Brugscli, Matériaux., pl. X
jusqu’à 1600 av. J.-C., — le P'' Tlioth de l’année mobile tombait entre le 20 septembre et le 1®'' février, époque où il ne peut pas être question des prémices des fruits des champs. Le jour de l’an dont il est fait mention dans les conventions citées plus haut, ne peut donc se rapporter qu’à une « année naturelle » spéciale, qui commençait avec la récolte des « premiers fruits ».
Nous arrivons ici à Tune des considérations les plus importantes au point de vue de l’histoire de la civilisation et du calendrier. Au jour de l'an de cette année naturelle, on présentait les prémices des fruits des champs. Si l’on réfléchit que, chez les Egyptiens, les mois dans toutes les formes d’année, portaient les mêmes noms, et que le jour de l’an de l’année naturelle fixe, comme celui de l’année Sirius et celui de l’année mobile, est indiqué comme 1®'' Thoth, alors, avant le jour du nouvel an venaient 5 jours intercalaires, 30 jours de Mesori, .30 jours d’Epiphi, etc.
Si l’on compte, à partir de ce jour du nouvel an, dans lequel les prémices des fruits devaient être offerts, 50 jours en arrière, on arrive au 16 Epiphi. D’après le texte de la Bible {Lévit., xxiii, 15, 16), à partir du 16® jour du 1®*' mois, qui portait le nom de « Chodes Haabib »
= « mois de .\bib », les enfants d’Israèl « devaient compter cinquante jours jusqu’au lendemain du septième sabbat, afin de célébrer la nmaan jpi « fête des prémices ». La similitude entre la coutume chez les Egyptiens et celle des Israélites est si grande que nous pouvons, à coup sûr, les identifier et regarder le mois « Abib » de la Bible comme le mois Epiphi des Egyptiens.
Ainsi se trouve résolue la question qui tant de fois a été discutée : il faut donc identifier le « Chodes-llaabib » avec
ANNALES DU AIUSEE GlIIMET
« mois de la maturité des fruits » ou « mois des épis », et les traduire de môme. Cette interprétation est motivée par un passage de XExode^ ix, 31, oii on lit : muîrn ’a « car
Vorge élail mûre » ; a’ax est donc « niùr » et par conséquent a^aKn tnn = « mois de la maturité des fruits ». D’autres, comme par ex. Strack, traduisent : « car l’orge avait des épis », et appellent le a^asn tnn le « mois des épis ».
Et pourtant, même d’après le texte de la Bible, le a'ax dans Exode, ix, 31, n’a aucun rapport avec le a'asn nn ; car, d’après Exode , xn, une seule des 12 plaies qui frappèrent le Pharaon eut lieu dans le mois Nisan, ce fut la mort des premiers-nés. Quant à la septième plaie dont il est également parlé [Exode, ix, 31), la plaie de la grêle, elle n’eut certainement pas lieu dans le mois de Nisan, donc, pas dans le mois qui est désigné par a'axn nn. Et si nous tenons compte de la tradition d’après laquelle les plaies commencèrent au 1"' Ab et se suivirent l’une l’autre à des intervalles d’un mois’, alors la septième plaie eut lieu le 1®’' Sebat, c’est-à-dire, par rapport à l’année de l’Exode (1335 av. .I.-C.)% le 13 janvier de l’an 1335 av. .J.-C. Il n’y a donc aucune connexion entre le s'iiK de \’ Exode, ix, 31, et le a’aKn trnn.
Le Chodes-Haabib est simplement le mois Ahib ; il est, comme nous venons de le voiiy d’origine égyplienne, car c’est le mois Epiphi des Egy[)tiens et même l’Epipbi avec la moisson de l’année naturelle commençant. On |)eut remarquer aussi ([ue les Arabes d’aujourd’hui, quand ils nomment les Suhûr-el-Kebt « mois des Egyptiens », au lieu de dire: « Epiphi », se servent du nom
Nous voyons ainsi l’origine étrangère des fêtes judaïques, car le “l'apn :n, la « fête de la moisson » de la
1. 1. Al) ; sang; 1. EIul : grenouilles; 1. Tisri : moucherons (?) ; 1. Chesvan : animaux sauvages; 1. Kislcv : épizootie; 1. Tebct : ulcères; 1. Sebat : grêle; 1. Adar : sauterelles; 1. Nisan : lénèbres épaisses.
2. The Erodits. ap. Transact.of the Roy. .l.s/oL A'oe., 1901 . — Tcbcr die h) der Rihet etwirhrdc Tinsieniiss, ap. Sitzungsher. d, Ahad, HVe/), 188.5,
LE CALENDRIEH P;GYPTIEN
Bible, ((ui est désignée ici aussi comme an'san an « fête des prémices », n’est pas autre chose que la fête du nouvel an de l’année naturelle des Eg}qitiens.
Il est une autre question qui se rattache à la précédente, et qui vient d’être posée par le professeur Charlier, astronome à Lund’.
Charlier veut voir dans la fête de la réconciliation qu’Israël célèbre au 10® jour du Vil® mois la fête de l'équinoxe d' automne. Viàée de Charlier est avant tout celle-ci : en Israël, dans les temps reculés et même avant le temps de l’exil, c’est l’année solaire qui formait la base du calcul du temps. 11 en voit la preuve dans ce que le livre sacerdotal (composé après le temps de l’Exode) prend partout comme base de sa chronologie, à la mode babylonienne, l’année luni-solaire ; quant au déluge qui, d’après lui, a duré une année solaire de 365 jours, il en a rédigé la relation de façon que cette durée s’est étendue du 17® jour du 11® mois jusqu’au 27® jour du II® mois de l’année suivante. Celte année solaire d’avant le temps de l’exil aurait pris son commencement avec l’équinoxe de printemps; le l®"^ Nisan des années avant l’exil aurait été ré({uinoxe de printemps. .S’il en est ainsi, l’équinoxe d’automne, ((ui arrive 186 jours après l’équinoxe de printem|)S, devrait tomber au 10 Tisri* ; la fête de la réconciliation
1. /.eitschr. d. dcutsch. morg. Gcsellscliaft, LVIII, -ÎSO sq.
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180 jours.
est donc la fête de l’équinoxe d’automne chez les Israélites.
Mais, demanderai-je, est-ce que l’exposé biblique sur la durée du déluge donne une base suflisante pour cette thèse qu'en Israël, antérieurement à l’exil, il y avait une année solaire, et que le calendrier ne serait devenu lunisolaire qu’après l’exil? N’y a-t-il pas plutôt, dans tout l’exposé sacerdotal, à voir et reconnaître une intention qui ne s’explique certes pas, — comme Charlier le pense, — par l’emploi de l’année solaire en Israël, avant l’exil, mais plutôt parce que le Lévite a donné au déluge, qui détruisit tout être vivant et toute végétation dans la nature, la durée d’une année naturelle^ vu que c’est après cette durée que la nature se réveille pour une nouvelle vie? Si le Lévite s’était vraiment laissé conduire parla pensée qu’avant l’exil, il y avait une année solaire pure et non pas, comme en son temps, une année luni-solaire héritée des Babyloniens, il ne l’aurait certes pas exprimée seulement dans sa narration du déluge, mais encore à propos d’autres données chronologiques qui concernent l’Israël d’avant l’exil. Notons aussi que Charlier, d’un côté, reconnaît la critique moderne de la Bible et attribue au Lévite cette donnée que le déluge a duré 365 jours et, d’un autre côté, ne fait pas du tout attention qu’un écrivain plus ancien, le lahviste, ne parle pas de 365 jours, mais seulement de 40 jours de pluie incessante, et d’autres 3x7 = 21 jours, pour l’envoi au dehors des oiseaux et, par conséquent, ne donne au déluge qu’une durée totale de 61 jours. Déjà cette circonstance que la source biblique la plus ancienne, le lahviste, ne donne que 61 jours pour la durée du déluge, tandis que le Lévitique, plus récent, donne 365 jours, aurait pu convaincre Charlier que le Lévite voulait seulement attribuer au déluge la durée d’une année naturelle ; il n’en ressort donc pas que, chez les Israélites, dans le temps qui pré-
céda l’exil, le calendrier était fondé sur une année purement solaire. Remarquons enfin que Charlier, qui reconnaît le Lévidque comme un livre de rédaction ultérieure^ n’observe pas que le jour de la réconciliation, d’après la critique biblique moderne, n’est ({u’une création de l’époque post-exodique. Mais ce qui prouve la faiblesse de cette hypothèse, c’est que justement la Bible ne met pas en connexion avec l’équinoxe d’automne la fête de la réconciliation, mais bien la fête de Succoth. Succoth {Exode, XXXIV, 22) est la n3»n nspn si'Dxn an, et ce passage de la Bible n’est pas dù à un écrivain postérieur à l’exil, mais à un lahviste d’avant l’exil. Et ce rédacteur biblique d’avant l’exil appelle la fête de Succoth « la fête de la récolte des fruits des champs), au temps du thekuphat de l’année » (donc au moment du « point d’automne »).
Le « Livre de l’Alliance » qui appartient notoirement aux plus anciennes parties du PenLaleaqae, et c|ui est antérieur à l’exil, appelle aussi la fête de Succoth [Exode, XXIII, 16) : niün nxxs jn, c’est-à-dire : « la fête de
la récolte, à la fin de l’année » ; c’est (loin', la « fête de Succolh », et non pas <( la fête de la réconciliation » qui, d’après la source biblique, est liée avec l’annét; solaire tropique ou avec la fin et le début d’une soi-disant année « naturelle». 11 ne suit pas de là (jue l’année d’avant l’exil des Israélites fût une année solaire fixe; il en résulte seulement (|ue, si les mois dans le calendrier d’Israël étaient déterminés d’après la course de la lune, la longueur de l’année dé|)endait de la course du soleil, [/année du calendrier d’Israël était donc déjà, au temps d’avant l’exil, une année luni-soLaire. C éldd la forme d’année (jui, dans les temps les plus reculés, était en usage dans toute l’.Vsie occidentale, ([iioicpic les méthodes jiar lestpielles on faisait concorder ensemble les cours du soleil et de la lune dans ces temps obscurs ne nous soient pas complètement connues. Les Israélites avaient appris à user de cette
AMNALliS nu MUSKE GUIAfET
lonne d’année dés les premiers temps de leur histoire, par conséquent avant de venir en Égypte pour s’y établir. Mais en Egypte aussi, l’année luni-solaire, en dépit de l’année solaire civile, était en usage, au moins dans le service des temples, — car le calendrier des mois, ou mieux, l’année luni-solaire, servait de fondement au calcul des revenus mensuels des prêtres et de certains dons aux temples.
Il n’y a donc aucune raison d’admettre cpie le calendrier d’Israid ait jamais connu une année autre que l’année luni-solaire ; au contraire, si avant l’exil l’année solaire avait été en usage et si le i\isan, son jour de l’an, tombait au point du printemps, on ne pourrait comprendre comment l’équinoxe d’automne tomberait le 10® jour du VIP mois. Dans l’année luni solaire, les mois sont des mois lunaires, et ont par conséquent alternativement 20 et 30 jours ; 6 mois répondent ainsi à (3x29) -j- (3x30) ^ 87-1- 90= 177 jours ; si on ajoute encore 0 jours, on a 186 jours, et on arrive ainsi au 10® du YII® mois. Avec une année solaire pure, les jnois ne sont plus des mois lunaires, de 29 et 30 jours, mais en moyenne de 30 jours chacun, avec addition de cinq jours complémentaires, ou alternativement de 30 et 31 jours, comme dans le calendrier julien-grégorien. Dans aucun de ces cas, le 186® jour compté à partir du 1®^ Nisan ne tombe au 10® jour du \'ll® mois. 11 est vrai que pour le calendrier luni-solaire le calcid n est pas non plus tout à fait exact, car il ])eul arriver dans une année luni-solaire que le 1®*' Nisan tombe sur le point de printemps, mais en général ce n’est pas le cas. En effet, dans le calendrier luni-solaire, une année a 354 ou 384 jours; cela étant, il est simplement impossible que le 1®'' Nisan, le jour du nouvel an, arrive toujours à tomber sur le point du printemps.
Ecoutons cependant encore ce (jue Gharlier apporte à l’appui de sa thèse. Gharlier pense (jue le temple était
orieulé de l’Est vers l’Ouest, afin que les rayons du soleil levant, symbole de la majesté de Jalwe, pussent tomber aux jours de l’équinoxe le long de l’axe du temple, et il dit ensuite : « quand, dans la Bible, il est parlé devant le peuple de la maniféslation de la majesté de Jéhovah, cela se fait toujours au jour de la réconciliation ». Il s’appuie sur le texte biblique relatif à « l’entrée d’Aaron en son sacerdoce », entrée qui eut lieu au jour de la réconciliation.
^lais d’oii Cliarlier a-t-il ces données qu’Aaron a été installé dans son emploi le jour de la réconciliation? On ne peut les tirer du texte de la Bible ; on ne lit rien de pareil dans V Exode, xxviii et xxix, ni dans le Lévitique, ix, passage cité par Charlier. Aux chapitres mentionnés du II® livre de Moïse, se trouvent les descriptions des vêtements sacerdotaux et les prescriptions pour la consécration des prêtres et de l'autel. Nulle part on ne trouve la moindre indication que l’installation d’.\aron et de ses (ils dans le sacerdoce dut avoir lieu ou ait eu lieu le jour de la réconciliation. Il n’y a pas plus à tirer du Lévitique, '^ch. vni-x). Dans le chapitre viir, on nous raconte comment Moïse, conformément aux ordres qu’il avait reçus de .lahve, consacra comme prêtres son frère .\aron et ses fils, et comment il accomplit les cérémonies des offrandes relatives à la solennité fixée par Jahve.
La solennité de la consécration dura se|)t jours; au huitième jour, Aaron et ses fils entrèrent en fonctions. « El au huitième jour, lisons-nous dans le Lévitique, » ch. IX Moïse appela cl scs fils et les plus anciens » d’Israèl, et dit à Aaron : Prends un jeune veau pour » l’offrande d’expiation et un jeune béliei’ pour l’holo- » causte, tous deux sans défaut, et amène-les devant » .lahve. fit tu parleras aux enfants d’Israèd et tu Icui'
1. Nous suivons ici la iriKluclioii île Slnicli : hiirzgcf. h'oniiiiciilar, I, .TLl, car c'est elle aussi que Charlier a pris pour hase de scs recherches.
•VNiSAlÆS DU MUSEE OUIMET
» diras : Prenez un bouc à long poil pour le sacrifice » d’expiation, et un veau et un agneau, tous deux âgés » d’un an et sans défaut pour l’holocauste, et un bœuf et » un bélier pour le sacrifice d’actions de grâces, afin de )) les sacrifier devant l’Éternel ; et une offrande pétrie à » l’huile ; car aujourd’hui vous apparaîtra l’Eternel. Et ils » apportèrent devant la tente de manifestation ce que » Moïse avait ordonné, et toute l’assemblée s’approcha et n se tint devant l’Eternel. Et Moïse dit ; Voici ce que » l’Eternel vous a ordonné de faire ; faites-le et la gloire » de PEternel vous apparaîtra. Et Moïse dit à Aaron : » Approche de l’autel et offre ton sacrifice d’expiation et n ton holocauste, et fais l’expiation pour toi et pour le » peuple, et accomplis le sacrifice du peuple, et fais l’ex- » piation pour eux comme l’Eternel l’a ordonné. Alors
Aaron s’approcha de l’autel et il immola le veau du » sacrifice d’expiation, cela pour lui. Et les fils d’Aaron lui » présentèrent le sang et il trempa son doigt dans le sang, » en mit sur les cornes de l’autel, mais le reste du sang, )) il le répandit au pied de l’autel.
» Et il brûla sur l’autel la graisse, le rognon et le » grand lobe du foie de la victime expiatoire, comme » l’Eternel l’avait ordonné à ÏMoïse. Et il brûla au feu la » chair et la peau en dehors du camp. Et il immola l’holo- » causte et les lils d’Aaron lui présentèrent le sang, et il n le répandit tout autour de l’autel. Ils lui présentèrent » l’holocauste coupé en morceaux, avec la tête, et il les » fit s’élever en fumée sur l’autel, et il lava les entrailles » et les jambes, et il les brûla sur l’autel par-dessus (les » restes de) l’holocauste. Ensuite il offrit le sacrifice du » peuple. Il prit nommément le bouc expiatoire, qui était » pour le peuple, l’immola et le présenta en offrande » d’expiation comme la première victime. Il offrit l’holo- » causte et le sacrifia d’après les règles. Il présenta l’of- » frande d’aliments, en prit plein la main, et la fit s’éle-
LE CALENDHIEU EGYPTIEN
» ver en fumée sur l’autel, indépendamment de l’holo- » causte du matin. 11 immola le bœuf et le bélier, en » sacrifice d’actions de grâces pour le peuple. Les fils » d’Aaron lui présentèrent le sang et il le répandit sur » l’autel tout autour. Ils lui présentèrent la graisse du » bœuf et du bélier, la queue, la graisse qui couvre les » entrailles, les rognons et le grand lobe du foie; il mit » les graisses sur les poitrines et les fît s’élever en fumée » sur l’autel. Aaron agita de côté et d’autre les mor- » ceaux de poitrine et l’épaule droite devant l’Eternel, » comme Moïse l’avait ordonné. Aaron leva ses mains )) vers le peuple et le bénit, et il descendit après avoir » accompli le sacrifice d’expiation, l’holocauste et le sa- » crifîce d’actions de grâces. Moïse et .Aaron entrèrent )) dans la tente d’assignation. Lorsqu’ils en sortirent, ils )) bénirent le peuple, et la gloire de l’Eternel apparut à » tout le peuple. Le feu sortit de devant l’Eternel et con- » suma sur l’autel l’holocauste et la graisse. Tout le peu- » pie vit cela; ils poussèrent des cris de joie et tom- » lièrent, la face contre terre. »
Xous trouvons positivement ici deux « offrandes expiatoires » qii’Aaron devait présenter, l’une (nKtann biu = un veau victime expiatoire) afin de faire expiation pour luiméme, l’autre (riKtann “l'iiir = un liouc victime expiatoire) afin de faire expiation pour le peuple. Cela rappelle la fête des expiations dont il est parlé au chapitre xvi du Lcvitique, et les offrandes expiatoires <pii doivent être jirésentées au jour de la réconciliation. Aaron offrit pour lui-méme un jeune taureau expiatoire (riKmi ib) et un bélier (rKïann TUir) pour le peuple. Mais, en outre que les cérémonies du sacrifice pour l’entrée en fonctions étaient tout autres <|ue celles indi(|uées pour le jour de la réconciliation, on reconnaît, d’aiirès l’exposé (|ui suit, ((ue le jour de l’entrée en fonctions d’Aaron n’était pas le jour de la réconciliation (on sait d’ailleurs (pic le jour de la
ANNALES UU MUSEE GUIMET
réconciliation est une institution de date postérieure). Car cette même source où nous puisons le renseignement sur la solennité d’installation, décrit aussi (ch. x) la laute dont iNadab et Abihu, lils d’Aaron, se sont rendus coupables, ' leur châtiment et ensuite le reproche fait par Moïse, que le bouc expiatoire avait été brûlé et non mangé à la place sainte. « Pourquoi n’avez-vous pas mangé en place sainte la victime expiatoire ? car elle était sanctifiée et il (l’Eternel) vous l’avait donnée pour enlever le péché de l’assemblée et pour obtenir la réconciliation pour eux devant l’Eternel. » Or on ne devait manger, ni de l’offrande expiatoire du taureau, ni de l’offrande expiatoire du bouc, qui doivent être présentées au jour de la réconciliation. Le tout devait être consumé (voyez Lévitique^ xvi. 27), car, au jour de la réconciliation, « vous devez garder votre corps chaste ». Le jour oii, après une solennité d’installation de sept jours, Aaron entra en fonctions n’était donc pas le jour de la réconciliation. C’était le jour de son entrée en fonctions, et ce jour était célébré avec une solennité particulière. Comme l’office de prêtre consistait à célébrer des sacrifices agréables à Dieu, ceux-ci, dans leur grande solennité, différaient peu des rites observés par Moïse pour la fête d’installation et se terminaient par une bénédiction (donnée) au peuple, comme cela se fait encore aujourd’hui, quand un prince de l’Eglise entre en fonctions. La tâche d’Aaron désormais était de faire l’expiation pour Israël par le sacrifice. Il ne pouvait remplir complètement les fonctions auxquelles il était appelé qu'en faisant expiation générale pour tout le peuple : ce (jui n’avait rien à faire avec le jour de la réconciliation ; et ce jour, d’après la Bible même, ne fut d’ailleurs ordonné (ju’après la mort de Nadab et d’Abihu . {Lévit.. xvr.)
D’autre part, le texte biblique nous permet de trouver la date de l’ordination d’Aaron et de ses lils. Dans le IL livre de iMoïse, cb. xl, nous lisons : « Le j)remier
LE CALENDHIEH E(;YPT1EN
jour (lu premier mois, tu dresseras le Mislvan \')hel nio^ed » (le tabernacle, la tente d’assignation). Suivent les ordonnances sur la pose des pièces d’ameulilement intérieur, et sur leur sanctification ; et enfin, c’est encore ce jour-là (|ue devait se faire l’onction d’Aaron et de ses fils pour le sacerdoce ; donc, avec ce jour devait commencer la solennité de l’installation, liée à l’entrée en fonctions. On lit en effet : « Fais avancer Aaron et ses fils vers l’entrée de » la tente d’assignation et lave-les avec de l’eau. Tu revêti- » ras Aaron des vêtements sacrés, et lu l’oindras r! le » sanctifieras, pour quil me serve comme prêtre. Et tu » feras approcher ses fils, et tu les revêtiras de tunicpies, » et tu les oindras comme tu as oint leur j)ère, qu'ils » me servent comme prêtres. » Le récit continue : « Au pre- » mier jour du premier mois de la seconde année (après » la sortie d’Israël de l’Egypte), au premier jour du mois, » [e Miühan (le tabernacle) fut dressé », et Moïse fit tout ce cjue l’Eternel lui avait ordonné. <( Et la nuée couvrit » la tente d’assignation et la gloire de l’Eternel remplit la » demeure. Et Moïse ne pouvait pas entrer dans la tente » d’assignation, car la nuée restait dessus et la gloire de » l Eternel emplissait la demeure. »
On voit ici clairement ([ue l’installation d’Aaron et de ses fils n’eut pas lieu au lÜ® jour du VII® mois, donc pas au (( jour de la réconciliation », mais au 1®’’ \isan du l®*" mois.
M. (diarlier lui-même admet (jue la (( manifestation de la gloire de l’Eternel » dans l’érection et la consécration du sanctuaire dans le désert eut lieu, conformément au récit bibli([ue [E.vode, xl) « dans le premier mois de la seconde année, le [)remier jour du mois », donc à récpiino.xe du printemj)s, et non |)asau jour de la réconciliation. /Mors on ne comprend pas (ju’il dise (pie rinslallalion d’Aaron en son sacci'doce, (pii, d’apiaïs l’A’.r()(/(', xl, et bî Lévitique, ix, est eonmîxe à la manifestation de la gloire (1(! l’I'iternel, puisse tomber au jour de la réconciliation.
•VNNAÎÆS l)U MUSEK GUlMET
La consécration dn temple de Salomon n’ent pas lien non pins, comme M. Charlier le pense, an jour de la réconciliation (voyez : Rois, A, viii, 2, et viii, 35, comme aussi : Chroniques, B, v-vii) ; elle eut lien an jour de la Tète commençant le jour de la pleine lune dn Vil® mois. Nous lisons ici en elFet : « Tons les hommes d’Israël se réunirent an roi Salomon an mois d’Etanim, qni est le VII® mois, à la fête (ans). Trois fêtes senlement, comme il a déjà été dit pins liant, portaient le nom :n : Passah, Sabbnoth et Snccotb. Le an dn VU' mois était donc Snccotb.
Mais lorsque M. Charlier place à l’époqne de l’équinoxe l’apparition de la gloire de l’Eternel aux rayons du soleil levant, il peut y avoir là une nouvelle confirmation de notre thèse ; puisque la fête de Snccotb des Israélites, tout comme leur Passah, tombait non seulement an temps de la pleine lune, mais aussi à l’époque des équinoxes, tontes deux étaient des fêtes de forme asLrale et lunisolaire. M. Charlier s’appuie sur un passage à'Ezéchiel, XLiii, que voici :
« Il me conduisit à la porte, à la porte qni était dn côté » de l’Ürient, et voici, la gloire du Dieu d'Israël s’avan- » çait de l’Orient! Et sa voix était pareille à la voix des )) grandes eaux et la terre resplendissait de sa gloire... » .le tombai sur ma face. Et la gloire de l’Eternel entra » dans la maison par la porte qni regarde dans la direction » de l’Orient. .Mors l’esprit m’enleva et me porta dans le » parvis intérieur, et voici que la gloire de l’Eternel em- » plissait la maison. »
Qni pourrait douter, s’écrie Charlier, que l’on se trouve ici devant la description d'un lever de soleil équinoxial, mis en connexion avec la manifestation de l’Eternel dans le temple'.’ Oui, certes, il est question i(;i d’une manifestation de Javeh, et cette révélation, en tant que le culte de .Javeh se fond avec le culte d’Aten, se rapporte à un
lever de soleil équinoxial. Ce lever équinoxial du soleil, pourtant, ne tombait pas, conuno Charlier le pense, au jour de la réconciliation, mais au temps de la fête de Succoth qui, à l’occasion de la njïrn nsipn, commençait avec le jour de la pleine lune, et au temps de la fête de Passah, qui, à l’occasion de u>nn, commençait également avec le jour de la pleine lune.
Sans doute la vision du prophète, telle qu’elle est rapportée dans Ézéchiel, xliii, 1 sq., doit être rapprochée de ce qui est dit au chapitre xl, 1. Nous lisons ici :
'.jmSiS niîT uan': aniiTS wnnS "l'iüiia riDirn ïi^x-ia “l'yn nnan -ib’k -ihk n3ü mui? ya-ixa
.Si on ne prend pas irxn pour « le jour du nouvel an » mais pour « commencement de l’année », alors on pourrait comprendre positivement irnnS 'l'Wi) le 10® jour du mois rhisri ; encore faut-il admettre qu’à ce moment, comme dans la période syro-niacédonienne et dans les siècles de l’ére chrétienne, ce n’était pas Nisan, mais déjà Thisri, qui était le commencement de l’année. Or, à ce moment, — commis il est facile de le voir d’après les données calendériques dans le livre d' Ézéchiel, — c’était Nisan qui était le l®*' mois ou « commencement de l’année ». Le 10® jour du mois est donc le 10 Nisan et non pas le 10 Thisri, et ne correspond pas à lom-Kippur. Et l’on peut s’en assurer en comparant ce qui est dit, dans le même chapitre, de la consécration du temple et de l’installation des prêtres dans leur emploi d’après les instructions du livre H de Moïse. En réalité, l’instruction pour la fête de Passah dans l’un des chapitres suivants (ch. xLv) se rattache à (;ela. Donc, si les paroles citées dans Ezéchiel, xliii, I, ont rapport à un lever de soleil é(|uinoxial, il s’agit ici de \' équinoxe du prinlenips, qui a lieu le premier mois, le mois de Nisan, le a'axn trnn, dans lequel la Passah est célébrée.
ANNALES DL MUSEE OUIMET