‹ Etudes sur le calendrier égyptienChapitre 4 sur 30 · AA^AAA · texte numérisé non relu

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Dans le calendrier d’Esneh, le 19'’ jour du

mois «Thot» est indiqué ^ Jiltl c’est-à-dire

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« premier mois de la saison .SV/, jour i9 », ou, d’une façon plus brève, « 19 Thot ».

Le premier jour du mois s’exprime par ^ , ; par ex.,

(il) désigne le premier jour de chaque

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mois ».

^ veut donc dire « le premier », et correspond ainsi au mot hébreu Dans le calendrier lunaire, ïï dé-

O «Ci

signe aussi le premier jour du mois lunaire et la nouvelle lune.

D’un autre côté, le jour de la pleineXowQ est caractérisé par le groupe . La raison en est que les Égyptiens

partaient d’un point de vue rationnel. C’est au jour de la pleine lune et non pas au jour de la conjonction (phénomène invisible à l’œil nu), que la lune renouvelle son mouvement circulaire et recommence ses phases. Le jour de la pleine lune était le jour du renouvellement de la lune ; c’est à ce jour aussi « qu’Osiris s'esl rajeuni comme dieu de la lune ». Au moment de 1’ « opposition », « l’œil de la lune est salué par l’œil du soleil, et la lune vient à sa place exacte ».

C’est ainsi (pie nous lisons (Drugsch, Thésaurus, p. 30) :

(( (La) vio et (te) renouvellement se continuent à jamais ; la lune revient à sa place et l’cx'it de la pleine lune se pare de sa magniliccnce. »

Au même endroit nous lisons :

« Osiris-Onnophris, le triomphateur. 11 s’est réuni avec l’œil de la pleine lune. 11 a repris sa course circulaire et il a éclairé le ciel et la terre de sa magnificence. »

Plus loin [Thés., 35); « L’œil de la lune (la pleine lune'i est intact; il est doué de magnificence pour bénir ; il est défendu et se rajeunit mensuellement. ))

Et encore [Thés., p. 38) : « Le ciel est en fête, tant qu’il porte la figure de la pleine lune. Les âmes des dieux y apparaissent et Osiris l’éclairant se montre comme le dieu de la lune. »

A un autre endroit [Thésaurus, p. 34) nous trouvons :

« Ce sont les dieux qui glorifient l’œil de la lune, quand il renouvelle sa course au 15® jour du mois de la lune. »

Et l’on se donnait tout à la joie quand « l’âme splendide du dieu Osiris se rajeunissait tous les mois pour entrer en possession de la pleine lune. » C’était à Dendérali, notamment, qu’on célébrait cette fête. Il y a, au plafond du temple, une représentation de « l’.Xpolbéose d’Osiris», comme dieu de la lune.

Le symbole vivant de cet Osiris était l’.Apis, et cela expli((ue pour((uoi tout .Apis était intronisé juste au jour de la pleine lune (cf. Der .\piscult (1er allen Ægijpler, Sit/.ungsberiebte der Kaiserl. Akad. d. AA’issenscb, A\den, 1892'!.

ANNALES DU AIUSÉE GUIMET

De là vient aussi qu’Apis dans ses représentations diverses porte sur la tète le disque de la pleine lune, et non pas, comme on l’admet généralement, le disque du soleil. A partir du jour de la pleine lune, on comptait 14 jours 3/4 (en chiffres ronds, 15 jours), et on obtenait ainsi le jour de la véritable Conjonction, qu’on désignait par « léte de la lune ». Le jour de la pleine

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lune était donc le jour oii la lune unissait sa course circulaire, et la recommençait de nouveau. Ce jour fut de toute

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antiquité, pour les Egyptiens, le ou @ , c’est-à-

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dire srnn « commencement du mois ».

Du jour de la pleine lune ils comptaient aussi ces 309 mois synodiques dont le total fait les 9125 jours du calendrier, par conséquent autant de jours que 25 années vagues de 365 jours (309 mois synodiques = 309 X 29,53059 jours = 9124,95 jours = 9125 jours; 25 années vagues = 25 X 365 jours = 9125 jours).

Il s’ensuit qu’après chaque période de 25 années les mêmes phases de la lune reviennent au même jour de l’année vague égyptienne. C’est la célèbre période Apis de 25 ans, qui n’est autre chose que la période lunaire^ à l’aide de laquelle il était facile aux Egyptiens de déterminer les jours de pleine lune, un par un, et, d’après ceuxci, les autres jours de phases.

Mais, dans ces calculs, il restait encore une petite inexactitude, cpie voici :

c’est-à-dire, tous les 25 ans, la lune s’écarte de du

calendrier. Après 20 périodes semblables, c’est-à-dire

après 20 périodes Apis de vingt-cinq années, la différence

s’élève à 20 X:^ jours = 1 jour. Or, 20 périodes Apis font 20x25 ans = 500 années. Après 500 ans la différence entre le cours de la lune et le calendrier égyptien est ainsi d’M«

jour entier. Aussi, le calendrier devait-il être rectifié tous les 500 ans pour déterminer exactement les pleines lunes. Et c’est ce c|u’on appelle la période PJiénLt, qui, on le sait, compte 500 années.

En tout ceci, c’est toujours le jour de la pleine lune, et non pas le jour de la nouvelle lune, ([ui est le point de départ du calcul.

Ce ([ui est vrai des Egyptiens, l’est beaucoup plus encore des Haliyloniens ; il est établi aujourd’hui, en elFet, que les Egyptiens n’étaient pas autochtones en Afrique, qu’ils étaient venus, après la dispersion des peuples, d’y\sie par l’isthme de Suez en Afrique, et ont purement et simplement conquis une race indigène de la vallée du Nil’. Les Babyloniens, dès les temps les plus reculés, avaient choisi pour point de départ de leur calcul lunaire le jour de la pleine lune, ils le célébraient comme le jour consacré au dieu de la lune. Et quand, malgré cela, les calendriers nous indicpient que le jour de la nouvelle lune est marqué comme le premier jour du mois lunaire, et (pie le jour de la pleine lune est marqué comme le (piinzième, la chose a historiquement sa raison d’ètre.

11 est hors de doute que, pour compt(îr les diverses phases de la lune, on a [iris la pleine lune comme point de dépait. Mais, lorscpi’on constitua un système chronologique et (juand on prit la lune comme base du calendiâei', il était tout naturel de faire commencer le jour civil (comme le font encore aujoui’d’hui les peuples (pii ont un conqiut lunaire) à l’entrée de la nuit, car c’est la nuit et non le jour (jui est le domaine de la lune. De même qu’on faisait commencer le jour civil, non pas au point culminant du

1. L'oriffinn iisiatiTpie (ITine partie de lu ])upiiluli(iti égyplictinc est aussi admise par Masperu {l/isluire, I, p. hj) cl Naville (/.a Uc/iffion des anciens /Cgi/plicns, 11)05, |). S), mais le point île i)assa^fe de l'Asie à l’Afriipic est uulre ijue celui admis par M. .Mailler. (N. d. t.)

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

soleil, mais au moment ou la lumière solaire disparaissait, de môme le point de départ choisi pour le calcul de la course lunaire n’a pas été celui oii la lune brille de son plus vif éclat, mais celui oii elle disparaît à l’œil humain.

Nous ne devons pas oublier ici ([ue les conceptions et divisions primitives du temps n’ont pas été l’œuvre d’une société de savants qui auraient transmis et dicté leurs découvertes à la masse du peuple; mais, selon la marche historique de la civilisation, dès les premiers temps des germes de culture intellectuelle avaient pénétré d’euxmémes dans les esprits et s’y étaient peu à peu développés. Il n’était, certes, pas besoin d’une grande [)énétration pour s’apercevoir qu’un jour plein (c’est-à-dire, à notre sens, un jour civil qui dure d’un lever ou coucher du soleil jus([u’au prochain lever ou coucher) se compose de deux parties : le jour clair et la nuit obscure. Dès les débuts de la civilisation, on avait remarqué cette dillerence, et, par conséquent, divisé le jour civil en jour et en nuit. De même, il n’était pas besoin d’une instruction bien haute pour arriver à constater (jue la lune modilie sa forme de jour en jour. Un simple regard vers le ciel pouvait en convaincre tout le monde. Puis on observa la position du soleil au-dessus de l’horizon dans le cours d’//« jour, et, sans l’intervention d’aucun savant, on vit alors que le soleil modifiait tous les jours, du matin au soir, sa position au-dessus de l'horizon. A partir du moment de son lever, la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon augmente toujours de plus en plus, jusqu’à ce (|u’il ait atteint son point culminant. Puis il se rapproche de l’horizon, que [)eu à peu il atteint, le soir, au moment de son coucher. Ainsi, le jour clair se divisait en deux moitiés naturelles ([ue les nécessités de la vie firent appeler avanlniuli et après-midi. Et comme à midi, c’est-à-dire au point le plus élevé du soleil au-dessus de l’horizon, on opposait minuit, son point le plus bas au-dessous de

l’horizon, on obtint une division naturelle du jour en quatre parties.

Cette division en quatre du jour se trouve en parfait parallélisme avec la division en quatre du cours de la lune : au point culminant du soleil, dans le jour, correspond dans le mois le moment oii la lune éclaire la terre en son plein. En d’autres termes, le jour de la pleine lune est an mois ce que le midi est au jour, ür, minuit est en opposition à midi. Minuit correspondra donc à la nouvelle lune, dans le cours du mois, par opposition à la pleine lune. De plus le jour présente, entre midi et minuit, d’une part le point du matin, et d’autre part le point du soir; de même, dans le cours du mois, on a d’un côté le premier quartier, de l’autre côté le dernier quartier. D’oii ce tableau de correspondance :

Le premier quartier correspond au matin; la pleine lune, à midi; le dernier quartier, au soir; la nouvelle lune, à minuit.

1 1 est encore un troisième cycle en complète analogie avec les précédents et que tout le monde peut observer aussi sans être initié aux secrets de l’astronomie. Il n’était pas besoin, en effet, d’une grande culture pour se rendre compte (jue les phénomènes de la végétation dans la nature reviennent j)ériodiquement dans un cycle fermé : Vannée. Celle-ci, comme le petit cycle, le jour civil, se divise en deux parties : l’été et l’biver. A l’été, dans l’année, correspond le jour naturel; à l’biver correspond la nuit. Et de même <|ue le jour et la nuit ont midi et minuit, de même l’été a son point culminant au solstice d’été, l’biver au solstice d’biver. Enfin, si le jour et la nuit se louchent en deux points-limites, le matin et le soir, de même aussi l’été et riiiver sont séjiarés l’un de l’autre par deux pointslimites : l’éipiinoxe du [irintemps et ré(|uiiioxe d’automne. D’oii le tableau :

ANNALES DU MUSEE GUIMET

Le printemps correspond au matin; l’été, à midi; l’automne, au soir; l’hiver, à minuit.

Par suite de ces évidentes analogies entre les trois cycles ; jour, mois, année, il est naturel que le point de départ des trois soit analogue. Aux temps reculés, alors que l’année — comme dans l’ancienne Lgypte — commençait au solstice d’été, on faisait commencer le jour civil à midi et le cours du mois à la pleine lune. Mais ensuite on fit commencer l’année au solstice d’hiver et le jour civil à minuit, et, par conséquent, le cours du mois à la nouvelle lune.

Ce procédé était logique tant qu’on prit les éléments nalavels pour base de la division et de la classification du temps. Quand on commença à fonder le calcul du temps sur une base artificielle et qu’on voulut régler l’année d’après le soleil, et le mois d’après la lune, alors, par suite du rapport incommensurable entre la course de la lune et celle du soleil, on a cessé de tenir compte des moments analogues des trois cycles qui se correspondent si naturellement.

On créa pour eux une base artificielle en donnant le même point de départ aux cycles dépendant de la course du soleil (cycle du jour et cycle de l’année) ; et ce fut, pour le jour, le soir, et pour l’année, l’équinoxe ; tandis qu’on fit commencer le cycle lunaire, indépendamment des deux autres, avec la nouvelle lune.

Mais c’est encore la pleine lune ([ui eut les attributs divins, et c'est le jour de la pleine lune qui fat consacré it fêter le dieu lunaire.

D’un texte cunéiforme’, provenant de la bibliothèque d’Assourbanipal, conservée au British Muséum, et sur

1. K. 6012 + K. 10,681, cul. Il, 1. 12; — 82^3-23,4605, oh., 1. 5; — 82-3- 23,4504, 1. 4.

lequel Pinehes’, Zimmern^ et Delitzscli^ ont attiré l'attentioiij il résulte clairement que le Lïf jour du mois hubylonien, ou, comme déjà Zimmern l’a reconnu avec justesse, le jour de la pleine lune, portait le nom sa-

pal-ti, nom que le vocabulaire, 11 R., 32, 16 a, b, cite comme l’écjuivalent de « ùm nuh libbi », c’est-à-dire « jour du repos du cœur », ou mieux: « jour de la joie du cœur ». La signification de ces mots ne nous apparait clairement (|ue dans les traditions relatives au mois égyptien. Le jour de la pleine lune était consacré à Osiris, comme dieu de la lune ; « son canir tressaillait et poussait des cris de joie, quand il saluait l’œil de la lune, a il jour, (piand la lune renouvelait sa course circulaire ». Celte conception que le cœur du dieu de la lune était plein de joie à la vue de la pleine lune, n’est d’ailleurs pas seulement égyptienne, mais commune à tous les peuples ([ui ont eu une religion astrale ; elle a certainement son origine à Babylone. A Babylone, en effet, où toute volonté divine se manifestait dans le soleil, la lune et les étoiles, il y avait un culte propre à la lune. Le dieu de la lune était appelé le « Père des dieux », et se tenait, comme tel, au sommet du panthéon babylonien.

Ainsi apparait clairement le sens de ùni nuh libbi, elle sens étymologi(jue du mot — nsc ne serait

pas difiicile à trouver. Au jour de la pleine lune, la lune ayant achevé le développement de ses jibases, brillait au ciel en dis(|ue plein. C’était le jour oii l’on ne pouvait voir aucune croissance, aucune décroissance, le jour aussi oii la formation des phases était complètement achevée ; un jour, par conséquent, « ùm nulj libbi », « oii le dieu de la lune se réjouissait à plein cœuir », car, en ce “rsa nsc le dieu de la lune avait achevé et parlait son œuvre,

1. l’roc. (>/' llic Soc. of Ilibl, .Ircli,, XXVI, Kcl)!'. l'Jd'i.

2. /.citschr. lier Dcnlsch, Morg. (jese//sclia/’l , LVIll, ID'.t 11'., 'i.'iS 11.

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