre pensée était habituée à vivre; ici, toutefois, nous ne pouvons éprouver qu'un médiocre regret. Il en est d'autres dont la perte est plus affligeante. N'est-il pas pénible d'apprendre que l'héroïque mort de Régulus n'est qu'un mythe de la vanité romaine? N'est -il pas désolant de savoir que le Tite-Live de la Révolution française, Lamartine, en nous traçant avec son magique pinceau le tableau du dernier banquet des Girondins^ nous a peint une scène qui n'a eu d'existence que dans son imagination? N'en voulons cependant pas à l'étude; elle nous procure de douces satisfactions en échange des illusions perdues.

IL n'y a pas de raison de douter que sénèque

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