‹ Études sur la vie privée de la renaissanceChapitre 7 sur 18 · XL VII · texte numérisé non relu

XL VII

mains (i) ». François Ier faisait le même honneur à Bonnivet, Charles IX à La Rochefoucauld, Henri IV à d’Aubigné.

En voyage, on était bien obligé parfois, faute de place à l’auberge, de faire lit commun avec le premier venu, ce qui n’était pas toujours sans inconvénient , témoin la mésaventure d’Eutrapel couché près d’un joueur de vielle, et passant la nuit « à se défendre à belles restes (à toute extrémité) de ces coquins de poux et infanterie de puces, qui lui faisoient la guerre par tous les coins de sa chemise (2) ».

L’habitude de coucher à deux était tellement dans les mœurs que les Traités de civilité s’en occupent, et font à ce sujet les recommandations nécessaires :

Quand viendra que tu seras au lict,

Si auprès de toy est couché quelque homme,

Tiens doucement tous tes membres à droyt, Alonge-toy et garde à son endroyt De le fascher alors aucunement (3).

Calviac ajoute quelques préceptes d’hygiène : « Il ne faut pas, dit-iî, se coucher à l’envers, ne au contraire la face contre le lict, mais de costé parceque cela est plus sain, » et Loys Guyon, en sa qualité de médecin, consacre un chapitre à

(1) Brantôme, V, 273.

(2) Du Fail, Eutrapel et un vielleur.

(3) P. Broë. Lyon 1555.

la Situation quon doit tenir pendant quon dort , tant pour la civilité que pour la santé. Il faut « dormir sur le costé droit au premier sommeil, afin que la viande descende au fond de l’esto-

mach Puis au second sommeil, ayant demeuré

quelques quatre heures ou environ sur ledit costé droit, on se doit retourner sur le gauche, afin que le foye se pause et estende mieux sur l’esto-

mach Le dormir sur le ventre ne vaut rien ; le

dormir sur le dos engendre bien souvent pierres et sable ». Il est malsain de « dormir les yeux ouverts, ou la bouche ouverte... Parler et ronfler de nuit est une très grande incivilité ». Sur quoi le docteur donne une recette pour s’empêcher de ronfler, et termine en invitant « les parents et les pédagogues à contraindre les enfants encore tendrelets à se coucher en honneste et due situation. Outre que c’est chose salubre, c’est aussi grande civilité, et d’estre mauvais coucheur, j’en ay veu advenir beaucoup de débats et querelles, et souvent entre le mary et la femme (i) ».

La nuit, pour s’éclairer, on allumait tantôt la lampe, tantôt la veilleuse, ce qu’on appelait le mortier, vase à large base, ayant la forme d’un mortier de pharmacien, a kind of small chamber lampe , dit Cotgrave. Elisabeth d’Autriche « tenoit allumé, en la ruelle de son lit, un mortier plein de cire, pour lire et prier Dieu dans ses heures, au lieu que les

(i) Diverses leçons.

ÔO ÉTUDES SUR LA VIE PRIVEE

autres princesses et reines le tiennent sur le buffet (i) ». Le plus souvent on se servait d’un flambeau de cire ou de suif (2). V Heptaméron raconte l’aventure d’un amoureux, — il s’agit de Bonnivet, — qui pénètre la nuit dans la chambre d’une dame, « et entré qu’il fut, vit tout cette chambre tendue de linge blanc, le parement et le dessus de mesme, et un lict de toile fort déliée, tant bien ouvré de blanc qu’il n’estoit possible de plus; et la dame seule dedans avec son scofion et sa chemise toute couverte de perles et de pierreries, ce qu’il vit par un coing du rideau, avant que d’estre apperceu d’elle; car il y avoit un grand flambeau de cire blanche, qui rendoit la chambre claire comme le jour. Et de paour d’estre cogneu d’elle, alla premièrement tuer le flambeau (3) ».

Cette historiette soulève un petit problème assez délicat, sur lequel je demande la permission de dire un mot. Couchait-on avec ou sans chemise ? La jolie dormeuse de Y Heptaméron conserve la sienne, mais est- ce la règle ou l’exception ? Dans les Comptes du monde adventureux (4), « une dame, prête à se coucher, est vestue d’un manteau fourré et par le dessous toute nue ». Le Bandello (5) parle d’une jeune fille couchée « qui avait déjà

(1) Brantôme.

(2) Voir ci-après, p. 77.

(3) Heptam., XIV.

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