Cf. Renan, Marc- Aurèle
2. Voir aussi d'intéressantes considérations dans Renan, les Apôtres, ch. vu, sur l'indifférence des sociétés purement philosophiques à toute idée de frater nité.
La grandeur de rinstitution sociale, voilà qui va bien, mais quelle est l'institution sociale légitime ? Vous dites encore : « Ce qui est utile à l'essaim est utile à l'abeille^», et vous en tirez de beaux développements. Mais il faudrait le démontrer — et à quelles abeilles ? « Il est utile, dira Voltaire, qu'il y ait des gueux ignorants » ! Oui, utile à M. de Voltaire ; et « il faut une religion pour le peuple ». Oui, lui répondra-t-on, et utile surtout à ceux qui voient dans la religion la défense de leurs intérêts. (Cf. à cet égard le conservatisme même de Comte, et surtout celui de Taine.)
Mais, précisément, ce sont ces principes déjà rendus suspects aux contemporains de Montesquieu qu'il semble que son Esprit des lois ait pour objet de soutenir, et dans la mesure où ils sont vrais, les moyens qu'il emploie pour les soutenir sont plus subtils que solides ; d'où le peu de confiance qu'il inspire aux « philosophes », avec lesquels on a vu qu'il n'avait presque rien de commun, et, en général, à une opinion qui l'a déjà dépassé quand son livre parait et qui attend maintenant son mot d'ordre de Diderot et de Rousseau.