‹ Etudes sur le calendrier égyptienChapitre 11 sur 30 · LES FÊTES DES HÉBREUX · texte numérisé non relu

LES FÊTES DES HÉBREUX

La fête Passait se célèbre au 15® jour du mois Nisan, donc au temps de la pleine lune, et dure sept jours, c’esi à-dire toute une phase de lune. Sept phases de lune après la pleine lune Passah, on célèbre la fête Srhabuoth. Au 15" jour du septième mois, ce qui est encore le moment de la pleine lune, arrive la fête Succoth, célébrée aussi pendant toute une phase de lune; le premier jour de la fête, donc le jour de la pleine lune, est nommé Sabattu (cf. Lévitique, xxiv, 39 : pnait' prsnn ava), et aussi le 8" jour de la fête, i. e. le jour de phase suivant, est nommé Sabattu (î'inai:? "rtttrn avai).

De tous ces faits positifs, il est très facile de déduire le caractère astral de ces fêtes. ÎMais cela ressort plus clairement encore de la signification explicite (pi’ont ('es trois fêtes dans la Bible. Nous lisons, en elfct, entre autres passages :

Exode, XXII i, 17 :

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« d’rois fois par an, tout homme se présentera devant Adon, l’Eternel. »

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Ensuite, Exode, xxxiv, 23 :

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« Trois lois par an, tout homme se présentera devant y\don, l’Eternel, le Dieu d’Israël. »

Le mot « Adon » se traduit ordinairement par « le Seigneur »; mais je maintiens que, dans ce passage qui est relatif au séjour d’Israël en Egypte, au récit de ses souffrances et à TExode, ce n’est pas sans dessein qu’est évoqué le souvenir de ce dieu du soleil « A/e« »,

qui justement, peu de temps avant la sortie d’/.y/’«ê7, jouissait d’une vénération générale en Egypte. C’était le Dieu de la doctrine monothéiste ; il se manifestait dans le disque solaire, sa puissance et sa volonté se révélaient dans l’éclat des rayons du soleil. Le fondateur de cette doctrine, le roi Amenhotep IV, fut à cause de lui appelé « Khou-n-Aten », [| ^ « Gloire du disque solaire ».

Nulle part plus qu’en Egypte l’histoire d’un peuple ne fut celle de sa religion. La vie nationale y fut associée à la vie religieuse de la façon la plus intime ; toute impulsion religieuse influençait les mouvements et les sentiments nationaux. Toute révolution religieuse intéressait le pouvoir de l’Etat et avait pour conséquence une révolution politique.

La religion avait pénétré si profondément dans l’Etat, que toutes les ressources de celui-ci étaient prodiguées en constructions de temples, en fondations religieuses, et la classe sacerdotale menaçait d’annihiler non seulement le pouvoir du roi, mais tout le pouvoir de l’Etat.

C’est une révolution semblable qui se produisit à l’avènement d’Amenhotep IV (1403 av. J.-C.). Ses prédécesseurs, hardis conquérants, avaient étendu la puissance de l’Egypte bien loin en Asie. Lui ne chercha pas sa gloire dans des expéditions guerrières. Il avait un autre

idéal devant les yeux. En Égypte, l’idée de Dieu s’était développée de bonne heure. Ce que les Sémites comprenaient sous le mot de SK ou îloa, les Égyptiens le condensaient dans le mot « Xouter » Noiiter était l’ètre le plus élevé; on l’imaginait régnant en dehors et au-dessus de la sphère humaine ; il avait été là au commencement et comme commencement ; il avait créé le monde et gouvernait l’univers selon ses volontés. Mais cet être, le plus élevé des êtres, était personnifié dans les lieux différents de façon différente et, par conséquent, connu et nommé sous des noms différents. Partout, sans doute, il était le Soleil, dans lequel on croyait reconnaître tous les éléments de vie et de mouvement, mais multiple fut la manière dont cette conception vint au jour, et divers furent les attributs et aussi les noms que l’on donna à cette divinité dans les différents nomes de l’Égypte. Il en résulta toute une légion de dieux dans chacun desquels l'idée de « Nouter » se manifesta. Il y avait ici Plah, 1’ « ouvrier» du monde, le créateur de l’univers; là, Amon, qui connaissait « toute chose cachée » ; ailleurs, Dieu était la substance de cet Être qui donne aux champs la fécondité, qui fait déborder le Nil, etc. De même que chaque district avait sa capitale particulière, résidence des princes du pays, chaque district avait aussi son dieu particulier et sa façon particulière d’honorer ce dieu. La capitale n’était donc pas seulement le centre politique du district, mais aussi le centre du culte particulier du dieu, et même, du temps oit l’Égypte était réunie sous au seul sceptre, une nouvelle divinité arrivait à l’hégémonie (|uand une nouvelle capitale s’imposait au pays. De là vint qu’au temps où Thèbes florissait, Amon de Thèbes fut le dieu national des Egyptiens; dans la suite, doté des attributs de lia, 1 éternel dieu solaire, il fut honoré comme Amon- Ua, roi des dieux

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ANNAI.es du MUSEE OUIMET

Il fallait se débarrasser de ce chaos de dieux et de ses innombrables formules mythiques. Fils d’une mère de race étrangère, en tout cas non égyptienne^ Amenhoiep IV fut élevé dans un esprit qu’on n’avait pas connu jusque-là dans l’Egypte, du moins dans l’Egypte olïicielle. Nous ne savons certes pas ce qu'était sa mère ; nous savons seulement que Thi^ l’épouse favorite d’Amenhotep III, était la fille d’un certain loiuto et de sa femme légitime Thouao' . Pourtant, je crois que nous ne nous écartons pas beaucoup de la vérité en lui attribuant une origine sémitique.

Peut-être T’A? appartenait-elle à ce peuple qui, quelques siècles plus tôt, — vers 1765 av. J. -G., — s’était établi en Egypte. Israël y était devenu une nation puissante. « Les ('niants d’Israël étaient féconds, ils s’accrurent et se multiplièrent et devinrent si nombreux que le pays en était plein. » (Exode, i, 7.) 11 est très vraisemblable, il est possible tout au moins que 7Vu’ appartenait à la race d’Israël. Puisque les princes sémites, — et plus tard même le roi Salomon, — ont pu épouser des filles de rois égyptiens, ])ourquoi un roi égyptien n’aurait-il pas pu prendre pour épouse la fille d’un peuple sémite habitant en Egypte ? Et, dans ce cas, il est évident qu’élevée dans une croyance profondément pénétrée de l’idée monothéiste, elle a dû rester étrangère au culte d’.Vmon et à ses prêtres, et elle a dû donner à ses enfants une éducation qui, en Egypte, paraissait étrange. Il est ensuite explicable que son fils, auquel, par amour pour elle, le roi assurait la succession au trône, dut être élevé dans l’aversion du dieu ofiiciel. Aman, et même dans une certaine horreur de cette cohue des dieux égyptiens.

Et comme le monothéisme d’Israël, à cette époque, avait pris un caractère astral, très caractérisé, le monothéisme inspiré par Thi à son fils fut aussi de nature astrale;

1. Les momies (le louao cl de Thonao ont ét(> relroiivces en lOn,", et sont actuellement au Musée du Caire.

c’était ce qu’on pouvait appeler un monothéisme solaire^ en ce sens ({ue le seul^ Viinique dieu s’incorporait dans le disque du soleil (« Aten »). Amenhotep IV avait donc, dès son enfance, reçu la notion de Y unique Dieu de la lumière, puis « ce que dans l’àme de l’enfant, dès sa tendre jeunesse, la bouche éloquente d’une mère avait fait pénétrer, devint, chez l’adolescent et chez l’homme, un ferme article de foi ». (Brugsch, Geschichte Ægyptens , p. 419.) Dès son avènement, il fit connaître ouvertement son adhésion à cette foi ; le monde ofïiciel d’Egypte eut vite fait de rompre avec sa vieille religion et se créa une nouvelle « Doctrine ». On fit une guerre ouverte au culte d’Amon, à son cortège de dieux, à ses prêtres. Le roi se dépouilla de son nom et le changea en celui de « Khou-n- Aten » (« Gloire du dis(|ue solaire »); il donna aussi à ses filles encore mineures des noms (|ui étaient composés avec « Aten », et les grands du royaume changèrent aussi de nom. Ils durent effacer de leurs noms ce qui aurait pu rappeler Amon, et le remplacer, sinon par Aten, du moins par Ra qui était plus ou moins identique à .\ten. Ce nom de Ra, avec le concept (\’unilé, se présentait dans le nom d’Amenhotep IV, à savoir « Nefer-lieper- uaen-Ra », c’est-à-dire : belle est Vunùiue forme de Ra », expression qui accentuait sans aucun doute le caraidère à’ unité du dieu solaire.

Mais pour se débarrasser à jamais de l’ancien dieu d’état et des nombreux dieux de sa suite, il fallait proscrire tout ce (jui pouvait rappeler le souvenir île son culte, jusqu’à en effacer les moindres traces. En conséquence, toutes les images, tous les noms divins, (|ui avaient rapport à Amon, furent détruits et martelés dans les inscri[)tions. Peu de monuments échappèrent à ce sort. Pour des raisons analogues, le roi abandonna l’ancienne capitale, l’hèhes, et fonda dans la .Moyenne Egypte, au sud de Reni-I lassan, une nouvelh' capitale.

A^fNALES DU MUSÉE GUIMET

qu’il appela Klioid-Alon. Thèbes, le siège de l’ancienne doctrine polythéiste , ne se prêtait pas à être le centre d’une religion monothéiste. Dans la nouvelle capitale, et pour la glorification et la vénération du Dieu unique et tout puissant, un temple fut construit, sur de nouveaux plans, avec des cours ouvertes, dans lesquels des autelsfoyers furent installés.

Nous voyons par quelques hymnes qui nous sont parvenues, de quelle pureté s’était empreinte V adoration d'un dieu unique dans le culte d’Aten. En voici un exemple ; c’est une prière au Soleil, conservée dans les inscriptions des tombes de Tell-el-Aniarna (ruines de Khout-Aten ’).

« Qu’il est beau ton couchant, ô Soleil de la vie ; toi, » le seigneur des seigneurs, le roi des mondes. Quand » tu te réunis au ciel à ton couchant, les mortels, te » voyant, poussent des cris de joie, rendent hommage, )) honneur à qui les a créés. Ils adorent Celui qui les a » tous formés. Sous les yeux de ton fils, qui t’aime (et te » vénère), le grand roi Khounaten... Toutle pays d’Égypte, » les peuples, disent tous ton nom, à ton lever. C’est toi » le Dieu, le Dieu vivant, en vérité, qui se lève devant » les deux yeux. C’est toi qui as créé ce qui n’existait pas, » Toi qui donnes à tout sa forme dans le tout, Et nous » sommes issus d’un seul mot de ta bouche . »

La religion nouvelle était si étendue et si enracinée dans les cercles de la cour que la royale épouse Noferou- Nofer-i-Thi, profondément pénétrée de l’importance de la croyance nouvelle, salue le soleil du matin en des termes que peut seul inspirer le monothéisme le plus pur. Elle s’écrie :

« O disque du soleil, ô toi, le dieu vivant! Nul autre » n’existe, excepté toi. Tu rends les yeux sains par tes » rayons, créateur de tous les êtres ! Quand tu te lèves à

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