‹ Études sur le beau dans les artsChapitre 33 sur 47 · JO ETUDES SUR LE BEAU · texte numérisé non relu

JO ETUDES SUR LE BEAU

citer avec orgueil : la hardiesse de ses conceptions, la pureté de son dessin, la vigueur de son coloris, le placent au rang des plus grands maîtres. Mais je vois deuit de ses tableaux où la sombre horreur du sujet contraste avec les beautés de l'exécution. Souvent l'ouvrage d'un peintre rappelle à mon esprit celui d'un poète, qui m'inspira des idées analogues aux sentimens que j'éprouve; et j'aime à rapprocher des talens qu'illustrent des arts différens. L'artiste dont je parle devait-il m'occuper de pensées sinistres et bizarres? lui qui, tant de fois, éleva mon âme! lui qui , par un ouvrage plein de charme et de grâce*, me fit autrefois rêver à Tibulle !

Je m'étonne qu'on traite des sujets révoltans. Le plaisir de la composition résulte surtout de ce qu'elle dissipe les sentimens pénibles, inquiets, et nous fait parcourir des régions enchantées. S'exercer sur des sujets affreux, c'est s'entourer d'images lugubres, et se créer un monde plus triste que celui qu'on abandonne. En supposant

* Endymion.

l'effervescence de l'imagination toujours enivrante et pure, quelles que soient les idées que médite l'auteur , il ne faudrait point oublier le but des arts. N'est-ce pas une étrange absurdité que de choisir des sujets contre lesquels il faut lutter, pour produire l'impression du beau?

L'artiste doit, plus encore que le poète, craindre de nous révolter. Nous voyons vaguement les objets que la poésie peint à notre oreille; elle peut les envelopper , pour ainsi dire, de ses périphrases et de son harmonie ; ils arrivent à notre esprit à travers un nuage brillant. Si l'on veut exciter le dégoût et l'horreur, qu'on transporte sur la toile les objets retracés dans ces vers où, cependant , le poète les a décrits sans métaphore :

. . Je n'ai plus trouvé qu'un horrible mélange D'os et de chairs meurtris , et traînés clans la fange , Des lamheaux teints de sang et des membres affreux , Que des chiens dévorans se disputaient entr'eux. *

* On a fait de ces mots , utpicturapoesis, un axiome beaucoup trop général. Nous venons d'observer , pour la représentation des objets hideux , une différence essentielle entre

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