Cf. Barrés, Maurras
286 ÉTUDES SUR LE XVIIl' SIÈCLE.
Montesquieu pour le stoïcisme. (Cf., entre autres passages, Grandeur, II, 247, et Esprit des lois, V, 130.) Or le stoïcisme, c'est essentiellement, dans ses représentants les plus illu&tres (Lucain ou Marc-Aurèle),un effort constant sur soi-même pour s'adapter à des conditions qui sont posées comme étant celles du progrès de l'humanité : (l'P 6ijloaoyc'Jîji.svo)c rfi ©ute-, et plus simplement Lp cjxoXoYouaÉvwç). Mais ceci, n'est-ce pas du fatalisme ? et ne retombons-nous pas dans la difficulté qu'on voulait éviter ? Voyez la réponse de Montesquieu (Esprit des lois, V, 136) et, à ce propos, différence du fatalisme et du déterminisme ^. Les jansénistes, calvinistes et stoïciens, qui sont les plus déterministes des hommes, sont ceux qui ont attribué le plus d'importance à l'éducation de la volonté. Montesquieu partage leur opinion. Aux mobiles instinctifs d'action que suggère la nature, il croit qu'on en peut « substituer » d'autres, si précisément on les fonde sur une connaissance précise, non seulement des lois qui gouvernent l'esprit humain, mais de celles qui président à l'évolution des sociétés. On aidera ou on contrariera l'action des « lois naturelles », qui ne cesseront pas pour cela d'être des lois, mais qui seront habilement subordonnées entre elleSj
1. Cf., sur ce sujet, dans les Écrits inédits de Montesquieu, sa théorie de la prédestination.
et de telle manière que nous inclinions finalement par nécessité du côté où nous eût entraînés notre utilité.
3° Il est d'ailleurs bien entendu que le principe de cette subordination sera social, et c'est ici le couronnement de la philosophie de Montesquieu, Le principe de toute grandeur humaine, suivant lui, ce n'est pas, comme pour le chrétien, la soumission à Dieu, ni, comme pour un Pascal, la pensée, ni, comme pour les « libres penseurs » de son temps, l'indépendance ou l'autonomie du moi, mais c'est d'être (( capables de la société ». Nous tirons de là toute notre valeur, et là même est aussi le fondement du respect très sincère que Montesquieu professe pour les lois, du moment -qu'elles existent ; de l'hésitation qu'il éprouve à en conseiller le changement (Esprit des lois, I, 401) et de la lenteur avec laquelle il demande qu'on en étudie le perfectionnement.