‹ Etudes sur la vie de SénèqueChapitre 7 sur 50 · LE SÉNAT ROMAIN · texte numérisé non relu

LE SÉNAT ROMAIN

Au temps de Néron, on disait donc et on avait le droit de dire la " République romaine * ".

Les comices, en effet, réunis au Forum élisaient encore quelques magistrats*; les consuls semblaient avoir toujours

^ ** Manebat nihilominus quacdam imago reipublicae. " Tacite, Ann., Xni, 28. — ^ A n'y pas regarder de bien près, dit M. Duruy, la république subsistait. Tout le " monde y croyait; et VcUeius même, sous Tibère, en parlera sans cesse. '' Hist. des nom., 111, iG3.

» Suétone, Caliaula, 16. — Tacite, Ann., H, 3t, W; Hist., II, 91 : "On voyait

la Civitalis summa potestas * ; les tribuns conservaient leur droit de veto*; les préteurs administraient la justice civile et criminelle; les magistrats paraissaient exercer leurs pouvoirs avec toute liberté d'action et sans aucun ordre hiérarchique, n'ayant de compte à rendre qu'au peuple ou au Sénat au sortir de leurs charges.

Il n'y avait nominalement d'autres souverains que le Sénat et le peuple, Senatus populusque romanus; les légions n'avaient pas d'autres noms inscrits sur leurs enseignes'; tous les traités étaient conclus, toutes les lois étaient rendues exécutoires au nom du Sénat et du peuple ; les années étaient désignées par les noms des consuls; celui du prince ne figurait dans aucun acte public * ; le Sénat décidait de toutes les grandes affaires de l'État.

Quand Auguste se décida à faire du Sénat l'organe principal du gouvernement de l'empire romain, il dut songer à relever aux yeux du peuple et des étrangers ce grand corps dont il avait lui-même affaibli le prestige.

On voit alors le Sénat reprendre plus de prérogatives qu'il n'en avait perdues durant les guerres civiles^. Il devient la source de toute légalité; ses décrets sont des lois; il n'y a plus de plébiscite, il n'y a que des sénatus-consultes ; le trésor public est sous sa garde ; les grandes affaires criminelles sont déférées à sa juridiction •; il juge les proconsuls au sortir de leurs charges ; il reçoit les doléances des pro-

Vitellius aux comices consulaires solliciter les suffrages pour ses candidats comme Veut fait un simple citoyen. "

* Suétone, Tibère, Si, —Tacite, Ann., i, 7 : "Cuncta Tiberius per consules incipiebat. "

« Tacite, Ann., XVI, 26.

' On peut remarquer comment Tibère dut se servir du nom et du prestige du Sénat, pour apaiser la révolte des légions de Pannonie. (Tacite, Ann., I, 25.)

♦ Tacite, Ann., III, 57; IV, 6. — Suétone, Tibère, 30, 31. ■ Tacite, Ann., I, 15.

• Suétone» Néron, 17.

vinces ; il refuse ou décerne le triomphe aux généraux ; c'est en son nom que les rois alliés reçoivent ou perdent leurs couronnes ; c'est devant lui que les ambassadeurs des Etats étrangers viennent exposer leurs demandes et leurs propositions*.

Mais en faisant du Sénat un corps puissant par l'étendue de ses attributions, Auguste, point n'est besoin de le dire, entendait le dominer et le diriger à son gré. Pour atteindre sûrement son but, il se lit décerner les pouvoirs de la censure, avec Agrippa pour collègue; et tous deux procédèrent ainsi à la révision légale de la liste des sénateurs, afin d'avoir à leur disposition une Chambre dévouée.

Dans la situation qu'occupait alors l'ancien Triumvir, il lui fut assez facile de constituer une assemblée susceptible d'être maniée à son gré. Les nouveaux Pères conscrits étaient soumis à l'autorité censoriale du César; presque tous avaient sollicité de lui leur inscription sur la liste, et pouvaient être l'objet d'une demande de vote d'expulsion sous prétexte d'indignité; les uns avaient à obtenir du prince la faveur d'être désignés ou recommandés aux choix de leurs collègues pour l'élection aux dignités ; d'autres avaient reçu dQ lui, sur les fonds du trésor, des allocations afin de constituer ou rétablir leur fortune réglementaire.

Dans la Curie, on vit Auguste prendre place entre les deux consuls ; souvent même le Sénat était convoqué dans sa propre demeure au Palatin. Quand donc il sollicitait une délégation de pouvoirs, quand il proposait l'adoption d'une loi ou quand il requérait la condamnation des accusés déférés à la justice sénatoriale, on pouvait être persuadé que, dans la plupart des cas, l'assemblée, en

> Tacite, Ann., XHI, 5; XIV, 11.

se levant pour le vote, irait se ranger du côté de son président.

Apres lui les Premiers ne pouvaient manquer d'avoir l'ambition de dominer et de diriger à leur gi'é le Sénat; sans lui ils pouvaient peu; avec lui ils pouvaient tout*. Par Tor du fisc, l'appui des candidatures, la disposition de hautes fonctions dans les provinces militaires*, ils possédaient de puissants moyens d'influence ou de corruption. Ils pouvaient ainsi se créer une majorité dans la Curie, et par elle réduire au silence tout parti d'opposition, en terroriser même les membres par la menaée d'être accusés de lèsemajesté et déférés à la justice sénatoriale; on le savait, point n'eût manqué d'avides délateurs prêts à produire des témoignages contre le sénateur désigné.

Il n'y a donc rien d'étonnant à rencontrer dans l'empire un despote tout-puissant, homme d'État consommé comme Tibère, ou fou comme Caïus.

Tacite, Pline le Jeune, Juvénal et tous les auteurs de l'époque des Antonins, en faisant le tableau abominable du gouvernement despotique des Césars, en veulent rendre le Sénat complice, l'accusent de coniiption et de lâcheté; ils déclarent qu'il avait constitulionnellement le droit, le devoir, et qu'il aurait eu la force, s'il avait eu le courage, de s'opposer aux actes odieux de ses présidents, et qu'en ne le faisant pas il s'est rendu indigne du nom romain.

C'est ce qu'on ne cesse de répéter après eux. Mais c'était, nous le verrons, un parti pris chez ces auteurs d'opposer, en toutes circonstances, les hommes et les choses du temps des Césars aux hommes et aux choses sous les Antonins. Pour

* Juvénal, en nous montrant (Sat. IV) Domitien assemblant les Pères pour délibérer sur le sort d'un turbot, nous fait voir que le Premier paraissait consulter en toutes choses le Sénat, au moins pour la forme, et n'agir qu'en son nom.

«Tacite, Ann,, XIV, 28. — Pline le Jeune, Lettres, XI, 13.

nous, nous croyons que Thistoire du Sénat n'a été écrite qu^avec beaucoup de passion et par suite injustement appréciée.

Le Sénat romain se présente à notre esprit comme la Convention française. Nous n'entendons pas dire que l'analogie soit complète. Loin de là. Le recrutement de la Curie ne s'eflifectuait pas de la même façon que celui de la Convention; au lieu d'être temporaire, son président était élu à vie ; et on pourrait signaler bien d'autres différences. Mais la Curie comme la Convention constituait une assembléie unique et souveraine de la nation. Dans l'une et l'autre il y avait luttes de doctrines gouvernementales, de partis, de pei'sonnalités ; on se disputait la formation et la direction de la majorité; on voulait obtenir d'elle d'être désigné pour faire partie de comités ou quaestiones, d'être investi de fonctions, d'être appelé au gouvernement des provinces; et ce n'est pas sans raison qu'on a pu appeler les conventionnels en mission des proconsuls. Les rivalités d'ambition de partis amenaient aussi les accusations, les délations au sein de l'assemblée romaine, provoquaient les décrets de proscription contre ses propres membres.

Il y a encore ce point de ressemblance entre le Sénat romain et la Convention, c'est qu'il n'avait pas seulement à redouter d'avoir à subir les exigences d'une partie de ses propres membres groupés sous un président et sous des comités, mais encore les clameure et les menaces du peuple qui, soit ameuté par des chefs improvisés sous une émotion publique, soit excité par les agents du prince ou ceux d'un parti, à certains moments entouraient la Curie et exigeait des décrets conformes à ses vœux*.

< Les exemples ne manquent pas. Entre autres : Suétone, Claude, iO et 12; Tacite, Ann., XH, 7.

CHAP. ir. — LES CÉSARS ET LE SÉNAT ROMAIN. 71

A ces heures néfastes, un parti d'opposition, un parti d'honnêtes gens, demeurait alors dans la Curie muet et impuissant.

La quasi-certitude de s'exposer inutilement aux dangers et à la mort a fiiit et fera commetli-e bien des actes de faiblesse, de làcheto; on ne saurait s'empôclier de les blâmer, et à bon droit; mais n'oiddions pas que ce <iue nous appelons courage n'est souvent chez l'homme que la confiance dans sa force. Ainsi la Droite de la Convention vota toutes les mesures sanguinaires qui lui furent proposées, et quand les Thermidoriens lui demandèrent son concours pour jeter bas RobespieiTe, elle l'épondit : " Oui, si vous êtes les plus forts; non, si vous êtes les plus fiiibles*. " Pourtant, on n'ose pas en vouloir à ce groui)e, qui était foncièrement honnête.

Mais l'attitude pusillanime de la droite de la Convention vis-à-vis des chefs du Comité de Salut public, pour laquelle on trouve avec raison des circonstances atténuantes, n'a toutefois pas été la condition habituelle du Sénat romain vis-à-vis des Princes. Le Sénat n'abdiqua jamais (pi'à de rares moments son indépendance et ses droits.

Ce n'était pas chose aisée pour le Prince de maintenir dans la docilité un corps composé de GOO sénateurs romains. En effet, que le censeur fût le prince lui-même, ou qu'il fût un consulaire recommandé par lui au suffrage du Sénat, il ne pouvait faire entrer dans la Curie (jui il voulait; le candidat devait remplir des conditions déterminées. S'il n'était plus besoin d'être né de famille ancienne, ni même romaine, il fallait appartenir à la nouvelle noblesse, celle du cens, et justifier de la possession d'une fortune assez considérable, c'est à dire d'un revenu de 1,21)0,1)00 sesterces; il

1 De Durante, Histoire de la Convention, t. IV, p. 40i.

fallait avoir exercé une des grandes charges de l'État, avoir été consul, préteur, tribun, édile ou tout au moins questeur ; on admettait bien des provinciaux qui avaient exercé chez eux de hautes fonctions municipales, mais exception nellement et à condition qu'ils devinssent réellement Romains, c'est à dire qu'ils devaient posséder des biensfonds en Italie*, demeurer à Rome, et n'aller dans leur contrée natale qu'en vertu d'un congé réguUèrement obtenu.

Ces dépositaires de la puissance romaine se distinguaient du public par leur costume, et seuls ils portaient le laticlave de pourpre sur leurs tuniques; ils avaient au cirque leurs places distinctes de celles des chevaliers et du peuple; ils n'étaient justiciables d'aucun magistrat et ne pouvaient être traduits que devant leurs pairs de la Curie; personne, pas même un chevalier, ne pouvait injurier l'un d'eux sans encourir les plus gmves peines*.

Les Pères n'étaient donc pas les piemiers venus. Trois fois par mois, aux calendes, aux ides et aux nones, ils tenaient leurs assises à la Curia Hostilia, et déUbéraient sur les affaires publiques. Aussi Sénèque pouvait -il les offrir en exemple et dire d'eux ^ : "Le tmvail est pour les " hommes de valeur ; c'est ainsi que le Sénat emploie des "journées entières à tenir conseil, tandis que la multi- "tude passe son temps au Champ -de -Mars ou dans les " cabarets. "

Par suite des dispositions d'Auguste, tout comme autrefois le Sénat demeurait aux yeux des Romains le grand corps national et souverain.

Il ne pouvait ainsi se trouver beaucoup de Pères qui

1 Pline le Jeune, Lettres, VI, 19.

' Suétone,' Veapasien, 9.

' De Providentia, 5. — Labor optimos citai : Senatus per tntum diein sacpe consulitur, quum illo tcmporo, etc.

n'eussent pas l'ambition d'exercer effectivement la part d'autorité qui lui était conslitutionnelleinent dévolue.

Rappelons-nous que si, pour devenir prince incontesté, il avait sufli à Auguste d'être, selon l'ancien usage, inscrit par Agrippa, son collègue à la censure, en tête de la liste des Pères conscrits, la haute assemblée avait depuis lors aiïirmé et mis hors de contestation son droit d'élire elle-même celui qui devait occuper un siège auquel étaient attachées de si hautes prérogatives*. Rappelons-nous que, malgré tous les soins qu'avait mis Auguste à l'établissement des listes, il fut obligé d'épurer deux fois son Sénat, et que cette seconde opération ne fut pas sans danger pour lui, car il ne se rendait alors à la Curie (jne muni d'une cuirasse sous sa toge et escorté de dix sénateurs armés «jui entouraient sa chaise curule*. Songeons que Tibère disait du Sénat : " Je tiens un loup par les oreilles; " qu'il ne cessa jamais de caresser les Pèi'es conscrits, de méniiger leur amour- proi)re, de leur persuader qu'il ne fiiisait qu'un avec eux ^, et (fue sous son principat l'empire romain ne perdit rien ni de sa gloire ni • de sa prospérité. Souvenons-nous (jne le Sénat, en ne tenant point compte de son testament, en donnant ses voix à Caïus, voulut montrer qu'il était libre d élire qui bon lui semblait*; que qiiand ce prince, pour briser Topposition qu'il rencontra plus tard dans la Cui'ie, voulut faire appel au peuple et à la bourgeoisie contre le corps i)rivilégié ^, les conspirations ne cessèrent pas que le tynui insensé ne fiU mortellement frappé. Rai)pelons (|u'à sa mort les Pères conscrits

* Tacilo, Hist., F, Si: ■'Nain ut <îx vnl»is sonatines, il;i ox senutuiihus priiiripos uascunlur. " — Ann., 1,11; XII, OÎK — SiuHone, Caîus, ii; Ctauile, 10,

* Snôtonc, Auguste, 2,").

» Id., Tibère, \»K 31. — Tarite, Ann., IV, (>, r>, 7, 37, 38,

* Suétone, Caligula, li.

» ïd., ibid., VX

tentèrent de rétablir la liberté, c'est à dire de supprimer le principat * ; que n'ayant pu y réussir à cause des divisions qui se manifestèrent parmi eux, ils acceptèrent Claude par transaction, comme un caractère faible dont ils n'auraient et dont ils n'eurent, en effet, rien à craindre.

Au Sénat, sous Caïus, il avait été le dernier des consulaires à qui l'on donnait* la parole sur une question; prince, il ne s'asseyait dans la Curie que sur un siège de tribun'; il laissa le Sénat reprendre l'administration des provinces de Macédoine et d'Achaïe, que Tibère avait fait entrer dans ses attributions*; il sollicitait des consuls l'autorisation d'établir des marchés dans ses propres domaines^; effrayé de quelques complots, il fut plusieurs fois sur le point de se démettre du principat®.

Le Sénat demeura donc, on le voit, jaloux de ses prérogatives. Nul ne pouvait, ou pour mieux dire nul ne devait paraître le dominer. Le tenter, c'eût été s'exposer à de grands risques. Ceux mêmes d'entre les Pères qui votaient servilement toutes les mesures proposées par le Prince ne l'auraient peut-être pas souffert. La vanité est un sentiment qu'en aucun temps et en aucim lieu on ne blesse impunément. Robespierre, en affectant de marcher dix pas en avant de la Convention au jour de la fête de l'Être Suprême, se créa plus d'ennemis résolus à sa perte qu'il ne le fit en dressant les listes de proscription de ses collègues. Aussi, quelles que fussent les délégations dont il était revêtu, quel que fût le siège qu'il occupât dans la Curie, le César

• SiitHonc, Caligula, 60.

• Id., Claude, 8.

« Jci.,i6it/.,23.

• Id„ ibid., 25.

» Id., ibid,, 12.

« Id., ibid., 36.

habituellement n'y était ou du moins paraissait n'y être que le Primus inter pares ^.

Les princes dissimulaient leur toute-puissance; ils n'affec^ talent aucune pompe dont le caractère et l'éclat eussent pu offenser leurs concitoyens. Leurs habits, leurs palais, leurs tables n'avaient rien qui les distinguât des principaux sénateurs. Le personnel de leur maison, quoique nombreux et brillant, n'était composé que d'esclaves et d'affranchis; aucun citoyen n'était employé par eux aux services domestiques.

Le Sénat formait ainsi un grand corps dans lequel se fondaient toutes les personnalités, même celle du Princeps; c'était au nom de la majorité et point de celui d'aucune individualité que se formulaient les décrets. Quel que fût le rang qu'on occupât dans la Curie, quand on passait aux votes tous les Pères étaient égaux 2.

Parfois le pouvoir fut aux mains des intrigants, et aloi's les dilapidations demeuraient impunies, les désordres envahissaient la capitale et les provinces. Mais le plus souvent la majorité appartenait au parti des honnêtes gens', on voyait des hommes intègres désignés pour administrer les provinces, l'ordre et l'économie régner dans les finan-

' Ainsi, mt^ino au milieu des révolutions militaires, quand il semblait que les toges dussent céder la place aux épôes, nous voyons les princes affecter de ne vouloir <^tre que les collègues des autres Itères. " Vitcllius, dit Tacite {Hist., H, 91), "se rendait souvent au Sénat alors même qu'aucune affaire importuitc n'était en '* délibération. Un jour Helvidius JViscus s^opposait éncrgiquement à sa propo- "sition; on craignait quelque fâcheuse conséquence de ce conllit; mais à ceux "qui cherchaient à le calmer, le prince n^pondit: Est-ce Ja première fois que " deux Sénateurs diffèrent d'opinion?"

* Pline le .Tcune (Lettres, II, 1*2), en parlant de l'arrêt bizarre rendu dans raffkire Fiminus, dit : *' Mais la majorité a prononcé. On ne peso pas les voix, on "les compte. C'est cliose inévitable dans ces conseils où l'égalité constitue la plus " choquante inégalité, puisque tous les membres (uit la même autorité sans avoir " li*s mêmes lumières. "

• Tacite, Hist., IV, 43 : "Quum glisceret certamen, hinc multi bonique, inde l»Ai:ci ET VALIDI pcrtinacibus odiis tendercnt. " — Ann., XIV, 52.

ces, la justice et riiumanité présider à la répression des délits*.

Les Césars n'étaient donc pas investis d'une autorité absolue, de bon plaisir, ni par droit divin ni par droit -de naissance.

D'autre part, le Sénat n'était pas un rouage inutile dans l'État, un instrument toujours docile et passif dans les mains des princes.

Loin de se laisser asservir par leur tyrannie, il immola Caïus, jeta bas Néron, frappa Domitien, et après, durant un siècle, on ne vit que des Premiers respectueux de ses droits et dévoués au bien de l'empire. Pline le Jeune et avec lui tous les écrivains qui vécurent sous les Antonins parlent du prestige et de la considération dont jouissait alors le Sénat. Juvénal lui-même montre quels sentiments il lui inspirait, en disant* :

Sacri in parle Senatus Esse velisf

Or, on ne saurait prétendre que Trajan et les princes qui lui succédèrent, aient consenti, de leur plein gré, à relever les prérogatives des Pères conscrits, à limiter leur propre pouvoir. Est-ce donc un corps dépouillé de toute sève, de toute vigueur que celui qui sort vainqueur de la lutte et sait consolider sa victoire?

Le Sénat, il faut le reconnaître, constituait une grande puissance qui, tout en renouvelant ses éléments, apparaissait au monde toujours jeune, toujours égale, immortelle, parce qu'il était une puissance anonyme.

4 Tacite, Ann., XIV, 48.

» $at. XI, 19.

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