‹ Etudes sur la vie de SénèqueChapitre 6 sur 50 · LA QUALITÉ DES CÉSARS ÉTAIT CELLE DE PREMIER · texte numérisé non relu

LA QUALITÉ DES CÉSARS ÉTAIT CELLE DE PREMIER

OU PlUNCE DU SÉNAT

Quelle était donc la qualification qui distinguait le César? quel était son titre constitutionnel?

Quand le vainqueur de Pharsale eut accablé tous ses compétiteurs, il voulut organiser une monarchie à son profit, n n'était pas dans son tempérament de vouloir dissimuler l'absolutisme de son pouvoir sous le nom des magistratures républicaines; il jugeait au contraire politique de rompre avec le passé, de créer une appellation dans TÉtat pour établir, constituer définitivement le rang suprtMne qu'il occupait, qu'il voulait conserver et rendre héréditaire ^ Il avait été si souvent proclamé imperator, que ce titre était devenu inséparable de son nom; on ne disait que Caesar imperalor, le général César; mais cela ne lui conférait pas et ne pouvait pas lui conférer Vimperium. Le titi'c par lequel il se trouvait investi à Rome et hors de Rome de la plénitude de l'autorité absolue fut celui de dictateur. Il est à présumer qu'il prenait ce titre et s'y arrêtait définitivement, puisqu'il s'était fait proclamer dictateur perpétuel.

Son ambition cependant n'en aurait pas été satisfaite, diton, et il songeait à faire revivre le titre de roi de Rome^ quand le poignard de Brutus montra que le sejitiment républicain n'était pas éteint au cœur de tous les Romains.

Quoi qu'il en soit, le titre qu'avait pris Césai* à la fin de

* Mommscn, Hist. Rom., liv. V, rh. 11.

* Cicôron, Pkil. H, 87 : " Caesari dictatori perpetuo M. Antonium consulem popiili jiissn regniiiii detuljsse, Caesarem uti noliiisse. "

sa vie, qu'il portait constitutionnellement, c'était celui de dictateur * .

Après lui, quand Rome, l'Italie et les provinces, fatiguées, épuisées par les guerres civiles qui suivirent sa mort, ne demandaient que la paix et Tordre et ne croyaient pouvoir les obtenir que de la sagesse et de la puissance d'Octave*, il semble que rien ne lui eût été plus facile alors que de placer sur sa tête cette couronne qu'avait tant enviée celui qu'il nommait son père. Mais le spectre ensanglanté de César gisant dans la curie au pied de la statue de Pompée, était toujours devant ses yeux et lui montrait le sort qui lui serait réservé s'il tentait de renverser la constitution républicaine de Rome. Le prudent et habile vainqueur d'Actium se garda bien de retomber dans la faute commise par son oncle, de vouloir prendre le titre de roi, ni même celui de dictateur, ou tout autre qui parût le mettre ostensiblement au-dessus ou en dehors des magistratures existantes.

" Auguste, nous dit Tacite', n'établit point la royauté, ni la dictature; il maintint la constitution républicaine, et se . contenta du titre de [Premier. — Non regno tamen neque dictalura, sed principis nomine co7islitutam rempubli-

fj

cam.

Mais Tacite s'adressait ici à ses contemporains, parfaitement au courant de ce dont il parle, et ne songeait pas que la postérité qui lirait ses Annales lui demanderait : Que signifie ce titre de Premier, de Princeps? De qui Auguste a-t-il été le Premier? L'historien, en effet, a omis de nous le dire.

Nous pouvons cependant suppléer à son silence et recon-

1 Pline, Hist. nat., IV, G; XXiU, 16; XXXVI, 2i. — Tacite, Ann., XIV, 9. " Villam Caesaris dictatoris. " * Tacite, Ann., I, 1.

' Id., Ann., I, 9.

naître qu'il s'agit du Sénat romain; qu'à Princeps il faut joindre Sanatiis, et qu'Auguste avait pris le titre de Princeps Senatus, de Premier ou Président du Sénat.

On lit dans V Index rerum gestarum divi Augusti, gravé sur les tables du temple d'Ancyre* : lIpwTcv à5iw;jLaTs; tc-sv

T£77apay.cv-:a. La partie latine manque, et M. Mommsen, avec sa compétence incontestée, la rétablit ainsi : Princeps Sériatus usque ad eum diem quo die scripsi haec, per aimos quadraginta. " J'ai occupé le rang de Premier du Séyiat jusqu'au jour où j*ai écrit ceci, c'est à dire pendant quarante ans. "

D'autre part, Dion nous dit^ : Premier du Sénat, titre ancien dans VÉtat, était celui que se donnait Tibère :

llpoxp'.TS^ TfJ^ Vepo'jzixq, y.x'x zi ip)raTsv, Y.xi ù^* èrjTSu wvsixaïsTO.

lIpdxp'.Tc; Tii; Tepsuj'aç est la traduction littérale de Princeps Senatus.

Aussi Tacite, et avec lui Suétone, Pline* et les auteurs qui leur furent contemporains^, n'appellent ordinairement les Césars que Princes ou Premiers, Principes, et ils ne qualifient jamais leur rang dans l'État autrement que de Primauté ou Présidence, Principatus, sous -intendant du Sénat.

Lorsque donc les écrivains avaient à exprimer qu'un évé-

* Mommsen, Res gestae divi Augusti, Berlin, ISfô. « Ilist. Rom., LVII, 8.

* Nous n'avons pas à signaler les passages de ces auteurs où se trouvent res expressions; elles se rencontrent à chaque page dans leui*s ouvrages. Nous nous bornerons u une (Station de Pline, Hist. nat., liv. XXVI, 24, où il oppose la qualité de prince à celle iVimperator : "Bis vidimus urbem totam cingi domibus " pnncip ion Gai i et Neronis,... subit vero cogitiitio quota i)ortio harum fuerint '' areae illae quas invictis imperatoribus decernebant publiée ad aedifîcandas " donios. "

* Ainsi Juvênal, Vlll, 198, 22i; X, 76, î)3, 341; ainsi Sénèque, exemple De Cfementia, 1, U, etc.

nement était arrivé sous tel ou tel César, ils disaient par exemple : Tiberio ou Caio principe, sub principatu Claudii ou Caii; ou simplement : sub Tiberio , sub Caio, Il eût été absurde de dire Auguste ou Tibère étant imperator; ce n'eût pas été moins étrange que si Ton voulait dire, au sujet d événements contemporains arrivés en France : " Mac-Mahon étant maréchal " ou " sous le maréchalat de Mac-Mahon. " Cependant, dans le cours d'un récit, dans l'appréciation de mesures politiques ou administratives, on peut très bien dire le Maréchal pour le Président de la République, et être parfaitement compris; en ce cas, auteur et lecteur entendraient qu'il ne s'agit que d'une synonymie littéraire, et seraient d'accord au fond sur ce point que ni l'autorité ni le rang dans l'État n'étaient acquis à M. de Mac-Mahon par la qualité de maréchal, mais bien et uniquement par sa qualité de Président de la République. C'est ainsi que les écrivains romains se sont crus en droit d'employer parfois imperator comme équivalent de princeps.

Le Princeps Senatus, le Premier ou le Président du Sénat, était autrefois celui qui, dans la formation de la liste sénatoj-iale, avait été, par suite de la considération dont il jouissait, inscrit en tête, le Premier, par les Censeurs. A la (jualité de Premier, aucun pouvoir n'était attaché. Ce n'était cependant pas une vaine distinction, car elle était fort ambitionnée, et elle ne fut jamais donnée qu'aux personnes les plus illustres par leur naissance et les plus considérables par leur situation particulière*. Dans la curie, où la place de chaque sénateur était déterminée par ses titres, son cursus honorum, le Premier occupait un siège d'honneur. En cas d'absence ou d'empêchement des consuls, il avait le

^ Mommsen, Étude» Romaine», Traduction de M. Alexandre. Hi9t. Rom,, t. II, appendice A, § 2, et B, section V.

droit de convoquer rassemblée, d'y opiner avant tout autre et d'exercer ainsi une influence souvent prépondérante dans les délibérations ^

La Présidence ou Primauté du Sénat offrait encore cette particularité que, par le fait même qu'elle ne conférait pas (Vimperium, c'était la seule dignité qui fût décernée à vie, dans la constitution romaine. A moins de révolution politique, le Premier. demeurait inamovible sur son siège. Cette considération ne fut sans doute pas sans influence sur la détermination d'Auguste.

La modestie du titre que prenait le vainqueur d'Antoine masquait toutefois une importante évolution politique. Octave devenait Auguste. L'ancien triumvir quittait la toge qu'il avait reçue en héritage de Marins et de César, pour prendre celle qu'avait laissée tomber Pompée. Après avoir hai'angué, flatté la plèbe, l'avoir soulevée contre l'aristocratie sénatoriale, le lils de César se déclarait le Premier des sénateurs.

Ce n'était pas la crainte des poignai'ds patriciens qui seule l'avait décidé à changer de principes et de ligne de conduite. D'autres motifs aussi, et plus puissants, le guidèrent. Il voulait donner à son pouvoir plus de prestige et une base plus solide.

Ce qui avait fait la force de Pompée et plus tard celle de Brutus et de Cassius, ce qui leur avait permis de réunir autour d'eux les contingents de tant de dynastes tributaires, c'est qu'ils proclamèrent hautement et que Ton crut que leur cause était celle du Sénat, dont le nom craint et respecté dans le monde entier symbolisait la puissance de Rome. Auguste le savait; il n'ignorait pas l'éclat et la l^itiinité

^ *' M. Q. Catuliis, priticcps hujus ordinis et auctor publie! consilii, fi'equeiitis* ,siino Sen.ilii Parentom palriao noiuinavit. " (Cicéron, In Pisonem, IIL)

qti'iirquerrait son pouvoir quand il païaîtrait se confondre avec celui du SéTiat lui-même. C'est pourquoi il voulut désormais faire corps avec lui.

D'autre part, Octave avait compris que dans les guei-res civiles la victoire appartient à celui qui dispose du peuple et (les soldats, et il avait su s'en faire des appuis; mais il reconnut aussi que ce ne pouvaient être là des soutiens solides et constants pour organiser et gouverner un empire. Après donc avoir anéanti la puissance des anciennes familles sénatoriales, il cntrepiit de créer une nouvelle noblesse et proposa en même temps la paix et la réconciliation aux sunivants de la lutte et aux fds des proscrits. Par les mêmes raisons, on vit l'auteur du Souper de Beaucatre, le client de Hobespieri'e le Jeune, sentir la nécessité d'appuyer son pouvoir sur la constitution d'une nouvelle aristocratie à laquelle il s'efforça de rallier les membres des anciennes grandes familles de France.

On peut, en effet, remarquer dans les tables d'Ancyre l'éloge qui est fait du Sénat et l'affectation calculée avec laquelle, après avoir énuméré la série des honneurs dont il fut successivement et à diverses fois revêtu, il dit : " Voici quarante ans que j'occupe au Sénat le rang de Premier." C'est la seule dignité qu'il ait eue en permanence.

Par un sentiment de népotisme tout autant que par une mesure politique que renouvelleront quelques-uns de ses successeurs, Auguste, dans ce même ordre d'idées, créa ses petits-fils pitiscES DE LA JEUNESSE, principes juventtiUs. Il voulut que de même qu'il était le Premier des Pères, Princeps Patrum, ses enfanta fussent les piemiers des fils des sénateurs, de ces jeunes gens qui, se destinant à la carrière des honiieuis, accoiupagiiaieûl leurs pères à la curie poui' s'initier sous leur âe|de^f||jMÉÉMMngca dès affaires, et

en attendant Tàgc d'obtenir les hautes charges publiques et la chaise curule, formaient parmi les chevaliers, équités equo publico, une turma ou escadron d'élite, une sorte de garde noble.

Le Princeps n'était donc que le Premier ou le Président du Sénat romain.

C'est pourquoi Caïus, mécontent de l'attitude que les Pores Consciits avaient prise à son égard durant son éloignement de la capitale, déclarait à son retour de la Gaule qu'il ne revenait à Rome que pour les chevaliei^s et le peuple qui lui avaient témoigné des sentiments favorables; "qu'il ne " voulait plus s'appuyer que sur eux, qu'il serait leur homme; " et que désormais, pour les sénateurs, il ne serait plus ni " un collègue ni un Président : namque se neque civem " neque Principem Senatui amplius fore* ". C'est pourquoi les ambassadeurs des Parthes venus à Rome sous Claude adressent leur requête " au Président et aux membres du " Sénat, AD Principem Patresque*. "

Nous pouvons voir encore sous Néron les Arméniens venir exposer leurs demandes au Sénat assemblé sous la présidence du Premier; c'est cette présidence qu'Agrippine, dit Tacite, aurait voulu partager avec son fils, praesidere simul par abat ^,

Ainsi Auguste n'avait créé pour lui aucune magistrature nouvelle, n'avait pris aucun titre nouveau; et ce titre de Premier ne lui donnait par lui-même aucune autorité dans l'État.

Les pouvoirs du Président se trouvaient par suite mal définis. Il n'était qu'un Père Conscrit revêtu de délégations suc-

* Suétone, Caligula, 49.

* Tacitp, Ann., XH, 10.

» Id., Ann., XIU, 5.

cessives et parfois temporaires * que lui votaient les comices et le Sénat. La grande asseml)Iée permanente se montrait i-arement avare de délégations, il est vrai; les donnant à un des siens, il lui semblait les donner à elle-même. Ainsi les médailles nous font voir les princes revêtus à différentes fois soit du consulat, soit de la puissance tribunitienne, soit des pouvoirs censoriaux, etc. ; et toutes ces fonctions étaient partagées avec des collègues désignés en même temps et de la même façon qu'eux. Hommes de paille ou non, ceux-ci étaient leurs collègues officiels.

La seule dignité qui ne fût et ne pouvait être partagée était celle de Premier. C'était elle qui constituait la situation privilégiée, personnelle du César.

A cette dignité étaient toutefois attachées deux prérogatives d'une importance extrême qui faisaient de celui qui en était revêtu un personnage à part dans l'Etat.

La première, c'était l'inviolabilité. Quiconque tentait, par des paroles ou des actes, de porter atteinte au respect dii à un magistrat en charge, était sévèrement châtié; une loi énonçait même la peine de mort pour les outrages au tribun, au représentant de la puissance et des droits du peuple, majestatis populi. Or, celui qui représentait le Sénat en qualité de Président, ne pouvait manquer d'être déclaré protégé par cette loi. La personne du Prince devint ainsi sacro-sainte.

La seconde, c'était la charge d'administrateur des pi*ovinces frontières. Tandis que les provinces intérieures, celles qui ne possédaient pas de garnison, formaient un certain nombre de gouvernements confiés annuellement à autant de membres du Sénat qu'il y avait de provinces, l'administra-

* Tacite, Ann,, I, 9, 12; XUI, 4, etc. — Suétone, Vespasien, 12. Ce prince n'obtint que fort tard la puissance tribunitienne. — Suétone, Néron, ii.

tion de toutes les autres fut concentrée clans les mains du Prince du Sénat. Il demeurait ainsi à titre permanent chargé du soin de la défense de Tempire et du maintien de la paix^ De la sorte, il était le chef de toutes les forces militiiires, et les commandants des légions devenaient ses subordonnés dhects, ses legati, et non plus ceux du Sénat.

En conséquence, aucun d'eux, si ce n'est aux heures de révolte, n'osa solliciter ni môme accepter d'être proclamé imperator par ses troupes*. Ce titre demeura tacitement réservé aux princes du Sénat et désigna le commandement suprême de toutes les forces romaines qui leur était dévolu. C'est ainsi que peu à peu il finit par devenir synonyme de chef de TÉtat et se substituer à celui de Princeps^. 11 en fut suilout ainsi quand la présidence du Sénat, la direction de ses travaux cessa d'être la principale affaire des Premiers et qu'ils eurent à exercer eux-mêmes le commandement des troupes, à guerroyer contre les barbares, à les repousser des frontières, à les châtier sur leurs propres territoires; quand, laissant aux édiles le soin des approvisionnements, de l'entretien et de l'embellissement de la capitale, ils se dormùrent la mission de parcourir les provinces pour y faire régner Toi'dre et y faire exécuter des routes commerciales et stratégiciues, des travaux de défense, d'assainissement et d'embellissement.

* Suétono, Auguste, 47. — Tacite, Ann., XHI» i-

• Ainsi, après la priso de Jérusalem, Titus est proclamé imperator par les légions sous ses ordres. Ce fait éveille les soupçons de Vespasien, qui lui prête des projets ambitieux. Titus accourt à Rome près de son père, se justifie, rentn» en {(race. Par là, on voit donc clairement i« que les princes entendaient dorénavant êtie seuls impcratorcs des troupes; 2« que ce titre cependant ne conférait pas Vimperium, puisque Titus put déclarer qu'il l'avait accepté sans aucune visée politicjue. (Suéton».', Titus, 5.)

' C'est un crime capital, dit Tertullien (Apologétique, lU), autant pour celui qui donne (jue pour celui qui rec'oit le titre d'imperator, quand il est déjà possédé par un autre.

C;*est par la disposition naturelle de l'esprit humain à assimiler le passé au présent, que les historiens postérieurs au temps des Césai's ont été amenés à donner rétroactivement au titré d'imperalor, dont ceux-ci ont été revêtus, un sens et des attributions qui n'y étaient pas encore attachés et qui ne le furent sans doute qu'après Antonin. On peut constater en effet que celui qui fut reconnu pour le modèle des princes, mais qui ne commanda pas en personne les armées, n'est qu'exceptionnellement qualifié d'tmpcraf or sur ses médailles.

Toutefois, le Princeps Sénat us était devenu le plus puissant personnage de Rome; il était hors de pair.

Il était ainsi, de fait, le Premier de l'empire, le Premier des Romains; on s'habitua à confondre ces situations par la dénomination de Princeps, à laquelle on n'ajoutait pas ordinairement de spécification, et l'acception particulière de Premier du Sénat céda la place à celle plus générale de Premier de VEmpire.

Aussi voyons -nous sans étonnement Dion Cassius se faire l'interprète de l'opinion commune de son temps en disant — dans la citation que nous avons déjà faite — que Tibère répétait souvent qu'il était le maître de ses esclaves, le chef des soldats et le Premier des autres, t(7)v 5à $y; Xcixwv ^rpéxpiTc;, c'est à dire des autres citoyens de l'empire. Mais notre historien parle ici, comme il lui arrive souvent, sans grand discernement; car quelques lignes plus haut il avait rapporté que Tibère se donnait non le titre de Premier des Romains, ce qui n'en était pas un, mais bien celui de Premier du

Sénat, IIpoxpiTSç Tfjç Tzpo'jzixq^.

* Nous rappellerons encore T inscription gravée sur le tombeau de Pallas et qu'a transcrite Pline le Joune (Lettres, VIII, 6). On y lisait que le Sénat consentit à agréer le refus que fit cet affranchi de la somme qui lui avait été votée, pour se conformer à la volonté de son Premier : Voluntali tamen Principis sui in hac re quoque obseqni.

Les Césars se trouvaient, on le voit, dans une situation qui fut particulière au gouvernement romain de cette époque : leur seul titre permanent, celui de Premier, ne leur donnait aucune autorité; et d'autre part ils n'avaient pas dans l'État d'attributions fixes, déterminées; ils n'occupaient que des charges dont les pouvoirs, bien que renouvelables, ne leur étaient jamais donnés que temporairement. C'est ce que mettent hors de doute les tables d'Ancyre. Si nous voyons Auguste énumérer toutes les fonctions diverses qu'il a exercées à plusieurs reprises, rappeler tous les titres qui lui ont été maintes fois décernés, c'est qu'aucune de ses fonctions, aucun de ses titres ne constituait, ne caractérisait sa situation. C'est pourquoi il se trouvait qualifié beaucoup mieux par son simple nom; on disait Auguste, et cela suffisait pour savoir qu'il ne s'agissait pas du premier venu. On dira de même de ses successeurs Tibère, Claude. On les qualifiera de César, d'Auguste, c'est à dire de leur nom de famille. Ils seront ainsi, de fait, de tout-puissants personnages; mais ils ne seront point revêtus, à titre permanent et constitutionnel, d'une magistrature suprême dans l'État.

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