‹ Etudes sur le calendrier égyptienChapitre 26 sur 30 · Mémoire sur le calendrier des La"ides, piij'C · texte numérisé non relu

Mémoire sur le calendrier des La"ides, piij'C

En l’an 243 avant J.-C., pour les latitudes dont il s’agit, Sothis n’eut pas son lever héliaque au l"" Payni, mais au 30 Pachon. D’autres savants, — comme Lepsius, Laulh, — ont pensé que, le canon ptolémaïque donnant l’an 238 avant J. -G. pour l’an IX, on ne devait prendre en considéi’ation que les dates égyptiennes et que, par conséquent, on devait admettre que le décret de Canope était daté du 7 mars de l’an 238 avant J. -G. doute la difficulté tient (comme je l’ai déjà montré en un autre mémoire’) à ce qu’on a méconnu le caractèi*e de la date égyptienne. On admettait que la date indiquée dans le décret : 7 Apellæos — 17 Tybi des Egyptiens, se rapportait à l’année vague; on oubliait que dans le décret ce 17 Tybi était constitué comme jour de fête en souvenir de Bérénice. Alors il ne peut guère être question de l’année vague, puisque, quelques lignes plus hauG l’introduction générale de l' année Siriiis fixe est ordonnée. Le 11 Tybi de l'an IX, date du décret de Canope, ne se rapporte nullement au calendrier vague, mais au calendrier sothiaque fixe.

Une preuve directe nous en est fournie par la double date : 7 Apellæos = 17 Tybi.

Le calendrier gréco-macédonien avait les mois : 1. Dios, 2. Apellæos, 3. Audinæos^ 4. Peritios, 5. Dystros, 6. Xanthicos, 7. Artemisios, 8. Dæsios, 9. Panemos, 10, Lous, 11. Gorpiæos, 12. Hyperberetæos. Puisque dans le calendrier macédonien le l®’’ Bios correspondait au 1®^ jour du mois Tisri 11 des Syriens, et par conséquent au 1®‘‘ novembre julien, il devait tomber, dans l'année luni-solaire grécomacédonienne, de préférence à la nouvelle lune la plus proche de cette date, et par conséquent, en l’an 238 avant J. -G., correspondre au 1®'' Miimalcterion du calendrier attique. En fait, le 1®'’ Dios du calendrier gréco-macédonien tomba, en l’an 238 avant J. -G., au 29 octobre, le l®® Mà-

1. Das Decret von Kanopus. Transactions of the ninth intern. Congress of Orientalists, vol. II, p. 319 sq.

maktéi'ion de l’olymp. 135 III (c’est-à-dire de la 17® année de la 2® période callippique). Le 1®"^ Poseideon I de cette année, c’est-à-dire le 27 novembre de l’année julienne, était donc le l®"" Apellæos et, par suite, le 7 Apellæos = 3 décembre = 17 Tybi du calendrier sothiaque. En l’an 238 avant J.-C. (— — 237) le jour du lever héliaque de Sirius, c’est-à-dire le 1®’’ Thoth de l’année Sothis, tomba au 20 juillet du calendrier julien, et nous avons par conséquent :

1®“’ Thot = 20 Juillet. l®"" Choiak = 18 Octobre.

l®r Paophi = 19 Août. 1®*' Tybi = 17 Novembre.

l®r Atliyr = 18 Septembre. 17 Tybi = 3 Décembre.

Nous n’avons plus à démontrer qu’une chose, c’est que l’an 238/7 avant J.-C. = — 237/G — an IX du roi Ptolémée Evergète I®*' (selon le canon ptolémaï(jue), répond sous tous rapports à tout ce que, dans le décret, on demande à cet an IX. Le décret remarque, avant tout, que Ptolémée Evergète I®'' est monté sur le trône le 25 Bios. Sa IX® année de règne s’étendait donc du 25 Bios de l’an — 237 = 238 avant J.-C., jusqu’au 25 Bios de l’an — 236 = 237 avant J.-C.

Dès le 7 Apellæos = 17 Tybi = 3 décembre de cette année, il avait rendu son décret, par lequel on sait (|u’on cette IX® année de règne le jour du lever hélia(|ue de Sothis devait tomber sur la néoménie du mois Payni, et aux termes duquel le jour, qui dans les saints écrits dos temples était désigné comme le jour du nouvel an, devait désormais, et pour toujours, être considéré comme tel.

Ainsi, dans cette IX® année de règne, Sothis doit s’ctre levée héliaquement à la nconiéiiie du mois Payni (.\g l’année vague de .365 jours, alors en usaoe. Or, la date julienne du lever héliaque de .Sothis fut :

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

En r.An

Date juliomic du lever héliaque de Sothis

Jour dti Calendrier mobile

des Egyptiens

Espèce

de Vannée Sothis commençant

. 19 Juillet . .

. 30 Pachon . . .

année

intercalaire

1 Payni . . . .

année

com mu ne

1 Payni . . . .

année

comnîune

1 Payni . . . .

année

t:ommune

1 Payni . . . .

année

intercalaire

2 Payni . . . .

année

commune

En l’an IX de Ptoléinée Évergète l'^^, c’est-à-dire en l’an avant J. -G., la date julienne du lever héliaque de Sothis lut donc le 19 juillet = 1®"^ Payni de l’an 237 avant J. -C. Or, remarquons que c’est ce jour aussi que tomba la nouvelle lune, car elle se leva, en effet, le 19 juillet de l’an^ — 236, à 13 h. 12', temps moyen civil de Greenwich, c’est-à-dire le 1®^ Payni de l'an IX, à 3 h. 12' après midi, temps moyen de Memphis. Et ainsi se trouvent confirmés les termes du décret, d’après lesquels: « dans le (temps) présent en cette IX® année du roi Ptolémée Evergète l®G le jour du lever héliaque de Sothis eut lieu à la néoménie du moisPavni. » Il ne reste plus (|u’une question à résoudre : est-il admissible que dans un seul et même document on ait daté d’après deux formes d’année différentes (17 Tyhi de l’année fixe et 1®’’ Payni de l’année vague) ? En général, non. Mais ici il y avait une raison : le peuple égyptien, depuis longtemps déjà, par suite de relations avec les Gréco-macédoniens, avait adopté beaucoup de leurs usages et aussi leur calendrier ; il fallait attirer son attention sur la longueur propre de l’année égyptienne et lui faire toucher du doigt, pour ainsi dire, que cette année ne contenait pas le nombre généralement admis de 365 jours, mais 365 jours 1/4, vu qu’elle devait toujours commencer avec le jour du lever héliaque de Sothis. Les prêtres et le roi, renseigné par eux, avaient sans doute toujours fait attention à ce jour indicjué dans les écrits des temples et, par

conséquent, toujours daté, quand la chose était possible, d’après le calendrier solhiaque (d’oii7 Apellæos= 17 Tybi), mais il n’en était pas ainsi du peuple. Le peuple, comme on l’a lait observer déjà, avait complèlement négligé l’année Sirius ; il était donc nécessaire de citer expressément, dans le décret, ce jour du calendrier égyptien, tel qu’il était connu dans le peuple, pour lui faire remarquer en même temps combien le calendrier vague s’écartait de la sainte année Sothiaque fixe. 11 est vrai que, jusqu’à présent, on admettait que le 17 Tybi appartenait aussi au calendrier vague, et alors, ou bien on a laissé sans observation la date gréco-macédonienne, ou bien, en en tenant compte, on a dû adopter l’an 243 avant J. C., au lieu de l’an 238 avant J. C., comme étant l’an IX du roi Ptolémée Evergète I®L

Donc, si l’on appelle le décret de Canope en témoignage pour prouver que jusqu’alors on n’avait pas fait usage de l’année fixe en Egypte, c’est un malentendu. Le décret de Canope démontre précisément que l’on connaissait déjà précédemment le jour du lever héliaque de Sirius comme jour du nouvel an et qu’on le fêtait à ce titre, et que ce n’était que par suite de l’inlluence grec(|ue (pi’on avait négligé la période intercalaire de 4 années et l’année fixe. C’est pour l’introduire de nouveau que fut rendu le décret de Canope.

La meilleure preuve de l’iiypotbèse précédente nous est fournie par les données d’une stèle funéraire d(' ^'ienne. C’est la stèle d’un intendant royal, nommé Tebo, (|ui, d’après un passage certain du texte, était né le 29 Epi[)bi de l’année X\'ll du roi Ptolémée Pbibulelpbe, et mourut le 22 Mécbir de l’an XX1\’ du loi Ptolémée Evergète !«•■, à l’âge de 44 ans, G mois, 29 jours. (7et âge est deux fois mis en évidence sur le monument.

Le prob'sseur Lautb ’ remarcpie à propos de ces dates :

1. Die Sc/ia/tlaf'e tles Plol. Iiurrf{ele.i /. itiitl îles Au^iisliin (.Sit/iiiif'sl>oriclit(’ der Kôn. I)avi'. .\knd. d. Wissciischiifl. Kcln'nar lH7^i.)

ANNALES DU MUSEE GUIMET

« Si nous admettons, d’après le canon astronomique, pour » les deux (rois), la somme de règnes, 38 et 25 ans, alors » Teho serait né sous Philadelplie,ran XVll, le 27 Èpiphi. » Puisque Epi])hi est l’avant-dernier de l’année et que les » 5 Epagomènes comptent à la fin de Mesori, il vécut sous » ce roi encore 38 ans, moins 16 ans, 10 mois, 29 jours » = 21 ans, 1 mois, 1 jour. Il mourut sous le règne » d’Évergète I®'', l’an XXIV, Mechir 22; et vécut par » conséquent sous ce roi, 23 ans, 5 mois, 22 jours. Si » nous ajoutons les chiffres précédents : 21 ans, 1 mois, » 1 jour, nous obtenons la somme de 44 ans, 6 mois, » 23 jours, tandis que les deux textes ont présenté la » somme de 44 ans, 6 mois, 29 jours. »

Il en résulte cette conclusion que les 6 jours en surplus de la somme kkans^ 6 mois, 29 jours proviennent des intercalations de quatre années, ordonnées par le décret de Caiiope, en un mot, que ce sont les jours intercalaires du temps de règne de Ptolémée Evergète

Tout cela serait exact, si, dans le fait, le calcul 38 ans

— 16 ans, 10 mois, 29 jours

— 21 ans, 1 mois, 1 jour

était juste. Mais tel n’est pas le cas. Car, puisque l’année ne compte pas 12 mois à .30 jours, mais qu’elle a en outre 5 jours d’addition, alors :

37 ans, 11 mois, 35 jours \ Si l’an XVII était une

— 16 ans, 10 mois, 29 jours s année commune de 365 = 21 ans, 1 mois, 6 jours ) jours.

ou 37 ans, 11 mois, .36 jours \ Si l’an XVII était une

— 16 ans, 10 mois, 29 jours \ année intercalaire de = 21 ans, 1 mois, 7 jours ) 360 jours.

Si l’on .ajoute maintenant le temps de vie sous Ptolémée Evergète c’est-à-dire 23 ans, 5 mois, 22 jours, on aura

pour durée de la vie : 21 ans, 1 mois, 6 jours (7 jours). +23 » 5 « 22 »

= 44 ans, 6 mois, 28 (29) jours.

L’observation suivante rendra la chose plus claire : puisque la naissani:e eut lieu le 29 Epiphi de l’an XVII du roi Ptolémée Philadelplie, et que la mort est arrivée le 22 Mechir de l’an XXIV du roi Ptolémée Éverf^ète, la durée complète de la vie sera composée de :

2 jours Epiphi de Pan XVII du roi Philadelplie 30 » Mesori » » » »

5 (6) jours ajoutés » » »

EDSenil)l8 ! 37 (38) jours de l’an XVII du roi Philadelphe

LesannéesXVIII à XXXVI11=21 ans sous le roi Philadelphe » là XXII 1 = 23 » » » Éverg’ètc P''

Ensemble : 44 ans

Les mois Tlioth de l’an XXIV du roi Evergète P' » Paopbi » » » »

Athyr

ChoiaU

Tybi

C’est-à-dire : 5 mois de l’an XXIV du roi Évergète 1"

21 jours de Mechir de l’an XXIV du roi p]vergèle P''

Donc, en tout : 44 ans + 5 mois + .58 (ou 59) jours. C’est-à-dire : 44 ans, G mois, 28 (ou 29) jours.

ilO

ANNALES nu MUSEE GÜIMEÏ

La slèle de Teho nous oblige donc à admettre que l’intercalation était déjà en usage sons Ptolémée Pliiladelphe et qu’elle ne fut pas la suite d’une rénovation de calendrier sous Ptolémée Evergète P‘. Seulement elle ne se faisait plus avec autant d’ordre et de régularité que le demandaient les saints écrits des temples, et voilà pourquoi Ptolémée Evergète P'' rendit son célèbre décret.

Si le décret avait été rendu au commencement du règne d’Évergète et si Teho était mort, non pas en l’an XXIV, mais en l’an XXV de ce roi, alors on pourrait croire, avec Lautb, que les 6 jours en sus de la somme 44 ans, 6 mois, 29 jours, proviennent des intercalations quadriennales ordonnées par le décret de Ganope. Mais le décret n’a été rendu que dans la IX® année du règne, et comme, de la IX® année à la XXIV®, il n’y a que 15 années pleines, il y eut dans cet intervalle non pas G (juadriennies pleines, mais seulement 3, et par conséquent non pas 6 jours intercalaires, mais seulement 3. Donc nous arrivons toujours à cette conclusion que l’intercalation était en usage avant la publication du décret de Ganope.

Reste une question importante : Les Egyptiens ont-ils réellement observé le lever liéliaque de Sirius,et établi après cette observation le jour du nouvel an de l’année Sirius, et par suite aussi, déterminé la période Sotbia((ue ? ou bien, ont-ils simplement institué la fête du Lever de Sirius, sans aucun égard à la véritable date astronomique de cet événement (ce cjui arriva dans les différentes parties de l'Egypte à différentes époques), en la plaçant tous les 4 ans un jour plus tard du calendrier ?

A parler francliement, cette question n’en est pas une pour quiconque s’est occupé de questions astronomiques. Avec autant de raison pourrait-on ])oser une question qui aujourd’hui encore joue un rôle important dans la vie des peuples. Tve calendrier de fêtes des Israélites, on le sait, 8c base sur une année luni-solaire, et c’est le cycle inter-

calaire de 19 ans qui lui sert de fondement. Et pourtant d'autres facteurs interviennent encore, entre autres, le fait que le jour de nouvel an ne doit jamais tomber le dimanche, le mercredi, ou le vendredi (c’est la règle 'ix = Adu). Puis viennent les exceptions à propos de n' = lach, nx n' = lacli-Adu^ nna; = Gatrad et aspn 'tan = Betu-takpat. A'ous ne nous arrêterons ici qu’à un seul de ces cas. La « règle lach » dit : Quand le ^loled-Tisri, qui fixe le 1®"^ Tisri (jour de nouvel an), tombe à 18 heures au plus tard, alors ce n’est plus le jour du ^loled-Tisri qui est le l®"" Tisri, mais le jour suivant. On pourrait demander ; puisque, dans les divers points de l’univers, 18 heures, c’est-à-dire le point de midi dans le calcul juif, est différent, comment est-il possible de fixer le 1®"^ Tisri pour tous les juifs ? 11 peut se présenter le cas oii le ^loled- Tisri (c’est-à-dire la conjonction moyenne au temps de la nouvelle lune de Tisri) tombe en un lieu à 18 heures, et alors c’est le jour suivant qui est le jour de nouvel an, tandis qu’en un autre lieu situé plus à l’occident, oi'i il n’est pas encore 18 heures au moment du Moled, c’est encore le même jour qu’on fête le 1®*’ Tisri. 11 pourrait arriver que le ]\loled-Tisri en un lieu tombe au samedi 18 heures, — et alors, puisque de par la règle Adu le 1®*' Tisri ne doit pas être fêté le dimanche, on ne pourrait fêter le jour de nouvel an que le lundi, tandis que, en un lieu situé plus à l’occident, ce serait le samedi, le jour même du Moled-Tisri, qui serait le jour de l’an. Quicompie est familiarisé avec les ([uestions chronologiques sait([ue pour la détermination du Moled il n’y avait, et il n’y a encore aujourd’hui, (pi’«« méridien, et ((ue ce méiâdien était et reste le méridien de .Jérusalem, (l’était précisément à .lérusalem, à l’époque du femple, (pie l’on déterminait par observation si on était arrivé, ou non, au jour de la Néoménie (ici le jour Hos-Hodes), et, par des messagers et des feux sur les hautiuirs, on le faisait savoir aux autres

habitants de la Palestine. On devait agir de même en Egypte, pour l’observation du lever héliaque de Sothis. En un lieu déterminé, — très vraisemblablement à Memphis, le collège asti-onomique était chargé d’observer le ciel et de fixer les phénomènes pour le culte et aussi pour le calendrier, et ils étaient ensuite déterminés pour ton Le l’Egypte. Le jour oit Von observuit à Memphis le lever héliaque de Sothis était pour toute l'Egypte le jour de nouvel an de Vannée Sirius fixe. Cela admis et l’observation astronomique étant à la base de ces faits, nous pouvions avec raison nous appuyer sur les calculs astronomiques d’Oppolzer, pour â’autres recherches et placer le commencement d’une période Sothis à l’année — 1317 = 1318 avant J.-C.

Sans doute il est encore une autre question : comment, sous de telles suppositions, pouvions nous admettre pour la « petite année » le quadriennium, et pour la « grande année » le cycle de 1460 ans ? Nous n’oublions pas cependant qu’autre chose est de construire un système astronomique et d’établir un calendrier. Notre semaine est sortie de la durée d’une phase de la lune exprimée en jours pleins et, dans notre système chronologique, un mois a 4 semaines, une année a 12 mois; mais il n’en est pas ainsi dans notre calendrier. Par suite de la conception de l’année composée de 12 lunes, le mois est défini comme le 1/12 de l’année, (jiioique ni le mois de 30 jours, ni le mois de 31 jours ne correspondent exactement au douzième de l’année.

Il est vrai qu’on compte dans chaque système en chilfres ronds. Et ensuite, il ne faut jamais perdre de vue (|ue tous les systèmes chronologiques de l’antiquité ont pour base des représentations non seulement astronomiques, mais aussi mythologiques, qui se montrent moins dans le calendrier. Nous voyons d’une façon très évidente, dans l’année luni-solaire des Juifs, cette différence entre un

LÉ C.VLENbRIER ÉGYPTIEN

il3

système chronologique et le calendrier. Il y a là 4 Tekuphas (points de l’année) qui sont nommés d’après les mois, dans lesquels ils doivent trouver place conformément au système chronologique. Et pourtant il arrive souvent qu’ils précèdent ces mois, que, par exemple, la Tekupha-Tammuz tombe dans le Sivan. Tous les systèmes de cette sorte s’appliquent bien au temps où ils ont été formés, mais plus tard ils ne le font plus. Conformément au calcul astronomique, on avait célébré le commencement de la période Sothiaque déjà dans les années 4236 avant J.-C., 2776 avant J.-C., et 1318 avant J.-C., comme en l’an 139 après J.-C.; or, 4336 — 2776 = 1460, et en cela le calcul astronomique, avec une clarté qui ne laisse rien à désirer, nous montre combien le nombre 1460 s’adaptait bien au système chronologique des anciens Egyptiens , et comment il arriva que 1460 ans furent choisis comme durée de la « grande année «.La période Sothiaque suivante commença sans doute après 2776 — 1318 = 1458 ans, mais ce fait qu’on devait commencer la nouvelle période Sothiaijue non pas en 1316 avant J.-C. (car 2776 — 1460 = 1316), mais 2 ans plus tôt, en l’an 1318 avant J.-C., se sera imposé juste à temps, par suite d’observations faites depuis plus de 2.000 ans sur le lever héliaque de Sirius. En l’an — 2775 = 2776 avant J.-C., l’année Sirius avait une longueur de 365,2500963 jours. Elle ne différait donc de la durée de l’année julienne ([ue de Ob 0000963 = 8”, 3’”. Dans un (piadriennium, il y avait à relever les levers héliaques de Sirius suivants’ :

Dans Ic.s aiinrcs juliennes. Date <ln lover Rspèee do l'année Sirius

— héliaque do Sirius. commençant.

— ('i n d- 3) 1!) .luillet année commune

— (■'<11 + 2) 1!) .Juillet année commune

— ('i n + 1) lî* .luillet année commune

— ('< n) 18 .liiillol année intercalaire

1. Ces données, comme aussi les suivantes, se rapportent à lu parallèle .'10 latitude nord.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

Il en lut ainsi jusqu’à l’an — 1984, pendant presque 8 siècles. A partir de l’an — 1983 jusqu’à l’an — 1336, voici coniine la chose s’est présentée :

Dans les années juliennes. Date du lever Esi)êce de l’année Sirius

— héliaque de Sirius. commençant.

Il) Juillet année commune

19 Juillet année commune

l9 Juillet année intercalaire

l9 Juillet année commune.

En l’an — 1335 eut lieu un second déplacement du calendrier, par suite duquel, jusqu’à l’an — 893, le lever héliaque de Sirius fut observé aux jours suivants de l’année julienne :

Dans les années juliennes. Date dti lever

— liéliaque de Sirius.

Espèce de raunée Sirius commençant.

19 Juillet, 19 Juillet.

!20 Juillet, 19 Juillet ,

année commune année intercalaire année commune année commune

Pendant la période Sothiaque commençant l’an — 2775 = 2776 avant J.-C., il y a eu donc deux déplacements de calendrier qui ont eu pour conséquence que cette « grande année » compta deux ans de moins : c’est-à-dire, non pas 1460, mais 1458 ans; et la nouvelle période commença non pas en l’an — 1315, mais en l’an 1317 = 1318 avant J.-C.

La nécessité de ce double déplacement de calendrier, les prêtres de Memphis, si familiarisés avec l’observation du ciel, l’ont certainement toujours reconnue ; mais, étant habitués depuis les temps les plus reculés de leur histoire jusqu’au temps de la XIX® dynastie, c’est-à-dire pendant liresquc deux milliers d’années, à donner à la « grande année » une durée de 1460 ans, ils s’en tinrent à cette donnée traditionnelle, même lors(pie le collég’e des prêtres, familiarisé avec les oliservations astronomicpies, fut arrivé à la

LK CALENUIUEll E(;VrTlE>'

il5

conviction que ce chiffre n’était pas absolument fixe. On put donc continuer à garder, comme base du système chronologique, ce nombre, d’autant plus que le collège des prêtres chargé des (Observations astronomiques en connaissait seul la véritable durée, et que le peuple l’ignorait. Aujourd’hui encore, combien de savants dans notre Europe civilisée sont au courant des choses essentielles du calendrier? Je suis convaincu que, même parmi les gens instruits et les savants de notre époque, à peine y en a-t-il un c(ui pourrait répondre immédiatement à cette question : (( Quand viendra Pâques l’an prochain? » On cherche dans le calendrier, pour trouver la réponse, sans s’inquiéter le moins du monde des principes d’après lesquels cette fête est déterminéej et que très peu de gens connaissent. Si, au XX® siècle après J. -G., même pour les gens cultivés, les questions de calendrier et de chronologie présentent des obscurités, si de nos joui’s des conversions du calendrier julien en calendrier grégorien, et réciproquement, occasionnent des dillicultés, même dans les cercles les plus savants, et si des auteurs d’ouvrages astronomicochronologiques, publiés dans des revues scientifiques, ne savent pas même distinguer « le temps moyen » du <( temps civil moyen »..., comment pourrions-nous su[)poser chez le peuple de l’ancienne l-igypte une instruction j)lus haute et des connaissam^es plus étendues? Gomment se pourrait-il que le peuple égyptien^ au temps de Ilamsès 11, arrivât à savoir ((ue la période Sothiaipie ipii venait de s’écouler n’avait duré ipie 1458 ans, et non [las l'idO I ans, comme le demandait la règle traditionnelle? Heve- I nous à l’Europe civilisée et demandons-nous (|ui, en deliors des histoiûens de profession, connaît l’origine et la date du calendrier grégorien, et la cause de cette réforme ! Gomment le peuple égyptien, (|ui, en l’an — ldl7 = IdlS I avant .l.-G., célébrait sur l’indication de ses prêtres la I fêle du renouvellement d’une période Sothia(|ue, aurait-il

ANNALES bu MUSÉE GUIMET

pu savoir que le commencement de la période écoulée avait été fêté en l’an — 2775 = 2776 avant J. -G., c’est-àdire non pas 1460 ans, mais 1458 ans avant leur temps? C’est en appliquant aux Egyptiens la même mesure qu’à nos contemporains, que nous arriverons à comprendre à quel haut degré de culture intellectuelle s’étaient élevés les prêtres savants de l’antique Orient, et nous accorderons à leurs systèmes chronologiques plus de valeur raisonnée qu’on ne le fait aujourd’hui.

Pendant des milliers d’années, le nombre 1460 s’était conservé comme durée de la « grande année » et aussi comme base de plusieurs systèmes chronologiques, et cela avec d’excellents résultats. Plus tard, quand les prêtres se virent forcés de fêter la période Sothiaque prochaine après 1458 ans, au lieu de 1460 ans, il n’y avait aucun motif de donner à un système chronologique, qu’on avait gardé si longtemps, un nouveau nombre pour point de départ. Pour les calculs, la « grande année » avait encore et toujours 1460 années, tout comme aujourd’hui dans la vie pratique, par exemple pour les banques, le mois est de 30 jours et l’année de 360 jours.

Revenons une fois encore et de plus près aux dates sothiaques telles que nous les présentent les monuments. Voici celle qui se trouve dans les fragments de papyrus découverts en 1899 à Kahun ; c’est L. Borchardt, dans le XXXVIR vol. de la Zeitschrift fi'ir ægyptische Sprache iiiid Alterthiunskunde, (pii nous l’a fait connaître. Entre autres documents importants il s’y trouve une copie d’une lettre que le prince et directeur du temple Neb-kaou-râ adresse au premier prêtre-lecteur Pepy-hetep. La voici’ :

1. Voyez Zeitschrift fur ægypt, Sprache, XXXVII, p. 99, et XLI, p. 35.

ü ^ Ci

(( Tu dois savoir que le lever de Sothis a lieu le 16® jour du mois de Pharmouthi. Veuille bien. . . [Pannoncer] aux prêtres lais du temple de la ville « Sekliem-Usertesen » et d’Anubis sur sa montagne, et de Suchos... et fais insérer cette lettre dans le journal du temple. »

De cet écrit il ressort avant tout, et de la façon la moins douteuse, que, — ■ comme il a été dit plus haut, — le lever de Sothis était observé en un lieu déterminé. De plus, il y a ici un protocole adopté afin de pouvoir déterminer d’avance le lever prochain de Sothis. Le moment de ce lever était ensuite communiqué aux différents districts religieux.

Ce document appartient à la VII® année d’Usertesen III, il a ainsi une importance plus grande pour la chronologie, (!ar nous avons maintenant un point fixe pour la détermination du temps de règne de ce roi. Je dis un point fixe : puisque le lever héliaque de Sirius, pendant tout un quadriennium, tombe chaque fois au même jour de l’année vague, quand même il n’y aurait pas d’autres données pour fixer le chiffre de l’année, l’année resterait encore toujours indécise, mais dans un cadre de 4 ans. D’oii, pour la reconstitution de la date sothiaque précitée il jieut être tout à fait indifférent que nous partions de l’année — 1317 = 1318 avant J.-C., et que nous comptions autant de fois 4 ans que l’intervalle : 16 Pharmouthi — 1 Thoth, compte de jours, ou bien ipie d’une façon direi'te nous nous posions cette ipieslion : en (juelle année du compiit julien le lever héliaque de Sirius tomba-t-il au 16 Pharmouthi? Dans la première hypothèse, nous trouvons (jiie du 16 Pharmouthi jus(|u’au 1®"^ 'l’hoth il y

A>'XALES nu MUSEE GUIMET

30 jours de Payni -|- 30 jours d’Épiplii -|- 30 jours de ]\Iesori -|- 5 épagomènes). L’année — 1317 — (4 x 140) = — 1317 — 560 = — 1877 = 1878 avant J.-C. ; nous aboutissons au quadriennium : 1878, 1877, 1876, 1875 avant J.-C. La seconde hypothèse conduit au chiffre — 1876’ = 1877 avant J.-C., et ainsi au quadriennium : 1877, 1876, 1875, 1874 avant J.-C.

Heureusement, nous avons d’autres données qui nous permettent de fixer l'année de ce lever de Sothis d’une façon exacte, et par conséquent la VII® année du règne d’Usertesen III. Comme Borchardt le fait également remarquer, nous avons la chance d’avoir encore un autre fragment de la même époque, sur lequel, au 17® jour du mois Pharmouthi de l’an VII (c’est-à-dire un jour après celui oii le directeur du temple annonçait le lever de Sothis), il est pris note, parmi les revenus du temple, des ju’ésents que l’on apportait à l’occasion du lever de Sothis.

Or, nous savons par d’autres documents ” que les revenus du temple étaient calculés par intervalles alternatifs de 29 et de 30 jours, donc par mois lunaires. Puisque aux mois lunaires une phase déterminée, — la nouvelle lune, —

1. Et non pas — 1875 = 1876 av. J.-C., comme l'a fait ressortir le D'' Brix, on plusieurs endroits [Zeitschrift fin- legi/pt. Sprache, X.V.XVII, p. 101, lig-ne 28, et ibid., XLI, p. 27, ligne 8), car, d'après Oppolzer, on obtient le chiffre en question de l'année julienne si à + 139 on ajoute un nombre x, qui est déterminé par la formule suivante :

où Z, eu égard à ce que le 16 Pharmouthi est le 226® jour de l'année, s’obtient par l'équation : = = 226 -|- 365 — 1096 = — 505.

.Alors z- = 255025 et = — 128787625, et ainsi :

.r = — 20Ui,7176 = — 2015 -t- 139

Done — 187() n: 1877 av. J,-C.

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