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de ses chants! Les statues, avant Dédale, représentaient des hommes immobiles , les yeux fermés , les bras collés contre le corps ; il sut, dans les siennes, imiter la nature, en leur donnant des attitudes variées : aussitôt le bruit se répandit que Dédale avait animé ses statues, qu'on les avait vues respirer et marcher..
Nous retrouvons l'influence de la nouveauté , à l'époque où les arts sortirent d'un long sommeil. La Vierge de Cimabué , faible essai de peinture, excita dans Florence des transports d'admiration et de joie. Les honneurs imaginés jadis pour les guerriers qui sauvaient la patrie, furent décernés aux poètes qui venaient l'enchanter : Paris et Rome offrirent à Pétrarque le laurier des triomphateurs. Une sorte d'ivresse agitait des hommes fiers de s'éclairer; et la foule regardait comme un être surnaturel , celui dont elle entrevoyait confusément les titres de gloire. A mesure que les lumières se répandent, l'admiration s'affaiblit. Le même intervalle n'existe plus entre le créateur d'une belle production , et ceux qui la contemplent. Le temps a rendu les sensations
DATTS LES IRTS. gg
moins vives; les usages , les mœurs imposent une froide délicatesse; et chez les peuples dont Fimagination s'éteint, s'il est une cérémonie où Tenthousiasme et la reconnaissance osent encore éclater , ou des chants de gloire accompagnent le fils des muses, c'est sa pompe funèbre!
Quand les efforts de quelques auteurs ont ouvert la carrière des lettres, et que personne encore n'a su la parcourir, le génie est environné de tous les secours qui peuventassurer ses succès. Il choisit des sujets féconds ; il dispose d'une langue neuve , qu'il perfectioime et qu'il fixe à son gré ; ses lecteurs saisissent avidement des beautés, d'autant plus enivrantes qu'ils en jouissent pour la première fois , et que l'inexpérience, favorable au plaisir , les empêche de juger ses défauts.
Alors se forment ces réputations agrandies par l'enthousiasme des peuples reconnaissans. Les pères ordonnent à leurs fils de révérer les hommes qui leur ont apporté des jouissances nouvelles; et les générations successives osent à peine examiner cet ordre, religieusement transmis d'âge
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en âge. Enflammé par le génie de Tinvention et des vers, dans quelque siècle qu'il eût vécu, Homère eût été l'honneur de sa patrie. Mais ce poète, aimé du ciel, reçut le jour à l'époque la plus heureuse : père des muses et des dieux, il s'avance environné, des acclamations des Grecs; chaque siècle grossit son cortège , et célèbre en lui le génie même de la poésie.
Une opinion très fausse et très répandue, c'est qu'il est moins difficile de produire des chefsd'œuvre lorsqu'on a des modèles, que dans un temps où ces modèles n'existent pas. Sans doute il est plus aisé d'éviter des fautes grossières; mais il devient toujours plus difficile de créer des ouvrages originaux et des beautés nouvelles.
Supposons que le premier orateur qui parait chez un peuple , se distingue par sa véhémente éloquence. Il laisse une belle carrière ; le second orateur entraînera les suffrages par sa douce et séduisante onction. Les élèves vont se multiplier ; et, généralement, on parlera d'une manière plus élégante et plus pure qu'avant les jours où la tribuifli! fut illustrée. Mais des succès éphémères
DANS LES ARTS. lOI
ne sont pas ceux qui nous occupent ; et nos regai'ds cherchent des hommes qui puissent obtenir , dans l'histoire des lettres, ime place éclatante : combien les vrais succès sont déjà difficiles! Un troisième orateur essayera-t-il de créer un nouveau genre d'éloquence? d'exciter l'admiration par la noblesse et la pompe de ses pensées ? Ce genre peu susceptible de mouvement, convenable à peu de sujets, est moins puissant que les deux autres. Suivra-t-il , avec timidité , les traces d'un de ses prédécesseurs? Voudra-t-il, sans consulter son caractère, réunir leurs genres opposés ? Toujours il doit lutter avec une grande infériorité de moyens de succès. Qu'un esprit superficiel , le voyant tourmenté des obstacles qui s'opposent à son triomphe, lui dise : nous avons des modèles , il ont aplani pour vous des difficultés nombreuses : ils m'en ont suscité d'autres, s'écriera-t-il indigné ; rendez-moi les secours et les obstacles qu'ont trouvés nos premiers orateurs; ouvrez une carrière, et je saurai la parcourir!
Quelques personnes attribuent à la différence des esprits, l'infériorité des ouvrages qui succè-