‹ Études sur le beau dans les artsChapitre 22 sur 47 · ÉTIDES SUR LE BEAU · texte numérisé non relu

ÉTIDES SUR LE BEAU

sa reconnaissance , en tombant aux pieds de saint Dominique.

Quelle fidèle peinture du cœur humain î Ce n'est pas ici le sujet qui développe le talent de l'artiste ; c'est le génie de l'auteur qui féconde le sujet. Les peintres, je le répète, n'ont pas assez connu ce qui forme le complément du beau ; et cependant , les plus simples observations pouvaient les en instiuire. Comment ne pas apercevoir l'influence des idées morales qu'appellent ou repoussent les ouvrages des hommes. Un mausolée s'élève : nous contemplons ces figures, ces marbres animés qui gémissent sur une froide cendre. Si la reconnaissance publique grave sur ce tombeau un nom cher à l'humanité, nous rendons grâce au génie du noble emploi de ses merveilles. Si la flatterie burine lâchement sur la pierre un nom déshonoré, l'admiration s'éteint, et le dernier regard est celui du mépris.

Combien de fois nos affections et nos souvenirs nous ont-i]s fait attacher l'idée de la beauté H des objets qui n'auraient pu charmer d'autres

yeux que les nôtres? Le cœur a plus d'empire que les sens; il les abuse, il les oblige à juger comme lui. On plaisante alors qu'un vieillard regrette les modes de sa jeunesse et qu'il en fait l'éloge. Mais cette antique parure que , dans un portrait, nous trouvons ridicide ou du moins singulière, ressemble à celle qu'embellissait une jeune fille quand le cœur du vieillard s'émut d'amour pour la première fois. Une manière de chanter bizarre et surannée , lui rappelle des fêtes brillantes, et peut-être le son d'une voix chérie. Meilleurs observateurs, démêlons les causes des jugemens que porte la vieillesse; nous cesserons de sourire, nous l'écouterons avec un doux intérêt.*

Si les idées attendrissantes ont le pouvoir de

* Les idées affectueuses et morales sont les dernières qui consei-vent surnous leur pouvoir. Haydn, dans sa vieillesse' tandis que ses œuvres faisaient les délices de tant de sociétés en Europe, Haydn vivait, retiré dans un faubourg de Vienne. II se plaisait encore à chanter. Ce vieillard , si accoutumé à l'impression du beau, ne choisis.sait cependant ni la musique à laquelle il devait sa gloire , ni les morceaux de ses émules

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