III. — DANS QUELLE MESURE ONT AGI SES IDEES
Les idées de Montesquieu n'ont fait en somme que peu de disciples, et on en peut voir les raisons. D'abord, et en raison de ses défauts de style et d'esprit, il est souvent obscur, et on ne donne pas de conseils moraux ou politiques en style d'oracle. Et puis il n'a pas triomphé
de l'équivoque fondamentale dont on a dit qu'elle « viciait » tout son livre, si même on ne doit dire qu'elle s'est aggravée, vingt ans durant, de l'efîort qu'il faisait pour en triompher.
Car, et c'est une autre raison de son insuccès relatif, le stoïcisme, dont il attend tout ce que nous avons dit, est. une doctrine foncièrement « aristocratique )î dont la base est l'orgueil, et qui n'a jamais connu la solidarité que sous la forme d'une compassion dédaigneuse, et peutêtre est-il en même temps une doctrine d'ataraxie, ou de découragement, si l'on voit bien les belles phrases qu'il a inspirées \ mais non pas les grandes actions. De Marc Aurèle, à ce propos, et de son apothéose par Taine, Renan et Havet, à laquelle il suffît d'opposer l'équitable jugement de F. Ravaisson (dans la Métaphysique (ïAristote^ t. II), où peut-être les Pensées de l'empereur-philosophe ont été appréciées le plus objectivement. C'étaient d'autres conseils qu'attendaient de leurs guides les contemporains de Montesquieu ^.
Et ils l'ont bien vu aussi, et enfin qu'après avoir posé la question il ne l'avait pas résolue.