DU COMPLEMENT DU BEAU
Nous avons observé la grandeur, le vrai, la simplicité, la variété et l'originalité; ces qualités me paraissent constituer essentiellement le beau dans les arts. Un ou\Tage , en les réunissant , produira des émotions vives; toutefois, il laissera peut-être à désirer encore ce qui donne à la beauté son charme le plps heureux.
Le mérite de l'exécution , dans les arts , peut suffire pour élever notre âme. Toujours un chefd'œuvre réveille des idées de supériorité, de talent et de gloire, qui chassent loin de nous les idées puériles et basses , dont le vulgaire est agité. Des formes suaves , des sons enchanteurs , captivent mon imagination ; et les beaux-arts font palpiter mon cœur , alors même que les artistes ne songent qu'à nous plaire. Mais si le
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talent d'exécution est consacré à des sujets qui, pleins de nobles pensées, sont par eux-mêmes dignes d'enthousiasme, à quelle élévation tant de moyens de succès réunis ne transporteront-ils pas notre âme?
On conçoit le beau à son plus faible degré, lorsqu'on suppose ses effets bornés à flatter les sens. On le voit exercer plus d'empire et briller d'un nouvel éclat, lorsqu'il réveille des sentimens , des idées. On le contemple dans toute sa puissance, quand ses prodiges, fruits des inspirations de la sagesse et du génie, concourent à nous rendre meilleurs.
Charmer les sens est un moyen dont le talent dispose pour remplir la mission qui lui fut confiée; son but est d'imprimer à toutes nos facultés une noble direction.
N'oublions point que le beau manifeste sa présence en élevant notre âme, et nous jugerons combien il importe que le choix des sujets et le talent d'exécution réunis concourent à nous enflammer. C'est d'ime idée morale que résulte le complément du beau.