‹ Études sur la vie privée de la renaissanceChapitre 8 sur 18 · XXXVIII · texte numérisé non relu

XXXVIII

dépouillé sa chemise, et qui saute du lit sans se vêtir autrement ». Dans les Arrêts d'amours , un jeune homme « soudainement jette la couverture du lit où il estoit couché, et se lève tout nud comme s’il venoit du ventre de sa mère ». Ailleurs, une jeune femme « venoit souvent la nuit à la fenestre, où parfois estoit toute nue par l’espace de deux grosses heures, à veoir de quel coté le vent venoit ». Dans les Sérées (i) « un soldat se jette hors du lict, tout nud, et commence à crier : goujat, apporte ma chemise ». Citons encore l’histoire du docteur qui « avoit coustume de dormir sans chemise (2) ». Tout cela paraît assez concluant surtout quand on se rappelle que, naguères encore, les Napolitaines ôtaient leur chemise pour se coucher.

Mais, s’il y a des textes pour, il y a des textes contre. Tout à l’heure nous avons vu Eutrapel passant la nuit à l’auberge avec sa chemise. Brantôme, qu’on est toujours sûr de rencontrer dans ces matières, dit que, pendant l’été, « les femmes couchées dans leurs beaux licts, n’y pouvant endurer ni couvertes, ni linceulx (draps), se mettent en leurs chemises retroussées ». Guillaume Bouchet est encore plus catégorique : il raconte (3) l’aventure d’un médecin qui s’échappait la nuit de son lit, afin

(1) La 25e.

(2) Moyen de parvenir , III, 42.

(3) 8e Série.

d’aller retrouver sa chambrière : « pour y remédier, quand il dort, sa femme could la chemise de son mary avec la sienne, et se sentant pris il ne bouge, et on dirait que c’est un loup qui est pris au piège (i) ».

Que conclure de textes aussi contradictoires ? que beaucoup de gens couchaient sans chemise, mais que cet usage n’était pas général, et dépendait sans doute de la saison, de la latitude et de la fortune.

(i) On peut encore citer, en remontant jusqu’au vu® siècle, un texte d’Isidore de Séville : Camisias vocamus, quod in his dormimus in camis, id est in stratis nostris.

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