TRADUCTION DU TEXTE GREC
nouvel an, mais il a lieu maintenant dans la IX^ année, h la nouvelle lune du mois Payni. »
Ces données ont soulevé plus ou moins de difïicultés dans toutes les explications faites jusqu’à présent. Avant tout, on cherchait à voir ici la preuve frappante que l’année Sirius n’était qu’une réforme tardive, inconnue de l’ancienne Egypte, et qui n’avait eu quelque importance que sous les Ptolémées. L’année de Sirius et la période Sothiaque qui s’y rattache n’auraient jamais existé chez les anciens Egyptiens et seraient sorties du cerveau de quelques savants de la basse épocpie. Ce ne serait qu’à partir du décret de Canope qu’on aurait fait un premier essai pour l’établissement de l’année fixe.
Or, je crois pouvoir prouver justement le contraire. Les mots: au jour où se lève la constella lion d'Isis, lequel dans les écrits sacrés est fi.vé comme nouvel an, nous enseignent clairement, à mon avis, que l’année Sirius était déjà établie, et si Ptolémée Evergète trouva nécessaire d’ordonner par un décret spécial l’introduction de cette année, il avait pour cela d’autres motifs. Au temps des Ptolémées, l’hellénisme en Egypte avait fait des progrès partout et le calendrier égyptien avait été envahi par le calendrier gréco-macédonien. Or, celui-ci avait pour base l’année luni-solaire, et comme on avait facilement reconnu (pie, après vingt-cinq années solaires de 3G5 jours, les phases de la lune revenaient aux mêmes jours, il est facile aussi de comprendre qu’on avait alors négligé l’intercalation et compté l’année solaire en chilfres ronds de 365 jours; or, Ptolémée Evergète 1®*' voulait rétablir l’ancienne année solaire dans sa siirnification oriirinelle. et lui rendre sa
AMSALES DU MUSEE GUIMET
durée de 365 1/4 jours, — peut-être craignait-il que la connaissance de cette forme d’année sainte ne vînt à se perdre tout à fait par suite des rapports continus avec les Gréco-macédoniens. Pour ne pas s’attirer la malveillance do la déesse Isis-Sothis qui amenait la crue du Nil, il rendit, dans la IX® année de son règne, le fameux décret de Canope. Car ne nous y trompons pas! La raison historique du décret se trouve dans le récit de la famine qui suivit la faible crue du Nil ; et voilà pourquoi le décret ordonne de célébrer le lever héliaque de Sotbis comme commencement d’une nouvelle année de la durée de 365 1/4 jours. Tout le reste, du commencement à la fin, n’est qu’une phraséologie emphatique à laquelle nous ont si souvent habitués les Egyptiens. Sothis-Isis était la cause première de la crue du Nil ; le défaut d’inondation devait être attribué à la colère divine. Cette raison n’était pas difficile à trouver, et comme il importait de calmer la déesse pour épargner à l’Egypte une nouvelle calamité, on rendit le susdit décret.
11 y a ici encore une circonstance à considérer. Depuis le milieu du VP siècle avant J.-C. jusqu’au temps de ce Plolémée (voyez plus haut, page 98, table Ifl), le 1®’’ Tbolh de l’année Sirius, dans les années avant. I.-C. de la forme — 4 n, c’est-à-dire dans les années intercalaires juliennes, le P® Tbot, dis-je, tombait au 19 juillet, et l’année égyptienne qui commençait était une année intercalaire de 366 jours. Dans les autres années juliennes, donc' dans les années de la forme ayant pour formule :
le 1®'' Tbot de l’année Sirius tombait au 20 juillet. Au temps du roi Ptolémée Evergète l®®, par suite de l’état indiqué |)lus haut de l’année Sirius, une réforme du calendrier s’im[)osait absolument. Le P'' Tbot de l’année Sirius, c’('St-à-dire le jour du lever héliaque de Sirius,
tombait dès lors continuellement au 20 juillet, et les années égyptiennes qui commençaient au 20 juillet de ces années juliennes, dont les nombres avaient la forme — (4 n -h i), étaient des années intercalaires. Ptolémée Evergète P'' peut avoir été instruit de cette circonstance, et avoir voulu réformer le calendrier dans le sens du décret de Canope. En tout cas, il est très remarquable que la nécessité de la réforme du calendrier tombe juste au moment de la date du décret de Canope.
Et maintenant, passons à la partie chronologique du décret. Voici les données ([u’il faut prendre en considération :
1° La date , année /V, 7 Apellæos = 11 Tybi des Égyptiens ;
2° Le fait que, en cette année IX, le lecer de la dicine Sothis a lieu à la nouvelle lune du mois Payni.
Xous avons ici à noter cette double date ; 7 Appellæos des ^lacédoniens = 17 Tybi des Egyptiens ; et à considérer que le P' Payni des Egyptiens était le jour de la nouvelle lune. Remarquons aussi à quelle forme d’année se rapportent les dates égyptiennes. Et justement (;’est cette dernière circonstance qu’on a négligé de considérer dans les recherches laites jusqu’à présent. On accordait à la donnée du calendrier macédonien une importance sullisante, mais, faute d’avoir tenu com|)te des différentes formes d’année, ce (|ui est pourtant essentiel en calendrier égyptien, on est arrivé à des dates qui ne concordent pas avec d’autres sources chronologiciues dignes de foi. Ainsi, par exemple, A. -J. -II. Vincent' acce[)te, comme il vient d’être indi(|ué, l’an 243 avant .J.-(L comme étant l’an I.X du roi Ptolémée Evergète 1"', tandis que le canon des Ptolémées donne très clairement pour cette date l’an 238 avant .I.-C.